Mercredi 24 juin 2026

- Présidence de M. Cédric Perrin, président -

La réunion est ouverte à 10 h 35.

Déplacement au Chili et en Argentine - Examen du rapport d'information

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - Mes chers collègues, depuis plusieurs années, notre commission porte une attention particulière à l'Amérique du Sud, région dont l'importance stratégique ne cesse de s'affirmer dans un contexte international marqué par le retour des logiques de puissance et la compétition pour l'accès aux ressources. Après la Colombie, le Brésil, le Suriname, le Guyana et le Pérou, le bureau de notre commission a souhaité que nous nous penchions sur le « Cône Sud », c'est-à-dire la région la plus australe du sous-continent.

Au sein de cette zone, l'Argentine et le Chili occupent une place particulière. Si leurs trajectoires sont, à de multiples égards, différentes, ces pays figurent parmi les principaux pôles de stabilité et d'influence de la région.

La France entretient avec eux des relations anciennes et profondes, nourries par une histoire commune, des échanges humains importants et des coopérations particulièrement riches dans les domaines économique, scientifique, universitaire, culturel, politique et de défense. Au cours des trois dernières années, ces deux pays ont connu des évolutions politiques majeures.

En Argentine, l'élection de Javier Milei en 2023 a ouvert une phase de réformes ambitieuses visant à rétablir les équilibres macroéconomiques du pays.

Au Chili, l'arrivée à la présidence de José Antonio Kast, à la fin de l'année 2025, a également marqué l'ouverture d'un nouveau cycle politique centré sur les questions de sécurité, d'immigration et de compétitivité économique.

C'est dans ce contexte que notre délégation s'est rendue au Chili puis en Argentine au mois d'avril dernier. Nous y avons rencontré des parlementaires, des membres des gouvernements, de hauts fonctionnaires, ainsi que les représentants des communautés française et d'affaires françaises présentes dans les deux pays.

Ces échanges nous ont permis de mieux comprendre les transformations à l'oeuvre et d'évaluer les perspectives de nos relations bilatérales.

Avant de passer la parole à Édouard Courtial pour une présentation de la situation politique et économique de l'Argentine, je souhaite excuser nos collègues Gisèle Jourda et Pierre Médevielle, qui ont participé aux travaux de cette mission mais ne peuvent pas être présents ce matin pour la présentation de ce rapport.

M. Édouard Courtial, rapporteur. - L'Argentine constitue un cas singulier parmi les grandes économies émergentes. En effet, en dépit de ressources naturelles abondantes, d'une population qualifiée et d'une économie diversifiée, le pays peine à renouer avec une trajectoire de croissance durable.

L'Argentine a ainsi connu neuf défauts de paiement souverains, signé vingt-trois programmes avec le FMI et, entre 1950 et 2022, elle a passé en moyenne une année sur trois en récession.

Alors qu'au début du XXe siècle, l'Argentine figurait parmi les pays les plus prospères, sa place a progressivement décliné. En 1908, le PIB argentin équivalait ainsi à 95 % du PIB des pays les plus riches, contre 34 % seulement en 2020. L'Argentine est ainsi le seul pays à être passé du statut d'économie développée à celui d'économie en développement.

Mais au-delà de ces crises à répétition, c'est surtout l'inflation chronique - souvent qualifiée de « mal argentin » - qui a profondément marqué la société argentine. Alimentée pendant des années par le financement monétaire des déficits publics, elle a progressivement sapé la confiance dans la monnaie nationale et modifié durablement les comportements économiques des ménages comme des entreprises.

Lorsque s'est tenue l'élection présidentielle de 2023, l'Argentine était une nouvelle fois dans une situation exsangue. Le déficit public dépassait 5 % du PIB, l'inflation atteignait 161 %, les réserves de change étaient devenues négatives, le risque de défaut de paiement se rapprochait et plus de quatre Argentins sur dix vivaient sous le seuil de pauvreté.

C'est dans ce contexte que le 19 novembre 2023, Javier Milei a été élu sur la promesse d'une rupture radicale avec les politiques conduites jusque-là.

Dès son arrivée au pouvoir, il a engagé une véritable « thérapie de choc ». Les dépenses publiques ont été fortement réduites, le périmètre de l'État resserré et plusieurs organismes publics supprimés ou fusionnés.

Sur le plan monétaire, une dévaluation de plus de 50 % du peso a été décidée, les restrictions de change ont été progressivement assouplies et il a été mis fin au financement monétaire du déficit public. Dans le même temps, le Gouvernement a engagé une ouverture de l'économie et mis en place un cadre destiné à attirer les investissements dans les secteurs stratégiques, notamment l'énergie et les mines.

Force est de constater que cette stratégie produit des résultats tangibles. Après une année 2024 marquée par la récession, en 2025 l'économie argentine a retrouvé le chemin de la croissance, laquelle s'est établie à 4,4 %. Le pays a par ailleurs dégagé un excédent budgétaire de 0,3 % du PIB dès 2024 et de 0,2 % en 2025. L'inflation a fortement reculé, à 32 % en 2026, après avoir culminé à près de 290 % au printemps 2024. Quant à la pauvreté, qui avait dépassé 50 % de la population au plus fort de l'ajustement, elle a ensuite nettement diminué pour atteindre 28 % au deuxième trimestre 2025.

Ces progrès, pour significatifs qu'ils soient, ne sauraient masquer plusieurs fragilités persistantes.

La première est l'endettement du pays. L'Argentine reste aujourd'hui le principal débiteur du FMI.

Une deuxième fragilité au faible niveau des réserves de change, qui demeure la principale vulnérabilité de l'économie argentine. Leur reconstitution sera déterminante pour consolider la confiance des investisseurs et sécuriser les engagements extérieurs du pays.

Par ailleurs, la stratégie économique actuelle repose largement sur le développement des secteurs énergétique et minier. Si ces filières présentent des opportunités, elles exposent également davantage l'économie argentine aux fluctuations des marchés mondiaux des matières premières.

Enfin, la réduction des investissements publics soulève une interrogation de plus long terme. Le pays conserve des besoins importants en infrastructures, qu'il s'agisse des transports, de l'énergie, de la logistique ou encore de la gestion de l'eau. Ces investissements seront essentiels pour soutenir la compétitivité de l'économie argentine.

Sur le plan politique, au cours des deux premières années de son mandat, Javier Milei a dû gouverner sans majorité parlementaire, ce qui l'a contraint à rechercher des accords ponctuels.

Les élections législatives d'octobre 2025 ont constitué un tournant. La coalition présidentielle a recueilli plus de 40 % des suffrages et renforcé sa présence au Congrès. Sans disposer de la majorité absolue, le Gouvernement bénéficie désormais d'une assise politique beaucoup plus solide et d'une capacité d'action renforcée.

Pour les autorités argentines, ce résultat constitue une forme de validation démocratique des réformes engagées depuis décembre 2023. Il offre au président Milei des conditions plus favorables pour poursuivre la mise en oeuvre de son programme.

Dans son discours sur l'état de la Nation prononcé devant le Congrès le 1er mars 2026, Javier Milei a ainsi annoncé son intention d'engager près de quatre-vingt-dix réformes au cours de l'année afin, selon ses termes, de « redessiner l'Argentine pour les cinquante prochaines années ». Sans en préciser l'ensemble du contenu, il a évoqué des réformes touchant notamment à la fiscalité, à l'organisation de la justice, au code pénal et au système électoral.

Je cède maintenant la parole à notre collègue Marie-Arlette Carlotti, qui abordera les évolutions sociétales et politiques observées en Argentine, ainsi que les questions de politique étrangère et les relations bilatérales avec la France.

Mme Marie-Arlette Carlotti, rapporteure. - Notre déplacement nous a permis d'aborder plusieurs sujets sensibles concernant la défense des droits humains et la mémoire de la dictature militaire.

Dans ces domaines, l'Argentine a longtemps fait figure de pays pionnier en Amérique latine. Elle a été le premier État de la région à ouvrir le mariage aux couples de même sexe en 2010, puis à adopter une législation progressiste en matière d'identité de genre. La légalisation, en 2020, de l'interruption volontaire de grossesse a constitué une autre étape importante.

L'arrivée au pouvoir de Javier Milei a toutefois marqué un affaiblissement du soutien public aux politiques d'égalité de genre et aux minorités sexuelles.

Le Président argentin s'est en effet lancé dans une véritable « bataille culturelle » contre ce qu'il qualifie d'« idéologie de genre » et le « wokisme » , qu'il considère comme « la grande épidémie de notre époque ».

Cette réorientation s'est notamment traduite par la suppression du ministère des femmes, du genre et de la diversité, la suppression de l'Institut national contre la discrimination, la xénophobie et le racisme (INADI), ou encore la réduction des financements du programme « Acompañar » destiné aux victimes de violences de genre.

L'effort de mémoire sur la période de la dictature est par ailleurs gravement menacé. Plusieurs décisions et prises de position de l'exécutif ou de son entourage proche ont suscité des inquiétudes au sein de la société civile en ravivant les débats autour de la mémoire de la dictature. Certaines d'entre elles ont été perçues comme une réhabilitation de la théorie dite des « deux démons », selon laquelle les violences de la période résulteraient d'un affrontement entre organisations armées révolutionnaires et répression exercée par l'État.

La réduction des moyens alloués à certains organismes chargés de la conservation des archives de la dictature, ainsi que certaines déclarations relatives au nombre de personnes disparues, ont suscité de vives réactions. Cette question revêt une importance particulière pour la France, au moins vingt-deux ressortissants français figurant parmi les victimes de la dictature militaire argentine.

Nous estimons donc nécessaire de poursuivre un dialogue exigeant avec les autorités argentines sur les libertés publiques, les droits des femmes et des minorités ainsi que sur la préservation des politiques de mémoire, de vérité et de justice.

En matière de politique étrangère, le Président Milei a engagé une réorientation importante de la diplomatie argentine. Il revendique un rapprochement avec les États-Unis, Israël et, plus largement, les démocraties occidentales.

La convergence politique avec les États-Unis de Donald Trump s'est par exemple manifestée par l'adhésion immédiate de l'Argentine au Board of peace. De son côté, Donald Trump, considérant Javier Milei comme un proche allié, avait promis une aide financière à hauteur de 20 milliards de dollars, celle-ci étant conditionnée au vote pour le parti présidentiel lors des élections de mi-mandat d'octobre 2025.

Cette volonté d'ancrage au « bloc occidental » s'est également traduite par le renoncement à l'adhésion aux Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), par la relance de la candidature à l'OCDE et par la volonté affichée de devenir partenaire global de l'Otan. Ces deux démarches bénéficient du soutien de la France.

Malgré les critiques formulées durant la campagne présidentielle, les relations avec la Chine ont par ailleurs été maintenues. Pékin reste en effet un partenaire commercial incontournable pour l'économie argentine.

La politique étrangère argentine se caractérise également par une prise de distance à l'égard du multilatéralisme. Cette orientation a été réaffirmée par le Président Javier Milei lors de son intervention devant l'Assemblée générale des Nations unies en 2024, puis à l'occasion du forum économique de Davos en 2025.

Cette inflexion s'est traduite par plusieurs décisions concrètes, au premier rang desquelles le retrait de l'Argentine de l'OMS. Elle s'accompagne également d'une approche plus critique vis-à-vis de certaines initiatives portées dans le cadre des Nations unies, notamment dans les domaines sociétaux et environnementaux.

Pour autant, si le Président argentin a publiquement contesté la réalité ou l'ampleur du changement climatique, qu'il a qualifié de « mensonge socialiste », cette position ne s'est pas, à ce stade, traduite par une remise en cause globale des engagements internationaux de l'Argentine en matière environnementale. Le pays demeure notamment partie à l'accord de Paris sur le climat.

Les autorités argentines appréhendent cependant désormais ces enjeux principalement sous l'angle du développement économique et de l'attractivité des investissements. À cet égard, le maintien de l'Argentine dans l'accord de Paris était notamment nécessaire pour que l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur puisse entrer en vigueur. De même, la réforme de la loi nationale sur les glaciers, dite loi glaciers, assouplit le régime de protection de ces derniers afin de favoriser l'exploitation minière.

La relation franco-argentine est, quant à elle, dense et diversifiée. Elle repose sur une histoire ancienne, des liens humains profonds et des coopérations nombreuses dans les domaines économique, scientifique, universitaire, culturel et de défense.

Sur le plan économique, avec près de 250 filiales employant plus de 50 000 salariés, la présence française est très significative. Les minerais critiques, notamment le lithium, constituent aujourd'hui l'un des axes les plus dynamiques de notre coopération, comme en témoignent les investissements réalisés par Eramet et Stellantis.

Nous avons également constaté que l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur bénéficie d'un soutien très large en Argentine, où il est perçu comme une opportunité de renforcer les échanges avec l'Europe.

Dans ce contexte, l'opposition de la France à cet accord est mal perçue par les Argentins. Notre délégation s'est donc efforcée d'expliquer la position française et le contexte dans lequel elle s'inscrit.

La coopération de défense occupe enfin une place importante dans la relation bilatérale. L'Argentine considère notre pays comme l'un de ses principaux partenaires dans ce domaine. Les discussions engagées autour d'éventuelles acquisitions de systèmes d'artillerie Caesar et de trois sous-marins Scorpène illustrent cette dynamique. Nous recommandons donc de poursuivre ce dialogue industriel et stratégique tout en travaillant avec les autorités argentines à l'identification de solutions de financement adaptées à ces projets.

Nous proposons également d'approfondir notre coopération sur plusieurs enjeux d'intérêt commun, notamment la lutte contre le narcotrafic, la pêche illicite et la sécurité maritime dans l'Atlantique Sud.

Enfin, je souhaite souligner la remarquable vitalité de notre coopération universitaire et scientifique. La France est aujourd'hui le premier partenaire scientifique de l'Argentine en nombre de projets de recherche conjoints et demeure l'une des principales destinations des étudiants argentins en mobilité internationale.

Tous ces éléments témoignent de la solidité et de la richesse de la relation bilatérale. Ils montrent également qu'au-delà des évolutions politiques en cours, nos deux pays disposent d'un socle de coopération robuste et d'importantes perspectives de développement pour les années à venir.

Je cède maintenant la parole à notre collègue Catherine Dumas, qui présentera les évolutions politiques et économiques observées au Chili, autre partenaire de la France en Amérique du Sud.

Mme Catherine Dumas, rapporteure. - Le Chili offre, à bien des égards, un visage différent de celui de l'Argentine.

Cinquième économie d'Amérique latine, il affiche aujourd'hui le PIB par habitant le plus élevé d'Amérique du Sud. Le pays bénéficie d'institutions solides, d'une gestion budgétaire rigoureuse et d'une économie largement ouverte aux échanges internationaux.

Cette stabilité constitue l'un de ses principaux atouts. Les finances publiques demeurent saines, l'État de droit est solidement établi et le Chili reste l'une des destinations les plus attractives d'Amérique latine pour les investissements étrangers.

Cette réussite repose en grande partie sur l'exploitation des ressources naturelles. Premier producteur mondial de cuivre et deuxième producteur de lithium, le Chili occupe une place stratégique dans les chaînes de valeur liées à la transition énergétique. Cette richesse constitue un avantage considérable, mais elle rend également le pays sensible aux fluctuations des cours mondiaux et à l'évolution de la conjoncture internationale.

Par ailleurs, derrière ces performances économiques subsistent d'importantes inégalités sociales. Les mouvements de contestation de 2011 puis de 2019 ont rappelé les fortes attentes d'une partie de la population en matière de justice sociale, de qualité des services publics et de protection sociale.

L'élection de José Antonio Kast, en décembre 2025, a ouvert une nouvelle séquence politique au Chili. Le nouveau président entend tourner la page du cycle politique ouvert par la révolte sociale de 2019 et des réformes engagées sous la présidence de Gabriel Boric.

Élu avec plus de 58 % des suffrages, il a bénéficié d'un large rassemblement des électorats de droite et du centre, dans un contexte marqué par des préoccupations croissantes liées à la sécurité, à l'immigration irrégulière et au narcotrafic.

S'il est encore prématuré de dresser un bilan de son action, le Président ayant été investi le 11 mars dernier, ses priorités ont été clairement présentées durant la campagne.

La première concerne le renforcement de la sécurité intérieure et la lutte contre la criminalité organisée.

Le Chili demeure l'un des pays les plus sûrs d'Amérique latine. Pourtant, nos interlocuteurs ont tous souligné l'importance prise par ces questions dans le débat public. La progression du narcotrafic et du crime organisé depuis la pandémie de covid-19 alimente un sentiment d'insécurité croissant au sein de la population.

Le Nord du pays est particulièrement concerné. Des réseaux criminels transnationaux profitent de la porosité de certaines zones frontalières pour développer les trafics de drogue, de marchandises et parfois de personnes.

Dans le Sud du pays, les enjeux sont d'une autre nature. Les revendications territoriales portées par certaines communautés mapuches continuent d'alimenter des tensions avec les propriétaires fonciers et les autorités publiques. Ces tensions ont donné lieu à des actes de violence visant des biens et, plus ponctuellement, des personnes, conduisant les autorités à maintenir l'état d'urgence dans certaines zones.

La deuxième priorité du Gouvernement porte sur la maîtrise des flux migratoires, notamment dans le Nord du pays. Alors que l'immigration péruvienne et bolivienne s'était historiquement intégrée sans difficulté majeure, le Chili a connu ces dernières années une forte augmentation des arrivées en provenance du Venezuela, de Colombie et d'Haïti. Une part importante de ces flux ont transité de manière irrégulière par les frontières du Nord, en particulier depuis la Bolivie, dans des zones difficiles à surveiller en raison de leur géographie.

Face à ces défis, plusieurs mesures ont été annoncées ou engagées par le nouvel exécutif : construction de nouveaux établissements pénitentiaires de haute sécurité, démantèlement des organisations criminelles transnationales et accélération des procédures d'éloignement des migrants en situation irrégulière.

Le Gouvernement a également lancé un plan de sécurisation des frontières, baptisé « Escudo Fronterizo », qui prévoit le déploiement d'infrastructures physiques et de dispositifs technologiques de surveillance dans les secteurs les plus exposés aux franchissements irréguliers, notamment le long des frontières avec le Pérou et la Bolivie.

Enfin, l'exécutif entend renforcer la compétitivité de l'économie chilienne en simplifiant les procédures administratives, en réduisant progressivement la fiscalité des entreprises et en maîtrisant la dépense publique.

Cette stratégie s'inscrit dans un contexte économique globalement favorable, même si plusieurs défis structurels demeurent : la faiblesse des gains de productivité, l'insuffisance des investissements en recherche et développement, le poids de l'emploi informel et la nécessité de poursuivre la modernisation des infrastructures.

Sur le plan institutionnel, si la droite dispose aujourd'hui d'une majorité à la Chambre des députés, aucun camp ne contrôle seul le Sénat. Cette configuration oblige les différentes forces politiques à rechercher des accords et contribue à préserver la stabilité institutionnelle du pays.

En matière de politique étrangère, les entretiens que nous avons conduits témoignent d'une forte continuité. Malgré l'alternance, le Chili demeure attaché au respect du droit international, à la démocratie et au multilatéralisme.

Les autorités chiliennes souhaitent poursuivre le développement des échanges commerciaux, renforcer l'attractivité du pays et consolider leurs partenariats internationaux, en particulier avec l'Europe, qui reste perçue comme un partenaire de premier plan. Les autorités chiliennes ont ainsi plaidé pour la ratification par la France de l'accord UE-Chili modernisé.

La politique étrangère et commerciale chilienne s'inscrit toutefois dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine. Premier partenaire commercial du Chili, Pékin occupe une place centrale dans son économie, tandis que Washington demeure un partenaire essentiel sur les plans politique et sécuritaire. Les autorités chiliennes cherchent donc à préserver une position d'équilibre fondée avant tout sur la défense de leurs intérêts nationaux.

À l'instar de ce qui se passe en Argentine, les évolutions en matière de droits humains et de politique mémorielle ont pu susciter des interrogations. Ce fut notamment le cas de plusieurs décisions du nouveau gouvernement relatives à la préservation de certains acquis des dernières années, qu'il s'agisse des politiques de mémoire liées à la dictature, des droits des minorités ou encore de certaines orientations prises dans les enceintes internationales.

Sans remettre en cause la solidité des institutions démocratiques chiliennes, ces évolutions justifient le maintien d'un dialogue politique exigeant avec nos partenaires chiliens sur ces questions.

Je vais à présent laisser notre président et rapporteur, Cédric Perrin, conclure cette présentation en évoquant la relation bilatérale entre la France et le Chili, ainsi que les perspectives de renforcement de notre coopération dans les domaines économique, scientifique, culturel et de défense.

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - Les échanges que nous avons eus au Chili ont confirmé la profondeur et la diversité de notre relation bilatérale.

Sur les questions stratégiques et de défense, nos deux pays partagent une même conception du droit international, du multilatéralisme et de la stabilité des espaces maritimes. La coopération dans le Pacifique Sud et en Antarctique pourrait être renforcée, notamment autour de la sécurité maritime, de la lutte contre la pêche illicite, du narcotrafic et des enjeux climatiques.

Les perspectives sont également prometteuses dans le domaine industriel et de défense. La France bénéficie au Chili d'une image très positive, où elle est perçue comme un partenaire fiable, capable d'offrir une coopération globale associant équipements, formation, maintien en condition opérationnelle et vision stratégique. Nous recommandons donc d'anticiper dès à présent les grands programmes de renouvellement des capacités chiliennes, notamment dans le domaine naval, afin de positionner l'industrie française sur ces marchés.

Sur le plan économique, la présence française est déjà particulièrement dense. Près de 300 filiales françaises sont implantées dans le pays et occupent des positions de premier plan dans les secteurs des infrastructures, des transports, de l'énergie, de l'environnement ou encore des services. Les opportunités demeurent nombreuses, notamment dans les domaines des énergies renouvelables, de l'hydrogène bas carbone, des minerais critiques et des infrastructures.

Notre relation repose également sur un socle culturel, scientifique et universitaire exceptionnel. Le Chili est aujourd'hui l'un de nos principaux partenaires en Amérique latine dans ces domaines. La coopération scientifique est particulièrement dynamique, qu'il s'agisse de l'astronomie, des sciences marines, de l'Antarctique ou encore de l'intelligence artificielle.

À cet égard, nous estimons nécessaire de poursuivre les discussions avec les autorités chiliennes afin de permettre la concrétisation du projet, structurant pour l'avenir de notre coopération scientifique et technologique, de centre franco-chilien d'intelligence artificielle.

Nous avons également été particulièrement sensibles à l'engagement des acteurs de l'enseignement français au Chili. Le lycée Charles de Gaulle de Concepción, que nous avons visité, illustre parfaitement le rôle joué par notre réseau scolaire dans la diffusion de la langue française, de notre culture et des valeurs de la République. Il nous paraît essentiel de préserver les conditions qui font aujourd'hui son attractivité et son excellence. Nous avons été marqués par l'engagement des parents d'élèves, pour la plupart chiliens, en faveur de cet établissement.

Enfin, la vitalité de la coopération culturelle mérite d'être soulignée. Le partenariat engagé entre le Théâtre municipal de Santiago et l'Opéra national de Paris constitue une initiative remarquable, qui pourrait servir de fondement à une coopération encore plus ambitieuse à l'échelle de l'Amérique latine.

Pour conclure, l'Argentine et le Chili traversent aujourd'hui une période de profondes transformations politiques, économiques et sociétales. Si les trajectoires empruntées par ces deux pays sont différentes, nous avons constaté, dans les deux cas, une volonté réelle de renforcer les liens avec la France et avec l'Europe.

Nous avons également été frappés par la permanence d'une véritable francophilie, présente tant au sein des cercles politiques que dans les milieux économiques, universitaires et culturels. Cet attachement à notre pays constitue un atout précieux dans une région où la concurrence et l'influence de grandes puissances extérieures ne cessent de s'affirmer.

Dans un contexte international marqué par l'incertitude, les recompositions géopolitiques et la compétition croissante pour l'accès aux ressources stratégiques, nous avons tout intérêt à approfondir nos partenariats avec ces deux grandes nations d'Amérique du Sud et à valoriser les liens historiques, humains, culturels et politiques qui nous unissent.

M. Pascal Allizard. - Connaissant bien cette région du globe, que j'apprécie beaucoup, je tiens à faire un commentaire sur l'Argentine et sur ce qui s'y passe du point de vue politique actuellement. Je le dis d'emblée : je ne suis pas un grand partisan de M. Milei, qui est à la fois un économiste libertarien radical et un représentant de la tendance Maga (en l'espèce, Make Argentina Great Again), dont les liens avec l'extrême droite argentine sont avérés.

Je crois donc qu'il faut nous garder d'avoir un avis trop positif sur ce qui se passe en Argentine. Il ne faudrait pas, en effet, que le malade meure guéri.

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - J'entends vos propos, mon cher collègue. Il se trouve que Javier Milei a très largement gagné les dernières élections législatives et que nous voulions voir comment il s'installait dans le paysage politique argentin et quel était le ressenti de la population.

Si les effets à long terme de la politique qui est menée sont difficilement évaluables, force est de constater que, pour l'heure, celle-ci satisfait les Argentins, en particulier depuis que l'inflation, qui était à trois chiffres, a été portée à 32 %. Certaines entreprises, qui s'étaient pour leur part adaptées à l'inflation galopante et aux comportements de consommation qui en découlaient, sont pour certaines en difficulté. Il faut donc attendre encore un peu pour tirer un bilan.

Au Chili, M. Kast, lui aussi classé à l'extrême droite, n'a pas du tout la même personnalité que M. Milei. Au cours de la campagne présidentielle et depuis son accession au pouvoir, il affiche un visage plutôt modéré, et la politique économique qu'il met en place se caractérise par un certain pragmatisme, lequel est d'ailleurs pour partie imposé par les équilibres politiques actuels du Chili.

Nous sommes lucides sur le caractère extrêmement transgressif et clivant de M. Milei, mais nous voulions voir ce qu'il en était. Beaucoup disent de lui qu'il a renversé la table et que cela fonctionne. Pour l'instant, on ne peut que constater qu'il n'y a pas de catastrophe en Argentine et que les résultats commencent à se voir. Mais il faudra bien sûr observer l'évolution à moyen et long terme.

Mme Marie-Arlette Carlotti, rapporteure. - Je souscris aux propos de Pascal Allizard. Notre rapport souligne d'ailleurs que M. Milei est un libertarien complètement en phase avec la mouvance Maga.

De la suppression à coups de hache de tous les ministères, il résulte une véritable dilution de l'État et une privatisation à tous crins de l'économie.

Sur le plan sociétal, aucune mesure répressive n'a véritablement été prise à ce stade. Si l'avortement est toujours légal, les conditions d'accès à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) ont été complexifiées. Et si les droits des homosexuels n'ont pas été remis en cause dans la loi, on observe des discriminations de fait et dans les discours.

Notre rapport fait état de ces différents sujets de préoccupation tout en préconisant la poursuite du dialogue avec ce pays où la France a des intérêts.

Mme Catherine Dumas, rapporteure. - L'Argentine est un pays où la France a eu une importance considérable, ne serait-ce que culturellement. Cela se ressent notamment dans l'architecture. Nous avons perçu un véritable amour de la France et une envie, de la part des acteurs économiques, de collaborer avec notre pays, où de grandes sociétés sont d'ailleurs implantées.

Au-delà de cet aspect, deux choses m'ont frappée. Il y a encore des personnes très aisées, mais elles se trouvent dans des sortes de « réserves » hypersécurisées où elles vivent entre elles. La classe moyenne, en revanche, a de grandes difficultés de pouvoir d'achat.

J'ai par ailleurs été frappée par le caractère très « clanique » des institutions. La présidente du Sénat, que nous avons rencontrée, a fait équipe avec le président pour se faire élire puis s'est tournée contre lui. Et le président de l'Assemblée est le compagnon de la soeur du Président de la République.

M. Édouard Courtial, rapporteur. - Le rapport, équilibré, n'est en aucun cas un plaidoyer pro-Milei.

On ne peut toutefois que constater que sur l'inflation, qui est l'un des marqueurs clefs pour la population argentine, la politique de Javier Milei produit des résultats mesurables. Il a par ailleurs appliqué le programme qu'il avait annoncé pendant sa campagne, ce que la population lui reconnaît également.

Comme l'ont indiqué mes collègues, nous manquons toutefois encore de recul pour apprécier les changements sociétaux et les effets à long terme.

M. François Bonneau. - Le Brésil, grand voisin et rival de l'Argentine, se caractérise par une grande confiance en lui et en son avenir, à l'inverse de l'Argentine qui doute beaucoup de ses capacités et dont les ressortissants placent souvent leurs avoirs à l'étranger. Avez-vous ressenti ce manque de confiance lors de votre déplacement ?

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - Je ne saurais dire si les Argentins manquent de confiance en leur pays. Celui-ci reste fier de ce qu'il est, même si l'on mesure qu'il a beaucoup souffert. La population reste par ailleurs très marquée par l'inflation et les pertes de revenus et de richesse qu'elle a emportées.

Aujourd'hui, force est de constater que les Argentins vivent mieux et le reste est relativement accessoire à leurs yeux. Nous verrons ce que cela donnera dans le temps.

La mutation économique qui est en cours laissera-t-elle beaucoup de gens sur le bord du chemin ? Telle est la question, car, comme le soulignait Marie-Arlette Carlotti, les coupes budgétaires ont touché la plupart des services publics.

M. Patrice Joly. - La soeur du président Milei, Karina Milei, est impliquée dans des affaires de détournements de fonds et des affaires de corruption liées aux monnaies numériques. Ces faits, qui datent de quelques mois, ont-ils un effet ?

Par ailleurs, les revendications constantes de l'Argentine sur les Malouines ont-elles été évoquées ?

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - Les affaires concernant Karina Milei ne sont vraisemblablement pas un sujet. Celles-ci ont éclaté avant les élections législatives, que Javier Milei a remportées très largement.

Quant au sujet des Malouines, il n'a été abordé que de manière incidente, mais il reste particulièrement prégnant tant au plan intérieur qu'extérieur. Il s'agit par ailleurs d'un frein dans la volonté de l'Argentine de devenir un partenaire global de l'Otan, alors que le Royaume-Uni en est un membre.

M. Jean-Marc Vayssouze-Faure. - Dans ces pays d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale, la démocratie étant souvent assez jeune, elle se caractérise par des fonctionnements beaucoup plus claniques et la succession de forces politique extrêmes au pouvoir.

Le groupe d'amitié France-Mexique-Pays d'Amérique centrale, s'est récemment rendu au Salvador. Si 30 % des personnes emprisonnées sont innocentes, la population est satisfaite du régime de Bukele, car la sécurité à laquelle elle aspirait est désormais assurée. Nous ne pouvons pas regarder ces pays avec les logiciels qui sont les nôtres, car nous avons affaire à des démocraties assez jeunes. Cela nous oblige donc, et nous invite, à continuer à travailler avec eux et à essayer de tisser des coopérations.

Comment l'Argentine et le Chili perçoivent-ils notre opposition à l'accord avec le Mercosur ? Considèrent-ils qu'il est fondamental d'avoir une relation avec l'Europe ? Les échanges que vous avez eus vous ont-ils fait évoluer par rapport au Mercosur ?

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - L'accord entre l'Union européenne et le Mercosur est un sujet que nous avons abordé à chaque réunion ou presque, car l'on sent bien que, de leur côté, il y a une grande attente. Nous n'avons évidemment pas manqué de rappeler que l'absence de clause miroir - c'est-à-dire de disposition permettant d'imposer que les importations soient soumises aux mêmes règles que les productions européennes - était un point bloquant, notamment pour la France.

La dégradation des relations avec les États-Unis et la nécessité pour l'Union européenne de rechercher de nouveaux partenaires économiques et de nouvelles opportunités ont également été largement évoquées.

Côté Mercosur, on sent bien que ces pays souhaitent développer leurs partenariats économiques, et il est naturel qu'ils se tournent vers l'Europe, qui constitue une troisième voie entre les États-Unis et la Chine.

L'influence américaine se traduit notamment par des aides économiques et financières très importantes, en particulier les 20 milliards de dollars qui ont été promis à l'Argentine avant les élections de mi-mandat. Par ailleurs, en février 2026, Washington et Buenos Aires ont signé un accord commercial et d'investissement.

M. Ronan Le Gleut. - Ce débat nous ramène finalement à un vieux clivage gauche-droite. L'on sent bien, chez nos amis du côté gauche de l'hémicycle, que l'idée même que M. Milei puisse réussir est dérangeante, puisqu'elle remettrait en cause une vie d'engagement. Les faits sont hélas ! têtus.

Avant l'arrivée au pouvoir de M. Milei, l'inflation dépassait les 200 %. Ce n'est plus le cas. L'Argentine a renoué avec l'équilibre, et même l'excédent budgétaire. Elle a également vu le retour de la croissance, celle-ci s'étant établie à 4,4 % en 2025, alors que le pays était en récession en 2024. Le FMI et l'OCDE prévoient une augmentation du PIB. Il y a même une baisse de la pauvreté. Le soutien populaire s'est donc exprimé lors des législatives de 2025.

Tout cela me rappelle étrangement le fait qu'après la chute du mur de Berlin, on n'a vu absolument personne fuir le régime de l'économie de marché pour aller vers l'Est.

M. Philippe Folliot. - À la différence d'autres pays de l'Union européenne, la France est présente en Amérique du Sud par le biais de la Guyane. En dépit de l'éloignement de celle-ci, la présence de la France sur le même continent a-t-elle été évoquée par vos interlocuteurs chiliens et argentins ?

Par ailleurs, qu'en est-il des relations avec l'Uruguay, qui a longtemps été qualifié de « Suisse de l'Amérique du Sud » et qui s'est construit comme une nation indépendante entre ces deux géants à l'échelle régionale que sont l'Argentine et le Brésil ? Quelle est selon vous la perception des Argentins à cet égard ? La France pourrait-elle s'impliquer plus avant dans ces relations régionales, en tissant notamment des liens avec l'Uruguay ?

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - Le Chili, qui, de par sa géographie, est quasiment une île, a davantage de rapports avec la Polynésie qu'avec la Guyane. Les Chiliens considèrent d'ailleurs la Polynésie comme leur voisin du Pacifique. La Guyane coopère quant à elle plutôt avec le Brésil, le Suriname, le Guyana, c'est à-dire ses voisins immédiats du Plateau des Guyanes, et la Caraïbe.

Notre mission ne s'est pas penchée sur l'Uruguay.

Mme Marie-Arlette Carlotti, rapporteure. - Je souhaitais indiquer à Ronan Le Gleut qu'il ne trouvera rien dans ce rapport qui marque une fracture entre la droite et la gauche. Nous y faisons en effet référence à la baisse de l'inflation, à l'effet d'aubaine dont profitent les entreprises, y compris les nôtres, et même à la baisse de la pauvreté que l'on constate à ce stade.

Par ailleurs, il est normal que nous mettions en regard les dégâts que la politique mise en oeuvre peut provoquer dans la société. Mais si, au bout du compte, la situation s'améliore pour les populations argentines, tous ceux qui, autour de cette table, sont, comme vous et moi, favorables à l'économie de marché y trouveront satisfaction.

Ce rapport, équilibré, est le fruit de nos discussions. Il demande uniquement la poursuite du dialogue entre l'Argentine et la France dans de nombreux domaines, y compris dans le domaine militaire, que nous n'avons pas assez évoqué.

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - Comme l'ensemble des rapports de cette commission, celui-ci a fait l'objet de discussions au cours desquelles nous nous sommes efforcés de le rendre le plus équilibré possible.

M. Étienne Blanc. - L'Argentine s'est effondrée en raison d'un surendettement massif, hérité du péronisme puis de tous les régimes, notamment militaires, qui se sont succédé. L'endettement, qui s'établissait à 20 000 euros par personne en 2023, est passé à 10 000 euros en 2024, grâce à des aides extérieures, notamment des États-Unis.

Ce désendettement est-il selon vous pérenne ? Si Javier Milei parvient à désendetter le pays, il retrouvera des marges financières et pourra reprendre - il l'a d'ailleurs annoncé - un certain nombre de politiques publiques qu'il a abandonnées car le pays était exsangue.

M. Cédric Perrin, président, rapporteur. - Certains éléments sont très factuels. Les Argentins replacent depuis peu de la dette sur les marchés financiers, ce qui témoigne d'un regain de confiance de la part des marchés. L'Argentine enregistre en outre depuis 2024 un excédent budgétaire. Le pays reste toutefois, et de loin, le principal débiteur du FMI.

J'évoquais tout à l'heure la mutation de l'économie ; c'est un point sur lequel nous avons beaucoup insisté.

Les Argentins avaient adapté leur production à cette économie hyperinflationniste. Les gens percevaient leur salaire et s'empressaient de le dépenser dans la journée pour ne pas perdre de pouvoir d'achat. Pour ce faire, ils achetaient en très grande quantité des produits à un prix donné au moment de l'achat, lequel évoluait très rapidement à la hausse. Ces produits étaient ensuite revendus avec une marge. Cette économie inflationniste s'auto-entretenait.

L'économie est en train de changer - baisse de l'inflation, diminution des subventions, baisse drastique des investissements publics, ouverture de l'économie sur l'extérieur - ce qui peut être source de difficulté pour certains secteurs. Ces difficultés auront-elles une conséquence sur l'emploi ? Tout cela est en train d'évoluer. Il faut donc attendre encore un peu pour en tirer des conclusions.

La commission adopte à l'unanimité le rapport d'information et en autorise la publication.

Projet de loi autorisant la ratification de l'accord de passation conjointe de marché en vue de l'acquisition d'une plateforme centrale commune pour le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières - Désignation d'un rapporteur

La commission désigne M. Ronan Le Gleut rapporteur sur le projet de loi autorisant la ratification de l'accord de passation conjointe de marché en vue de l'acquisition d'une plateforme centrale commune pour le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (sous réserve de son dépôt).

La réunion est close à 11 h 05