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Projet de loi relatif à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français

 

c) Le suivi médical et radiologique des personnes permet de se faire une idée plus précise des contaminations

Les données relatives aux personnes qui ont effectivement été exposées aux rayonnements ionisants à des doses significatives et qui, de ce fait, ont pu contracter une maladie radio-induite sont plus difficiles à établir.

Il convient de rappeler que les personnes présentes sur les sites ont pu être soumises à des rayonnements ionisants de deux façons :

- l'exposition interne provient de l'inhalation pendant la retombée ou de l'ingestion d'aliments contenant des radioéléments. Ces aliments sont, en priorité, ceux contenant de l'iode (eau de pluie, lait). En 1974, suite à l'essai « Centaure », le lait produit à Tahiti a ainsi été contaminé, l'iode radioactif s'étant déposé dans les pâturages. À Tureia, l'eau de pluie conservée dans une citerne pour les besoins de l'alimentation a également pu être contaminée et consommée ;

- l'exposition externe se produit lors du passage du nuage et provient ensuite des particules déposées sur le sol. Les dépôts se maintiennent au sol pendant une durée variable selon les isotopes et la diversité des sols qui conditionne la migration dans le sol et le lessivage.

Seul le suivi médical et radiologique des personnes à l'issue des essais permet de se faire une idée plus précise des contaminations. Or si une partie du personnel de la défense participant aux essais faisait l'objet d'un suivi médical courant et d'une dosimétrie, les autres personnes n'en faisaient pas l'objet. Cette carence est particulièrement regrettable, non seulement parce qu'un suivi plus complet aurait permis d'avoir des données fiables, mais aussi parce qu'il aurait amélioré la prévention de certaines maladies.

Les données dosimétriques concernant les personnels sont de deux ordres :

- les données fournies par les dosimètres (dosimétrie externe) ; les dosimètres étaient systématiquement distribués aux personnels de tous statuts susceptibles d'être exposés aux rayonnements ionisants ;

- les mesures sur la contamination interne par spectrométrie gamma (dosimétrie interne).

D'après les travaux du Comité de liaison pour la coordination du suivi sanitaire des essais nucléaires français de mai 2007, les données issues des dosimètres (dosimétrie externe) font apparaître que le nombre de personnels exposés à des doses significatives est faible, notamment pour la Polynésie :

- doses cumulées supérieures à 50 millisieverts : 111 personnes (Sahara : 102 ; Polynésie : 9) ;

- doses supérieures à 5 millisieverts : 926 personnes (Sahara : 581 ; Polynésie : 345) ;

- doses supérieures à 1 millisievert : 1 740 personnes pour la Polynésie.

Au total, selon ces chiffres, plus de 2 500 personnes ont été exposées à des doses supérieures à 1 millisievert.

En outre, de nouvelles estimations publiées par le Délégué à la sûreté nucléaire et à la radioprotection pour les activités et installations intéressant la défense fournissent deux types de résultats :

- les doses « efficaces », qui évaluent l'impact du rayonnement sur le corps entier (par pondération des doses évaluées sur les différents organes) ;

- les doses « à la thyroïde », qui évaluent l'impact spécifique sur la thyroïde.

Pour chacun de ces résultats, la dose est évaluée sur les adultes et sur les enfants. Les calculs ont été effectués en retenant une exposition à la contamination la plus élevée possible et une consommation alimentaire incluant les produits les plus contaminés.

Pour les six essais aux retombées les plus significatives :

- les doses efficaces maximales estimées sont systématiquement inférieures à 10 millisieverts, seuil retenu aujourd'hui par les normes de radioprotection pour une mise à l'abri ; la quasi-totalité de la population n'a pas été exposée à une dose supérieure à 5 millisieverts ;

- les doses à la thyroïde maximale sont systématiquement inférieures à 100 millisieverts, seuil retenu aujourd'hui pour la prise d'iode ; la quasi-totalité de la population n'a pas été exposée à une dose à la thyroïde supérieure à 50 millisieverts.

Les populations concernées par ces retombées les plus significatives sont celles de :

- Tureia, 50 habitants environ à l'époque des tirs (3 des 6 tirs) ;

- les Gambiers, 500 habitants environ à l'époque des tirs (3 des 6 tirs) ;

- deux communes de Tahiti (Faaone et Hitia'a) et la presque île de Taravao, 8 000 habitants à l'époque de ce tir (1 seul des 6 tirs).

Ces données sont néanmoins parcellaires, car elles ne concernent qu'une partie des populations et qu'une partie des essais.

Au total, on peut retenir les chiffres suivants : sur les 150 000 personnes présentes sur les sites concernés, entre 1960 et 1998, 70 000 d'entre elles ont fait l'objet de mesures de surveillance dosimétrique, 12 000 ont été exposées à des doses supérieures à la limite de détection (0,2 mSv), 2 500 personnes auraient été exposées à des doses supérieures à 1 mSv.

Ces chiffres sont par ailleurs à rapprocher de l'irradiation naturelle, qui varie de 1 à 10 millisieverts par an, selon le lieu (2,4 millisieverts en moyenne, notamment à Paris), et de l'irradiation médicale (évaluée en moyenne à 1 millisievert par an, avec des situations très variées).