B. LE RÉTABLISSEMENT DE LA PAIX PUBLIQUE

1. Une priorité identifiée dès l'origine par le Sénat

Votre rapporteur pour avis a toujours été convaincu de la nécessité de rétablir l'Etat de droit dans les quartiers en difficulté. Depuis la parution du rapport d'information sur la politique de la ville, en 1992, son propos n'a pas changé. Il notait notamment, dans le rapport précité, qu'il convenait de renforcer l'îlotage et les moyens d'intervention de la police, avant d'ajouter :

" Une grande réflexion nationale -non enfermée dans le corporatisme- sur l'organisation des tâches de police dans notre pays paraît s'imposer. Elle dépasserait, bien entendu, le seul cadre des besoins à satisfaire dans les quartiers urbains difficiles mais elle permettrait d'y apporter des réponses optimales.

Cette réflexion apparaît d'autant plus nécessaire qu'avec 220.000 policiers et gendarmes, notre pays ne manque pas d'effectifs même si, à plus d'un titre, il pourrait être justifié de les augmenter.

Mais l'utilisation de ces fonctionnaires, leur localisation et la détermination de leurs tâches n'ont guère varié en dépit de la mutation de la société française. Cent mille gendarmes sont affectés au maintien de l'ordre dans une France rurale de moins en moins peuplée. Cent vingt mille policiers (20 % de plus qu'il y a vingt ans) sont chargés de faire respecter la légalité républicaine dans une France urbaine dont la population a plus que triplé au cours des trente dernières années
. 7( * ) ".

Le Pacte de relance pour la ville a d'ailleurs placé le rétablissement de la paix publique au centre de la politique de la ville, la Commission spéciale créée par la Haute Assemblée, à cette époque, ayant pour sa part considéré que :

" le rétablissement de la sécurité dans les quartiers était bel et bien l'un des préalables essentiels au développement des activités économiques " et " qu'en l'absence de mesure en faveur de la sécurité, les avantages fiscaux ne suffiraient pas à enclencher une décision d'implantation. " 8( * )

2. Une priorité mise en oeuvre par le Pacte de relance
pour la ville

On rappellera brièvement ici les principales mesures de lutte contre la délinquance entrant dans le cadre du Pacte de relance lequel a intégré un certain nombre d'initiatives et de politiques existant avant sa mise en oeuvre.

a) Les actions de prévention et de lutte contre la délinquance prévues par le Pacte de relance

Parmi les actions de prévention, on retiendra :

L'accroissement du nombre des appelés du contingent affectés au service national ville.

L'effectif des jeunes gens effectuant un service ville a été porté à 10.000 en 1996. L'objectif, fixé initialement pour trois ans, a donc été atteint dès la première année. Sur ces 10.000 appelés, 4.700 sont affectés dans des établissements scolaires classés en zone d'éducation prioritaire et 5.300 le sont auprès d'associations, de missions locales ou d'organismes impliqués dans la politique de la ville.

Votre Commission des Affaires économiques s'interroge sur l'incidence de la suppression du service national pour les organismes qui bénéficient du concours des appelés effectuant un service-ville, et spécialement pour les associations.

En effet, le Gouvernement a, semble-t-il, l'intention de remplacer ces appelés par des jeunes titulaires d'emplois-jeune.

Votre rapporteur pour avis estime qu'une telle mesure est susceptible de porter un grave préjudice aux associations impliquées dans la politique de la ville. En effet, bien des associations ne pourront pas financer des emplois de ville.

Aussi, votre Commission souhaite-t-elle que le Gouvernement s'engage à prévoir les modalités de remplacement des appelés au titre du service ville, notamment à l'occasion de l'examen du projet de loi relatif aux volontariats, dont elle réclame le dépôt rapide.

L'ouverture des équipements sportifs


Intégrée dans les plans locaux d'animation, cette mesure bénéficie de crédits spécifiques.

La lutte contre la toxicomanie

Votre Commission des Affaires économiques a toujours estimé que la toxicomanie, avec le cortège de maux qui l'accompagnent : " deal " , violence, économie parallèle, était l'un des maux les plus graves qui caractérisaient certains quartiers en difficulté.

Elle approuve les mesures de prévention de la toxicomanie qui ont été mises en oeuvre telles que l'action de 198 policiers formateurs anti-drogue qui dispensent une formation continue au sein de la police nationale sur les problèmes posés par la toxicomanie dans les zones sensibles (près de 3.400 fonctionnaires y ont participé) et une action d'information auprès du public (en 1997, plus de 90.000 personnes ont été sensibilisés à ces questions).

Le renforcement des effectifs des personnels de police.

b) Les actions de lutte contre la délinquance

Les actions de lutte contre la délinquance ont également représenté une part importante du PRV :

le développement de la comparution à délai rapproché dans un délai de trois mois en correctionnelle (loi n° 96-585 du 1er juillet 1996).

Le Pacte prévoit l'élaboration de plans départementaux de prévention de la délinquance qui complèteront les plans départementaux de sécurité.

Le développement du gardiennage des immeubles situés en zone urbaine sensible est favorisé depuis la signature, le 6 juin 1996, d'un protocole entre l'Etat et l'Union fédérale des organismes de HLM (UNFOLM) qui prévoit que 1.000 emplois de ville seront mis, pendant quatre ans, à disposition des organismes de HLM.

Soulignons, en outre, qu'un récent rapport fait par M. Michel Alloncle a insisté sur la nécessité de renforcer les moyens de la gendarmerie compte tenu du fait que d'ici à 2015, 7,7 millions d'habitants s'installeront dans les zones relevant des compétences de la gendarmerie.

Or, actuellement, 13 % des brigades de gendarmerie et 19,5 % des gendarmes assurent la surveillance de 24,5 % de la population dans des zones où sont commis 33 % des délits recensés au niveau national.

Votre rapporteur souhaite qu'un rééquilibrage des effectifs soit opéré au bénéfice des zones périurbaines relevant de la gendarmerie.

Le traitement des faits à caractère non pénal

Il a été prévu :

- la création de 20 unités à encadrement éducatif renforcé , dont 10 dans le secteur public et 10 dans le secteur associatif habilité. Ces unités prennent en charge 5 à 6 mineurs engagés dans la délinquance et la marginalisation et pour lesquels les structures d'hébergement traditionnelles sont inadaptées ;

- la création d'une cellule nationale sur les capacités des foyers , capable de renseigner les magistrats sur les possibilités de placement des mineurs hors du département où est situé leur domicile ;

- le développement des maisons de justice et du droit et des groupes de traitement local de la délinquance (10 créations en 1997 et 10 prévues en 1998) ;

- le traitement en temps réel des procédures pénales ;

- l'amélioration de la cohérence et de l'efficacité des services intervenant dans la protection de l'enfance grâce à la signature de 54 conventions sur le signalement des mineurs ;

- la lutte contre les violences scolaires.

Votre rapporteur pour avis estime que la désagrégation des familles explique pour partie le désarroi de bien des jeunes en difficultés, l'agravation de la délinquance juvénile, et l'abaissement progressif de l'âge de la primo-délinquance.

Déjà, dans son rapport élaboré en 1992, votre rapporteur pour avis avait souligné le fait qu'il fallait réaffirmer le rôle de la famille et renforcer sa solidité, le cas échéant par des aides financières, pour assurer une meilleure présence parentale au foyer. De même il estime que seule une coordination renforcée avec les services de la protection judiciaire de la jeunesse permettra de re-socialiser certains jeunes délinquants.

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