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Projet de loi de finances pour 2010 : Médias - Presse

 

III. L'AVENIR DE L'AGENCE FRANCE-PRESSE

Alors que l'Agence France-Presse (AFP) s'est résolument tournée vers le multimédia et qu'un contrat d'objectifs et de moyens conclu avec l'État pour la période 2009-2013 devrait l'accompagner dans cette démarche, le montant des abonnements de l'État à l'AFP pour 2010 est fixé à 113,4 millions d'euros, soit une légère augmentation de + 1,8 % par rapport à 2009, analogue à celle consentie sur la période 2008-2009.

A. LA SITUATION FINANCIÈRE ET LES PERSPECTIVES DE DÉVELOPPEMENT DE L'AFP

1. Une bonne santé financière observée sur la période récente...

a) Un équilibre financier rétabli

Les indicateurs fondamentaux de l'Agence se sont redressés durant les trois premières années d'exercice du contrat d'objectifs et de moyens pour la période 2003-2007. La bonne santé financière de l'Agence observée sur la période récente s'explique ainsi à la fois par la mise en place d'un réseau de vente international efficace, par le développement des recettes issues des activités « photo » et « multimédias », par une relative maîtrise des charges de personnel et de fonctionnement, et par le dynamisme de l'économie mondiale ante-crise, notamment la faiblesse du dollar et des devises liées au dollar.

Toutefois, la direction de l'AFP a indiqué que les indicateurs de rentabilité de l'AFP étaient demeurés en deçà des objectifs fixés par le contrat d'objectifs et de moyens pour la période 2003-2007. À titre d'exemple, en 2007, les recettes commerciales hors abonnements de l'État sont restées, une fois encore, en deçà de la cible fixée pour 20076(*). En 2008, cinq millions d'euros d'excédent ont été enregistrés sur un chiffre d'affaires de 270 millions d'euros, soit 2 % de rentabilité.

L'équilibre financier de l'Agence reste en effet fragile, chacun des facteurs précités étant susceptible de se retourner. En outre, nous assistons désormais à une crise profonde et sans doute durable de la presse traditionnelle, qui représente encore une part importante des recettes de l'Agence. Les recettes de l'Agence sont, de ce fait, soumises à une très forte pression, et le bouclage du budget 2010 s'annonce difficile.

Enfin, la direction de l'AFP avance l'argument selon lequel les faiblesses structurelles et les surcoûts « historiques » de l'Agence, tels que la surdensité de son réseau dans des régions du monde qui ne sont pas nécessairement les plus rentables comme l'Afrique, ou encore l'obligation de production de l'information en français et en multilingue, surcoûts liés aux missions d'intérêt général qu'elle se doit d'assumer en vertu du statut de 1957, demeurent un obstacle majeur à une rentabilité durable.

La direction insiste également sur le poids des dépenses de personnels, qui s'est accentué à la suite de la mise en oeuvre des 35 heures et du recrutement consécutif de 180 personnes nouvelles. Selon la direction, la moyenne des salaires de l'Agence s'établirait à 4 000 euros par mois, pour un coût total de la masse salariale estimé à 190 millions d'euros en 2008. La direction a souligné la forte prévalence du secteur technique dans la masse salariale de l'AFP, notamment des ouvriers du Livre.

Néanmoins, votre rapporteur pour avis relève que la progression du chiffre d'affaires de l'Agence, à périmètre et taux constants 2008, entre 2004 et 2008, s'élève à 5,5 % en moyenne. L'évolution attendue entre 2008 et 2009 sera, selon les toutes dernières estimations, de l'ordre de - 1,9 %, à périmètre et taux constants 2009.

b) Un endettement maîtrisé

En outre, l'évolution de l'endettement de l'AFP se lit comme suit :

 

Capitaux restants dus (incluant la valeur résiduelle)

31/12/2009

30 664 710

31/12/2010

25 673 772

31/12/2011

20 590 977

31/12/2012

15 413 268

31/12/2013

12 304 148

31/12/2014

7 187 599

31/12/2015

4 404 471

Source : Agence France-Presse.

Le ratio dettes sur capitaux propres est de 1,7 à la fin du mois de décembre 2008, sur la base des comptes consolidés. Il devrait logiquement se réduire au cours des prochaines années, par le biais de la baisse de l'endettement, d'une part, et de l'augmentation des capitaux propres, due à l'intégration des résultats positifs, dès lors que, dans l'état actuel du statut, aucun dividende versé n'est envisageable, d'autre part.

On notera, toutefois, que les chiffres ci-dessus n'incluent pas les montants que l'État a prévu de verser à l'Agence, sous forme de prêt non remboursable dans le cadre du COM 2009-2013, pour un montant de 20 millions d'euros.

c) Une montée en puissance des recettes commerciales

Le rapport annuel de performances sur la mission « Médias », annexé au projet de loi de règlement des comptes et rapport de gestion pour 2007, a fait apparaître des résultats particulièrement encourageants en termes de performances commerciales de l'AFP.

Si ses clients médias et institutionnels traditionnels demeurent le socle commercial de l'Agence, celle-ci a augmenté la part de ses clients hors médias traditionnels. Le poids relatif des produits nouveaux (photos, journal Internet, infographie et vidéo) s'est également accru, de même que celui des régions à forte croissance telle que l'Amérique du Nord, l'Europe mais aussi le Moyen-Orient et la région Asie-Pacifique, régions où le développement de l'accès à l'Internet haut débit et de la téléphonie mobile de troisième génération constitue un enjeu stratégique majeur.

Le chiffre d'affaires réalisé à l'international est de l'ordre de la moitié des recettes commerciales. Plus précisément, ce ratio s'établit à hauteur de 43,2 % en 2006, 44 % en 2007, 45 % en 2008 et, selon les dernières estimations, à hauteur de 51,3 % en 2009.

UN DÉSENGAGEMENT DE LA PRESSE QUOTIDIENNE RÉGIONALE VIS-À-VIS DE L'AFP ?

La résiliation par le journal La Provence, quotidien régional du groupe Hersant Média, de son abonnement à l'AFP à compter du 1er juillet 2009 a provoqué une onde de choc dans le milieu de la presse quotidienne régionale.

Au cours des derniers mois, la perspective d'une contagion au reste de la PQR a été longuement commentée. Certains éditeurs de quotidiens régionaux soulignent, en effet, que leurs besoins vis-à-vis des services de l'AFP ont vocation à s'estomper dès lors que leurs titres s'appuient davantage sur leurs correspondants locaux, la signature d'accords avec des sites d'information pure player, ou encore la constitution de banques de données interrégionales comme cela existe d'ores et déjà pour la photo. Ils considèrent, ainsi, qu'en cas de dégradation durable des comptes de leurs entreprises, les abonnements à l'AFP devraient à l'évidence être les premiers postes de dépenses à évacuer.

Pour l'heure, la direction de l'AFP s'est déclarée disposée à rénover ses services auprès de la presse quotidienne régionale, en insistant sur le fait qu'un lien de « quasi-coopérative » la lie à l'Agence. En effet, la presse régionale est particulièrement bien représentée au conseil d'administration de l'AFP, avec six membres sur quinze, alors qu'elle ne représente que 7 % de son chiffre d'affaires.

Dans ce contexte, plusieurs quotidiens régionaux renégocient les tarifs de leur abonnement, à l'image du groupe Est Bourgogne Rhône Alpes (EBRA), propriété du Crédit mutuel, dont les dix quotidiens représentent 1,1 million d'exemplaires par jour, et qui a obtenu une remise de 20 %. Or, il convient de rappeler que le conseil d'administration de l'AFP, où siègent les éditeurs de titres régionaux, a voté à l'unanimité, en décembre 2008, une augmentation des tarifs de 2,5 %.

Source : Le Monde, édition du 18 juin 2009.

* 6 Rapport annuel de performances de la mission « Médias » pour 2008.