LES
CONCLUSIONS DE LA COMMISSION DES LOIS
Après avoir entendu Mme Michèle
Alliot-Marie, ministre d'Etat, garde des Sceaux, ministre de la justice et des
libertés, et M. Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat
à la justice, le mardi 10 novembre 2009, la commission des lois du
Sénat, réunie le mercredi 18 novembre 2009 sous la
présidence de M. Jean-Jacques Hyest, président, a
examiné, sur le rapport pour avis de MM. Yves Détraigne et
Simon Sutour, les crédits alloués par le projet de loi de
finances pour 2010 à la justice judiciaire, à l'accès au
droit, et à la justice administrative.
M. Yves Détraigne, rapporteur pour avis
des programmes « Justice judiciaire »,
« Accès au droit et à la justice »,
« Conduite et pilotage de la politique de la justice », de
la mission « Justice judiciaire », et des dotations
allouées au Conseil constitutionnel, à la Cour de justice de la
République et à la Haute Cour au sein de la mission
« Pouvoirs publics », a souligné que les
crédits du programme « Justice judiciaire »
connaîtraient globalement une stabilisation en 2010.
Déplorant que le ratio greffiers/magistrats ne
connaisse pas d'amélioration et s'établisse à 2,46
greffiers par magistrat en 2009, il a jugé que cette situation
était d'autant plus difficile à supporter pour les fonctionnaires
qu'ils étaient soumis à des contraintes de productivité et
des amplitudes horaires élevées.
Regrettant que les indicateurs de performance relatifs
à la justice soient établis selon une approche essentiellement
quantitative, il a estimé que le ministère de la justice devait
mettre à profit la définition de nouveaux outils informatiques de
suivi de la chaîne pénale, pour les affiner.
Rappelant que le ministère de la justice
s'efforçait de favoriser le recours à la visioconférence,
afin d'alléger les charges occasionnées par les extractions
judiciaires, il a expliqué que cette technologie d'abord perçue
avec réticence par les magistrats, connaissait ses premiers
résultats positifs.
Il a relevé qu'en 2009 des difficultés de
paiement des frais de justice étaient cependant réapparues dans
certaines juridictions dès le mois de juin, la Chancellerie attribuant
ces difficultés au raccourcissement des délais de paiement dans
le cadre de la mise en oeuvre d'un nouveau circuit de règlement.
Évoquant des difficultés persistantes dans la
réalisation des projets informatiques du ministère de la justice,
il a expliqué que le projet CASSIOPEE, destiné à remplacer
les applications pénales existantes afin de mettre un terme aux saisies
multiples et de limiter les sources d'erreur, entraînait d'importantes
difficultés au sein des juridictions. Il a jugé que le
ministère de la justice devrait accorder davantage d'attention à
la conception de ces applications informatiques dont les défauts se
traduisaient rapidement par une désorganisation de l'activité.
S'inquiétant de la baisse de 27,65 millions d'euros des
crédits alloués par le projet de loi de finances pour 2010
à l'aide juridictionnelle, il a jugé cette réduction
surprenante dans une période de crise économique laissant
supposer que le nombre de personnes éligibles à cette aide
devrait connaître une augmentation.
Expliquant que les dispositifs d'accès au droit
devraient être renforcés dans les territoires affectés par
la réforme de la carte judiciaire, il a souligné que la
Chancellerie privilégiait désormais l'implantation de maisons de
la justice et du droit (MJD) de nouvelle génération
équipées de bornes interactives.
Évoquant la mise en oeuvre de la réforme de la
formation à l'école nationale de la magistrature, il a
précisé le nouveau concours d'entrée était
recentré sur les fonctions des magistrats et prenait davantage en compte
la personnalité des candidats. Saluant l'augmentation des actions de
formation continue proposées aux magistrats, il a indiqué qu'en
2009 80 % des magistrats s'étaient inscrits pour suivre au moins une
action de formation continue.
M. Simon Sutour, rapporteur pour avis des
crédits du programme « Conseil d'Etat et autres juridictions
administratives » de la mission « Conseil et contrôle
de l'Etat, s'est félicité de la création, en
2009, d'un nouveau tribunal administratif ayant pour ressort la
Seine-Saint-Denis, à Montreuil-sous-Bois, afin de
rééquilibrer l'activité des tribunaux administratifs de
Cergy-Pontoise et de Versailles.
Il a indiqué qu'entre 1998 et 2008, le nombre moyen
d'affaires traitées, chaque année, par les magistrats des
tribunaux administratifs était passé de 2009 à 275, soit
une hausse de 31,27 %, tandis que le nombre moyen d'affaires traitées
par les magistrats des cours administratives d'appel était passé
de 74 à 109, soit une augmentation de 47 %.
Expliquant que la cour administrative d'appel de Paris
était confrontée, comme celle de Versailles, à une
progression du contentieux de 30 % par an, il a jugé souhaitable que
chacune de ces cours bénéficie en 2010 de la création
d'une nouvelle chambre afin d'éviter une détérioration des
délais de jugement. Rappelant que la création récente des
tribunaux administratifs de Nîmes et de Toulon entraînait, par
ailleurs, un surcroît d'activités au sein de la cour
administrative d'appel de Marseille, il a considéré qu'une
nouvelle chambre devrait également, à terme, être
créée dans cette cour.
Indiquant que le tribunal administratif de Paris connaissait
également une situation critique en raison d'une forte augmentation des
affaires enregistrées au cours des premiers trimestres de l'année
2009, a estimé que le renforcement de ses moyens paraîtrait
inévitable au cours des prochaines années.
Rappelant que de nouvelles étapes de la réforme
de la justice administrative devraient être mises en oeuvre par voie
législative, il a souligné qu'à cette occasion la
commission des lois aurait à examiner des dispositions visant à
dispenser, dans certains contentieux répétitifs, le rapporteur
public de prononcer des conclusions à l'audience.
Ces observations ont conduit la commission des lois
à donner un avis favorable à l'adoption des crédits
dévolus à la justice judiciaire, à l'accès au droit
et à la justice administrative par le projet de loi de finances pour
2010.
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