À l'initiative du groupe Rassemblement des Démocrates, Progressistes et Indépendants, le Sénat a créé une mission d'information sur le thème "La diplomatie climatique française à l’épreuve d’un monde en tension".
La mission d'information s'est réunie jeudi 12 février 2026 pour constituer son bureau et lancer ses travaux.
Le rapport a été adopté à l'unanimité le mardi 7 juillet 2026.
Pourquoi ce contrôle ?
Sous l’effet des émissions anthropiques de gaz à effet de serre, la décennie 2011-2020 a été la plus chaude observée depuis environ 125 000 ans. Ce record est en passe d’être rapidement dépassé : les années 2023, 2024 et 2025 figurent déjà parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées.
La France sera particulièrement exposée à ces bouleversements. Le réchauffement atteindrait 3 °C à l’échelle mondiale, mais 4 °C pour la France hexagonale, accentuant fortement les risques sanitaires, économiques et territoriaux. La situation est encore plus alarmante dans les territoires ultramarins. Le village de Miquelon, menacé par la submersion marine, devra ainsi être relocalisé à un kilomètre de son site actuel. En Polynésie française, près d’un tiers des îles pourrait disparaître d’ici 2100 sous l’effet de l’élévation du niveau de la mer, tandis que les terres restantes devront faire face à l’afflux massif de réfugiés climatiques en provenance du Pacifique. Le coût de l’inaction est exorbitant à moyen terme.
La question du dérèglement climatique est donc un enjeu majeur pour les décennies à venir et pose à notre espèce un défi immense. Avec 6 % des émissions de gaz à effet de serre, l’Europe ne représente cependant qu’une partie du problème. La réponse ne peut donc venir que d’une action coordonnée des États, que la fragmentation du monde et le retour des logiques de puissance rend plus que jamais incertaine. Les difficultés de la COP 30, qui s’est tenue du 10 au 22 novembre 2025 à Belém au Brésil, ont ainsi souligné la crise que traverse la diplomatie climatique, 10 ans après les espoirs soulevés par la COP 21 et l'adoption de l'accord de Paris.
Le contrôle mené par la mission d’information va chercher à identifier les principaux points de blocage de la diplomatique climatique française et européenne et à apprécier l’articulation entre ambitions diplomatiques, engagements financiers et instruments de coordination et de coopération. Elle vise ainsi à proposer des orientations et à formuler des propositions opérationnelles pour adapter notre diplomatie à un monde en tension.
Quels constats et recommandations ?
Au terme de ses travaux, la mission d’information a adopté à l’unanimité les 34 recommandations du rapport, articulées en trois grands axes.
Premier axe, la nécessité d’une réappropriation démocratique du débat sur le changement climatique. La mission d’information recommande la définition et la diffusion d’une doctrine française en matière de diplomatie climatique et l’organisation d’un débat au Parlement préalable à chaque COP.
Deuxième axe, la mobilisation par la France des trois grands vecteurs d’influence identifiés par la mission :
la richesse des outre-mer, qui sont en mesure d’aider au dialogue dans tous les bassins océaniques et de constituer des laboratoires sur l’adaptation ;
l’expertise financière de notre pays, qui doit contribuer à créer les conditions propices aux investissements privés ;
l’héritage de l’Accord de Paris de 2015, succès majeur de notre diplomatie qui donne à la France une voix influente dans le monde.
Troisième axe, repenser notre diplomatie pour la rendre plus efficace et lisible.
La mission appelle à poursuivre la constitution de coalitions de volontaires, fondées sur le partenariat et la souveraineté, respectueuse des vulnérabilités de chacun, mais tout autant soucieuses de nos intérêts, en conditionnant progressivement nos soutiens au respect des engagement climatiques.
La mission souhaite également assumer que l’Europe ne peut assumer seul le coût de la transition au niveau mondial, et appelle à un dialogue avec les grandes puissances émergentes, dont la Chine.
Elle souhaite enfin promouvoir la diplomatie scientifique, plus que jamais nécessaire.