Mercredi 1er avril 2026

- Présidence de Mme Catherine Dumas, vice-présidente -

La réunion est ouverte à 10h00.

Audition de Mme Marie-Christine Saragosse, présidente-directrice générale de France médias monde

Mme Catherine Dumas. - Je voudrais tout d'abord excuser notre président, qui accompagne le président de la République au Japon et en Corée. J'ai donc le plaisir de présider cette audition.

Nous accueillons aujourd'hui Mme Marie-Christine Saragosse, que je salue, présidente-directrice générale de France Médias Monde, le pôle dédié à l'information de notre audiovisuel extérieur.

Cette audition est importante à plus d'un titre. D'abord, elle va nous permettre de prendre la mesure de la situation de France Médias Monde, qui est confrontée à une contrainte forte sur ses moyens budgétaires. Cette audition doit aussi être l'occasion de mieux connaître le rôle de notre audiovisuel extérieur dans le cadre des conflits actuels, que ce soit au Proche-Orient, en Ukraine ou en Afrique.

Concernant tout d'abord les moyens budgétaires dont bénéficie France Médias Monde, la dotation socle, hors compensation fiscale, a été maintenue à 273,1 millions d'euros en 2026, dans un contexte budgétaire très compliqué. Nos rapporteurs budgétaires, Roger Karoutchi et Mireille Jouve, se sont d'ailleurs réjouis de ce statu quo, tout en regrettant qu'aucun véritable effort ne soit engagé en faveur d'un nécessaire réarmement informationnel ; ils y reviendront.

Comme vous le savez, madame la présidente, notre commission est convaincue que dans le monde d'aujourd'hui, traversé par des crises et des conflits majeurs, le réarmement conventionnel doit s'accompagner d'un réarmement informationnel afin d'affronter toutes les situations de guerre hybride. Ce réarmement informationnel tarde à se concrétiser. Le contrat d'objectifs et de moyens préparé en 2024, qui prévoyait une mince augmentation des moyens, a été abandonné l'an dernier. Vous nous direz où en est la négociation d'un nouveau COM, que l'on nous annonçait comme imminent.

La stratégie de développement numérique de l'entreprise, qui demandait 5 millions d'euros d'ici à 2028, n'était jusqu'alors pas financée. Nous aimerions savoir ce qu'il en est aujourd'hui, alors que le numérique a pris une dimension prépondérante dans les stratégies d'influence et qu'il constitue un axe de développement majeur pour tout média qui souhaite être accessible au plus grand nombre.

Enfin, face au retrait des médias publics américains engagé par le président Trump en 2025, France Médias Monde a conçu un projet de bouclier informationnel en commun avec Deutsche Welle afin de suppléer, dans certaines zones clés, le départ des médias américains.

Là encore, ce projet, estimé à une cinquantaine de millions d'euros, ne semblait pas financé lorsque vous l'avez présenté aux rapporteurs. Nous voudrions savoir aujourd'hui ce qu'il en est. Au-delà de ces aspects budgétaires et financiers, France Médias Monde doit aussi affronter en première ligne les conflits de notre monde. Depuis des années, vos équipes sont confrontées aux stratégies de déstabilisation russes en Afrique, qui visent à décrédibiliser la France. Depuis 2022, France Médias Monde a aussi développé des actions afin de soutenir l'information en Ukraine, avec la création d'une rédaction en ukrainien à Bucarest, mais aussi en essayant de rendre accessible une information indépendante en Russie. Enfin, depuis le 7 octobre 2023, France Médias Monde a renforcé sa présence au Proche-Orient en développant son hub de Beyrouth. Vous nous direz quelle est la situation de vos journalistes aujourd'hui dans ce pays et comment ils peuvent continuer à accomplir leur mission malgré tous les dangers que nous connaissons.

Je voudrais préciser que le bureau de notre commission a décidé qu'une délégation de ses membres se rendra prochainement en Bulgarie, en Roumanie et en Moldavie. Nous serons donc très intéressés par les initiatives que vous avez engagées dans ces pays. Ce déplacement sera l'occasion pour nos collègues de constater de visu le travail de notre audiovisuel extérieur dans cette région également stratégique.

Madame la Présidente, je vais donc vous laisser la parole pour une intervention liminaire au cours de laquelle, je sais, vous allez diffuser un certain nombre d'informations sur les écrans. À l'issue de cette intervention, vous serez interrogée par nos rapporteurs budgétaires, Roger Karoutchi et Mireille Jouve, qui devraient nous rejoindre. Je voudrais rappeler à tous que cette audition est captée et diffusée en direct sur le site internet du Sénat, ainsi que sur les réseaux sociaux. Vous avez la parole.

Mme Marie-Christine Saragosse, présidente-directrice générale de France médias monde. - Je vous remercie, madame la présidente. Vous avez dressé un panorama qui me permet de dérouler la présentation que nous avons préparée. Je voudrais vous remercier de nous accueillir, car nous savons ici que vous suivez de près les enjeux géostratégiques et que nous parlons le même langage. Nous avons besoin de cet échange.

Ma présentation s'articulera autour de quatre points. D'abord, le contexte international, où nous nous trouvons en première ligne. Ensuite, je vous dirai que, malgré les contraintes budgétaires qui sont réelles, nous sommes un acteur puissant dans le paysage audiovisuel mondial. Troisièmement, je vous exposerai comment nous avons imaginé ce bouclier pour l'information et où il en est. Quatrièmement, je reviendrai sur les moyens financiers. En effet, les meilleures idées du monde, si elles n'ont pas les moyens de se réaliser, restent lettre morte ; c'est donc un très gros enjeu. Vous évoquiez notamment le COM. Pour l'instant, nous avons toute liberté pour l'imaginer, puisque le démarrage des discussions a, à peine, commencé.

Auparavant, je voudrais vous préciser que je suis venue avec Roland Husson à ma droite, qui est le directeur général, et Corentin Masclet, qui prépare toutes les interventions. J'ai donc, en fait, deux bras droits.

Venons-en au contexte international. Je ne vous apprendrai rien en vous parlant de guerre hybride. Je reprends volontairement ce vocable, qui est aussi celui de l'état-major des armées ou du ministère des affaires étrangères. La guerre de l'information est une composante de cette guerre hybride. Elle est moins chère que la guerre conventionnelle, mais elle est tout aussi dévastatrice. L'essor des infox, des manipulations accentuées par l'intelligence artificielle, crée un chaos informationnel mondial. J'ai envie de reprendre la phrase d'Hervé Brusini, qui dit qu'au fond, c'est une « guerre déclarée au réel ». C'est une guerre d'autant plus dangereuse qu'elle ne vise pas seulement l'information, bien évidemment, mais bien les démocraties, notre modèle démocratique, et qu'elle est menée par des puissances hostiles, tout particulièrement à la France : la Russie, mais aussi la Chine et d'autres.

Par ailleurs, cet univers international est un univers d'une concurrence exacerbée avec nos amis, qui ont beaucoup plus de moyens que nous - Deutsche Welle, BBC World Service -, qui partagent les mêmes valeurs, mais qui ont des budgets plus importants. Comme vous le rappeliez, madame la présidente, s'agissant de dotations reconduites, même si je rajoute l'aide publique au développement, s nous sommes plutôt autour de 300 millions d'euros. La Deutsche Welle dispose de 425 millions d'euros et la BBC World de 485 millions d'euros. Nous ne boxons donc pas tout à fait dans la même catégorie. Si je parle de la Russie et de la Chine, là, nous changeons de catégorie, puisqu'il s'agit de 2 milliards d'euros investis dans leur audiovisuel extérieur. Je mentionne aussi les chaînes panarabes, qui ont de très grosses ressources comparées à notre France 24 en arabe ou à notre Monte Carlo Doualiya. Dans ce contexte chaotique, les atteintes à la liberté d'informer sont croissantes. Les journalistes sont pris pour cible sur tous les terrains et nous sommes nous-mêmes censurés de manière assez brutale, souvent sans autre forme de procès qu'une coupure. Actuellement, quand je parle de risque - vous faisiez allusion à Beyrouth -, au-delà même de la rédaction, sur laquelle nous reviendrons, nous avons quarante correspondants qui sont dans une dizaine de pays actuellement touchés par la guerre. Pour les dix langues de notre groupe, il faut ajouter les envoyés spéciaux, qui sont une vingtaine. Nous avons donc beaucoup de monde à protéger et qui vit, je dirais, dans des zones vraiment à risque. Par ailleurs, le risque cyber n'est pas non plus à négliger. Nous sommes victimes de cyberattaques tous les jours ; en général, nous les repoussons. Parfois, il s'agit d'une grosse attaque et, dans ce cas-là, notre service cyber ressemble à un campement militaire où il y a des lits de camp pour repousser les assauts. Nous travaillons évidemment avec l'ANSSI ; je sais que cette commission connaît bien l'ANSSI également. À cela s'ajoutent des bouleversements structurels d'usage. Avec le numérique, nous avons constaté un désengagement des plateformes américaines dans la modération et dans la lutte contre la désinformation. Nous sommes confrontés sans arrêt à des changements d'algorithme qui invisibilisent les médias professionnels qui ont une information correspondant aux critères qui sont ceux des sociétés civilisées. Évidemment, l'intelligence artificielle accroît absolument ces risques. Sans parler des enjeux économiques sur le partage de la valeur, car pour l'instant - je ne nie pas qu'il y ait des potentiels très intéressants dans l'intelligence artificielle -, il s'agit d'un pillage de nos contenus. En effet, je ne connais pas d'intelligence artificielle qui documente le nombre de morts au Kivu, par exemple. En revanche, nos données sont prises, sont réutilisées sans que les sources soient citées. C'est donc un pillage, avec un problème économique.

Je sais que vous êtes très sensible à ces questions au Sénat. Le désengagement américain dans le champ informationnel est réel, bien qu'il soit confus, lui aussi, comme en témoignent le démantèlement de leur outil d'audiovisuel extérieur, USA Global Media, puis des jugements différents et des budgets qui seraient reconstitués partiellement. Surtout, comme en matière de défense conventionnelle, notre souveraineté européenne et française mérite que nous ayons des moyens qui ne dépendent que de nous et non de l'allié américain. Deuxièmement, malgré les difficultés et les contraintes financières, nous sommes toujours un acteur puissant. La France n'en a pas de plus puissant sur le plan audiovisuel multilingue. Notre distribution augmente, comme l'illustrent quelques chiffres : nous atteignons près de 580 millions de foyers dans le monde. Dans tous les hôtels, elle augmente aussi ; nous avons progressé de 8 %. Nous sommes sans doute le groupe qui détient le plus de fréquences FM en dépit des coupures. Nous avons énormément de radios partenaires - c'est une croissance de 7 % -, ce qui n'est pas négligeable, car ces radios partenaires, qui sont des radios locales, diffusent nos programmes auprès du plus grand nombre. Enfin, nous avons 128 millions d'abonnés sur les réseaux sociaux. Cette distribution et nos contenus permettent d'avoir une empreinte hebdomadaire globale de 278 millions de contacts, en croissance de 9 %. Notre audience broadcast continue à croître et elle reste dominante : elle représente presque 184 millions sur les 278, en croissance de 3 %. C'est évidemment l'audience numérique qui croît le plus. Elle s'élève, dans ces 278 millions, à un peu plus de 94 millions de contacts numériques. Ils sont en croissance de 26 %, ce qui est notamment dû à l'explosion du sous-titrage consommé sur ces plateformes en 2025, soit une croissance de 27 % par rapport à l'année précédente. Dans nos environnements propriétaires, nous avons pu comptabiliser 480 millions de visites. Nous disposons d'un outil d'action pour intervenir et faire passer une information digne de ce nom. Cet impact est vrai en matière de chiffres, mais il est aussi qualitatif. Notre puissance d'impact nous permet en effet de délivrer une information libre, indépendante, équilibrée, issue du terrain, car c'est le premier rempart contre la désinformation.

Nous avons un cadre déontologique extrêmement fort, qui est sur notre site institutionnel, de la loi au cahier des charges en passant par la charte de déontologie et tout l'encadrement de nos offres éditoriales. Nous sommes des médias indépendants. Je répète à souhait que notre indépendance, c'est notre influence. Deuxièmement, nos médias sont enracinés sur le terrain. C'est important, car lorsque l'on fait de l'information en studio, cela n'a pas le même coût que lorsque l'on fait de l'information nourrie par des reportages sur le terrain. Cela a un coût aussi. Si l'on veut une information de qualité, il faut aller sur le terrain, il faut avoir un réseau de correspondants, que nous avons. Certains d'entre vous ont sans doute pu apercevoir notre correspondant en Iran, Siavosh Ghazi, qui est notre correspondant depuis plus de vingt ans et qui aujourd'hui - on a du mal à l'arrêter, on se fait du souci - intervient dans tous les médias français, puisqu'il est parfaitement francophone, mais il fait jusqu'à quatre-vingts médias par jour. Nous avons des envoyés spéciaux permanents, nous avons des rédactions délocalisées. Nous couvrons des zones souvent très dangereuses et nous avons donc une direction de la sûreté très importante. Peu de médias sont au Nord-Kivu, au Soudan, à Haïti ou ailleurs, pas seulement quand la situation se durcit, mais même avant. Pour l'Iran, par exemple, nos auditeurs et téléspectateurs étaient au courant de la situation bien avant la guerre actuelle. Ensuite, nous portons des valeurs démocratiques qui ne sont pas tellement à la mode dans le monde actuellement, des valeurs républicaines. Cela devient une denrée extrêmement précieuse. C'est quasiment de la haute couture, l'information de ce type de nos jours. Nous sommes la caisse de résonance de notre pays, une sorte de vitrine de la France pour nos industries créatives, culturelles, nos sportifs, nos penseurs, nos artistes, nos entreprises. Lors de grands événements, nous fédérons aussi de larges publics autour des Jeux olympiques et paralympiques, autour de la réouverture de Notre-Dame, qui a eu un succès planétaire incroyable, un engouement, une affection du monde entier pour Notre-Dame, et puis plus récemment, par exemple, la CAN au Maroc a été l'un de nos gros succès. Troisièmement, notre puissance, nous la devons aussi au fait que nous nous sommes organisés pour lutter contre la désinformation. Nous « débunquons », en anglais ; nous démystifions, en français. Nous avons un fort impact, ce que l'on appelle un « reach ». Parce que c'est bien beau de dire que quelque chose est faux, si personne ne vous entend, cela ne sert à rien. Pour « débunker », il faut avoir un impact puissant.

Je vous donne un seul exemple. Quand notre journaliste est apparu, annonçant la mort d'Alassane Ouattara sur France 24, ce qu'il n'avait jamais fait, c'était par le truchement de l'intelligence artificielle, du deepfake. C'était sa voix, un peu métallique ; c'était le journal, et il annonçait la mort d'Alassane Ouattara. Très vite, la vidéo a fait plus de 100 000 vues. Nous l'avons débusquée. Avec France 24 et RFI, nous avons atteint 580 000 vues et avons ainsi stoppé l'infox. Nous disposons d'équipes spécialisées à France 24 et RFI. Notamment, les Observateurs de France 24 s'appuient sur un réseau de 5 000 citoyens dans le monde, que nous ne rémunérons pas. Ce sont des citoyens engagés qui font remonter des informations. Nous vérifions, nous croisons et nous débusquons. Il y a également 100 000 adhérents dans les clubs de RFI qui, de plus en plus, se mobilisent pour lutter contre la désinformation. Nous avons une procédure d'alerte interne pour décider si nous débusquons ou non, car nous ne le faisons pas systématiquement. Parfois, on peut donner plus de publicité à une fausse information en la débusquant qu'en la laissant passer sans la signaler. En parallèle, nous menons un gros travail d'éducation aux médias, auprès des classes et sur les antennes. Nous avons également une lettre d'information - je le signale, car je l'envoie à certains d'entre vous. Je pourrais la transmettre à la présidence de la commission, puisque, une fois par trimestre, nous faisons remonter les grands axes des fausses informations qui ont circulé, que nous avons débusquées et qui sont très révélatrices des stratégies, en particulier de la stratégie russe. Nous réalisons également de grands reportages ; il ne s'agit pas seulement d'un débusquage ponctuel, mais nous démontons des stratégies de manipulation. Par exemple, RFI a mené de grosses enquêtes sur Wagner - non pas le musicien, mais le groupe de mercenaires qui s'appelle maintenant Africa Corps, ce qui est à peu près la même chose. En Centrafrique, France 24 a réalisé une enquête sur l'influence turque en Afrique avec un documentaire, « Le Drone et le Coran ». Je pourrais donner tous les liens à la commission pour regarder ces documentaires, qui sont saisissants. Notre mobilisation sur la lutte contre la désinformation va donc du débusquage à l'éducation aux médias, en passant par des enquêtes de fond. Nous travaillons d'ailleurs de très près avec, par exemple, Viginum. Viginum a besoin de porte-voix. Ce n'est pas un média puissant ; s'ils ont besoin de venir parler, ils viennent sur nos antennes. Notre quatrième pilier d'action et de puissance est la proximité et le fait de cultiver la confiance, car c'est la défiance qui finit par détruire la démocratie et qui confisque tout dialogue et tout débat. Nous avons donc décidé volontairement d'implanter des rédactions plus près des gens et d'avoir une proximité géographique et linguistique. Nous avons ainsi des rédactions à Lagos, Dakar, Nairobi, Bucarest, Beyrouth, Bogota et Phnom Penh. Certaines de ces rédactions sont transformées en hubs, car elles accomplissent plusieurs missions. Nous avons trois grands hubs, dont un en Europe, à Bucarest. Très sincèrement, si vous y allez, si votre mission a lieu, je vous supplie d'aller voir le hub de Bucarest. D'ailleurs, les Roumains en sont très fiers et considèrent que c'est un peu leur hub aussi. Il n'y a pas d'invité étranger en Roumanie qui ne finisse par passer par notre hub, qui comporte une rédaction en roumain, une rédaction en ukrainien et une offre pour les jeunes en roumain, financée par la Commission européenne. Vous y verrez des gens sur le terrain qui sont très mobilisés en première ligne, car ils ont vraiment conscience de la guerre. Nous avons également un hub à Beyrouth. Nous les avons chaque jour au téléphone en ce moment. Ils ne vont pas toujours au travail, car ils sont sous les bombes. Ceux qui sont logés dans des endroits où il n'y a pas de bombardement travaillent à distance et, tous les jours, notre directeur de la sûreté appelle la directrice du hub. Le moral tient, mais ce n'est pas très facile. En tout cas, ils ont été très heureux de recevoir une visite sénatoriale, je peux vous le dire, puisqu'ils nous l'ont évidemment abondamment commentée. Le hub de Dakar est également panafricain, et nous venons d'y lancer une offre pour les jeunes. Cette offre s'appelle Zoa, ce qui veut dire « étoiles » en lingala. Elle est diffusée uniquement sur les réseaux sociaux et connaît un grand succès, puisqu'en trois mois, l'année dernière, elle a atteint 22 millions de vues. Les jeunes qui animent cette offre ont beaucoup d'humour, un point de vue décalé sur l'actualité et, franchement, ce qu'ils font est magnifique.

Beyrouth, Dakar et Bucarest sont donc trois hubs qui jouent un rôle fondamental. Le dernier point qui explique notre force, malgré nos contraintes et le chaos du monde, est notre capacité à nous adapter à tous les usages. Nous menons une stratégie résolument numérique depuis de longues années, avec une stratégie d'hyper-distribution raisonnée : nous cultivons nos propres sites, mais nous allons là où se trouve la jeunesse. Nous allons sur les réseaux sociaux, là où circulent les fausses nouvelles - la plupart d'entre elles s'y trouvent. Cela nous permet aussi de contourner les censures. Quand nous sommes coupés, par exemple, au Burkina Faso, au Niger ou au Mali, pour ne pas les nommer, nous voyons immédiatement monter la consommation de nos médias sur YouTube ou sur Facebook. Il faut impérativement y être, y compris sur TikTok. Nous produisons également sous tous les formats pour répondre aux usages, notamment ceux des jeunes. Je rappelle que, dans certains pays d'Afrique par exemple, 60 % de la population a moins de 25 ans ; nous avons donc intérêt à être adaptés au format des jeunes : vidéos mobiles, podcasts, formats verticaux, notamment sur TikTok. Nous développons des offres que nous appelons « PurePlayer », donc exclusivement numériques : Inter en Europe pour les jeunes Européens - je l'ai cité pour Bucarest, ce projet est financé par la Commission européenne, en une dizaine de langues, et il touche les jeunes Européens - ; Info Migrants, également financé par la Commission européenne et, dans les deux cas, réalisé avec Deutsche Welle ; ou encore Zoa, que je viens de citer, à Dakar, qui est financé par la France et l'aide publique au développement. Nous essayons, malgré la suppression de notre enveloppe de transformation numérique - vous le mentionniez, madame la présidente -, où 5 millions d'euros nous font cruellement défaut, de continuer malgré tout, sous contrainte, avec un plan de transformation numérique autour de grilles numériques, comme il existe des grilles broadcast. Nous avons créé des grilles numériques. Nous créons des pôles numériques au sein des rédactions pour essayer de décloisonner totalement le numérique et le broadcast.

Nous faisons évoluer l'ensemble de nos infrastructures techniques qui, aujourd'hui, deviennent aussi bien broadcast que numériques. Ce qui compte, c'est que le produit soit au centre et qu'il se décline en numérique ou non, peu importe. C'est le produit qui compte, dans ses différentes vies, sur les différents supports. Nous sommes donc « produit-centriques ». Il s'agit d'une réorganisation de toute l'entreprise autour de cela. Évidemment, nous nous saisissons de l'intelligence artificielle, dont je dis qu'aujourd'hui elle est un piège à ciel ouvert. Néanmoins, nous domestiquons cet outil que nous devons mettre au service de nos journalistes, avec un guide pour l'utiliser. Nous avons créé un hub interne d'intelligence artificielle pour éviter de tout communiquer à l'extérieur, puisque vous savez que lorsque vous faites un prompt, vous le partagez avec tout le monde. Nous avons donc mis en place un hub interne avec des outils basés sur l'IA pour faciliter le travail des équipes, comprenant un chat, des outils de transcription, de traduction, de sous-titrage, mais aussi des outils techniques d'aide au mixage et de traitement du son, le tout dans un cadre déontologique très strict. Nous avons un comité de pilotage sur l'IA et un directeur opérationnel dédié à ce sujet. Le troisième point concerne le bouclier pour l'information. Cette initiative a été lancée avec la Deutsche Welle le jour où nous avons compris que les Américains engageaient le retrait de USA Global Media. Nous nous sommes alors associés à la Deutsche Welle et nous avons fait une cartographie de ce que nous possédions, car nous nous sommes dit qu'ensemble, nous touchons 600 millions de téléspectateurs, auditeurs et internautes chaque semaine. Nous sommes des groupes de services publics déjà européens, nous sommes présents mondialement et nous avons les mêmes valeurs en matière d'information. De plus, nous savons déjà travailler ensemble, puisque nous produisons Inter et InfoMigrants conjointement, et nous avons mené d'autres opérations communes. Nous avons donc décidé de construire un plan ensemble. Pour ne pas perdre de temps, nous avons commencé tout de suite, car nous savions qu'en Moldavie, des élections auraient lieu en septembre 2025. Nos amis de Bucarest nous ayant indiqué qu'il y avait une invasion de désinformation russe, nous avons décidé d'y aller immédiatement. Le ministère des affaires étrangères nous a accordé une enveloppe et nous avons lancé Moldova Zoom, une quotidienne en roumain, réalisée par notre rédaction de Bucarest et diffusée à Chi?inãu, puisque nous y avons une fréquence FM. Ce programme a reçu le prix du meilleur programme par la profession en Roumanie il y a quelques semaines.

Parallèlement, avec la Deutsche Welle, nous faisons de la coproduction de vidéos mobiles et nous allons ainsi atteindre 1,5 million de vidéos vues en très peu de temps, alors que le pays compte 3,5 millions d'habitants. À côté de cela, nous renforçons le russe, car certaines provinces de Moldavie sont russophones. Nous allons ainsi atteindre une multiplication par quatre des vidéos vues en russe, soit 60 millions. Évidemment, le problème est qu'un coup de pouce transitoire nous a été accordé, mais il n'a pas été reconduit en 2026. Pour l'instant, nous faisons tout pour maintenir cette action, car la présidente de Moldavie nous a suppliés de le faire. Maia Sandu nous a reçus, elle nous a remerciés, ainsi que la Deutsche Welle, et elle nous a demandé de continuer. C'était une sorte d'opération pilote pour montrer ce que pourrait être le bouclier pour l'information que nous avons construit. Ce bouclier est construit pour s'insérer dans le bouclier démocratique européen, car sans informations libres, professionnelles et vérifiées, la démocratie est fragilisée. Il s'agit donc de renforcer de manière coordonnée nos offres avec la Deutsche Welle, soit en développant de nouvelles langues, soit en renforçant des langues existantes, soit en aidant les médias locaux à se renforcer dans la lutte contre la désinformation.

Dans un premier temps, l'action est ciblée sur l'Europe, mais il existe un plan pour l'Afrique, un plan pour le monde arabe et des projets pour les Amériques et l'Asie. Nous nous sommes cependant d'abord concentrés sur l'Europe, car nous cherchons, bien sûr, des financements européens.

Ce plan pour l'Europe consiste d'abord à renforcer l'existant, donc à maintenir Moldova, à monter en puissance sur le russe, à renforcer notre offre en ukrainien - puisque nous avons une rédaction à Bucarest -, mais aussi à développer de nouvelles langues, avec une première urgence : l'Arménie, où des élections ont lieu en juin. Pour l'instant, nous n'avons pas de rédaction en arménien, ni nous, ni la Deutsche Welle, ni nos amis polonais - avec lesquels nous travaillons aussi, par l'intermédiaire de la télévision et de la radio polonaises. Nous y travaillons actuellement. Nous avons déjà réalisé une étude comparative, nous avons étudié le marché européen et les audiences arméniennes. Nous avons étudié des profils de journalistes arméniens, puisque nous avons la chance en France d'avoir la plus vaste communauté arménienne. Nous sommes donc en train de construire potentiellement cette rédaction.

Le géorgien vient ensuite. Sur ce point, ce sont nos amis de la Deutsche Welle qui ont pris le leadership. Il y a un peu moins de pression, les élections ayant lieu l'année prochaine. Le turc est également sur la table.

Enfin, nous avons un volet de formation avec les médias locaux, mené par CFI, notre filiale à 100 % - l'agence de coopération française qui est notre filiale -, et la Deutsche Welle Akademie. Ces projets ont été présentés très tôt aux autorités allemandes et françaises, à qui ils ont eu l'heur de plaire. Nous avons donc eu un fort soutien de l'Allemagne et de la France. Je devrais dire de la France et de l'Allemagne, car la France a été extrêmement mobilisée au niveau de Bruxelles, tant dans sa représentation permanente auprès de l'Union européenne que dans sa représentation permanente auprès de l'OTAN. En effet, la guerre est hybride et je rappelle qu'en juin dernier, l'OTAN avait indiqué que chaque pays européen membre devait consacrer 5 % de son PIB à la défense. Si la majorité de ces crédits doit permettre l'acquisition d'armements, près de 1,5 % du PIB peut être alloué à d'autres actions concourant à la sécurité, comme la lutte contre la désinformation. C'est donc un sujet qui intéresse. La France s'est beaucoup mobilisée au niveau européen. Notre projet a retenu toute l'attention du Foreign Policy Instrument, qui est un outil de financement destiné aux actions menées en dehors de l'Union européenne, dans les pays limitrophes. Nous attendons d'un instant à l'autre la confirmation que nous allons pouvoir lancer des rédactions enarménien, puis en géorgien, et renforcer le russe et l'ukrainien. Je salue vraiment la mobilisation des pouvoirs publics français sur ce point, ainsi que celle du ministère des affaires étrangères. En conclusion, concernant les perspectives budgétaires, j'en ai peut-être une un peu positive au niveau de l'Europe. Vous aviez rappelé que le plan, dans sa globalité, représente 50 millions d'euros, le bouclier, soit 25 millions pour la France et 25 millions pour la Deutsche Welle. Un pourcentage de cette somme pour les Polonais est éventuellement à discuter.

Quatrième point : les ressources. Nos moyens sont très limités. Je vous ai donné les budgets de la concurrence. Nous avons toujours évolué dans un cadre budgétaire très contraint, avec trois plans de départs volontaires. Notre budget, en euros constants, a baissé de 14,5 % au cours des dernières années, depuis 2011. Nous avons mené un effort de rationalisation et d'économie maximale, avec des réformes de métiers importantes et des synergies entre nos médias. Notre modèle économique est composé à 95 % de coûts fixes. Pourquoi ? Parce que nous produisons nos programmes. On ne peut pas commander de l'information à l'avance à une société de production externe. Nous les produisons donc nous-mêmes. Cela signifie que nos programmes sont constitués de masse salariale. Ce modèle est donc assez rigide, d'autant que le plurilinguisme implique qu'un journaliste arabophone ne pourra pas s'exprimer en persan, par exemple, ou qu'une personne qui parle l'anglais ne saura pas nécessairement parler le mandinka ou le peul. Il y a donc aussi une rigidité linguistique. Nous pesons pour 7 % du budget de l'audiovisuel public. Je disais, pour mettre cela en perspective, que cela représente 40 centimes d'euro par mois et par Français de plus de 15 ans. Voilà, 40 centimes d'euro, à comparer aux abonnements. C'est ce que pèse l'audiovisuel extérieur pour les Français, dans leur budget.

Le problème que nous avons est le suivant : même si l'Union européenne est mobilisée et nous accorde des fonds supplémentaires, si, dans le même temps, nos moyens ici ne sont pas confortés, si nous n'avons pas de quoi financer notre socle d'activité, si nous sommes obligés de renoncer à certaines activités, de fermer certaines activités... Comment imaginer que les mêmes personnes, au même moment, vont développer des projets et détruire l'existant ? Il y a une sorte de paradoxe et, comme nous parlons d'êtres humains, je dis simplement que ce n'est pas possible. S'il y a un enjeu européen, s'il y a des financements qui sont prêts à venir vers nous, il ne faut pas que le socle de France Médias Monde s'enlise au même moment. Nous avons ces discussions dans le cadre du COM, dont les discussions viennent tout juste de reprendre - il y a eu une réunion. Nous espérons donc convaincre qu'il y a des moments où des choix d'urgence doivent être faits, car c'est maintenant. Nous comprenons complètement les contraintes budgétaires. Je vous remercie de votre attention.

Mme Catherine Dumas. - Ce panorama est en effet très dense, dans un contexte mondial très compliqué. Je vais peut-être donner la parole tout de suite à Roger Karoutchi, qui est rapporteur des crédits budgétaires de l'audiovisuel extérieur.

M. Roger Karoutchi. - Vous avez fait un exposé extrêmement long et fourni. Je voudrais d'abord vous féliciter et vous remercier, car avec des bouts de ficelle, vous arrivez à peu près à tenir. Je dis bien « des bouts de ficelle » : cela fait des années que je hurle dans le désert que l'audiovisuel public extérieur devrait être une priorité de l'audiovisuel, et il ne l'est toujours pas. Nous nous battons pour avoir deux millions quand les autres mettent sur la table deux milliards. Nous nous battons pour avoir ou maintenir des bureaux ouverts en Amérique latine quand les autres couvrent le monde entier sans le moindre problème.

À un moment, il faudra un vrai débat. Sera-ce au moment de l'élection présidentielle ? Nous verrons. Nous ne pouvons pas continuer à dire qu'il y a une guerre informationnelle dans le monde et à faire comme si, avec des bouts de ficelle, nous allions tenir. On augmente considérablement - pas assez peut-être, mais enfin considérablement - le budget de la défense, mais on n'augmente quasiment pas les budgets de la guerre informationnelle. Heureusement qu'il y a des gens comme vous qui tiennent à peu près avec ce qu'ils ont. À un moment, cela ne suffira pas, parce que la bonne volonté face aux milliards, c'est gentil, mais cela ne fait pas le poids. Bravo et merci pour tout ce que vous faites. Dommage que nous ne soyons pas écoutés.

Je maintiens que la double tutelle des ministères de la culture et des affaires étrangères est trop compliquée. Ce ne sont pas des ministères qui ont assez de moyens ou qui, en tout cas, parviennent à avoir des budgets en augmentation suffisante pour vous donner les moyens nécessaires. Vous avez détaillé la situation, mais la réalité est qu'il faudrait se fixer un objectif. Je veux dire, par exemple, qu'entre vous et TV5 Monde, vous représentez royalement 9 % de l'audiovisuel public à vous deux ; le minimum serait de 14 % ou 15 %. Là, nous aurions réellement des armes pour nous battre avec les autres. Pour le moment, nous faisons au mieux, plus par la bonne volonté que par les moyens financiers.

Premier élément de mes questions : il avait été question de fermer un certain nombre de bureaux, notamment la rédaction espagnole de France 24 à Bogota. La menace est-elle toujours existante ? Arriverons-nous à nous en sortir à peu près ? Vous dites, à juste raison, qu'effectivement, les bureaux du Proche-Orient, les bureaux orientaux, sont ceux qui sont aujourd'hui les plus actifs, les plus sur le front, si je puis dire.

Pour autant, parvient-on à maintenir les bureaux en Afrique ou celui de Bogota ? Deuxième élément, il est clair que vous aviez - je vous l'avais dit à plusieurs reprises - un problème, sinon de neutralité - je n'accorde aucun crédit à la neutralité des journalistes -, du moins d'équilibre. Je vous avais indiqué que, depuis le 7 octobre, je n'avais pas forcément le sentiment, s'agissant toujours de France 24, que l'équilibre était respecté. Vous avez pris un certain nombre de mesures et mis en place plusieurs méthodes pour rééquilibrer la situation. Où en êtes-vous de ce côté-là ? Y a-t-il, sur France 24 notamment, un équilibre à peu près cohérent dans le traitement des affaires ? Si je puis me permettre une autre remarque, peut-être plus immédiate : il faut également mener une négociation à l'intérieur de l'audiovisuel public. Pardon, mais pourquoi des journalistes de France 24 n'ont-ils pas réalisé l'interview de Sergueï Lavrov ? Je n'ai rien contre Léa Salamé, elle fait ce qu'elle veut de sa vie, mais elle n'est pas spécialiste des questions d'affaires étrangères. Elle a subi l'interview en ne réagissant quasiment pas aux affirmations du ministre des affaires étrangères russe, qui a pu dérouler tout son propos pendant une heure, tandis que la journaliste en face disait : « oui, oui... » Eh bien non ! N'y a-t-il pas une discussion à avoir, au moins sur les thèmes de politique étrangère, pour que l'on associe - je ne dis pas que l'on cède, mais que l'on associe - France 24 au débat lorsque celui-ci a lieu ? Cela me paraîtrait être le minimum. Je ne dis pas que je suis lassé, car j'en suis à un point où je me dis que je vais peut-être abandonner ce budget l'année prochaine. Voilà, j'en ai assez de me battre pour un million, de déposer des amendements à trois francs six sous devant des gouvernements qui vous regardent stupidement en vous répondant : « On ne peut pas, il y a des contraintes budgétaires. » C'est bien cela : lorsqu'on sera écrabouillé par la propagande des autres, on ne sera pas à un million d'euros près. C'est donc fatigant. Je le dis, c'est fatigant, car vous ne pouvez pas, vous, annoncer : « On va produire plus de missiles, on va produire plus de drones... » Vous, vous dites : « On va produire de la capacité française à ne pas être débordés. » Cela, malheureusement, ne se quantifie pas. Par conséquent, vous aurez toujours, toujours, toujours un problème, tant que l'on n'aura pas changé les structures.

Peut-être la campagne présidentielle sera-t-elle l'occasion de le faire. En tout cas, pour le moment, je vous redis mes félicitations. La seule chose que je souhaite savoir est la suivante : parvenez-vous à peu près à tenir vos budgets ? Parvenez-vous à un équilibre de l'information en interne ? Avez-vous une discussion, s'il est possible d'en avoir une, avec le reste de l'audiovisuel public, au moins pour être associé sur tous les éléments de politique internationale ?

Mme Marie-Christine Saragosse - Merci pour votre intervention et vos encouragements. Ne sous-estimez pas votre rôle, celui de cette commission et l'importance de votre soutien, car un million d'euros, via vos amendements, représente beaucoup pour nous. Votre soutien est également très important, celui de toute cette commission, car, vous le savez bien, l'international est un domaine lointain, moins proche du quotidien des gens. Il est donc important que des élus qui maîtrisent ces enjeux géostratégiques s'occupent de nous et s'intéressent à nous. Nous en avons besoin.

Pour l'instant, nous faisons tout, évidemment, pour maintenir notre périmètre. Les résultats que nous obtenons en Amérique latine, d'ailleurs, sont très positifs. En Amérique latine, ils adorent la France. Cela fait plaisir, un endroit où l'on vous aime. Nous avons des résultats croissants. Des témoignages qualitatifs m'indiquent que France 24 en espagnol prend de plus en plus la place de CNN en espagnol dans le coeur des Latino-Américains, notamment en Argentine. Plusieurs témoignages vont en ce sens. Nous avons une chaîne remarquable en espagnol. France 24 est une chaîne internationale assez remarquable. Je compare et je la trouve remarquable.

Cette chaîne a donc beaucoup de succès. Ce serait vraiment pour nous... Disons que nous sommes prêts à nous faire hara-kiri pour ne pas y renoncer. Je parle au nom de toutes les équipes. La menace est là, cependant, si la trajectoire budgétaire ne permettait pas d'absorber l'ensemble de nos dépenses, d'où la discussion sur le contrat d'objectifs et de moyens. Un certain nombre de nos interlocuteurs en sont convaincus, mais ils sont aussi contraints par les réalités budgétaires. Comme vous le disiez, monsieur le sénateur, le ministère des affaires étrangères et le ministère de la culture ne sont pas les plus riches des ministères en général. Par conséquent, ils sont sous de fortes contraintes et il y a vraiment beaucoup de bonne volonté de leur part, mais ils ont des choix terribles à faire.

C'est pourquoi je me demande parfois si c'est seulement dans ce périmètre que nous devons raisonner, dans la période particulière que nous traversons, et si l'aide publique au développement peut être davantage sollicitée. Il y a là matière à réflexion. Il faut peut-être sortir des schémas de pensée habituels. Pour nous, donc, pas de fermeture, mais il faut en effet que le budget suive.

Évidemment, je ne peux qu'affirmer qu'à aucun moment les lignes de nos chaînes ont été déséquilibrées. Nos chaînes, nos comptes. Les quelques débats que nous avons eus, monsieur le rapporteur, concernent des comptes privés de journalistes, qui parfois n'étaient pas journalistes à ce moment-là d'ailleurs, et qui, pour un certain nombre, ne le sont plus depuis. C'est un sujet plus général, me semble-t-il, que nous avons abordé avec M. Bruno Lasserre, qui a été chargé d'une mission par l'Arcom sur le concept d'impartialité du service public, puisque, vous le savez, seul le service public, en vertu de la loi, est tenu à ce concept particulier. Ce n'est pas seulement le pluralisme, c'est l'impartialité. Qu'est-ce que cela veut dire ? Comment le définir ? Comment expliciter ce concept qui ne l'était pas ? Quand on travaille sur ce sujet, on aboutit à une problématique sur les comptes privés - non pas les comptes des médias, non pas les antennes, mais les comptes privés. La liberté d'expression en France est un principe constitutionnel, mais l'impartialité est aussi une donnée qui s'impose à nous. Les deux sont-ils conciliables ? La plupart du temps, oui. À certains moments, non. Où est cette frontière ? À quel moment doit-on se dire que les prises de position ne sont plus compatibles ? À quel moment devient-on trop militant ? Dans ce cas-là, peut-être faut-il cesser de faire du journalisme et devenir un politique. Il arrive fréquemment que des journalistes deviennent des politiques, dans tous les courants politiques. Ce sont ces questions qui se posent. Sur nos antennes, nous n'avons jamais eu la moindre condamnation pour des prises de position qui auraient été partiales. Nous n'avons jamais eu de problème non plus avec nos correspondants, notamment en Israël, qui ne nous a rien demandé. Il arrive qu'une accréditation puisse être refusée par un État. Cela n'a pas été le cas. Nous venons de voir toutes nos chaînes, et notamment notre chaîne France 24 en arabe, renouvelées dans la distribution en Israël, où nous sommes très présents, très distribués. Je dirais que, quand des gens sont peut-être estimés comme trop partiaux, Israël n'hésite pas à les couper, comme cela a été le cas pour Al Jazeera, ce qui n'a jamais été notre cas. La problématique est plus extra-antenne. Nous avons en effet mis en place des séminaires, des chartes traduites dans toutes les langues, et parfois des séparations avec certains journalistes. Dans l'ensemble, nous tenons.

J'insiste sur le fait que certains de nos journalistes ont, par exemple, de la famille dans certains territoires, qu'il s'agisse des Émirats ou du Liban. En ce moment, le Liban est sous les bombes. Nous avons beaucoup de journalistes arabophones libanais qui vivent dans la peur, dans le désespoir, parce que c'est leur famille ; on peut aussi comprendre cette dimension émotionnelle. Ce sont des êtres humains. Pourtant, très sincèrement, à l'antenne, jamais nous n'avons eu un dérapage qui mérite qu'une autorité soit saisie. Je ne sais pas si j'ai répondu à vos questions. Merci.

Mme Catherine Dumas. - Olivier Cadic a demandé la parole.

M. Olivier Cadic. - Je tiens à saluer l'engagement remarquable des équipes de France Médias Monde, en particulier celles basées à Beyrouth, que j'ai eu l'occasion de rencontrer mi-février en compagnie de Nadia Chahia, conseillère à l'Assemblée des Français de l'étranger pour le Moyen-Orient, et de Maxence Duhaut, directeur général de l'ESA Liban, qui vous héberge. Cette rédaction incarne pleinement l'ambition d'une information de proximité, indépendante et en langue arabe, au service des publics de la région. Je souhaite saluer leur courage et leur adresser, de la part de notre groupe Union centriste, tout notre soutien.

L'ouverture récente de ce hub numérique constitue à cet égard une avancée stratégique majeure pour renforcer les offres de France 24 au Moyen-Orient. Toutefois, cette présence s'exerce dans un contexte préoccupant. Les cyberattaques récentes visant MTV Liban rappellent la vulnérabilité des médias face aux menaces numériques, vous l'avez mentionné. À cela s'ajoutent des pressions et des menaces physiques croissantes à l'encontre des journalistes au Liban, qui fragilisent l'exercice de la liberté de la presse. Dans ce contexte, l'engagement de France Médias Monde à Beyrouth est essentiel et appelle notre vigilance collective.

Comment France Médias Monde évalue-t-il aujourd'hui l'évolution des conditions d'exercice du journalisme au Liban ? Vous avez évoqué la guerre de l'information contre les démocraties menée par certaines puissances comme la Russie ou la Chine avec des budgets considérables, vous l'avez rappelé. Quels sont les principaux modes opératoires de la désinformation que vous observez actuellement ?

Mme Marie-Christine Saragosse. - Je vous remercie, monsieur le sénateur, pour vos mots sur notre rédaction de jeunes arabophones, qui fait un travail incroyable. J'ai oublié de préciser que cette rédaction est toujours composée de 50 % de femmes et de 50 % d'hommes ; elle est donc paritaire, et nos jeunes journalistes à Beyrouth sont assez extraordinaires.

Comme je le disais, en matière de sécurité, ce sont d'abord des personnes qui sont formées. Il faut savoir qu'il y a plusieurs années maintenant, de manière prioritaire et même sous contrainte budgétaire, j'ai décidé qu'il nous fallait une direction de la sûreté. Nous avons un directeur de la sûreté qui établit une cartographie des risques, laquelle est remise à jour en permanence avec des détails, et tous les journalistes ont accès à cette cartographie. La couleur des différents pays détermine des procédures. Ainsi, quand un pays est en zone rouge, il ne peut y avoir de départ en mission ni d'autorisation de reportage de nos correspondants sans l'aval du directeur de la sûreté. En général, celui-ci se met au service de l'éditorial pour permettre de réaliser les reportages, mais notre doctrine est la suivante : aucun reportage ne vaut une vie. Il y a donc des moments où nous disons non. Cette décision, c'est moi qui la prends. Nous avons un comité éditorial pour arbitrer les cas les plus délicats ; sinon, au quotidien, la décision se prend entre le directeur de la rédaction et le directeur de la sûreté. Cette procédure est précisément définie pour les zones rouges : du fixeur que l'on choisit aux déplacements que l'on va effectuer, en passant par l'hôtel où l'on va séjourner.

Les personnes qui se rendent dans ces zones suivent une formation. La plupart de nos correspondants en zone dangereuse et de nos envoyés spéciaux ont une formation qui n'est pas sans rapport avec une formation militaire, dirais-je, puisqu'on y apprend à se repérer avec une carte et une boussole dans une forêt où l'on est perdu, ou encore à reconnaître le son des armes pour savoir s'en protéger. On y apprend toute une série de techniques pour se protéger en zone dangereuse. La plupart des gens sont donc formés. Nos envoyés spéciaux le sont tous, nos correspondants pour la plupart, mais il y a des pays qui sont en guerre aujourd'hui et qui n'étaient pas a priori les premiers auxquels on aurait pensé comme zones dangereuses actuellement.

Par ailleurs, notre directeur briefe quotidiennement les équipes. Je ne sais d'ailleurs pas comment il fait, cet homme ne dort jamais. Il briefe également des confrères. Nous formons et briefons d'autres confrères. Il lui est arrivé de briefer des journalistes, par exemple, du journal La Croix ou de Radio France. Toutes ces personnes sont d'ailleurs venues suivre notre stage de formation. Il les briefe donc tous les jours.

Parfois, les gens restent chez eux. C'est le cas à Beyrouth, où ils restent chez eux. Un point est fait tous les jours, voire deux fois par jour en ce moment. Par ailleurs, nous avons un soutien psychologique. Dès mon arrivée, j'ai créé une cellule de soutien psychologique multilingue, car lorsqu'un journaliste vit un traumatisme - on a l'image d'Épinal du grand reporter qui n'a peur de rien -, en réalité, les êtres humains, et c'est cela qui est beau, sont des êtres humains ; ils subissent donc un traumatisme. Il faut que ce traumatisme soit traité, sinon la peur peut les rattraper à un très mauvais moment et leur faire prendre de mauvaises décisions qui les mettront en danger. Nous avons donc une cellule et une psychologue qui vient sur site, y compris à France Médias Monde, quand ils sont là. Sinon, le soutien est multilingue, car on ne parle pas bien de ses peurs dans une langue qui n'est pas sa langue maternelle. Nous avons donc aussi ce dispositif de soutien qui est mis à la disposition de la rédaction à Beyrouth en ce moment. Cela concerne la guerre de l'information, qui repose sur plusieurs leviers. Il y a évidemment les fausses informations sur les réseaux sociaux, avec des fermes de trolls et des angles d'attaque tout à fait calculés. On dirait presque qu'il y a une sorte de cartographie des différents pays, qui indiquerait que, dans tel pays, pour attaquer la France par exemple, il faut attaquer tel thème ; dans tel autre, c'est sous tel angle qu'il faudra procéder. Nous avons vu, par exemple, en Moldavie, que l'un des thèmes était : si vous votez pour les candidats pro-européens, vous ne pourrez plus parler russe, l'Europe vous interdira de parler russe. Ce genre de petites choses. À la veille d'une élection, on annonce qu'Alassane Ouattara est mort, ou alors qu'un coup d'État est en cours en France, avec le micro de RFI et une personne que l'on n'a jamais vue derrière le micro. Ce n'est pas du tout un hasard : il y a une cartographie des angles d'attaque par pays. Il y a donc les réseaux sociaux et les fermes de trolls qui les propagent, mais il y a aussi les agences, notamment les agences d'images. Nous avons la chance d'avoir l'AFP en France, qui fait un travail remarquable. L'AFP est aussi sous contrainte budgétaire, donc elle ne peut pas nécessairement fournir ces images. Le Quai d'Orsay essaie d'aider certaines télévisions en faisant des adresses très ciblées, alors que les agences russes, par exemple, donnent toutes les images aux médias locaux.

Les images russes ne se trouvent pas seulement sur Russia Today ou Sputnik, mais dans le journal national. Voilà une deuxième piste. Une troisième piste : nous allons en masse à tous les congrès. Il y a un stand où se trouvent vingt-cinq personnes. Quand nous arrivons, après avoir envoyé une seule personne sur ce marché ou ce congrès, il y a tout à coup vingt-cinq personnes. Une stratégie d'invitation tout à fait sympathique dans de grands hôtels, avec les patrons des différentes instances... Voilà le type de situations que nous pouvons rencontrer. Nous sommes une cible pour le détournement de nos logos, car cela fait d'une pierre plusieurs coups. D'une part, nous sommes français, ce qui est très réjouissant pour certains. Il y a une sorte de fixette sur ce qui est français. D'autre part, nous sommes crédibles. Quand notre logo habille une fausse information, celle-ci devient d'autant plus puissante. De plus, nous sommes puissants, nous touchons beaucoup de gens. Par conséquent, il est possible de capitaliser sur un plus gros impact. Chaque semaine, nous démentons de fausses informations utilisant nos logos. C'est cela, la poésie de notre activité.

Mme Catherine Dumas. - Merci, une question de Jean-Marc Vayssouze-Faure.

M. Jean-Marc Vayssouze-Faure. - Madame la présidente-directrice générale, vous avez parlé de partenariat avec Deutsche Welle et de renforcement au niveau européen. Il existe une chaîne franco-allemande, Arte, qui se veut un acteur paneuropéen du streaming, avec pour objectif d'étendre son offre multilingue aux vingt-quatre langues de l'Union européenne grâce à un financement public accru. La chaîne a d'ores et déjà assuré que son ambition n'était pas de concurrencer les chaînes d'information, mais, je la cite, « de compléter le paysage médiatique européen national grâce à une approche éditoriale distincte ».

Arte affiche un chiffre intéressant : 77 % de la population européenne peut accéder à des contenus dans sa langue maternelle, à savoir le français, l'allemand, l'anglais, l'espagnol, le polonais, l'italien et, depuis le mois de juillet dernier, le roumain.

Je voudrais comprendre la complémentarité qui est mise en place entre France Médias Monde et Arte, et savoir où en sont les partenariats qui ont été annoncés, et sans doute mis en place, entre ces deux chaînes.

Mme Marie-Christine Saragosse. - Arte et France Médias Monde ne sont pas les mêmes formats. Nous sommes très complémentaires d'un point de vue format, puisqu'Arte propose de magnifiques collections de fictions, de cinéma et de documentaires longs. Nous sommes un peu plus dans des formats très réactifs. Le concept de plateforme veut bien dire ce qu'il veut dire : les gens viennent vers vous, viennent à vous. Nous sommes très axés sur l'information et, comme je le disais, nous sommes en hyperdistribution. Nous sommes là où les informations prospèrent ; nous allons les chercher là où elles sont. Nous ne demandons pas aux gens de venir sur notre plateforme. En ce sens, c'est très complémentaire.

Je ne peux pas parler à la place d'Arte ou de Bruno Patino, dont je suis plutôt une consommatrice. Il me semble que cela crée une conscience européenne, que les gens peuvent avoir des référents communs, un lieu pour les coproductions européennes. C'est une sorte de culture européenne, et nous sommes dans l'intra-européen. Nous sommes aussi les vigies aux frontières, puisque ce dont je vous ai parlé, ce sont des langues extra-européennes. Bien sûr, nous sommes en Europe aussi, mais disons qu'il y a des tentatives d'intrusion. Le Sénat est d'ailleurs très bien placé sur ce sujet, lui qui avait fait une enquête sur les ingérences extérieures, un très remarquable rapport. Il y a bien sûr des ingérences, mais nous sommes un peu plus sur le pourtour de l'Europe pour sortir le bouclier de l'information et empêcher les intrusions. Nous sommes donc très complémentaires.

En termes de réflexion actuelle - la France soutient évidemment les deux chaînes, et je connais moins le côté allemand -, il me semble que les Allemands soutiennent aussi Arte ; je connais moins cela. Nous ne sommes pas sur les mêmes piliers, comme on dit, à terme dans le financement européen, ce que nous espérons tous, c'est-à-dire être dans un financement pérenne. Sinon, tous les deux ans, il faut répondre à des appels d'offres. Nous passons beaucoup de temps, au lieu de faire la mission, à justifier qu'on nous laisse la faire. Cela est donc fatigant. Nous ne sommes pas sur le même pilier. Nous sommes vraiment sur le troisième, plutôt global et non pas national. En ce sens, nous sommes donc très complémentaires. Je dirais que nous adorons faire des choses ensemble. Avec Arte, nous faisons souvent des reportages ensemble, des grands reportages ensemble.

Avec des formats quelque peu différents, Arte a la possibilité de prendre davantage le temps que nous ne le pouvons sur une chaîne d'information en continu. Lorsque nous réalisons des formats de cinquante-deux minutes, ce que nous faisons parfois, cela est moins fréquent, car les téléspectateurs attendent davantage le journal, l'actualité et les dernières nouvelles. Toutefois, nous faisons beaucoup de choses ensemble, y compris en ce qui concerne Arte-image. Notre directeur sur Arte connaît d'ailleurs bien les équipes d'Arte. Nous avons réalisé quelques jolies coproductions ensemble. Notre seule contrainte pour en faire plus est le budget ; sinon, en général, nous sommes d'accord avec les propositions d'Arte. Voilà, j'ai répondu.

Mme Catherine Dumas. - Merci !

M. Hugues Saury. - C'est en tant que président du groupe d'amitié France-Corne de l'Afrique que je souhaitais vous poser une question.

Je voudrais vous parler du Soudan, un pays qui subit une guerre civile terrible, avec des centaines de milliers de morts et encore plus de déplacés, un pays en proie au chaos où règne un black-out sur l'information et où s'exerce une très forte pression sur les journalistes. Il me semble que la dernière radio française en arabe a disparu des ondes en 2023.

Je voulais savoir quelle était la stratégie de France Médias Monde pour continuer à apporter une information fiable à l'ensemble des populations et des pays limitrophes, qui connaissent eux-mêmes un certain nombre de difficultés. Quels sont vos liens avec les journalistes et les médias locaux pour, justement, continuer à apporter au monde entier une information ? En effet, le Soudan est un pays où l'on voit que la couverture médiatique, d'une façon générale, est faible par rapport aux problèmes qui s'y posent.

Mme Marie-Christine Saragosse. - Je vous remercie d'aborder ce sujet. Il est vrai que la couverture médiatique sur le Soudan est totalement inexistante. Ce qui se passe dans cette région est monstrueux, et pour les femmes, parfois encore plus.

Concernant les liens avec les journalistes locaux, je ne saurais vous le dire. Les journalistes des rédactions en ont certainement eu, mais j'avoue que cette information ne remonte peut-être pas jusqu'au comité éditorial que je préside.

En revanche, nous envoyons en permanence des envoyés spéciaux qui vont réaliser des reportages et permettre de mettre à l'antenne, de diffuser dans le monde entier ce qui se passe là-bas. Il me semble qu'il y en a encore en ce moment, sur RFI et France 24. Je me réjouis que vous vous intéressiez particulièrement à cette zone. Nous avons préparé une collection pour essayer de réaliser une émission spéciale sur le Soudan ou un format similaire. Nous pourrions donc tout à fait partager cela avec vous.

L'un des reportages qui m'a le plus bouleversée a été réalisé par RFI. Quand vous écoutez ce reportage, à la fin, vous êtes en tachycardie et vous ne pouvez plus respirer, tellement ce que l'on entend est incroyable. C'est une tragédie absolue. Nous faisons ce que nous pouvons avec nos moyens et notre impact, mais je vais recueillir tout ce que nous faisons et les projets que nous avons. Si vous le voulez bien, je vous les transmettrai. Peut-être même - je ne sais pas si vous avez des idées -, nous sommes preneurs.

Mme Catherine Dumas. - Merci, Jean-Luc Ruelle.

M. Jean-Luc Ruelle. - Je suis d'autant plus sensible à vos propos que je vis en Afrique depuis quarante-deux ans. J'écoute RFI tous les jours. Quand je monte dans un taxi, le chauffeur écoute RFI. Cette radio est indissociable de ces pays et elle nous est très utile.

Vous êtes donc présents sur de nombreux théâtres, dans plusieurs langues, avec des formats très différents. Cette présence suppose des choix concrets : créer ou maintenir une rédaction, renforcer un canal linguistique, investir dans le numérique plutôt que dans la diffusion traditionnelle. On le voit très directement, le développement du canal arabophone de France 24 a mobilisé des moyens importants. À l'inverse, certaines zones d'Afrique ont connu des restrictions de diffusion, ce qui interroge sur la capacité à maintenir une présence effective. De la même manière, l'arbitrage entre la radio, avec RFI, et les formats numériques traduit une évolution profonde des publics visés.

Derrière ces décisions, il y a une question très concrète : où mettons-nous les moyens et pourquoi ici plutôt qu'ailleurs ? Vous en avez déjà un peu parlé. Quels sont aujourd'hui vos critères d'arbitrage - zone géographique, langue, support - et pouvez-vous nous donner des exemples précis de choix récents que vous avez opérés et des raisons qui les ont motivés ?

Sur la rédaction en Afrique, par exemple, je m'interroge sur le positionnement de la rédaction à Dakar, en lieu et place de Johannesburg.

Mme Marie-Christine Saragosse. - Je me suis moi-même interrogée, monsieur le sénateur, sur le choix du lieu. C'était une difficulté. Je commence par là, mais votre question est vraiment très stratégique. Nous avons donc établi une série de critères. Je dois vous dire que le coût a certainement été le premier critère, pour les raisons que rappelait Roger Karoutchi : nous sommes très près de nos sous. Cela a été une première raison.

Il ne faut pas oublier non plus qu'au moment où nous avons décidé... Dakar a d'abord été le fruit d'une décision de parler mandingue. Je voulais le peul tout de suite, car c'est la langue des Peuls. Ce sont deux peuples qui ne s'entendaient pas forcément, les mandingophones et les foulophones. Nous voulions parler des deux car, précisément, notre idée n'était pas de prendre parti. Nous avons donc d'abord eu le mandingue en 2015, puis le fulfulde - ou le peul, comme on voudra - en 2021, ce qui était dommage. Au départ, c'est donc cela : nous voulons créer une rédaction dans ces langues, et la stratégie part plutôt d'un choix de langue, parce qu'il ne faut pas s'illusionner sur le fait que tous les Africains naîtraient en parlant français. Non, c'est une langue qui n'est pas une langue maternelle en Afrique. Pour certaines familles, oui, mais pas pour toutes. Lorsque la scolarisation recule et que le taux de natalité augmente, le français n'est pas forcément très répandu.

Nous nous sommes donc rendu compte qu'il y avait beaucoup de gens dans la bande sahélienne qui ne comprenaient pas ou imparfaitement le français, qui n'étaient pas scolarisés, et que si ces personnes étaient seulement informées par, par exemple, des offres en russe - des Russes qui parlent bambara ou peul -, il était clair qu'à un moment, elles n'allaient pas comprendre quelle était la stratégie française dans ces zones, parce qu'elles ne comprendraient pas ce qu'expliquerait l'information professionnelle de nos journalistes.

C'est donc parti de là. Où allions-nous installer cette rédaction ? Mandingue, et nous espérions bien le fulfulde. Nous avons donc regardé les prix. Nous avons regardé la sécurité. Je dirais qu'en vérité, nous avons regardé la sécurité, puis les prix. Souvenez-vous qu'en 2015, cela sautait sans arrêt. Cela a d'abord commencé... le Mali a commencé à s'enflammer, mais nous avons eu le Burkina Faso qui a sauté et Grand-Bassam en Côte d'Ivoire. Mon analyse sécuritaire à ce moment-là m'a donc fait choisir Dakar pour protéger les équipes, qui étaient en plus moins chères.

Abidjan est une ville formidable, assez chère. Le hub s'est donc implanté là et a continué à y prospérer quand nous avons ajouté Zoa, par exemple, ou quand nous sommes montés en puissance sur le numérique. Voilà pour le choix d'Abidjan. Nous couvrons beaucoup Abidjan, nous y sommes très présents, de même que Kinshasa, qui est une grande capitale où nous sommes actuellement, car la RDC est le plus grand pays de la francophonie. Comment faire des choix ? Il y a dans le monde une légère tendance à la baisse de la radio. Étonnamment, RFI résiste complètement à cette tendance. Elle continue à avoir des audiences broadcast très fortes. Néanmoins, l'avenir, avec la jeunesse qui arrive, impose de s'investir vraiment sur le numérique, et non seulement sur le numérique, mais sur la vidéo mobile, qui est, dans nos enquêtes, un élément déterminant. Stratégiquement, RFI s'est donc mise à embrasser ce sujet à bras-le-corps. Cela rejoint ce que je disais tout à l'heure : nous sommes centrés sur le produit. Ce qui compte - et je vais le dire d'une façon plus poétique, à la Alfred de Musset - : « Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ». Qu'importe le flacon des supports numériques ou broadcasts, pourvu que nous ayons l'ivresse des contenus de qualité qui sont ceux de RFI, de France 24, de Monte-Carlo Doualiya. C'est un peu de cette manière que nous raisonnons. Pour que RFI... ou alors, pour citer Le Guépard, « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ». Pour que RFI continue à toucher son grand public, son plus large public, il faut aussi qu'elle s'adapte à cela. C'est un peu avec ces idées que nous avançons. Quand nous lançons Zoa en Afrique, nous savons qu'il y a parfois 70 % de moins de 25 ans. Ils sont tous sur les téléphones mobiles, dont l'usage monte en puissance. Si nous ne créons pas des formats adaptés à cette jeunesse, si nous ne nous décalons pas un peu par rapport à ce que nous savons faire sur les antennes de RFI, nous allons perdre cette partie du public qui est fondamentale, car c'est elle qui sera la majorité demain et qui tiendra les institutions. C'est la raison des choix que nous faisons. Il y a des contraintes budgétaires, des évolutions d'usage, des questions de sécurité. Par exemple, dans le bouclier pour l'information - je ne vous ai parlé que de l'Europe -, il y a un volet Afrique. Dans ce volet Afrique...

La première des priorités est de rétablir la diffusion de RFI en anglais en broadcast, car le retrait américain va libérer des fréquences dans cette langue, ce qui peut créer un grand appel d'air. RFI occupera fort pertinemment cet espace. Il y a donc un enjeu de diffusion radio en anglais pour récupérer des fréquences. D'autres aspects sont à considérer. Par exemple, le lingala, qui est la grande langue africaine de la République démocratique du Congo, il nous semble que nous aurions vraiment, vraiment, vraiment intérêt à le parler. Cela figure d'ailleurs dans le projet. Concernant la Corne de l'Afrique, dont nous parlions, il nous semble qu'il y a quelques langues éthiopiennes à prendre en compte. Les Chinois sont très présents dans cette zone, en Éthiopie, en Somalie, etc. Il nous semble que quelques langues stratégiques devraient être ajoutées à nos langues africaines, puisque nous en avons quatre pour l'instant : le swahili, le haoussa, le mandinka et le fulfulde. Il faudrait y ajouter le lingala et une ou deux langues de la zone d'Afrique de l'Est, en plus de l'anglais. Voilà, par exemple, le plan pour l'Afrique. Évidemment, nous avons un plan pour le monde arabe et un plan pour l'Amérique ; nous avons réfléchi à tout cela. Merci en tout cas de nous dire que vous écoutez RFI à ce point, cela fera plaisir aux journalistes. Je le leur dirai. Je me permets de vous dire que vous êtes tous nos invités. Si vous voulez venir voir comment cela fonctionne, vous êtes tous invités, évidemment, à France Médias Monde.

Mme Catherine Dumas. - Bien. Merci beaucoup, Michèle Gréaume.

Mme Michelle Gréaume. - Je vous remercie pour toutes les informations que vous nous donnez, qui sont très enrichissantes.

Concernant les pays où vous avez été suspendus et notamment les stratégies de reconquête, je voudrais savoir si, au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Togo, vous avez maintenu des correspondants sur place ou si ces derniers ont dû être rapatriés pour des raisons de sécurité. Je souhaiterais également savoir qui a récupéré les fréquences. Il a été question de CRT Africa, qui récupère vos bandes, mais quels autres pays le font éventuellement ?

Deuxième point : vous nous avez signalé tout à l'heure que, bien avant que le conflit n'explose au Moyen-Orient, vous aviez des informations qui venaient directement du terrain. Ce sont des informations riches, et j'imagine que nous aurions pu être alertés bien avant. D'après vous, le ministère de l'Europe et des affaires étrangères devrait-il jouer un rôle plus structurant dans la définition et le soutien de votre stratégie internationale ? Si oui, comment ?

Mme Marie-Christine Saragosse. - S'agissant des pays d'Afrique où nous avons été censurés - vous les avez cités -, nous avons, pour certains, rapatrié nos correspondants, soit en les installant dans un pays voisin, soit en les faisant rentrer en France. Pour d'autres, nous les avons mis en sommeil, si je puis dire. Ils ne sont donc pas présents sur les antennes ; on ne les entend pas sur les antennes. Je n'en dirai pas plus.

Comme je le signalais également, le contournement se fait vraiment par le numérique. Certains pays coupent aussi nos sites propriétaires, mais rarement YouTube et les autres réseaux sociaux ; c'est donc grâce à cela que nous continuons à être écoutés. Tant et si bien, d'ailleurs, que je me demande si certains citoyens de ces pays savent seulement que nous sommes coupés. En effet, tous les matins, dans l'émission « Appel sur l'actualité », si vous écoutez RFI le matin, Juan Gomez, qui est notre vedette et qui est connu en Afrique, est appelé tous les jours. Des gens nous appellent du Niger, du Burkina et du Mali, depuis les villes de ces pays, et posent leurs questions en direct. Nous avons d'ailleurs réalisé des interviews de ministres de ces pays. Nous continuons à couvrir l'information de ces pays. Nous la couvrons même tout à fait soigneusement et nous donnons aussi la parole. Quand une ministre de la culture burkinabè se réjouit que le prix Découvertes aille à une Burkinabè, c'est bien qu'elle s'en réjouisse. Nous essayons de ne jamais couper les liens ; il ne faut pas insulter l'avenir. Voilà pour les correspondants et la couverture de ces pays, qui continue en fait, et nous en voyons le résultat sur nos antennes puisque l'on nous appelle.

En revanche, nous ne mesurons plus notre audience, ce qui est très embêtant, car cela crée des trous dans nos chiffres. Je vous parlais de 178 millions d'auditeurs. Si j'ajoute les millions que je ne peux plus mesurer dans ces pays, nous dépasserons largement les 280 millions, voire plus. En effet, nous perdons de l'audience que nous ne pouvons plus mesurer, donc nous la retirons de nos statistiques.

S'agissant de la tutelle, le rapporteur Roger Karoutchi a fait une allusion à la double tutelle du ministère de l'Europe et des affaires étrangères et du ministère de la culture. C'est une discussion que nous avons périodiquement. Pour ma part, je trouve que c'est un atout d'avoir les deux ministères comme tutelles. Je vais m'expliquer. Évidemment, je préférerais que ce soient des ministères beaucoup plus riches ; ce serait mieux.

Nous adorerions qu'ils soient plus riches et nous trouvons d'ailleurs qu'ils devraient l'être. Pourquoi cela est-il important pour nous ? Parce qu'être rattaché au ministère de la culture, c'est être rattaché à l'audiovisuel public français, c'est être financé par un compte affecté, une ressource affectée qui garantit notre indépendance. Je me permets d'ailleurs de dire que le Sénat a joué un rôle majeur dans cette recette affectée, puisque cela est parti d'ici. C'est une proposition de loi émanant de votre assemblée qui nous a permis à tous de ne pas être financés comme une administration. Nous sommes donc en France, dans une grande démocratie, dans cet univers d'audiovisuel public, indépendant, protégé par l'État. Dans une démocratie, en effet, l'État protège l'indépendance des médias publics ; ce ne sont pas des médias d'État, ce ne sont pas des médias gouvernementaux. Pour nous, c'est donc une sécurité et, à la limite, un honneur d'être avec les autres. Cependant, nous sommes à l'international et nous savons très bien - cette commission est bien placée pour le savoir - que ce n'est pas forcément la chose la plus familière lorsque l'on vit en France. S'il se passe quelque chose au coin de la rue, c'est beaucoup plus important que si cela se passe au Soudan, dont on ne parle pas. Or, nous savons que le Soudan est important, que nous sommes dans un monde globalisé et que, pour être un citoyen éclairé, il faut savoir ce qui se passe dans le monde. Nous avons besoin de cet audiovisuel extérieur. Pour cela, le cadre, c'est le Quai d'Orsay. Le Quai d'Orsay nous arrime à cet international et sait aussi défendre les enjeux à nos côtés, tout en respectant notre indépendance. Si nous n'étions qu'au Quai d'Orsay, nos détracteurs - que je ne veux pas citer parce que, finalement, on a trop parlé d'eux - diraient : « C'est la voix du Quai d'Orsay » - c'est ce qu'ils disent. C'est la voix du Quai d'Orsay, ou alors c'est la voix de l'Élysée, ou alors c'est la voix de je ne sais qui, alors que nous ne sommes que la voix de l'ensemble des Français. La double appartenance est donc aussi une protection en termes de statut. Je dirais que les deux ministères ne s'entendent pas mal du tout, même plutôt bien en général. Franchement, malgré tout, le ministère de la culture a évidemment tout le poids du national, mais il comprend bien aussi les enjeux.

Le Quai d'Orsay nous soutient énormément et, au cours des dernières années, est monté en puissance dans notre financement avec tous ces projets de proximité qui sont financés sur l'aide publique au développement. Nous espérons que, malgré les contraintes, le Quai d'Orsay continuera, car nous avons grandement besoin de soutien stratégique et budgétaire.

Mme Vivette Lopez. - Madame la présidente, je vous remercie pour toutes les informations que vous venez de nous donner. Je tiens à adresser mes félicitations et, surtout, mon respect à l'ensemble de vos équipes, qui vivent des moments difficiles pour nous fournir de vraies informations.

Je ferai partie du déplacement en Bulgarie, en Roumanie et en Moldavie et j'ai entendu votre appel à visiter le hub de Bucarest ; nous en avons bien pris note. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur la situation actuelle de ces pays, compte tenu de la guerre qui est tout de même très proche ? Comment vivent-ils ces menaces ? Comment voient-ils l'avenir ?

Mis à part le hub à visiter, pourriez-vous nous conseiller des lieux stratégiques ou des personnalités à rencontrer, à qui nous pourrions évidemment apporter notre soutien ? Pourriez-vous nous donner davantage d'informations sur ces trois pays ?

Mme Marie-Christine Saragosse. - Tout ce que vous avez dit aujourd'hui est d'une importance que vous n'imaginez pas pour eux. Merci beaucoup.

Concernant le hub de Bucarest, je ne saurais vous décrire de manière scientifique la perception que l'on peut en avoir. Je peux en revanche vous parler de la rédaction à Bucarest, qui a été confrontée à une manipulation incroyable au moment de l'élection présidentielle en Roumanie. Les autorités ont été assez courageuses, puisqu'elles ont osé annuler une élection qui avait été grandement faussée sur TikTok. Notre rédaction était donc particulièrement vigilante et en première ligne pendant toute cette période. Nous communiquions avec eux par Teams - le bon côté de la covid est que nous avons maintenant complètement intégré cet outil et que nous pouvons nous parler régulièrement à distance. Nous suivions la situation, car ils étaient extrêmement inquiets quant au devenir de la rédaction dans le cas où le candidat prorusse l'aurait emporté.

Ce sont donc eux qui ont donné l'alerte sur la Moldavie. Ce sont eux qui nous ont saisis en expliquant que ce tout petit pays de 3,5 millions d'habitants était littéralement sous le feu de la propagande à un point inimaginable, y compris avec des complicités internes. Ils étaient tellement stupéfaits de la violence de cette propagande qu'ils nous ont appelé au secours.

Nous avons donc saisi le ministère des affaires étrangères et avons décidé non pas de faire de la propagande - s'il y a une chose que dit le rapport du Sénat, que je trouve magnifique, c'est que nous devons être les miroirs inversés de Sputnik et de Russia Today et ne jamais renoncer à notre modèle pour, soi-disant, combattre un modèle qui est le contraire de ce que nous sommes. Ne jamais renoncer à soi. Nous avons donc fait tout le contraire : nous avons affirmé qui nous étions en matière d'information.

La rédaction de Bucarest a ainsi organisé toute cette réaction en s'appuyant sur le recrutement de correspondants en Moldavie, notamment des correspondants de Radio Free Europe qui avaient été remerciés, puisque les Américains ont arrêté de financer cette radio. Par ailleurs, en appui à Paris - la rédaction russe est à Paris -, nous sommes montés en puissance avec des gestionnaires de communauté pour augmenter le nombre de vidéos vues. Nous avons accueilli dans nos locaux à Bucarest nos amis de la Deutsche Welle. Nous avons même signé un protocole d'entente avec eux, et ils se sont installés dans notre hub à Bucarest. Il y a donc un bureau de la Deutsche Welle dans le hub pour ses correspondants roumains.

Nous avons signé cet accord avec la Deutsche Welle pour affirmer qu'ensemble, nous allions défendre une certaine idée de l'information. Nous avons mené une importante opération de délocalisation en Moldavie. La présidente n'a pas souhaité s'exprimer sur nos antennes. Il faut la voir si vous vous y rendez. J'imagine que vous allez solliciter un rendez-vous avec Maia Sandu. Voir cette femme, c'est comprendre la guerre. Je ne sais pas comment le dire, mais on sent physiquement, quand on est à Bucarest et quand on est à Chi?inãu, que l'on est en guerre. On le sent. On comprend qu'à Paris, il est formidable de vivre notre vie. On sent quelque chose, c'est très différent physiquement. Il faut parler avec elle, parce qu'elle a vécu toutes les affres. De plus, elle serait sans doute sensible à recevoir le soutien moral d'une délégation de sénateurs. Je dirais donc que, parmi les personnes à voir, il y a Maia Sandu à Chi?inãu.

Mme Catherine Dumas. - Il semble qu'il n'y ait plus de questions.

Je voudrais, madame la présidente, vous remercier pour cette intervention très large, qui nous a passionnés. Il était important de vous entendre dans ce contexte international tout de même sans précédent. Nous avons pu aborder le sujet de la contrainte budgétaire avec notre rapporteur.

Comme vous l'avez compris et comme mes collègues l'ont exprimé, vous avez le soutien de notre commission. Nous continuerons à suivre vos travaux avec attention.

Merci beaucoup.

Mme Marie-Christine Saragosse. - C'est moi qui vous remercie, madame la présidente, ainsi que vous toutes et tous. Merci beaucoup.

Cette audition a fait l'objet d'une captation vidéo qui est disponible en ligne sur le site du Sénat.

La réunion est close à 11h30.