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Forum des Sénats du monde



Palais du Luxembourg, 14 Mars 2000

LE BICAMÉRISME : DIVERSIFICATION ET AMÉLIORATION DE LA REPRÉSENTATIVITÉ

La représentation territoriale

M. Geraldo Melo, Premier vice-président du Sénat fédéral du Brésil ((*)*)

Monsieur le président du Sénat de la République française, mesdames, messieurs les présidents des Sénats du monde, éminents collègues, éminents membres des délégations ici présentes, mesdames, messieurs les représentants des autorités, mesdames, messieurs, je voudrais tout d'abord vous demander de me pardonner si je ne puis contenir l'émotion dont je suis saisi en cet instant, au moment où je suis accueilli dans les murs historiques de cette maison pour avoir l'honneur de représenter mon pays, en ce lieu où sont réunis les représentants des Sénats du monde.

Je ne puis m'empêcher d'évoquer une maison humble de la ville de Natal, cette petite ville dans laquelle j'ai vécu mon enfance, qui se trouve au bord de la mer dans l'État brésilien lointain de Rio Grande do Norte. Là, mon père, qui pendant toute sa vie a eu une véritable passion pour la France, accueillait les aviateurs français intrépides qui, à bord de leurs aéronefs encore précaires, commençaient à construire dans le ciel un pont, une passerelle, sur l'Atlantique Sud. C'étaient les compagnons de Jean Mermoz et de Saint-Exupéry, qui faisaient de leur travail quotidien un véritable roman de la vie réelle, parsemé d'audace, d'aventure et de poésie. C'est la raison pour laquelle, alors que ces aviateurs arrivaient chez nous et que je ne balbutiais encore que quelques mots en portugais, j'ai appris mes premiers mots de français. Aujourd'hui, je me retrouve ici à la tribune du Sénat français, qui est sans aucun doute l'une des plus hautes tribunes du monde. C'est donc pour toutes ces raisons que je ressens cette émotion que je ne puis occulter.

En outre, je porte ce matin la responsabilité de m'exprimer au nom de mes pairs, les autres sénateurs du Brésil, et d'essayer de me faire l'interprète de mon peuple au cours de cette grande manifestation organisée par le Sénat de la République française, dans un moment véritablement charnière de l'histoire de nos peuples et de leurs institutions face aux grands changements que connaît le monde entier aujourd'hui.

En vérité, dans le débat qui oppose ceux qui défendent l'institution du bicamérisme et ceux qui se font les avocats du monocamérisme, il faut insister sur le monde nouveau dans lequel nous vivons, où la technologie s'accroît à une vitesse vertigineuse. S'il est vrai que, d'une part, nous assistons à des transformations profondes qui affectent nos coutumes, nos habitudes, nos possibilités, qui chaque jour nous donnent de nouvelles formes de communication et d'information, qui multiplient les aspirations et les exigences des hommes, ces transformations exigeant de la part des États des décisions fermes, des modifications des structures juridiques, il est, d'autre part, indubitable que nous ne pouvons renoncer à la liberté, à l'expression pluraliste des opinions, des pensées, de la volonté de nos peuples, dont les institutions parlementaires sont à la fois dépositaires et garantes.

Ainsi, devant la complexité de ces défis, il incombe aux grands hommes d'État du monde de trouver les voies qui permettront aux Parlements de répondre aux nouvelles exigences de nos sociétés tout en préservant les libertés individuelles. Et si l'on regarde les choses de ce point de vue, dans le monde qui est en train de se dessiner aujourd'hui, les institutions parlementaires doivent à la fois répondre aux revendications exprimées par les tensions internes de nos sociétés qui arrivent avec vigueur jusqu'à nos parlements, mais aussi permettre de conserver un équilibre et d'avoir un rôle modérateur pour éviter toute précipitation face aux circonstances et aux pressions du moment.

Depuis l'indépendance du Brésil, c'est précisément le grand rôle que le Sénat a joué, et je ne vois pas comment je pourrais mieux contribuer au débat d'aujourd'hui qu'en présentant le témoignage de l'expérience brésilienne.

Après son indépendance vis-à-vis du Portugal, intervenue en 1822, l'empire du Brésil adopta sa première Constitution en 1824, comprenant un Parlement bicaméral, qui fut mis en place par l'empereur Don Pedro Ier, de la maison d'Orléans. Même si, à l'époque, la façon dont ses membres étaient choisis, ses compétences et ses responsabilités étaient différentes de celles qui prévalent aujourd'hui, le Sénat brésilien a été, tout au long de son histoire, l'un des instruments majeurs de la grande oeuvre politique que nous avons réussi à accomplir au cours des deux cents ans de notre existence en tant que pays indépendant, cette oeuvre politique qui a permis de garantir notre unité territoriale, notre unité linguistique, notre unité en tant que nation.

Nous sommes un pays de plus de huit millions de kilomètres carrés, avec une population supérieure à 160 millions d'habitants. Nous avons une population multiraciale qui parle la même langue. Nous n'avons pas de problèmes de frontières, car nos frontières ont été définies et acceptées par tous les pays voisins, avec une reconnaissance diplomatique universelle. Nous n'avons pas de mouvements séparatistes, il n'y a pas de défi posé à notre intégrité.

Cette grande oeuvre politique ne s'est pas faite par hasard. Elle a été le résultat d'une action consciente et déterminée qui a permis d'unir tous les politiques brésiliens, de tous les courants de pensée, de toutes les nuances, une génération après l'autre.

Au moment de l'instauration de la République, en 1889, un certain nombre de craintes se sont fait jour eu égard à la préservation de l'unité de notre nation, une nation jeune qui prenait alors la forme d'une fédération. Comme le disait Rui Barbosa, l'un des plus grands juristes et intellectuels brésiliens et l'un des plus éminents sénateurs de tous les temps de notre pays, « si les premières mesures adoptées par notre congrès ne démontrent pas que notre objectif principal c'est de maintenir l'unité, l'indivisibilité de la grande patrie brésilienne, alors la République n'aura été que la plus douloureuse des déceptions pour notre peuple et les amis de notre pays ».

Si l'unité nationale de notre pays a résisté aux dangers de cette époque et a su dépasser, surmonter tous les troubles et toutes les crises politiques, il est évident que le Sénat fédéral a joué un rôle essentiel pour maintenir cet équilibre interne au sein de notre pays.

Même dans les circonstances que nous vivons aujourd'hui, il existe encore un certain nombre de caractéristiques propres à notre société qui rendent impérative l'existence du Sénat. La concentration de la population dans les régions du sud et du sud-est du pays ainsi que le long de la côte, la répartition insuffisante de la richesse font partie de ces caractéristiques.

L'État de Sao Paulo par exemple, responsable de la production d'environ 50 % du revenu national, concentre sur son territoire 40 % de la population de notre pays. C'est l'un des vingt-sept États de la Fédération du Brésil ; il a, à la chambre des députés, presque quatre-vingts représentants, alors que onze États de notre pays n'ont chacun que onze représentants.

Les revendications de l'État de São Paulo sont légitimes, mais il n'en est pas moins évident qu'il faut répartir la richesse entre les États de la Fédération ; or cela serait rendu encore plus difficile si la représentation populaire était concentrée dans la seule Chambre des députés.

L'équilibre trouve donc sa source dans le Sénat fédéral, où la représentation territoriale est assurée par la présence de trois sénateurs pour chaque État. C'est ainsi que les excès peuvent être évités.

Au Brésil, il existe un véritable bicamérisme. En effet, les initiatives législatives peuvent émaner, sans aucune restriction, de l'une ou l'autre des deux chambres du Parlement. Ainsi, chacune des deux chambres peut réviser les initiatives de l'autre.

En outre, le Sénat exerce un certain nombre de missions spécifiques exclusives : par exemple, l'approbation de la nomination de certaines autorités telles que le procureur général de la République, les présidents de la Banque centrale ou d'autres institutions du même ordre, nos ambassadeurs à l'étranger.

Le Sénat a également pour prérogative d'autoriser l'endettement de l'Union fédérale, des États et des municipalités. Il doit ratifier les traités et les accords internationaux. Il a autorité pour juger le président et le vice-président de la République.

Le Sénat du Brésil est renouvelé tous les quatre ans par tiers ou par deux tiers, alternativement ; de ce fait, notre chambre est moins sensible aux pressions électorales. Cela nous permet de mener à bien la mission qui nous est confiée et qui a été définie par Tocqueville : être un frein aux impulsions immédiates des représentants de la majorité élue.

Cette fonction modératrice, que vous avez vous-même déjà mentionnée, monsieur le président, explique que, au cours des dernières années, le nombre de pays qui ont adopté le bicamérisme ait augmenté : de quarante ils sont passés à soixante.

Même s'il existe des imperfections dans le système bicaméral, il me semble que c'est néanmoins le système le plus adéquat pour maintenir l'unité nationale tout en respectant la pluralité des peuples.

C'est sans doute, dans ces moments de transformation et d'incertitude que nous vivons, un élément clé pour préserver la liberté de l'homme sans pour autant laisser de côté les défis que nous devons tous relever. (Applaudissements.)

M. Bachir Boumaza, président du Conseil de la Nation d'Algérie

Mesdames, messieurs les présidents, Excellences, mesdames, messieurs les sénateurs, permettez-moi tout d'abord d'adresser mes plus vifs remerciements au président Christian Poncelet pour l'hospitalité et la chaleur de l'accueil qui nous sont réservés depuis notre arrivée.

Je voudrais également, monsieur le président, vous féliciter vivement pour cette heureuse initiative que vous avez prise de nous réunir aujourd'hui autour de ce thème majeur pour l'avenir de notre démocratie que constitue incontestablement le bicamérisme. Je suis persuadé que nos travaux seront couronnés de succès et qu'ils constitueront le point de départ d'une réflexion approfondie sur le fonctionnement de nos institutions.

Je souhaite, au nom de la délégation algérienne, apporter ma modeste contribution à ce forum en exposant la genèse de l'expérience algérienne en matière de bicamérisme.

C'est seulement avec la révision de la Constitution de 1989, intervenue en 1996, qu'est né le Conseil de la Nation, l'équivalent du Sénat français.

Il est important de rappeler à ce titre que le Conseil de la Nation a été créé dans une conjoncture exceptionnelle, caractérisée notamment par une violence dont l'ampleur ébranlait les fondements de la République, menaçait l'édifice institutionnel et risquait d'hypothéquer dangereusement les chances d'une démocratie naissante.

Cela étant, l'idée d'instituer une deuxième chambre ne répondait pas seulement à la nécessité de conjurer la crise à travers des aménagements institutionnels. Elle résultait également, et avant tout, d'une double évolution : interne et internationale.

Au plan interne, les mutations qu'a connues le système politique algérien, depuis le passage de la légitimité dite « révolutionnaire » à la légitimité « institutionnelle », populaire, et la consécration de l'état de droit, ont ouvert la voie à une expression des idées et des opinions dans un cadre pluraliste.

Avant la révision constitutionnelle de 1996, le souci d'assurer la plus large représentation de toutes les sensibilités politiques et sociales nous avait conduits à retenir un système à chambre unique, élue au suffrage universel direct et à la proportionnelle intégrale. Chacun sait que ce mode de scrutin n'est cependant pas exempt de risques : il peut conduire à des chambres « bouillonnantes », à des pratiques de surenchère, surtout dans les démocraties naissantes, comme ce fut le cas en Algérie.

La conjoncture de violence et d'extrémisme qui a marqué notre pays à partir des années quatre-vingt-dix, et qui a fini par constituer un danger pour la consolidation de la démocratie, a fait ressortir la nécessité de mettre en place un instrument institutionnel de modération, d'équilibre, pour assurer la pérennité de l'État républicain et de la démocratie.

C'est une des raisons qui ont conduit à créer, en 1996, une deuxième chambre, le Conseil de la Nation, correspondant à ce que les Français ont appelé, en d'autres temps, le Conseil de la République.

Il s'agissait de se doter d'un pôle d'équilibre et de stabilité, d'une assemblée réunissant ceux que j'ai appelés les « gardiens du temple de la République ».

Cette démarche impliquait en outre une évolution qualitative du parlementarisme. De même que le multipartisme avait remplacé le parti unique, le bicamérisme venait améliorer le système parlementaire à chambre unique.

Par ailleurs, cette évolution s'inscrivait dans la tendance mondiale au développement du bicamérisme, tendance que vous avez relevée, monsieur le président.

Ainsi, la majorité des États composant l'Union européenne sont dotés d'une seconde chambre, expression d'une démocratie avancée, gage d'équilibre et de stabilité.

En Afrique aussi, la tendance est à l'institution d'une deuxième chambre, comme en témoignent les réformes institutionnelles qui interviennent dans de nombreux pays de ce continent.

Au lendemain des indépendances, le constituant africain n'avait pas cédé à la tentation bicamérale, en raison de la volonté de centralisation politique - que nous avons, vous me permettrez de le dire, quelque peu héritée du jacobinisme français - des premiers exécutifs africains, mais aussi et surtout en raison de la place marginale réservée à la représentation populaire.

Aujourd'hui, l'instauration d'une deuxième chambre au sein des nouveaux parlements africains participe du processus de démocratisation des régimes politiques.

La représentativité des deuxièmes chambres a été souvent mise en doute en raison du suffrage indirect dont elles sont issues. Le procès que l'on vous a fait, monsieur le président, on nous le fait également aujourd'hui, et cette question fait l'objet de controverses.

Dans le contexte de l'Algérie, et face au « déficit démocratique » qui tient tout à la fois à la faible structuration des partis politiques -notamment au niveau de leur implantation régionale - à la nouveauté de l'expérience pluraliste et aux résistances multiples, plus ou moins apparentes, qu'elle suscite, aux particularismes liés à l'histoire et à la culture, le Conseil de la Nation se présente assurément comme une assemblée représentative. Il apporte une légitimité supplémentaire à l'édifice institutionnel, qu'il renforce par sa spécificité.

Par ailleurs, le Conseil de la Nation assure une large représentation territoriale. Ses membres sont élus pour les deux tiers parmi les membres des assemblées communales et des assemblées populaires de wilaya - la wilaya est l'équivalent d'une préfecture - en dehors de toute considération démographique et à raison de deux représentants par wilaya.

L'image d'un pays, comme vous le savez, ne se réduit pas à ses forces politiques. Elle doit être le reflet de la population mais aussi de son territoire. C'est l'un de vos anciens présidents qui, ici même, a eu la formule la plus juste : « Si l'Assemblée nationale est le reflet de la démographie d'un pays, le Sénat est le reflet de sa terre et de sa géographie ».

Cette réflexion peut être étendue, toutes proportions gardées, à l'Algérie, dont le territoire est à la fois immense et extrêmement varié. Je rappelle que l'Algérie est, après le Soudan, le pays le plus vaste d'Afrique.

Le Conseil de la Nation offre ainsi une possibilité d'expression aux collectivités territoriales. Il est, à cet égard, un relais vivant entre les instances locales et les pouvoirs centraux. Sa composition donne au principe de la décentralisation sa signification constitutionnelle, comme moyen réel de participation des citoyens à la gestion des affaires publiques.

J'insiste sur le fait que chacune des quarante-huit wilayas est représentée par deux délégués, quel que soit le nombre de ses habitants. Une wilaya qui a la même superficie que la France mais qui ne compte que 36 000 habitants a deux représentants, au même titre que la wilaya d'Alger, qui est évidemment beaucoup plus peuplée.

C'est un correctif que nous apportons à la loi du nombre. C'est la prise en compte de la nature particulière de notre pays, un pays vaste, où les richesses naturelles, les richesses matérielles et les richesses humaines sont inégalement réparties.

Le Conseil de la Nation participe à l'oeuvre législative, sa contribution étant sollicitée aux différentes phases d'élaboration de la loi. Même s'il n'est pas saisi directement des projets de loi, sa participation à la procédure législative est toutefois décisive. Il apporte, en effet, de par sa composition, une réponse spécifique à la technicité accrue des problèmes qui sont aujourd'hui soumis au législateur. Il apporte, pour ainsi dire, le professionnalisme nécessaire à l'activité parlementaire, souvent dominée par des débats d'ordre idéologique, voire étroitement partisan.

Un tiers des membres du Conseil de la Nation sont désignés par le Président de la République parmi les personnalités et compétences nationales dans les domaines scientifique, culturel, professionnel, économique et social. Nous sommes convaincus que ce tiers-là enrichira à son tour la production normative en contribuant à une meilleure qualité du travail législatif.

On a parlé, à ce propos, de « quart bloquant » puisque notre système parlementaire exige que, pour être adoptée, une loi soit acceptée par les trois quarts des membres du Conseil de la Nation.

L'expérience de deux années d'exercice du Conseil de la Nation montre qu'il n'en est rien. Les positions exprimées en son sein et lors des différents scrutins reflètent clairement la diversité des personnes désignées, de leurs compétences, de leurs origines sociales, tout autant que leur souci d'indépendance intellectuelle, ce qui est à l'opposé de toute idée de bloc.

Le Conseil de la Nation doit se garder dans son action législative de deux écueils majeurs.

Le premier, c'est d'être une simple chambre d'enregistrement. Nous, les Français et les Algériens, avons bien connu les assemblées de « béni-oui-oui » ; elles appartiennent à une page dorénavant tournée de notre histoire.

Le second écueil, c'est de se livrer à une obstruction systématique. Comme les Méditerranéens aiment bien les images, je dirai que nous voulons être une écluse et non un barrage.

En portant un deuxième regard sur les lois, le Conseil de la Nation peut, grâce à l'indispensable recul qui est le sien, apporter un « plus » appréciable à l'édifice législatif. Nous n'avons pas la prétention d'être meilleurs que les autres ; simplement, nous avons davantage de recul pour apprécier s'il faut adopter ces lois, les amender ou les rejeter.

Le Conseil de la Nation joue également un rôle important dans le contrôle de l'activité gouvernementale, notamment en matière d'utilisation des crédits budgétaires.

La Constitution lui ouvre par ailleurs la possibilité d'instituer à tout moment des commissions d'enquête sur les affaires d'intérêt général, ainsi que la possibilité de poser des questions écrites ou orales au Gouvernement.

Enfin, le Conseil de la Nation participe au respect de la Constitution et à l'ordre constitutionnel. J'ai dit que nous étions les « gardiens du temple » de la République algérienne démocratique et populaire.

À ce titre, il participe au contrôle de la constitutionnalité des lois par le pouvoir de saisine qu'il exerce par l'intermédiaire de son président, de même que par sa présence de plein droit au Conseil constitutionnel qui compte deux de ses membres élus.

Il est également partie prenante à toute révision constitutionnelle.

Le Conseil de la Nation participe par ailleurs au maintien de l'ordre constitutionnel et à la pérennité de l'État dans le cas d'empêchement du Président de la République en assurant, par le biais de son président, second personnage du pays, l'intérim du chef de l'État.

Dans les circonstances exceptionnelles, le président du Conseil de la Nation est consulté obligatoirement avant que l'état d'urgence, l'état de siège, l'état d'exception ou l'état de guerre ne soient décrétés.

Dans ces circonstances, le Conseil de la Nation joue également un rôle important en ce qui concerne leur prorogation ou les modalités de leur organisation. C'est dire qu'il remplit en Algérie des fonctions qui se rapportent tout à la fois aux corps socio-politiques, dont il est appelé à assurer la représentation, à la sauvegarde de la Constitution et à l'équilibre des pouvoirs dans le jeu institutionnel.

À cet égard, vous avez bien fait, monsieur le président, de rappeler que nous ne sommes ni les concurrents, ni les adversaires de la première assemblée. Nous ne sommes pas meilleurs, nous intervenons à un stade qui nous permet d'apporter un « plus » dans le travail législatif.

De ce point de vue, le Conseil de la Nation n'est certes pas un organe de trop. Il doit oeuvrer de façon à démontrer que sagesse et équilibre ne sont pas incompatibles avec imagination et modernité.

Monsieur le président, je souhaitais partager avec vous ces quelques réflexions sur une expérience, certes nouvelle et perfectible, mais qui se veut en harmonie tant avec les mutations profondes que connaît aujourd'hui la société algérienne qu'avec les tendances majeures marquant l'évolution des systèmes politiques institutionnels à l'échelle mondiale.

Je saisis également cette occasion pour vous dire combien j'ai apprécié l'opportunité de ce forum qui nous permet de nous rencontrer, de nous connaître, de nous estimer mutuellement et de nous enrichir de nos expériences collectives. Je lui souhaite le plus grand succès. (Applaudissements)

La représentation des communautés

M. Brian Mullooly, président du Sénat d'Irlande((*)*)

Monsieur le président du Sénat de la République française, je tiens à vous remercier, en préambule, d'avoir organisé cette conférence. Je vous sais également gré des chaleureuses paroles d'accueil que vous avez prononcées et de l'hospitalité qui nous est témoignée depuis notre arrivée à Paris, hier.

Au cours de ce bref exposé, je voudrais vous préciser l'importance du rôle que joue le Seanad Éireann dans la représentation de la communauté et rappeler succinctement le système complexe des élections au Sénat et son influence sur la façon dont il exerce son rôle.

La constitution irlandaise a été promulguée par le peuple irlandais le 1er juillet 1937. L'article 15 de la Constitution prévoit que le Parlement national « est composé du président et de deux chambres ». La chambre basse, ou chambre des représentants, est appelée Dáil Éireann et la chambre haute, ou Sénat, Seanad Éireann. La Constitution stipule que personne ne peut être membre des deux chambres en même temps.

Lorsque des élections ont lieu à la Dáil Éireann, des élections générales doivent également être organisées au Seanad Éireann dans un délai de quatre-vingt-dix jours suivant la dissolution de la Dáil

Lors de la première réunion qui suit une élection générale, le Seanad Éireann élit un Cathaoirleach, un président, qui devra présider de manière impartiale les débats de la chambre. C'est au titre de Cathaoirleach of Seanad Éireann que je m'adresse à vous aujourd'hui.

Bien que chacune des deux chambres soit représentative de la communauté, il me semble juste de souligner que le Seanad Éireann est plus représentatif de la communauté que la Dáil Éireann. Cela tient à diverses raisons, dont l'une des principales est sans doute le système d'élection du Seanad Éireann.

Les membres de la Dáil Éireann sont directement élus par le peuple, sur la base du système de la représentation proportionnelle et du report des voix. Les membres de la Dáil Éireann représentent des circonscriptions définies par la loi et sujettes à une révision périodique. L'État est actuellement divisé en quarante-deux circonscriptions, chacune de trois membres minimum et de cinq maximum M. La Dáil Éireann compte, en moyenne, 166 députés.

Les sénateurs ne représentent pas de sections territoriales et ne sont pas directement élus par le peuple. La Constitution prévoit que la chambre doit compter soixante membres, dont quarante-neuf sont élus et onze sont nommés par le Taoiseach, le Premier ministre.

Si la tradition veut que la majorité des onze sénateurs nommés par le Taoiseach soit constituée d'hommes et de femmes politiques, elle désire également que figurent parmi eux des personnes qui exercent des fonctions importantes dans des associations nationales de volontaires et des représentants de minorités qui n'auraient sans cela que peu de chances de succès aux élections.

Six des quarante-neuf membres sont élus par les diplômés des deux plus anciennes universités d'Irlande. Les diplômés de la National University of Ireland élisent trois sénateurs. Les trois autres sont élus par les diplômés de la Dublin University, plus connue sous le nom de Trinity Collège.

Un article de la Constitution prévoit l'extension de la franchise de l'Université aux diplômés des autres universités irlandaises et aux instituts de troisième cycle, mais rien ne permet actuellement de dire quand cela interviendra.

Les sénateurs qui sont élus par l'Université ne sont généralement pas des membres actifs de partis politiques et n'exercent aucune fonction au sein du Gouvernement local. Néanmoins, ils représentent souvent des intérêts non exprimés à la Dáil Je crois que ce fait, ajouté à leur approche novatrice et indépendante de la chose politique, est très significatif dans le contexte de la représentation de la Communauté.

Les quarante-trois autres sénateurs sont élus à partir de cinq listes de candidats représentant des intérêts divers.

La langue et la culture nationales, les arts, l'éducation et certains intérêts professionnels sont représentés par les candidats de la première liste, habituellement connue sous le nom de « liste de la culture et de l'éducation », qui donne lieu à l'élection de cinq sénateurs.

L'agriculture et les secteurs proches, incluant la pêche, sont représentés sur une deuxième liste. C'est la liste de l'agriculture sur laquelle onze sénateurs sont choisis.

Une troisième liste représente le Labour, organisé ou non. Onze sénateurs sont élus à partir de cette liste sur laquelle j'ai été moi-même élu à chaque élection du Seanad depuis 1981.

L'industrie et le commerce, y compris la banque, les finances, la comptabilité, l'ingénierie et l'architecture, sont représentés sur la quatrième liste. Celle-ci est habituellement désignée comme liste commerciale, et neuf sénateurs y sont choisis.

L'administration publique et les services sociaux, incluant les activités volontaires, sont représentés par la cinquième liste. Sept sénateurs proviennent de cette liste connue sous le nom de liste administrative.

Sur chacune de ces cinq listes, les candidats sont élus à la proportionnelle au moyen du report de voix.

Avant de pouvoir être désigné, tout candidat potentiel à une élection au Seanad doit confirmer au Seanad Returning Officer qu'il - ou elle - connaît et possède une expérience pratique des intérêts et des services représentés sur la liste.

Les candidats à chacune des cinq listes sont nommés selon deux méthodes différentes, si bien que chaque liste est partagée en deux sous-listes qui sont généralement désignées comme sous-liste des Oireachtas et sous-liste des Nominating Bodies et un nombre minimum de candidats doit être élu à partir de chacune d'entre elles.

Chaque candidat des sous-listes Oireachtas est nommé par quatre membres de Y Oireachtas. L'autre sous-liste est composée de candidats nommés par les organismes inscrits au registre des organismes électeurs pour cette liste particulière.

Le registre des organismes électeurs pour chacune des cinq listes est établi par le Seanad Returning Officer en fonction de la législation gouvernementale et il est révisé chaque année.

On compte actuellement quatre-vingt-neuf organismes inscrits au nombre des organismes électeurs. Pour pouvoir être inscrits au registre, les membres ou objets et activités d'un organisme doivent avoir un lien direct avec les intérêts représentés par la liste particulière sur laquelle chaque organisme souhaite être autorisé à nommer un ou plusieurs candidats.

Sur certaines listes, les organismes électeurs ont le droit de nommer plus d'un candidat. Toutefois, aucun membre de Y Oireachtas ne peut être impliqué dans la nomination de plus d'un candidat.

Compte tenu du système de nomination que nous venons d'évoquer, il est inévitable que beaucoup d'aspirants à la candidature ou de candidats potentiels ne parviennent pas à assurer leur nomination.

Lorsque les candidats parviennent à franchir tous les obstacles, l'authenticité de l'élection peut encore être contestée. Pour preuve de la nature extrêmement concurrentielle d'une élection au Seanad, nous rappellerons que, en 1997, 118 candidats au total ont contesté les quarante-trois sièges.

Les électeurs qui élisent les quarante-trois membres sur les cinq listes sont les membres de la nouvelle Dáil récemment élue, les membres du Seanad existant avant la dissolution de la Dáil et, surtout, les membres élus des vingt-neuf conseils de district, les County Council, et des cinq conseils municipaux, les City Councils. Lors de l'élection générale au Seanad de 1997, il y avait 992 électeurs, dont 883 étaient membres de County Councils ou de City Councils. Un membre de la Dáil ou du Seanad qui est également membre d'un council ne dispose que d'une voix.

Depuis que la plupart des électeurs du Seanad sont membres de partis politiques, les votes se portent en règle générale sur des candidats qui respectent la ligne du parti. En réalité, un candidat doit donc être affilié à un parti politique pour avoir une réelle chance de succès. Ce n'est sans doute pas exactement ce qu'avaient imaginé ceux qui, en cette lointaine année 1937, avaient conçu le Seanad comme une chambre professionnelle composée principalement de personnes issues de cinq des principaux secteurs d'activité de la communauté,

Mais je tiens à affirmer que les intérêts de ces cinq secteurs sont, et ont toujours été au cours des ans, extrêmement bien représentés au Seanad, malgré l'influence que les partis politiques exercent dans la composition de ce dernier.

Je pense qu'il y a plusieurs raisons à cela. Outre le fait qu'un grand nombre des électeurs du Seanad font partie des administrations locales, deux tiers des membres existants de la Seanad Éireann appartiennent eux-mêmes aux conseils municipaux et aux conseils de district.

À ce titre, ils ont une responsabilité collective à servir les intérêts de la communauté. En tant que membres de l'autorité locale, ils se doivent de rendre un grand nombre de services aux communautés qu'ils représentent. Ces services concernent les huit groupes programme qui représentent les fonctions de l'autorité locale. Ces huit. groupes programme sont : urbanisme et construction, transports routiers et sécurité, eau potable et eaux usées, incitation et contrôle du développement, protection de l'environnement, jeux et équipements, agriculture, santé et aide sociale, services divers,

Même les sénateurs qui n'appartiennent pas à l'autorité locale vont, pour des raisons électorales, rester en contact étroit avec leur électorat qui dépend de l'autorité locale et s'intéresser à toutes les questions qui touchent ou concernent les communautés représentées par les membres de cette autorité locale.

L'appartenance au Seanad Éireann offre, à tous les sénateurs qui le désirent, une plate-forme nationale qui leur permet de poser, à l'échelon national, les questions d'intérêt local. Plusieurs procédures sont prévues. Toute question d'importance locale, comme le financement d'un équipement ou d'un service, peut faire l'objet d'une motion qui est soumise au vote de la Chambre. Le sénateur rapporteur dispose de dix minutes pour traiter le sujet en présence du ministre compétent dans ce domaine, et celui-ci lui répond. Un examen de la teneur des questions soumises au vote montre que la grande majorité des problèmes posés concerne la communauté et revêt une importance locale.

Des questions litigieuses ayant une incidence locale mais relevant aussi de la politique nationale peuvent être inscrites par les sénateurs par le biais de motions de membres individuels. Chaque semaine, une motion d'un membre individuel est débattue pendant deux heures en session plénière de la Chambre, en présence d'un ministre qui participe également aux débats.

Il existe également, dans les procédures de la Chambre, une disposition qui prévoit que les membres peuvent poser de très courtes « questions d'intérêt général » qui sont soumises aux ministres concernés. Une réponse écrite du ministre responsable est donnée chaque fois en priorité.

Je crois que l'étroite liaison électorale établie avec la démocratie locale valorise grandement l'image du Seanad et renforce son rôle de représentation de la communauté.

Elle garantit la parfaite information des sénateurs concernant les préoccupations des élus locaux membres du Gouvernement. Elle confirme leur rôle de parlementaires régionaux. Elle les tient informés des aspirations de l'électorat à l'échelon local. Mais surtout elle offre un accès à la plate-forme nationale même aux groupes les plus marginalisés de la communauté étatique.

Si le projet actuel visant à interdire aux membres du Seanad d'occuper une fonction en tant que membres élus de l'autorité locale devait être mis en oeuvre, le système d'élections au Seanad Éireann continuerait à assurer que la politique, même à l'échelon Sénatorial, n'est qu'un autre nom donné à une représentation structurée de la communauté. (Applaudissements.).

PRÉSIDENCE DE M. JEAN FAURE
Vice-président du Sénat de la République française

Débat

M. Andrés Zaldivar Larrain, président du Sénat du Chili((*)*)

Je voudrais tout d'abord féliciter le Sénat de la République française d'avoir pris l'initiative de nous réunir pour débattre sur un sujet particulièrement important.

En tant que Sénat, en tant que Parlement, quelle est notre mission au XXIe siècle ? À cette question, nous, présidents de Sénat et sénateurs présents, devons répondre que nous voulons un bon fonctionnement de la démocratie au prochain siècle. Or, cela n'a pas été le cas au XXe siècle, qui a été traversé par de graves atteintes à la démocratie, la dictature ayant souvent prévalu, notamment sur notre continent.

Comment faire pour que le système parlementaire fonctionne mieux ? À mes yeux, le système bicaméral est la meilleure réponse. Je fonderai mon propos sur l'expérience chilienne.

Dans notre pays, le Sénat remplit trois missions. Il s'agit, tout d'abord, d'une mission législative, conjointement avec la Chambre des députés. Il s'agit, ensuite, d'une mission de recherche du consensus et de prévention des conflits, mission qui me semble très importante. Il s'agit, enfin, de fonctions spécifiques telles que la nomination d'un certain nombre d'autorités ou le jugement des grandes autorités de l'État.

Cependant, j'ai une grande interrogation sur la composition du Sénat. S'agissant du Chili, compte tenu de la dictature que nous avons subie pendant vingt ans, nous avons un Sénat à la composition mixte. D'une part, 36 sénateurs sont élus par moitié tous les quatre ans. D'autre part, 9 sénateurs sont des membres institutionnels, nommés à vie, parmi lesquels l'ex-commandant des forces armées, le président de la Cour suprême et deux représentants du Président de la République. Or, vous le savez, le sénateur à vie controversé aujourd'hui, c'est Pinochet, qui a été à la tête du Gouvernement militaire. Moi, j'ai été exilé par le Gouvernement de Pinochet et aujourd'hui Pinochet me demande, à moi qui suis président du Sénat, la parole pour s'exprimer dans l'hémicycle.

Sur quarante-cinq membres de notre Sénat, il nous faut vingt-trois membres élus. Ce qui est certain, c'est que Pinochet est toujours là et j'en déduis que les Sénats doivent être élus par le suffrage populaire. Il ne peut pas y avoir de sénateurs nommés. Les sénateurs doivent représenter véritablement la population, que ce soit par le biais d'un suffrage indirect ou d'un suffrage direct.

De plus, il faut que ce soit ces sénateurs élus qui aient la majorité. Dans notre Sénat, si nous voulons légiférer, il faut des majorités politiques, et parfois nous sommes obligés d'avoir recours aux sénateurs nommés à vie pour faire passer une loi.

Aussi, la question que je me pose est la suivante : comment les Sénats doivent-ils être composés pour que, dans un régime bicaméral, la démocratie fonctionne véritablement, pour qu'elle se renforce et ne soit pas affaiblie ? (Applaudissements.)

M. Boubou Farba Dieng, président du Sénat de Mauritanie.

Monsieur le président, mes chers collègues, au nom de tous les membres du Sénat de Mauritanie, je veux remercier le Sénat de la République française de nous avoir offert l'occasion historique de nous rencontrer, nous les présidents des Sénats du monde, pour évoquer l'avenir de nos institutions et travailler au rapprochement de nos peuples.

Ce forum répond à un besoin évident, et le succès de cette manifestation le démontre mieux que tout. Le Sénat de Mauritanie, créé par la Constitution du 20 juillet 1991, représentant les collectivités locales, s'en réjouit d'autant plus qu'il revendique en Afrique le statut d'ancien et suit donc avec une attention toute particulière la diffusion du système bicaméral en Afrique.

J'ai conscience, mes chers collègues, de la nécessité d'être bref; c'est la rançon du succès de ce forum M. Cependant, permettez-moi de lancer, à l'attention de tous mes collègues d'Afrique, une idée : pourquoi ne pas réaliser, dans le cadre de notre continent, un Forum des Sénats d'Afrique pour y confronter nos expériences et réfléchir à notre avenir ? J'invite, en tout cas, mes collègues africains que cette idée intéresse à prendre contact avec moi - pourquoi pas aujourd'hui même ? -de façon que nous puissions tous ensemble évoquer cette question. (Applaudissements.)

M. Taher Masri, sénateur, ancien Premier ministre de Jordanie((*)*)

Je tiens à remercier infiniment M. le président Christian Poncelet de son aimable invitation et de l'initiative qu'il a prise de réunir les chambres hautes, les Sénats, afin que nous apprenions à nous connaître et que nous appuyions ensemble les principes du bicaméralisme.

Monsieur le président, nous avons été profondément émus par votre intervention et par les idées que vous nous avez présentées. Il n'existe pas de meilleur endroit pour cette réunion que Paris, capitale de la culture, capitale de la démocratie.

Depuis l'indépendance, la chambre haute du Parlement jordanien sert la cause de la démocratisation, du pluralisme et d'une législation équilibrée. Si les membres sont certes nommés par le roi et non pas élus, ils sont cependant tout à fait représentatifs des différentes forces économiques, politiques et sociales de Jordanie et représentent un large spectre.

C'est une institution qui joue à plein le rôle qui lui est attribué par la Constitution. Ses membres apportent avec eux aussi bien maturité qu'expérience et sagesse.

Cette chambre haute a moins de pouvoirs que la chambre basse, appelée « Chambre des représentants », qui est élue. Ainsi, le fait de donner ou de retirer la confiance au Gouvernement incombe à la chambre basse et non pas à la chambre haute.

Toutefois, la Cour suprême, constituée de huit membres, dont trois élus par le Sénat parmi ses membres, est présidée par le président de la Chambre haute. Ce tribunal a pour fonction principale de donner une interprétation de la Constitution ; il est également compétent, le cas échéant, pour juger les membres du Gouvernement qui auraient commis des délits.

Le bicaméralisme permet d'assurer en Jordanie une bonne représentation du pays, une stabilité de ce dernier, une prise de décision sage et raisonnable ; il contribue également au processus d'adoption de la législation.

Nous sommes tout à fait satisfaits de ce système et souhaitons vivement le voir se propager à d'autres démocraties. (Applaudissements.)

M. Mohammed Jalal Essaid, président de la Chambre des Conseillers du Maroc

Monsieur le président, dans quelques instants, j'aurai l'honneur de présenter une communication au sujet de l'amélioration de la production législative dans le cadre du système bicaméral. Mais, à ce stade de la discussion, je voudrais simplement intervenir dans le débat sur le thème : « Le bicamérisme : diversification et amélioration de la représentativité », dont les deux volets sont, d'une part, la représentation territoriale et, d'autre part, la représentation des communautés.

Je voudrais remercier très chaleureusement tous les intervenants de leurs exposés remarquables. Dans le débat que nous connaissons tous, pour ou contre le système bicaméral, les interventions d'aujourd'hui nous ont beaucoup réconfortés et nous ont laissé l'impression que le système à deux chambres représente, bien que cela puisse paraître contradictoire, le système de l'avenir. D'ailleurs, M. le président Christian Poncelet a indiqué que plus de soixante-dix pays connaissent actuellement ce système et qu'une douzaine d'autres États s'apprêtent à se lancer dans la même expérience.

Les exposés que nous avons écoutés ont mis l'accent sur l'élément essentiel qui a été à l'origine même du système bicaméral, à savoir la représentation des différentes collectivités territoriales, la représentation des minorités, la représentation des différentes communautés. Cela est vrai depuis toujours, et cela est plus vrai que jamais aujourd'hui.

Mais je voudrais ajouter que l'expérience bicamérale est encore plus riche. En effet, elle vise à assurer également la représentation des corps socio-économiques. Permettez-moi, à cet égard, d'évoquer brièvement l'expérience marocaine.

Si les trois cinquièmes des membres de la Chambre des Conseillers du Maroc représentent certes les différentes collectivités territoriales - communes rurales ou municipales, préfectures ou provinces et régions - les deux cinquièmes qui restent représentent les secteurs vitaux, ce que le roi défunt Sa Majesté Hassan Il a appelé « les secteurs qui assurent la nourriture des Marocains », c'est-à-dire les forces de production : d'une part, les différentes chambres professionnelles - commerce, industrie, artisanat, chambre maritime - et, d'autre part, les représentants des différents syndicats de salariés.

Je cite cet exemple non pas uniquement pour faire connaître notre expérience, mais aussi pour affirmer que le système bicaméral permet d'assurer à la fois une meilleure représentation des différentes collectivités et des communautés, ce qui est fondamental, et la représentation des différentes forces de production, des différents organismes intervenant dans la production. (Applaudissements.)

M. Moussa Sanogo, président de la Chambre des Représentants du Burkina Faso

Monsieur le président, je me proposais d'intervenir cet après-midi, lorsque liberté sera donnée de le faire à tous les participants ; mais, comme vous nous offrez l'opportunité de prendre la parole pour trois minutes et de soulever nos inquiétudes, je me dois de relever dès à présent la qualité des communications qui viennent de nous être faites par les représentants du Brésil, de l'Algérie et de l'Irlande. Ces communications nous ont permis d'appréhender les différents rôles des secondes chambres, des Sénats.

Au centre de toutes les interventions figurent la question de l'intérêt national et le rôle d'approfondissement de la démocratie que jouent les secondes chambres, les Sénats.

Ce problème d'unité nationale est capital, et nous nous devons de mener une réflexion en ce sens en vue de l'élargissement de la représentativité des sensibilités au niveau des religieux, des coutumiers et des ethnies.

Je me propose de vous livrer cet après-midi l'expérience du Burkina Faso. (Applaudissements.)

M. Abdelaziz Abdelghani, président du Conseil consultatif du Yémen((*)*)

Tout d'abord, je tiens à remercier en mon nom propre et au nom de la délégation du Yémen M. Christian Poncelet de nous avoir invités à participer à ce forum des Sénats du monde, qui se tient pour la première fois. Nous nous félicitons de cette initiative du Sénat français.

Un Sénat a été créé au Yémen en 1994. Notre expérience est donc récente. Notre Sénat, qui englobe tous les gouvernorats du pays et tous les partis, participe, avec la Chambre basse, à la discussion des lois et des décrets qui lui sont transférés pour examen par le Président de la République.

Le bicamérisme est essentiel pour renforcer la démocratie. Le Yémen, qui, après l'unité yéménite, a adopté la démocratie fondée sur la pluralité politique, oeuvre pour renforcer le système démocratique et pour élargir la participation à la prise de décisions politiques. C'est sur cette base que le Sénat a été créé.

Nous oeuvrons maintenant pour développer les fonctions, les prérogatives du Sénat et pour élargir sa composition, afin de renforcer la démocratie et de permettre la participation populaire la plus large dans la prise des décisions. (Applaudissements.)

Mme Françoise Saudan, Première vice-présidente du Conseil des États de Suisse

Monsieur le président, je tiens à vous remercier de l'opportunité qui nous est donnée aujourd'hui de débattre d'un sujet essentiel pour l'avenir de la démocratie.

Dans la droite ligne des interventions qui viennent d'être faites, j'apporterai l'expérience de mon pays qui est à certains égards absolument exemplaire dans la mesure où la Suisse pratique un bicamérisme parfait, lequel se caractérise, comme vous le savez, par trois éléments. Tout d'abord, le système d'élections des deux chambres est totalement différent : alors que la chambre basse est élue au système proportionnel, la chambre haute, ou Sénat, est élue au système majoritaire. Par ailleurs, les deux chambres délibèrent de manière absolument séparée. Enfin, et surtout, la chambre haute a les mêmes compétences, les mêmes pouvoirs que la chambre basse.

Mais ce qui est intéressant dans l'expérience helvétique, c'est que la chambre haute résulte d'une nécessité politique, historique et géographique.

Elle fait suite à une nécessité politique, car le système a été créé sur la base de l'abandon des compétences de chacune des petites Républiques et cantons qui constituent la Suisse ; de plus, nous avons adopté un système très particulier que vous connaissez tous, je pense, à savoir le système de la démocratie semi-directe, qui donne en fait le dernier mot au peuple. Ce système exige des relais extrêmement importants au niveau des collectivités locales.

La chambre haute résulte aussi d'une nécessité culturelle. Nous avons entendu les expériences de nos collègues algériens, chiliens et brésiliens. En Suisse, les Républiques et cantons sont traités sur le même plan : ainsi, la plus petite République de Suisse, qui compte à peine 20 000 habitants, a le même poids dans la chambre haute, dans le Sénat, que la plus importante, qui est le centre industriel et financier de notre pays, Zurich.

C'est une nécessité culturelle aussi parce que notre pays est riche de quatre langues nationales et de plusieurs religions.

C'est enfin une nécessité géographique, car, situés au coeur de l'Europe, nous jouons un rôle clé dans toute la problématique des transports.

Je terminerai par une interrogation : le modèle suisse présente cette particularité que nous sommes constamment tirés vers l'extérieur. C'est ainsi que la République et le canton du Tessin sont attirés par la région lombarde de l'Italie, formant une région de plusieurs millions d'habitants, tandis que la République et le canton de Genève, que je représente, sont intégrés dans la région Rhône-Alpes, sans oublier l'exemple typique de la région de Bâle, où se mettent en place des coopérations transfrontalières.

C'est un nouveau défi : comment allons-nous intégrer cette problématique régionale ? (Applaudissements.)

M. Mohammad Mohasin, président du Conseil national du Népal((*)*)

Monsieur le président, Excellences, honorables délégués, mesdames, messieurs, permettez-moi tout d'abord d'adresser mes compliments au Sénat de la République française, qui a organisé cette conférence pour célébrer le nouveau millénaire. Vous avez fait preuve d'une fort grande et plaisante hospitalité, et nous vous en sommes particulièrement reconnaissants.

La Constitution du Népal, à l'instar de nombre des constitutions qui ont été évoquées ici, prévoit elle aussi un système bicaméral. Nous sommes cependant confrontés à un microcosme social qui rend nécessaire une représentation appropriée, et nous n'avons pas encore atteint réellement cet objectif. Notre système électoral est en effet fondé sur une certaine discrimination, qui marginalise les pauvres dans la mesure où seuls les nantis peuvent participer aux élections.

Nous nous efforçons, à l'heure actuelle, d'aboutir à un équilibre dans les mécanismes de représentation des différentes classes, communautés et régions rurales.

Quoi qu'il en soit, le système électoral de la Chambre haute et de l'Assemblée devrait connaître quelques modifications, et les échanges nourris par l'expérience que nous avons aujourd'hui dans cette enceinte vont certainement aider mon pays à améliorer le fonctionnement de ses deux chambres, lui permettant de mieux équilibrer l'exercice des pouvoirs.

Les discussions qui ont lieu à la Chambre des représentants portent avant tout sur la ligne des partis et ne permettent pas vraiment une représentativité totale. L'effort doit donc désormais porter sur le consensus qui doit être dégagé au niveau de la Chambre haute, et nous espérons que notre participation à cette noble assemblée nous servira de source d'inspiration, en nous fournissant des éclairages nouveaux, afin d'alimenter notre propre débat sur notre mode de fonctionnement, notamment s'agissant de la représentation de la Chambre haute.

Nous avions réellement besoin de participer à des débats aussi approfondis. Nous vous en sommes fort reconnaissants, monsieur le président, et, au nom de ma délégation, je tiens à vous remercier, ainsi que l'ensemble de vos collaborateurs, de l'excellente organisation de cette conférence et à exprimer toutes mes amitiés à tous ceux qui sont représentés ici aujourd'hui. (Applaudissements.)

M. Ramon Alburquerque, président du Sénat de la République Dominicaine((*)*)

Monsieur le président, je salue moi aussi toutes les délégations présentes et je tiens à remercier le Sénat de la République française, qui a pris l'initiative de nous réunir ici. Cette réunion revêt un caractère historique et peut effectivement renforcer le système bicaméral dans nos différentes nations.

Je souhaiterais brièvement faire état d'un certain nombre de changements grâce auxquels nous avons pu améliorer le système démocratique en République Dominicaine.

Notre nation, qui compte quelque huit millions d'habitants, est située dans les Caraïbes. Nous avons un système bicaméral et notre deuxième chambre compte un représentant de chacune de nos vingt-neuf provinces et de notre district national, soit trente membres.

Les sénateurs, comme les députés, sont élus tous les quatre ans. Or, parfois, peu nombreux sont ceux qui survivent, si je puis dire, à ce processus électoral, et souvent le renouvellement des effectifs du Sénat est quasi total.

En 1984, nous avons procédé à une réforme constitutionnelle qui a relevé le Sénat de la responsabilité qui consistait à élire les juges, la transférant à un Conseil national de la magistrature, sur l'initiative du sénateur Milton Ray-Guevara, qui est présent aujourd'hui et qui représente la province de Samanà. Nous avons ainsi lancé un processus d'assainissement.

Au sein du Conseil national de la magistrature siègent deux sénateurs, le président du Sénat et un sénateur représentant un parti différent de celui du président, ainsi que le président de la Chambre des députés et un député qui, lui aussi, représente un parti politique différent de celui auquel appartient le président, et deux juges à la Cour suprême de justice.

Récemment, nous avons également approuvé un projet de loi qui permettra aux femmes de siéger, dans une proportion de 33 %, dans les différents postes soumis à élection; J'observe d'ailleurs que, si nous appliquions cette règle des 33 % à la présente réunion, nous serions en difficulté car il semblerait qu'il y a aujourd'hui une très nette prédominance des hommes. À l'origine, le projet qui nous avait été soumis visait même une participation de 40 %, et nous espérons, en fait, arriver à 50 %, c'est-à-dire à la parité.

La réforme constitutionnelle de 1984 a également scindé les élections. Jusque-là, le Président de la République disposait d'importants pouvoirs et décidait, en fait, qui allait être sénateur et député ; aujourd'hui, nous avons des élections bien séparées entre le Parlement, les municipalités et la présidence de la République. De la sorte, les provinces, les municipalités et les différentes collectivités du pays sont représentées de façon authentique au sein du Congrès national.

Il est cependant un élément sur lequel nous devons encore progresser dans la voie démocratique, dans le cadre du système bicaméral. Je veux parler de la capacité de supervision dont doit être doté le Congrès. En effet, le Président de la République a encore trop d'hégémonie lorsqu'il s'agit, par exemple, de l'exécution du budget. Nous souhaiterions que le Congrès ait davantage d'influence et puisse exercer un contrôle plus important sur les dépenses publiques, dans un cadre plus démocratique.

En République Dominicaine, toutefois, le Sénat assume un certain nombre de responsabilités au-delà de ses tâches de chambre législative : il préside l'Assemblée nationale, constituée par la réunion des deux chambres, ce qui lui donne une certaine prééminence par rapport à la Chambre des députés.

Quoi qu'il en soit, nous souhaitons un réel bicamérisme, donc une égalité, pour renforcer encore la démocratie. (Applaudissements.)

PRÉSIDENCE DE M. PAUL GIROD
Vice-président du Sénat de la République française

* (*) Compte rendu établi à partir de la traduction simultanée.

* (*) Compte rendu établi à partir de la traduction simultanée.

* (*) Compte rendu établi à partir de la traduction simultanée.

* (*) Compte rendu établi d'après la traduction simultanée.

* (*) Compte rendu établi à partir de la traduction simultanée.

* (*) Compte rendu établi à partir de la traduction simultanée.

* (*) Compte rendu établi à partir de la traduction simultanée.