Mercredi 27 mai 2026
- Présidence de M. Rachid Temal, président -
La réunion est ouverte à 17 h 30.
Audition de Mme Éléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger
M. Rachid Temal, président. - Madame la ministre, c'est un honneur de vous recevoir dans le cadre des travaux de la mission d'information sur la diplomatie climatique, créée à l'initiative du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI). Notre rapporteur, Teva Rohfritsch, a défendu cette initiative, qui s'avère chaque jour un peu plus nécessaire aux travaux du Sénat. Nous espérons que notre rapport marquera les esprits.
Quels sont les ambitions et les moyens de la diplomatie climatique française ? Comment améliorer son efficacité ?
Nous avons déjà mené plus de trente auditions et entendu les grandes figures tutélaires de l'Accord de Paris, parmi lesquelles le président François Hollande, le président de la COP21 Laurent Fabius et la négociatrice Laurence Tubiana. Nous avons également entendu des experts, des diplomates et des grands témoins.
Tout converge vers un constat : la France occupe encore une place éminente dans le domaine des négociations climatiques et sa voix porte, en Europe comme dans le monde. Cependant, l'élan né de l'accord de Paris tend à s'essouffler. Certes, le retrait américain n'a pas aidé. Des fractures et des dissensions apparaissent avec les pays dits du Sud global. La posture de la Chine, parfois contradictoire, interroge encore. Par ailleurs, une situation critique est née du conflit hasardeux déclenché par l'administration Trump et le premier ministre israélien. Alors que le détroit d'Ormuz concentre tous les regards, nous observons un paradoxe intéressant : cette crise révèle notre extrême fragilité et notre dépendance en matière de produits carbonés, ce qui devrait nous inciter à faire évoluer nos politiques et nos modes de vie, en adoptant des solutions plus souveraines et davantage en ligne avec nos engagements internationaux.
Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères se trouve en première ligne et je salue l'aide que vos services ont apportée à la mission d'information.
En tant que ministre déléguée à la francophonie et aux partenariats internationaux, vous disposez d'une certaine hauteur de vue sur les sujets qui nous intéressent. Vous avez aussi été députée d'une circonscription de l'étranger.
De quelle manière la France, y compris ses outre-mer, peut-elle jouer de ses atouts diplomatiques ? La francophonie constitue-t-elle encore un levier pour convaincre, attirer et faire en sorte que des pays se retrouvent pour réfléchir et s'allier afin de sortir d'une situation dont ils sont les premiers à souffrir ? Enfin, comment entendez-vous mobiliser le réseau diplomatique dans son ensemble pour agir concrètement, de façon globale et locale ?
Je vous laisse la parole pour une dizaine de minutes. Notre rapporteur et les sénateurs présents vous poseront ensuite leurs questions. A priori, vous serez l'avant-dernière personne à être entendue par notre mission d'information, puisque nous devons encore recevoir la ministre de la transition écologique.
Mme Éléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger. - Je vous remercie de m'entendre dans le cadre de cette mission d'information et je salue votre décision de travailler sur le sujet de la diplomatie climatique. Avant d'être membre du Gouvernement, j'ai été une parlementaire engagée sur les questions climatiques et convaincue de l'importance de la diplomatie parlementaire, notamment lorsqu'il s'agit des enjeux globaux.
Ainsi, dans le cadre de la troisième conférence des Nations unies sur l'océan (Unoc 3) qui s'est tenue à Nice, j'ai créé une coalition parlementaire avec des députés, des sénateurs, des députés européens et d'autres parlementaires à travers le monde, pour encourager de bonnes pratiques et tenter de pallier les dysfonctionnements du multilatéralisme. Quand les États ne parviennent pas à avancer, comme c'est le cas sur de nombreux sujets, parmi lesquels celui du plastique par exemple, il s'agit de progresser grâce à la coordination parlementaire, dans les différents forums existants ou dans le cadre de coalitions ad hoc. Les travaux que vous menez dans le cadre de votre mission pourront contribuer à nourrir ces réflexions.
Certes, nous devons conclure des accords globaux et j'ai par exemple beaucoup défendu l'accord des Nations unies sur la haute mer, dit BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), qui est enfin entré en vigueur. Cependant, sur certains sujets, nous peinons à avancer. Les régulations et les réglementations adoptées au niveau national ont un impact multinational et global lorsqu'il s'agit de questions climatiques.
Ces auditions se tiennent dans un cadre très particulier puisque nous connaissons une vague de chaleur inédite pour un mois de mai, avec les dangers et les inconvénients qu'un tel épisode comporte. Au-delà des recommandations effectuées par le Gouvernement et des efforts fournis en matière d'adaptation et de mitigation, il s'agit de savoir comment atténuer ces effets du réchauffement et agir en amont. À cet égard, il vous appartient aussi d'agir.
À la fin de l'année dernière, nous avons célébré les dix ans de l'Accord de Paris. Chacun en convient : cet accord a constitué une victoire diplomatique majeure. Sa signature à Paris a bénéficié à l'image de la France, qui continue de s'incarner dans l'action de nos postes à l'étranger et dans celle du Président de la République, qui ne cesse de défendre ces sujets à l'international, même dans un contexte difficile.
Il y a quelques semaines, j'étais à Washington pour les réunions de printemps de la Banque mondiale, au cours desquelles les pays membres définissent leurs priorités et leur stratégie. Les États-Unis font du plaidoyer pour qu'on ne parle pas de climat, mettant en avant le fait que le changement climatique serait un canular - « climate change is a hoax ». J'ai pris le contre-pied et n'ai parlé pratiquement que de climat. J'ai assumé cette position qui n'était pas la plus simple. Si l'objectif actuel de la Banque mondiale est de créer des emplois, ce ne sera possible qu'avec une planète sur laquelle nous pouvons vivre et nous développer.
Les instances dans lesquelles nous pouvons prendre des décisions et orienter notre aide publique au développement (APD), qui connaît d'ailleurs une phase de contrition, ne sont pas acquises quand il s'agit des questions climatiques. Pourtant, nous continuons d'axer nos efforts sur la diplomatie climatique et de rechercher toujours davantage d'impact.
À ce jour, les engagements pris par les différents pays au niveau national ne permettent pas de nous replacer sur une trajectoire limitant le réchauffement à +1,5 degré Celsius. Près de soixante pays doivent toujours publier leurs cibles conformément à l'accord de Paris.
Juste avant de venir ici, j'étais devant un parterre d'étudiants de l'Institut catholique de Paris qui participent à un exercice de simulation des travaux des Nations unies. Une jeune femme d'une vingtaine d'années a noté d'une façon très pertinente que le multilatéralisme donnait l'impression de se réduire à des paroles et que, de COP en COP, peu d'engagements étaient pris.
La voix de la France porte, et elle est reconnue dans le concert multilatéral. Pourtant, il est difficile d'obtenir des avancées réelles et de voir des négociations aboutir à des traités, notamment des traités se traduisant par des engagements concrets et des solutions. Si le BBNJ a été une victoire, il s'agit d'une forme d'exception, ce qu'illustrent bien les négociations menées pour adopter un traité mondial visant à mettre fin à la pollution plastique ou les discussions sur la désertification. Il faut reconnaître les limites de l'exercice pour agir efficacement.
En réponse à cela, de nouveaux forums se créent, dans lesquels nous formons des coalitions avec les pays et les parlementaires les plus allants, avec ceux qui ont vraiment envie de changer les choses en interne et d'avancer. C'est la grande mode des coalitions et la France est championne en la matière. Je le dis sans ironie, car ces coalitions sont nécessaires pour défendre des politiques efficaces et des projets concrets, comme la mise en place des « plateformes pays ».
Le multilatéralisme tel que nous le connaissons ne nous permet pas d'obtenir de telles avancées. C'est la raison pour laquelle nous organisons ces grandes rencontres, qui constituent des moments importants et fondateurs. À titre d'exemple, le One Planet Summit, décliné sur une grande variété de sujets, nous a permis d'obtenir des résultats concrets et de maintenir notre place de pays leader en matière de diplomatie climatique. Certes, les résultats obtenus sont plus limités que si nous avions agi dans une instance réunissant tous les acteurs, mais il vaut mieux cela que de ne rien obtenir du tout.
Dans cette logique de choisir les instances dans lesquelles les discussions sont possibles, le G7 constitue un forum intéressant. Les discussions y sont difficiles puisque les États-Unis en font partie. Cependant, lors de la réunion ministérielle que je présidais il y a quelques semaines à Paris, j'ai pu « embarquer » les participants sur la question de la résistance aux catastrophes naturelles, avec l'initiative sur les systèmes d'alerte précoce aux risques climatiques, dite Crews (Climate Risk and Early Warning Systems). Celle-ci doit permettre de doter plusieurs dizaines de pays - nous essayons d'atteindre la cible de 77 pays vulnérables - d'un système d'alerte précoce, qui peut être installé sur les téléphones portables pour permettre de sauver des vies quand des phénomènes climatiques violents surviennent. Il s'agit d'une avancée très importante.
Nous parvenons donc à obtenir des résultats concrets, même dans le contexte le plus difficile qui soit, puisque l'un de nos alliés et des principaux bailleurs en matière de développement remet en question l'existence même du changement climatique. Je voudrais donner cette note d'espoir.
La voix de la France, telle qu'elle a été notamment portée dans le cadre du Pacte de Paris pour les peuples et la planète (4P), réunion organisée entre pays alignés pour avancer et concrétiser des engagements, part du postulat de Bridgetown, selon lequel aucun pays ne devrait avoir à choisir entre son développement économique et son développement durable.
De manière sous-jacente, une réforme réelle de l'architecture du développement s'opère, dans le cadre de laquelle nous appelons à une réforme du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE. Il s'agit notamment de modifier les indicateurs et la métrique, ce qui, soit dit en passant, permettra de clarifier les choses face à l'extrême droite, qui affirme que nous disposons de 13 milliards d'euros d'APD alors que mon budget est d'à peine 3,7 milliards d'euros. Au-delà, il s'agit de modifier l'éligibilité des pays au financement en matière de développement, en prenant en compte la vulnérabilité des pays les plus exposés, en particulier à la montée des eaux et aux catastrophes naturelles. Changer la façon dont nous évaluons les vulnérabilités nous permettra de mieux cibler l'aide et d'assurer que la diplomatie climatique porte ses fruits.
Nous avons aussi conclu des partenariats pour une transition énergétique juste avec l'Afrique du Sud, l'Indonésie, le Vietnam et le Sénégal. La France est engagée aux côtés d'autres bailleurs. Je ne présenterai pas trop de chiffres bruts, lesquels sont difficiles à appréhender, mais sachez que nous engageons, avec d'autres bailleurs, 2,5 milliards d'euros pour la transition énergétique. Ce qui importe, c'est d'avoir réussi à entraîner un certain nombre de pays autour de cette thématique. Je songe par exemple à l'Alliance solaire internationale, dite ISA (International Solar Alliance), lancée par la France avec l'Inde. Je me rendrai au mois d'octobre à Delhi et à Pondichéry, pour continuer à mobiliser différents pays sur la question de la transition énergétique vers le renouvelable, à un moment où certains de nos alliés, dont les États-Unis, considèrent que nous devrions poursuivre l'exploitation fossile.
J'aimerais à présent évoquer la forêt et les océans.
Le One Forest Summit a été un succès et nous a permis de mettre l'accent sur les forêts tropicales d'Amazonie et du bassin du Congo, mais aussi d'établir de véritables partenariats. Les country packages que nous parvenons à développer en matière de préservation des forêts sont bien réels, compris et assumés par les pays partenaires. J'en parlais ce week-end à Cotonou avec une ministre congolaise qui me disait en somme : « C'est exactement ce dont nous avons besoin : mener une politique qui prenne en compte les besoins, notamment économiques, des populations habitant ces forêts, plutôt que de penser cet espace comme un écosystème à préserver de manière figée. »
Cela rejoint ce que nous faisons sur l'océan. Le BBNJ vise notamment à promouvoir une répartition plus juste et équitable des ressources de l'océan. Le traité va au-delà de la préservation de l'océan comme poumon de la planète et tend à intégrer les spécificités de tous ceux qui vivent de l'océan, c'est-à-dire une grande partie de l'humanité. Cette approche de la diplomatie climatique, qui prend en compte les besoins des divers interlocuteurs, est différente de celle qui était la nôtre il y a seulement une dizaine d'années.
En ce qui concerne le G7, je suis satisfaite que le critère de la vulnérabilité ait été retenu. Il s'agit d'un élément fondamental, notamment lorsqu'on parle de diplomatie climatique. La France, comme le Royaume-Uni, a investi dans l'initiative Crews. Il s'agissait d'ailleurs de l'un des fils conducteurs du sommet Africa Forward de Nairobi, axé sur des projets concrets en faveur de la transition énergétique du continent. Si l'angle économique a été important pendant le forum d'affaires, quand on considère de manière détaillée les programmes énergétiques, la grande majorité concerne la transition énergétique du continent africain. Ainsi, un pas très important a été franchi lors d'un sommet qui ne portait pas, a priori, sur le climat, mais sur le renouveau de nos relations avec les pays africains. Le forum a permis de matérialiser un certain nombre d'engagements du secteur privé. Cette diplomatie climatique n'est pas seulement à l'oeuvre là où on l'attend, dans les COP ou les One Planet Summit, mais aussi dans des sommets différents, au sein desquels la France porte une voix singulière.
Je voudrais conclure en évoquant la COP31, qui se tiendra début novembre en Turquie. Nous voulons que la France soit entendue sur un point essentiel, qui a aussi constitué le fil conducteur du sommet One Health qui s'est tenu à Lyon : nos politiques doivent se fonder sur la science et sur son respect. Cela n'est plus une évidence pour un certain nombre de nos interlocuteurs, et la science est trop souvent considérée comme une opinion. Cette remise en question de la parole scientifique est extrêmement dangereuse. Il nous faut répondre à cet enjeu de la désinformation climatique.
Ce n'est pas mon rôle de me faire l'avocate d'une proposition de loi, mais je voudrais signaler que, lorsque j'étais encore députée, j'ai déposé avec d'autres un texte transpartisan visant à garantir l'intégrité de l'information sur le changement climatique face à la désinformation climatique et aux ingérences étrangères, qui peine à être inscrit à l'ordre du jour. Cette question est essentielle alors qu'une action proactive est menée pour dire tout et son contraire sur la réalité du changement climatique.
La France a rejoint l'initiative mondiale pour l'intégrité de l'information sur le changement climatique, lancée par le Brésil, le secrétariat des Nations unies et l'Unesco.
Nous luttons contre la fragmentation des instances onusiennes et du multilatéralisme, en nous recentrant pour avoir davantage d'impact. Mais cet impact est limité en matière climatique quand on ne parvient pas à entraîner l'ensemble des acteurs. Il faut alors avancer en petit groupe pour obtenir des résultats, ne serait-ce que sur un territoire déterminé. Là encore, les parlementaires peuvent jouer un rôle important, surtout dans une période de grande instabilité politique pour un certain nombre de nos partenaires et de membres de la Banque mondiale. La stabilité de certaines chambres peut permettre de nouer des relations avec d'autres parlementaires engagés sur ces questions et de faire avancer un certain nombre de sujets.
Vous pouvez compter sur ma mobilisation pleine et entière, ainsi que sur celle du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, aux côtés du ministère de la transition écologique.
Notre travail est laborieux et ingrat : visible en termes de positionnement politique, mais moins en termes de résultats concrets, qui pourtant existent. Il nous faut fournir un effort pour informer sur ce qui est fait et valoriser des politiques publiques qui portent leurs fruits. Dans un monde où la désinformation fait des ravages, il faut dire que telle politique menée, dans le domaine de la mobilité urbaine ou de l'assainissement des eaux, avec des entreprises françaises ayant une expertise reconnue à l'international, a un impact sur la qualité de l'eau, la qualité de l'air, les populations civiles et les températures. Un travail d'information s'impose, à une époque où tout se vaut et où certaines interrogations au sein des hémicycles portent sur le recours ou non à la climatisation, comme si affirmer le caractère énergivore de ce dispositif relevait de la désinformation.
Je suis impatiente de savoir quelle suite sera donnée au rapport que vous rendrez. Je me tiens également à votre disposition pour promouvoir le résultat de ces travaux et leur permettre d'exister, y compris au sein du Gouvernement.
M. Rachid Temal, président. - Concernant la proposition de loi que vous avez évoquée, le ministre chargé des relations avec le Parlement pourrait tout faire pour qu'elle soit inscrite, ce qui ferait avancer les choses.
M. Teva Rohfritsch, rapporteur. - Je vous remercie, madame la ministre, de nous faire l'honneur d'être présente. Effectivement, nous parvenons au terme de notre cycle d'auditions et il est essentiel d'entendre la parole gouvernementale. Nous souhaitions également convier M. Jean-Noël Barrot, mais il n'a pas encore trouvé le temps de répondre à notre invitation. Nous vous serions reconnaissants de l'aide que vous pourriez nous apporter en la matière. En effet, la diplomatie entendue au sens large constitue l'objet de notre mission.
Nous avons bien entendu dans vos propos que ce sujet vous tient à coeur et résonne par rapport à votre propre expérience, notamment de parlementaire.
Vous avez cité diverses initiatives inhérentes à la diplomatie climatique, qui prennent notamment la forme de partenariats. Pourrions-nous aller jusqu'à affirmer que la question du climat constitue aujourd'hui la véritable colonne vertébrale de votre action en matière de partenariats ? S'agit-il au contraire d'une question systématiquement évoquée, mais reléguée au second plan faute d'assentiment de la part de nos interlocuteurs ? Je cherche à déterminer l'importance réellement accordée à l'enjeu climatique dix ans après la signature de l'accord de Paris. Les avis divergent parmi les interlocuteurs que nous avons entendus, selon qu'il s'agisse d'organisations non gouvernementales (ONG), de scientifiques ou de diplomates.
Observez-vous un intérêt pour les questions climatiques au sein du réseau francophone ou cet enjeu transcende-t-il la question de la francophonie ?
Cette réflexion m'amène au sujet de nos outre-mer. J'ai consacré tout à l'heure une question d'actualité au Gouvernement à l'économie bleue. Il s'agit peut-être d'un parti pris de ma part, mais un sentiment prédomine : les territoires d'outre-mer demeurent tenus à l'écart des démarches diplomatiques et partenariales. Je songe à la Polynésie française, mais ce constat s'applique à l'ensemble des outre-mer, quel que soit le bassin océanique concerné. Pourtant, nous sommes directement frappés par le réchauffement climatique et l'impérieuse nécessité de nous adapter à ses conséquences.
Un fonctionnement en silo perdure, qui n'est d'ailleurs pas imputable au seul gouvernement actuel. Ainsi, la gestion de l'outre-mer relève exclusivement des affaires intérieures et du ministère des outre-mer. En tant que sénateur de la Polynésie française, je découvre fréquemment avec retard et dans les médias des dispositifs que nous pourrions mettre en place dans nos îles. Je songe au Fonds vert ou à d'autres mécanismes, dont la projection s'avère parfois inadéquate face à des problématiques pourtant partagées par l'ensemble de ces territoires insulaires.
Lors de son audition, Laurent Fabius nous a expliqué ce qui avait fait basculer les pays climatosceptiques, qu'il qualifie de « grognards », pendant la COP21. Il nous a rappelé le discours saisissant du représentant des Îles Marshall, qui avait expliqué que la question du réchauffement climatique n'était ni philosophique ni théorique pour eux ; qu'ils avaient les pieds dans l'eau et qu'ils étaient voués à disparaître. Selon lui, cette intervention avait été moteur pour infléchir la position de nombreux États.
J'ai fait observer à M. Fabius que nous n'avions nul besoin de nous tourner vers les Îles Marshall pour prendre conscience de cette réalité et qu'il nous suffisait d'écouter par exemple le maire des îles Tuamotu-Gambier ou tout autre élu de l'un de nos atolls, qui disparaîtront d'ici à la fin du siècle si les courbes de température se maintiennent. La France aurait pu s'appuyer sur ses propres territoires pour obtenir cette bascule. J'ignore si cela aurait été opportun, mais je voudrais souligner que nous faisons peu de liens avec nos îles.
Pourtant, par la force des choses, ces territoires constituent de véritables laboratoires d'innovation. En effet, confrontées à la fatalité du réchauffement climatique, de l'acidification des océans et de la montée des eaux, nos îles s'efforcent déjà de s'adapter au mieux, en construisant des abris de survie, en surélevant les habitations ou en repensant l'aménagement urbain.
Notre mission ne porte pas spécifiquement sur les outre-mer, mais cette question se pose quand on évoque les partenariats. Je ne parle pas ici de petits États insulaires, mais bien de grands États océaniens, immenses par leur superficie. Il conviendrait sans doute d'étudier les moyens d'associer davantage nos collectivités à ces vastes ensembles régionaux, au sein de chaque bassin océanique.
Vous avez évoqué de façon implicite la diplomatie économique, qui tend à se développer. Est-il possible d'opérer une convergence entre diplomatie climatique et diplomatie économique ? Nos retards en matière de transition énergétique sont fréquemment pointés du doigt. Certains considèrent que lorsqu'on promeut l'électrification, on privilégie des solutions chinoises. Cela démontre la nécessité d'un développement industriel national pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Est-il possible de faire émerger de nouveaux champions français en la matière ? Peut-être en avons-nous déjà, que nous ne connaissons pas et qui vous accompagnent dans le cadre des partenariats. Le marché du climat pourrait servir l'économie française au sens large, notamment ultramarine.
Mme Éléonore Caroit, ministre déléguée. - Vous avez abordé de nombreux sujets auxquels je suis très sensible, à commencer par votre dernier point. La lutte contre le changement climatique et l'adaptation de nos modes de vie représentent une immense opportunité commerciale, singulièrement pour nos entreprises. En effet, elles ont su développer, au cours des dernières années, un savoir-faire reconnu à l'international dans des secteurs pertinents.
J'en veux pour preuve les multiples initiatives développées autour de la ville durable, par exemple dans le domaine de la mobilité. L'entreprise française Poma développe des téléphériques urbains et d'autres s'imposent comme des leaders incontestés dans les secteurs des infrastructures ferroviaires, des métros ou des monorails. C'est notamment le cas de Transdev, qui remporte d'importants marchés dans le domaine de l'exploitation, ou d'Alstom pour la construction. Des sociétés françaises se positionnent aussi en leaders dans le secteur de l'assainissement des eaux. En fait, les entreprises françaises sont présentes sur l'ensemble de la chaîne de valeur et de production, y compris pendant les phases d'étude et d'exploitation. Nos entreprises très présentes à l'international se sont développées et spécialisées de façon presque organique dans ce secteur.
Concernant l'électrification, il est très difficile, voire impossible, de trouver un producteur de panneaux solaires français ou européen, ce qui soulève des questions en termes de financements. Malgré nos investissements dans le domaine de l'énergie solaire, j'assume que les fonds de l'APD française soient fléchés en priorité vers des projets de mobilité urbaine et durable, d'assainissement des eaux et de collecte des déchets, pour lesquels des entreprises françaises seront en mesure de répondre aux appels d'offres. Les secteurs et les besoins sont si nombreux que nous pouvons décider de nous spécialiser dans certains domaines, en laissant d'autres bailleurs investir dans des secteurs où ils disposent de chaînes de valeur constituées et dans lesquels nous serons moins compétitifs. Je demeure néanmoins convaincue que nos entreprises, qu'elles soient implantées sur le continent européen ou en France, détiennent une véritable expertise.
Concernant l'intégration des territoires ultramarins dans leurs régions respectives, de nombreux progrès ont été accomplis au cours des dernières années. La nécessité de les intégrer davantage dans nos stratégies de développement a été prise en compte. L'Agence française de développement (AFD) a mis en place une approche dite des trois océans. Ainsi, le principal opérateur de l'État en matière de financement du développement intègre désormais l'importance de la présence française dans les trois océans, et donc dans les outre-mer, dans ses évaluations et son pilotage stratégique.
Vous avez tout à fait raison : ces territoires constituent des laboratoires d'innovation. Étant moi-même caribéenne, j'évoquerai ce bassin océanique pour illustrer mon propos. Dans le domaine de la lutte contre la prolifération des sargasses, c'est grâce à des coopérations franco-dominicaine et franco-jamaïcaine, ancrées dans les outre-mer, que nous obtenons des résultats probants en matière de collecte des algues, mais aussi de transformation en produits valorisés et revendus. Il ne s'agit que d'un exemple parmi d'autres. Je suis convaincue de la nécessité de cette approche, qui figure déjà au coeur du pilotage stratégique de l'AFD.
J'en viens à votre remarque sur la montée des eaux et sur l'importance de montrer à nos concitoyens que la diplomatie climatique est nécessaire, ce que nous pouvons parvenir à faire. Nous avons largement intégré les territoires ultramarins lors de l'Unoc 3, y compris des écoles. Une véritable mobilisation citoyenne s'est développée, qui doit perdurer. Elle pourrait notamment être soutenue par les parlementaires et ce soutien pourrait faire l'objet de l'une de vos recommandations. Maintenir cet élan autour de la mer, dans un pays qui comprend de nombreuses côtes et des territoires ultramarins, pourrait constituer une initiative à défendre.
Concernant le réseau francophone, il faut rappeler que son centre névralgique se trouve en Afrique. Dans le cadre de notre politique de développement, nous souhaitons maintenir entre 60 % et 70 % de nos efforts en matière de dons et d'investissements sur le continent africain. L'AFD investit massivement dans la zone indopacifique et en Amérique latine, principalement sous forme de prêts, en raison des contraintes budgétaires. Toutefois, pour ce qui relève du financement concessionnel et des dons, nous voulons maintenir notre présence en Afrique, où un véritable travail doit être mené.
En effet, parmi les pays les plus durement frappés par les conséquences du changement climatique figurent les territoires insulaires dont nous venons de parler, mais également de très nombreux pays africains confrontés à la désertification et à un stress hydrique sévère. Cette année, la France copréside avec l'Afrique du Sud, la conférence des Nations unies sur l'eau et je me rendrai à Abou Dhabi en décembre dans ce cadre. La problématique de l'eau fait partie des sujets sur lesquels la voix de la France porte, notamment grâce à Barbara Pompili, ambassadrice déléguée à l'environnement. Il s'agit d'un sujet fondamental pour le continent africain, où des efforts colossaux peuvent être fournis en matière de réemploi, d'assainissement et de traitement des eaux.
Mme Michelle Gréaume. - Comment justifiez-vous que près de 80 % des financements climatiques français soient accordés sous forme de prêts plutôt que de dons, alors que les pays bénéficiaires se trouvent déjà dans une situation de surendettement ? Quelles mesures concrètes la France prend-elle pour accroître la part des dons au sein de son aide climatique ?
L'espace francophone rassemble 93 États et des centaines de millions de personnes, ainsi que des forêts tropicales comptant parmi les plus importantes pour la stabilité climatique mondiale, comme celle du bassin du Congo. Ce réseau dispose d'institutions, d'un budget et d'une légitimité. Cependant, le budget annuel de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) s'élève à seulement 67 millions d'euros, dont une part marginale est consacrée au climat. Nous pouvons donc nous demander si la francophonie verte promue lors du sommet de Villers-Cotterêts constitue un projet politique sérieux ou un simple slogan.
Transformer l'espace francophone en une véritable coalition climatique suppose des ressources adéquates, des engagements contraignants et la volonté politique de partager le leadership. Quels engagements financiers et institutionnels la France est-elle prête à prendre pour faire de l'OIF un acteur réel de la diplomatie climatique et non un simple réseau culturel orné d'un label vert ?
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Vous avez raison de rappeler la volonté de la France d'oeuvrer pour que la dimension climatique soit incluse au sein des missions de l'OIF. Avant le sommet de Djerba, l'OIF était dépourvue de cette dimension politique. Ce travail s'accomplit dans la durée, à l'image des négociations menées dans les instances multilatérales, au sein desquelles tous les pays ne partagent pas exactement la même vision ni le même sens des priorités. Néanmoins, nous avançons et un nombre important de projets ont vu le jour.
Nous pouvons avoir tendance à penser que la France pilote l'action de l'OIF, mais ce n'est pas le cas. Certes, notre pays en est le principal contributeur, peut donner des orientations et se faire entendre quand il s'agit de les suivre. De plus, il se trouve que nous assumons jusqu'en novembre 2026 la présidence de l'Organisation. Pour autant, nous ne pouvons décider seuls des actions à mener.
En revanche, nous déployons une action concrète au sein des fonds verticaux et des agences onusiennes, pour nous assurer que la part dédiée au climat reflète nos politiques internes. Certains fonds sont spécifiquement dédiés à la question du climat, mais il s'agit aussi de vérifier la compatibilité avec nos engagements climatiques de ceux que nous soutenons.
C'est dans cet esprit que la France a obtenu que le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) se dote d'une cible de 35 % en faveur des pays les moins avancés (PMA), ce qui permet de cibler l'Afrique et singulièrement les pays francophones. Une démarche similaire a été entreprise concernant le Fonds vert pour le climat. Nous déterminons des cibles et nous menons un plaidoyer dans toutes les instances multilatérales. Nous pouvons aussi flécher nos financements et demander des contreparties, mais nous ne pouvons pas orienter l'action globale d'une organisation telle que l'OIF, au sein de laquelle nous ne sommes pas seuls décisionnaires.
M. Jean-Luc Ruelle. - Au cours de nos travaux, nous avons eu la chance de rencontrer et d'entendre des personnalités de grande qualité. J'évoquerai notamment une audition particulièrement captivante, qui portait sur le Guyana et sa politique de décarbonation. L'ambassadeur du Guyana nous a notamment expliqué qu'il existait sur ce sujet de nombreuses similitudes entre son pays et le Gabon, où je me suis rendu quelques semaines plus tard. J'y ai notamment appris que l'approche retenue concernant les crédits carbone ressemble à celle du Congo ou de la République centrafricaine, mais diverge de la démarche initiée en Côte d'Ivoire.
Parmi nos pays partenaires en Afrique, chaque acteur semble agir de manière isolée. Les choses se mettent en place de façon désordonnée, au gré des bailleurs de fonds. J'ai aussi l'impression qu'Expertise France, qui détient un véritable savoir-faire, ne tire pas pleinement parti de sa capacité d'agrégation des acteurs et opérateurs français.
Cela me renvoie au sommet Africa Forward. J'ai été déçu, car nous aurions pu capitaliser sur ce qui se fait en matière de carbone bleu dans le cadre de la politique française menée dans l'océan Indien ; nous avions des solutions à apporter et à vendre.
À Nairobi, nous nous sommes rendus au ministère des finances avec un membre d'Expertise France, qui achève une mission de montage d'un eurobond de 500 millions de dollars, destiné à des fins climatiques. Quand j'ai demandé qui rembourserait cet emprunt, on m'a répondu que ce serait l'État. Quand j'ai ensuite demandé comment le prêt était garanti, la réponse a été identique. J'ai été étonné que l'on n'ait jamais envisagé un montage reposant sur des crédits carbone. Pourtant, Expertise France dispose de véritables compétences sur ce sujet. Une telle approche générerait des retombées positives, sur le plan climatique, mais aussi sur le plan économique, d'autant que nous disposons d'opérateurs adaptés.
Mme Éléonore Caroit, ministre déléguée - Vous avez raison : les dossiers n'avancent pas à la même vitesse partout. Comme je le déplorais hier lors de mon audition à l'Assemblée nationale qui portait sur l'aide publique au développement, nous devons faire avec une multiplicité d'acteurs, de fonds et d'instruments. À cet égard, la France joue un rôle de pointe pour tenter de regrouper, d'agréger et de garantir la cohérence des politiques menées. J'ai évoqué plus tôt les plateformes pays, qui constituent une approche innovante. En effet, il s'agit de prendre en compte l'ensemble des politiques de développement dans un pays donné et de traiter les questions climatiques dans leur globalité, plutôt qu'en silo. Ces questions ne doivent plus être appréhendées de façon distincte des autres politiques indispensables au développement économique.
Concernant les garanties, la France encourage le recours à des financements innovants. À cet égard, de nombreuses stratégies ont été mises en avant, notamment lors de la Conférence internationale sur le financement du développement qui s'est tenue à Séville l'an dernier. Certaines initiatives sont en cours de déploiement, parfois à titre expérimental.
Il faut toujours être deux pour mener de tels projets. Dans le cadre des politiques partenariales, nous répondons aux attentes des pays concernés et investissons là où ils le demandent, selon les modalités qui leur conviennent. Bien sûr, nous nous assurons de leur capacité à rembourser ou à absorber les dons, veillant ainsi à trouver un intérêt mutuel. Cet intérêt peut s'entendre au sens large et noble du terme, comme dans le cas de la lutte contre la pollution en Afrique. Cependant, les choix doivent demeurer stratégiques, car ils engagent les deniers publics. Les politiques varient donc d'un pays à un autre, parce que les niveaux d'expertise et de développement ne sont pas les mêmes, et que les besoins diffèrent.
Nous avons l'avantage d'avoir regroupé tous nos opérateurs sous la même bannière de l'« équipe France ». L'intégration d'Expertise France et de Proparco dans le groupe AFD et le pilotage assuré par nos postes diplomatiques nous permettent d'avoir une vision d'ensemble et de garantir la cohérence de nos projets, ainsi que leur dimension climatique. Toutefois, le fait que la France s'efforce de développer une vision stratégique et globale ne signifie pas que notre action peut être la même partout.
Nous avons l'objectif de défendre autant que possible les priorités françaises au sein des grandes instances et auprès des grands bailleurs. Une partie importante du plaidoyer que je mène auprès des institutions européennes vise à ce que les priorités définies lors du Conseil présidentiel du développement, qui incluent les enjeux climatiques, soient plus lisibles et qu'elles soient portées par l'Union européenne. Il faut veiller à ce que les enjeux de la ville durable et de la lutte contre le réchauffement climatique trouvent des traductions concrètes. À vingt-sept États membres et compte tenu de la multiplicité des visions et des approches du développement, il s'agit d'un combat quotidien. Je le mène avec détermination et les résultats varient en fonction de l'état d'avancement des projets et des zones géographiques concernées.
Mme Sophie Briante Guillemont. - Je voudrais revenir sur l'un des sujets que nous n'avons pas réellement abordés hier soir dans l'hémicycle lors du débat sur l'aide publique au développement : le contenu de cette aide, qui est très varié.
Actuellement, l'AFD doit tenir des objectifs climatiques. Or nous sommes dans un contexte de restrictions budgétaires et non de sauvegarde ou d'augmentation des crédits. Sachant que l'aide publique au développement recouvre des éléments très divers, serait-il possible, politiquement ou techniquement, de séparer les crédits consacrés au climat des autres, afin de les préserver ? L'AFD, que nous avons entendue sur ces sujets, fait part de conséquences sur sa politique climatique. Malgré votre discours très fort en faveur de la diplomatie climatique, que va devenir cette politique ?
Quels sont les pays que vous avez identifiés comme les plus susceptibles de devenir de nouveaux partenaires de notre diplomatie climatique, ou des partenaires plus importants ?
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Un certain nombre de pays latino-américains se positionnent très fortement sur la diplomatie climatique. Ce fut le cas, en particulier, lors de l'Unoc 3. C'est maintenant le cas dans la préparation de la prochaine COP Océans. Citons le Costa Rica, qui était notre partenaire, et le Panama.
Le Chili a évolué depuis que son gouvernement a changé, mais il était à la pointe de la protection de la biodiversité. Il est un parfait exemple de la difficulté qu'entraîne un changement radical de politique, après des élections. Ce pays était notre meilleur interlocuteur et, aujourd'hui, nous peinons à inscrire à l'agenda ce qui constituait des évidences voilà à peine six mois. Je me suis rendue là-bas pour l'investiture du nouveau président. Ma première question pour lui a été : « Poursuivons-nous nos engagements ? » J'ai senti que cela allait être beaucoup plus laborieux qu'avec son prédécesseur.
Les États-Unis sont un autre exemple. Même s'ils n'étaient pas les meilleurs en matière d'engagement pour le climat, ils avaient tout de même énormément investi. Le démantèlement brutal de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et la remise en cause totale de l'existence même du changement climatique accroissent ce caractère aléatoire lié aux changements de gouvernement. Cela nous incite à mettre en place des garde-fous - et c'est aussi une réflexion à mener dans le cadre du Parlement.
C'est ce que vous avez évoqué, madame Briante Guillemont, dans votre première question : comment sacraliser des fonds dédiés au climat ? Comment garantir, dans un contexte de restriction du financement public concessionnel, qu'une partie des fonds reste allouée au climat ? La question sous-jacente à la vôtre est : peut-on vraiment distinguer les politiques purement climatiques des autres politiques publiques ? La réponse est oui, mais avec des limites. Un certain nombre de politiques publiques ont pour objet l'adaptation au changement climatique ; leur objectif premier correspond à cet enjeu de la diplomatie climatique. Mais - et vous le savez, car vous siégez au conseil d'administration de l'AFD - existe aussi l'obligation transversale d'inclure le climat, comme le genre et d'autres enjeux fondamentaux pour la France - même si les orientations de la France peuvent changer radicalement en 2027 -, dans l'évaluation de chacune des décisions d'investissement, qu'elles prennent la forme de prêts ou de dons.
Je suis la première à souhaiter un budget bien plus élevé qui donne la possibilité de réaliser davantage de dons, car l'on dispose de bien plus de marge de manoeuvre et d'influence lorsque l'on donne de l'argent que lorsque l'on en prête. Le prêt est soumis à des contraintes très strictes, notamment de vérification de la solvabilité de l'État récipiendaire. Il est presque plus complexe, en réalité, de prêter que de donner.
Aujourd'hui, les ressources concessionnelles sont plus limitées. Paradoxalement, on peut faire davantage pour le climat par des prêts - bonifiés ou au taux du marché - avec des pays, notamment latino-américains, qui ont déjà franchi cette étape et sont dans une phase d'engagement réel, même s'ils sont aussi exposés pour certains. Par ailleurs, des pays qui étaient jusqu'à présent les récipiendaires de cette aide au développement deviennent des bailleurs, sources de propositions et d'innovation. C'est le cas du Brésil, dont l'action est exemplaire, notamment dans la remise à l'ordre du jour de ces questions lors de la COP de Belém l'année dernière.
Comment entraîner les autres pays ? Comment nous assurer que nous ne sommes pas seulement un club de bons élèves ou de pays qui souhaitent bien faire ? Pour ce faire, nous ne pouvons pas faire l'économie de discussions dans le cadre onusien. Or, aujourd'hui, en matière climatique, c'est extrêmement difficile.
M. Rachid Temal, président. - Convenons toutefois que si 80 % de notre aide passe par l'AFD et qu'elle est sujette à des restrictions, la situation deviendra, à un moment donné, pour le moins compliquée.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Sur les 3,7 milliards d'euros de budget de mon ministère, la moitié, soit 1,8 milliard d'euros, est consacrée à nos contributions aux organisations internationales. Il est vrai que nous avons réduit notre aide multilatérale. Néanmoins, nos dons restent dans un cadre multilatéral, y compris climatique.
L'autre moitié est versée à l'AFD. C'est donc dans ces 50 % consacrés à l'AFD qu'il faut calculer les 80 %.
M. Rachid Temal, président. - L'encours de l'AFD est de 13 milliards d'euros. Tout cela a un impact, à la fin.
Des inquiétudes s'expriment sur l'avenir de l'AFD. Les réductions budgétaires - que je ne juge pas - ont un impact concret. Au moment où les Américains, notamment, adoptent une autre approche, tout cela se traduit par de nombreux manques pour tous les projets et outils de coopération de la diplomatie climatique. Cela suppose une nouvelle doctrine.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Ce n'est pas parce que l'on privilégie le prêt que l'on investit moins en faveur du climat.
M. Rachid Temal, président. - Le débat est non pas sur les prêts et les dons, mais sur la réduction du financement, en sachant qu'un certain nombre de pays sont incapables d'intégrer le prêt dans leur modèle.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Le regard, là encore, se porte uniquement sur l'action de l'État. Or, aujourd'hui, dans ce changement de modèle réalisé notamment dans le cadre du G7, il faut souligner une mobilisation bien plus importante de fonds alternatifs. Certes, ils suscitent la critique de ceux qui craignent qu'ils ne remplacent les fonds publics.
M. Rachid Temal, président. - En tant que parlementaires, nous établissons la loi, nous contrôlons le pouvoir exécutif et nous évaluons les politiques publiques. Nous n'évaluons pas tout le reste.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Néanmoins, tout le reste est important.
M. Rachid Temal, président. - Je ne dis pas le contraire.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Puisque nous évoquons l'investissement en faveur du climat, je voudrais détruire un certain nombre d'idées reçues. Il est vrai que les fonds concessionnels diminuent. Toutefois, les investissements en faveur du climat ne diminuent pas, car c'est souvent là que l'on peut faire davantage avec du prêt.
Dans ce contexte de contraction budgétaire, nous sommes obligés de mobiliser davantage de ressources, y compris nationales et alternatives. Paradoxalement, nous arrivons à mobiliser beaucoup en matière climatique. C'est une réalité.
Mme Marta de Cidrac. - Dans vos propos liminaires, vous avez évoqué les sommets et autres raouts relatifs au climat, qui donnent certains résultats. Vous avez cependant ajouté que ces sommets devaient être suivis d'actions concrètes, qu'il fallait un élan qui puisse nous mettre tous collectivement en mouvement. Quelle est, selon vous, la perception des opinions publiques des différents pays ? Ces grands raouts sur le climat sont-ils utiles à cette prise de conscience globale ? Depuis quelque temps, on parle beaucoup de backlash environnemental. Des sceptiques s'autorisent à aller toujours plus loin.
Ma deuxième question est bien plus franco-française. Nous sommes un État européen qui compte des territoires ultramarins inclus dans l'Union européenne et qui, hormis la Guyane, sont insulaires, ce qui entraîne des vulnérabilités. Je suis étonnée qu'ils soient parfois soumis à des contraintes qui ont un sens sur le continent européen, mais pas sur ces territoires éloignés. De quelle façon notre diplomatie pèse-t-elle dans les débats au sein de l'Union européenne pour faire valoir cette spécificité française et obtenir des avancées pour nos territoires ultramarins ? Ces derniers ont des particularités. La Polynésie diffère de La Réunion, qui diffère des Antilles.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - À l'échelon européen, nous sommes les seuls à défendre de manière proactive la nécessité d'inclure les territoires ultramarins dans notre politique de développement. J'ai encore défendu ce point de vue il y a une semaine à Bruxelles. Cette inclusion est inscrite dans le programme Global Gateway, mais nous sommes en train de discuter de Global Europe, qui est le prochain programme.
J'essaie de tirer les leçons de Global Gateway, même si l'on ne peut pas dire qu'il n'ait pas fonctionné. Il finance un très grand nombre de projets qui améliorent les grandes métropoles africaines et latino-américaines et, par conséquent, la vie de millions de personnes et évite que l'état de notre planète se détériore davantage. Toutefois, il a posé un certain nombre de rigidités, d'incohérences et de difficultés que nous ne souhaitons pas retrouver dans le nouveau programme en discussion. Surtout, nous voulons un pilotage bien plus clair et lisible de ces politiques européennes pour nos concitoyens.
On a tendance à distinguer le financement de l'aide au développement de la France de celui de l'Europe. Mais la France est le deuxième pays contributeur du budget européen. L'argent déboursé par l'Union européenne est aussi de l'argent public français. Nous avons tout à fait le droit d'exiger que les orientations stratégiques de la France soient prises en compte dans le pilotage de ces politiques publiques. Il est intéressant de mener ces discussions en format G7 pour s'assurer de la présence du commissaire Jozef Síkela, qui travailler sur ce cadre.
L'état de nos opinions publiques sur la diplomatie climatique est assez mauvais. Il est très critique pour de fausses raisons. Certains considèrent que l'on n'en fait pas assez et ils ont probablement en partie raison, mais ils ont une connaissance partielle des politiques menées et de leurs impacts réels. Il est faux de dire que ces grands raouts n'ont pas de conséquences. Il faudrait présenter aux citoyens des évaluations systématiques de l'investissement des fonds, après les COP, au bout d'un an, deux ans, trois ans. Les objectifs de développement durable semblent assez éloignés, à 2030, 2040, etc. Cela participe de cette crise de légitimité qui entraîne des réductions budgétaires de la plupart des bailleurs de fonds, en réponse à un mouvement de fond. Le backlash est réel.
À chaque fois que je suis interpellée, questionnée ou invitée à prendre la parole médiatiquement sur l'aide publique au développement, c'est pour répondre à de fausses informations. Sur le climat, c'est le summum. Tout récemment, Éric Zemmour estimait que le plan vélo à Madagascar était une aberration. C'est un plan d'aménagement des mobilités urbaines : oui, en installant des vélos et en favorisant différents types de transport, l'on réduit considérablement les émissions dans l'une des plus grandes mégalopoles. Je ne veux pas faire de politique politicienne. Je cite cet exemple parce qu'il est récent. Ce sujet est souvent traité de manière extrêmement caricaturale.
En revanche, il est vrai que nos concitoyens ont du mal à comprendre l'apport concret des COP. Alors, à quoi servent-elles et avons-nous raison de les maintenir, voire de les multiplier ? Nous pourrions passer notre année à aller de COP en COP. Mon avis personnel est que ces réunions sont utiles, car elles permettent de réunir tous les acteurs qui comptent. Faut-il les rationaliser en ne réunissant pas l'ensemble des interlocuteurs à chaque fois, mais seulement les plus pertinents ? Pourquoi pas.
Ces COP envoient un signal important. La presse est d'ailleurs focalisée sur leurs annonces. Celles-ci permettent ensuite de mobiliser les financements et les marchés. Si des États prennent une initiative conjointe et investissent - comme, par exemple, lors du sommet Nutrition for Growth (N4G) il y a quelques mois à Paris -, un certain nombre d'acteurs, mécaniquement, investiront. On constate un véritable effet. Il est difficilement quantifiable, ce qui constitue une difficulté, et la communication sur ce sujet doit être améliorée ; néanmoins, l'évaluation des dix dernières années depuis l'accord de Paris montre que les apports concrets sont là.
Mme Paulette Matray. - Tout au long des auditions, on nous a beaucoup parlé de l'expérience et même de l'expertise de nos départements ultramarins face aux catastrophes, ainsi que de la manière dont ils y ont réagi.
Comment intégrez-vous leur apport ? Nous avons l'impression que ce à quoi ils sont déjà confrontés surviendra bientôt en Europe. Il s'agit de se servir de leur expérience.
Lors de notre première audition, Mme Valérie Masson-Delmotte avait déclaré que les scientifiques réalisaient des analyses, mais que les Ultramarins, sur le terrain, réalisaient aussi leur propre analyse, très intéressante, notamment en matière d'adaptation au changement climatique.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Je note une véritable appétence pour les questions ultramarines au sein de cette mission d'information. Je ne peux que m'en réjouir, en tant que ministre insulaire et caribéenne.
Sur une note très personnelle, le jardin de la maison dans laquelle je me suis mariée, en bord de mer, a disparu du fait de la montée des eaux. La maison est maintenant au ras de l'océan. Ce sont des réalités extrêmement concrètes pour un très grand nombre de nos concitoyens qui vivent dans ces territoires et qui voient le changement s'accélérer.
Ce que vous dites est vrai pour nos territoires ultramarins, mais également en matière de développement. Quand je dois expliquer pourquoi l'aide publique au développement est intéressante, importante et surtout pourquoi elle sert nos intérêts, je rappelle que lorsque nous investissons dans l'agriculture en Afrique subsaharienne ou au Moyen-Orient, nous mettons en place des techniques, notamment d'utilisation de l'eau ou de saisonnalité, qui, du fait du changement de climat dans nos territoires français, sont réutilisées. Ce transfert de savoir-faire, d'expérience et d'expertise est réel. C'est bien un laboratoire d'innovations. Il faut réussir à l'expliquer à nos concitoyens.
Nous parlons de l'AFD, qui est une agence dont l'État est l'actionnaire unique et qui constitue notre vitrine en matière de développement. Nous parlons d'investissements, de prêts ou de dons. Nous ne parlons pas, en revanche, de tout cet écosystème français déployé à l'international qui contribue grandement à notre diplomatie climatique. Je songe, par exemple, à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). Je pourrais dresser une liste pléthorique de chercheurs et de chercheuses qui permettent non seulement de mettre en oeuvre ces politiques de développement, en lien avec Expertise France, sous le pilotage de nos postes diplomatiques, mais aussi de collecter ces informations qui sont ensuite utiles au développement de nos propres territoires.
L'aide au développement est non seulement utile et nécessaire, notamment pour nos entreprises et nos ONG, mais, en plus, elle nous aide à forger notre réponse face au changement climatique. Expliquer cela sur certaines chaînes de télévision n'est pas toujours simple.
M. Teva Rohfritsch, rapporteur. - Madame la ministre, merci pour toutes vos réponses et pour votre engagement, que l'on ressent lors de cette audition.
Je souhaite revenir sur l'échelon européen, car nous avons reçu plusieurs types de réponses à ce sujet. Bien souvent, l'on parle désormais au nom de l'Union européenne dans les grandes négociations. Certains ont présenté cet échelon comme un frein, parce qu'il faut d'abord convaincre au sein de l'Union européenne avant de se présenter face à nos partenaires internationaux. Comment, d'un point de vue opérationnel, gérez-vous ce double niveau ?
En France, l'organisation de l'écosystème administratif lié au climat est assez complète, avec un ambassadeur pour le climat et la mobilisation de plusieurs membres du Gouvernement. Monique Barbut a aussi pris position sur le sujet, notamment vis-à-vis de l'Europe.
Serait-il possible de formuler des suggestions pour qu'il y ait davantage d'organisation à l'échelon européen sur le climat ? Un ambassadeur européen pour le climat serait-il utile ? Cela pourrait aussi être une fausse bonne idée.
Nous en sommes à l'étape des recommandations : votre avis sur cet échelon européen m'intéresse. Comment pourrait-on améliorer la coordination entre les États européens ? Quel rôle la France pourrait-elle jouer en la matière ?
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Je suis réservée sur la création d'un nouveau poste. Il existe déjà beaucoup d'ambassadeurs aux Nations unies sur de nombreux sujets, tels que l'eau et la désertification. Cela peut être positif si le mandat est clairement défini et que la source de financement de son action est connue de tous, afin que l'on puisse lui demander des comptes. Je n'ai pas l'impression que ce soit toujours le cas.
Créer ce poste pourrait s'avérer nécessaire si nous avions une définition conjointe, à l'échelle de l'Union européenne, de notre stratégie climatique. La France a développé un certain nombre d'instruments et a une vision claire de ceux qui fonctionnent. On ne les partage pas nécessairement au niveau européen. Chaque discussion peut être un combat. Nous pouvons réussir à imposer notre orientation en instaurant des critères ou en gardant une part dédiée au climat. Je vous disais tout à l'heure que nous étions actuellement en pleine négociation de Global Europe.
Je ne suis donc pas convaincue, à ce stade, de l'utilité d'un ambassadeur européen pour le climat, car cela ajouterait une strate de complexité, sauf à ce que nous arrivions à définir un mandat extrêmement clair et à lui fournir les moyens de l'exercer.
Il me semble que la France n'a pas du tout la même approche du financement du développement et de la politique climatique que la plupart des pays européens. Nous sommes relativement alignés sur l'importance de disposer de politiques climatiques, mais nous avons des approches extrêmement différentes.
Les Allemands, qui peuvent sembler les plus alignés avec nous et avec lesquels nous aurions tout intérêt à renforcer la relation bilatérale et à investir de plus en plus - d'ailleurs, très souvent, la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) investit en même temps que l'AFD -, n'ont pas fait les mêmes choix que nous, notamment sur les énergies. Même s'ils réduisent leur budget comme nous réduisons le nôtre, même s'ils rencontrent les mêmes problèmes et si nous nous retrouvons en format G7 pour discuter des mêmes enjeux, nous ne sommes pas complètement alignés.
Les Italiens, avec le plan Mattei, ont une approche du développement très axée sur les entreprises, qui n'est pas non plus complètement alignée avec la nôtre.
On peut essayer d'imposer notre modèle de diplomatie climatique à l'échelon européen. Mais compte tenu de l'urgence, si nous parvenons déjà à nous assurer que les fonds européens dédiés au développement vont bien dans les géographies et les secteurs que nous identifions comme prioritaires, en tenant compte de nos engagements climatiques, et à inscrire la référence à l'accord de Paris dans nos accords de libre-échange, nous serons déjà en train de mener ce travail de diplomatie climatique à l'échelon des instances européennes, en tenant compte de la diversité des points de vue.
M. Rachid Temal, président. - Depuis les débuts de cette mission d'information, je relève qu'il y a beaucoup de stratégie. En revanche, on parle rarement de doctrine. C'est peut-être ce qui nous manque. Il serait bon que votre ministère formule une doctrine.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Cela pourrait faire l'objet d'une thèse. Mon sentiment est que la diplomatie climatique est transversale. Comment élaborer une doctrine sur un sujet aussi vaste ? Il faut aussi tenir compte des besoins de nos interlocuteurs, auxquels nous répondons.
M. Rachid Temal, président. - On répond aux besoins.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Oui, on répond aux besoins, mais aussi à nos intérêts.
M. Rachid Temal, président. - La France gagnerait à établir une doctrine préalable.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Cette matière s'est construite de manière empirique. Aujourd'hui, une grande partie de nos efforts doit être focalisée sur la réponse à l'urgence. On peut élaborer une doctrine à long terme, mais on ne peut pas laisser des gens mourir.
M. Rachid Temal, président. - Établir une doctrine ne signifie pas ne rien faire.
M. Jean-Luc Ruelle. - Cela peut prendre du temps.
Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée. - Si vous parvenez à poser les bases de cette doctrine dans votre rapport, je serai très intéressée. Je ne pense pas que ce soit impossible, mais c'est très difficile.
M. Rachid Temal, président. - Au début de nos travaux, j'ai cherché la doctrine française. J'en suis persuadé, dans de nombreux domaines, il nous manque cette doctrine qui, ensuite, peut s'adapter et se décliner.
Je vous remercie, madame la ministre.
Cette audition a fait l'objet d'une captation vidéo qui est disponible en ligne sur le site du Sénat.
La réunion est close à 19 h 00.