Questions d'actualité
M. le président. - L'ordre du jour appelle les questions d'actualité au Gouvernement.
Je vous rappelle que la séance est retransmise en direct sur Public Sénat et sur notre site internet.
Chacun sera attentif au respect des uns et des autres et du temps de parole - qui vaut aussi pour les membres du Gouvernement, à l'exception du Premier ministre.
Colère sociale
Mme Cécile Cukierman . - (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K) La France est en colère et nous le sommes avec elle, face aux pillages, aux saccages, aux destructions de bâtiments publics de ce week-end. Rien ne doit justifier de tels actes, qui doivent être sanctionnés.
Mais nous sommes aussi en colère face à un gouvernement sourd à la colère sociale qui s'exprime dans notre pays. Samedi, plusieurs centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue. Les manifestants doivent pouvoir continuer à le faire en toute sécurité. Ils veulent simplement être entendus et vivre dignement.
Nous sommes en colère qu'il ait fallu attendre les violences de samedi soir pour que les lycéens obtiennent enfin un rendez-vous avec vous. Nous sommes en colère face à un Président de la République qui persiste à ne pas comprendre les attentes des Français et Françaises.
Nos concitoyens ne se demandent plus seulement comment boucler leurs fins de mois, mais comment faire dès le début du mois. Le prix de l'essence augmente, alors qu'on pourrait agir en abaissant la TVA. Les prix de l'énergie augmentent aussi, alors qu'il faut rallumer le chauffage.
La colère ne naît pas de rien. Elle grandit quand les injustices s'accumulent et que les réponses politiques manquent. Oui, il n'y a pas de baguette magique, mais il y a des choix politiques, que vous devez assumer.
Allez-vous, oui ou non, entendre cette colère et infléchir votre budget pour répondre à l'urgence sociale que vivent des millions de Françaises et de Français, alors que vous avez présenté l'un des budgets les plus antisociaux de ces dernières années ? (Applaudissements à gauche)
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre . - J'associe le Gouvernement au message de mémoire rendu à votre ancien collègue sénateur.
Dans une crise comme celle-ci, il faut marcher avec calme, sur deux jambes, dans la plus grande clarté. Vous l'avez fait, et je vous en remercie, quels que soient nos désaccords.
Premier message : le refus de la violence. Ne nous trompons pas de diagnostic sur samedi dernier. Certaines choses n'ont pas fonctionné, certes. Mais ne soyons pas aveugles : la menace et le mode opératoire de ceux qui s'en sont pris aux forces de l'ordre, aux institutions de la République, à la mairie de Limoges, qui ont voulu marcher sur l'Élysée, étaient nouveaux. Vous avez raison : tout cela n'a rien à voir avec un mouvement social, une mobilisation syndicale ou politique traditionnelle. (M. Guy Benarroche proteste.)
Si on ne distingue pas cela clairement, les gens ne pourront pas comprendre ce qu'il s'est passé en matière de maintien de l'ordre. Il y a eu une porosité entre des délinquants créant de la confusion et de la saturation pour les forces de l'ordre, et des actions ciblées de groupes d'ultragauche. Nous devons le comprendre clairement. (Protestations sur les travées du GEST)
Non, monsieur le président Gontard, toutes les formations politiques n'ont pas vu exactement ce qui s'était passé samedi dernier. (Applaudissements sur quelques travées du RDPI et des groupes UCI et Les Républicains) Il faudra le dire avec beaucoup de clarté, car certains combats méritent d'être menés.
Deuxième message : il faut préparer les jours à venir, en matière d'ordre public mais aussi sur le terrain social, politique et économique.
Le ministère de l'intérieur prépare samedi prochain, avec un enjeu de protection, comme chaque soir de cette semaine : les couvre-feux aident au retour au calme. Nous y reviendrons.
Je suis très préoccupé par un sujet à l'ordre du jour de la réunion de ce matin avec les organisations syndicales : la protection des libertés sociales et syndicales, y compris celle de manifester. Depuis vingt ans, nous étions habitués à voir des débordements en fin de manifestation, désormais c'est dès le début du cortège, voire avant. C'est un défi inédit.
Ensuite, il y a un agenda politique et social. Nous avons arrêté une méthode pour les trois semaines à venir qui se connectera, évidemment, au débat budgétaire. Ne faisons pas comme si nous ne débattions pas chaque année de la démographie, notamment scolaire.
J'ai confié un premier chantier à Jean-Pierre Farandou avec les organisations patronales et syndicales. Les premières nous interpellent sur les charges, les secondes sur les aides aux entreprises. Le Medef a évoqué les NAO, des négociations annuelles obligatoires. Le ministre Farandou y reviendra avec méthode.
Deuxième point : le carburant. Le 1er novembre, il y aura un effet prix tangible, d'environ 18 centimes, du fait de la libération de 10 millions de barils de gazole, en plus des autres mesures. Le gazole n'a jamais été à 3 euros, contrairement à ce que prétendent certains médias. Cela explique d'ailleurs la tournée du Président de la République dans le Golfe, pour sécuriser les approvisionnements.
Troisième point : les lycéens et les étudiants. Non seulement ils ont déjà été reçus par Philippe Baptiste et Edouard Geffray, mais nous travaillons à un agenda de mesures très concrètes.
J'ai 40 ans, et un souvenir pas si lointain d'effets d'annonce suivis d'aucune mesure. (M. Guy Benarroche ironise.) Le rythme que nous prenons ne correspond pas à celui-ci. (Exclamations sur quelques travées du GEST) J'étais lycéen sous le gouvernement de Lionel Jospin. (Sourires sur quelques travées) Je vous invite donc à l'humilité...
Dans le contexte actuel, tous nos engagements doivent être réalistes et délivrables, et non pas démagogiques - il y en a suffisamment dans cette campagne présidentielle naissante.
Cela prend du temps. Je réunirai Edouard Geffray et Philippe Baptiste ce soir. Pas moins de cinq chantiers seront lancés, d'ici à lundi, en respectant les outils de démocratie sociale au sein des ministères de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. On ne peut pas nous reprocher de mépriser les corps intermédiaires et en même temps de vouloir les convoquer avec méthode.
Premièrement, l'évolution démographique a des conséquences sur les effectifs des classes. Le Sénat s'est largement emparé de cette thématique ces derniers temps.
Deuxièmement, les remplacements. De premières réponses ont déjà été données par le ministre.
Troisièmement, la démocratie lycéenne. Les lycéens, qui n'ont pas le droit de vote mais savent que l'élection présidentielle sera importante, ne se sentent pas représentés et peinent à relayer leurs revendications.
Quatrièmement, le bâti scolaire, en lien avec les conseils régionaux. Les sujets sont différents d'un territoire à l'autre.
Cinquièmement, l'orientation et Parcoursup.
Je souhaite que nous avancions avec beaucoup de sérieux ; il n'y aurait rien de pire que des effets d'annonce, cyniques ou déconnectés du réel, y compris budgétaire. (Applaudissements sur quelques travées du RDPI)
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (I)
M. Claude Malhuret . - (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP) « Continue comme ça Jean-Luc, pour l'instant c'est un sans-faute. » Voilà le SMS que j'aurais envoyé samedi dernier si j'étais Marine Le Pen.
Il faut être aveugle pour ne pas voir les protestations des lycéens, des professeurs et de milliers de Français dans des cortèges pacifiques. Mais il faut aussi être aveugle pour ne pas voir que leurs revendications ont été volées par une secte qui, après s'être vautrée dans l'islamogauchisme et l'antisémitisme, convoque black blocs, racailles et idiots utiles pour aboutir à la pire nuit d'émeutes que la France ait connue depuis longtemps. (Quelques murmures à gauche)
De la manifestation à l'émeute, de l'émeute à l'insurrection, de l'insurrection à la guerre civile, voilà la stratégie de Jean-Luc Mélenchon depuis son livre de 1991, À la conquête du chaos, comme dans son nouveau mot d'ordre : « tout conflictualiser ». Chaque vitrine cassée pousse un peu plus de Français dans les bras du RN, qui se présente comme le parti de l'ordre.
Ces deux extrêmes sont les deux mâchoires d'un même étau pour le pays qui s'opposent pour mieux se refermer. Ils se combattent pour mieux se faire élire. Ils disent : « on ne nous a jamais essayés » ou « ça ne peut pas être pire », mais si ! Toute l'histoire du XXe siècle montre qu'on a essayé, et que ça a été bien pire. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP, sur plusieurs travées du RDPI, du RDSE et des groupes UCI et Les Républicains)
Le 17 octobre n'était qu'une répétition générale. L'objectif est de continuer jusqu'à ce que les deux extrêmes se retrouvent face à face au deuxième tour de la présidentielle. Lorsque l'un aura gagné, l'autre trouvera le prétexte pour enflammer le pays.
Pendant ce temps, les démocrates de droite et de gauche s'épuisent dans leurs propres rivalités. Il est plus que temps de trancher. En février, dans une France affolée par ces ingénieurs du chaos et victime de l'embrasement du monde par Trump et Poutine, complices de nos extrêmes, il sera trop tard. Beaucoup trop tard. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP et sur plusieurs travées des groupes UCI et Les Républicains)
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre . - Je suis d'accord avec vous. Pour ne pas voir, avec une forme de naïveté ou d'incompréhension, que les modes opératoires de samedi dernier sont si graves que le parquet national antiterroriste se pose en situation d'observateur, que la sous-direction antiterroriste (SDAT) est saisie et que la première personne interpellée pour l'incendie de la mairie de Limoges est fichée S pour appartenance à l'ultragauche radicale, il faut vraiment ne pas vouloir le voir ! La réponse est dans votre question : l'ultragauche et l'extrême gauche ont un agenda de déstabilisation pour polluer l'élection présidentielle, peut-être en préemptant déjà les résultats des sondages. Il faut être lucide.
J'ai été marqué par la journée d'hier, qui a commencé par un article de Mediapart que La France insoumise a monté en épingle, sous-entendant que la police de la République faisait du renseignement politique. C'est faux ! (M. Thomas Dossus s'exclame.) Ensuite, La France insoumise a entretenu une deuxième polémique sur le parquet, laissant entendre que le pouvoir a voulu faire arrêter un opposant, et pas des moindres : le député Raphaël Arnault, membre de la Jeune Garde.
Troisième temps, Jean-Luc Mélenchon a tweeté après la réquisition contre Rima Hassan pour apologie du terrorisme, accusant le parquet de prendre ses ordres du Gouvernement, remettant en cause la liberté constitutionnelle du parquet et l'indépendance de la justice.
Mme Audrey Linkenheld. - De quoi nous parlez-vous ?
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. - C'est là une atteinte très grave à l'État de droit. (Protestations sur les travées du GEST)
Si une femme et, ou un homme politique de droite s'était exprimé ainsi, la polémique serait énorme dans la presse ou l'ensemble de la classe politique. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UCI, INDEP, du RDPI et du RDSE)
La défense de l'État de droit n'est pas à la carte. (M. Mickaël Vallet opine du chef.) Une banalisation s'installe. On peut toujours compter le nombre de grenades lacrymogènes.
M. Thomas Dossus. - Il en a manqué !
M. Guillaume Gontard. - Vous déguisez votre échec !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. - Mais la réalité, c'est qu'il y a un combat culturel, politique, à mener contre la violence, contre les extrêmes. C'est un moment de clarification : que chacun choisisse son camp ! (Applaudissements sur les travées du RDPI, des groupes Les Républicains, UCI et sur quelques travées du groupe INDEP)
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (II)
M. Christian Redon-Sarrazy . - (Applaudissements sur les travées du groupe SER) J'associe à ma question Isabelle Briquet et tous les élus de Haute-Vienne. Samedi, peu avant neuf heures du soir, le beffroi de la mairie de Limoges s'est effondré sous les regards horrifiés des habitants. Cette atteinte à notre maison commune nous a traumatisés et choqués. Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment l'État a-t-il pu laisser faire ? Comment expliquer qu'il n'y avait pas de protection des bâtiments publics ? Comment expliquer que les agents municipaux aient été menacés de mort ? Hier, un fiché S a été arrêté. Néanmoins, les défaillances des services de renseignement nous interrogent ; des voitures de police ne sont pas intervenues face à des actes manifestes de vandalisme. Les forces de police étaient-elles en sous-effectif ? L'État doit rendre des comptes.
Patrick Kanner a demandé dès dimanche l'organisation d'un débat 50-1 devant le Parlement. Il attend toujours votre réponse.
Y aura-t-il un plan spécial pour que la mairie de Limoges soit reconstruite sans délai ? Le contribuable haut-viennois n'a pas à payer pour l'incompétence de votre gouvernement. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, du CRCE-K et sur quelques travées du GEST ; M. Gabriel Amard applaudit également.)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - À Limoges, il y a eu des débordements extrêmement graves, dus à l'ultragauche. La mobilisation, de 3 000 personnes, a été supérieure à ce qui était attendu. Cela arrive, mais habituellement cela ne change rien. La différence, c'est leur agressivité, qu'il faut dénoncer. (M. Pierre Jean Rochette applaudit.) Dans ma carrière, j'ai connu des manifestations d'un million de personnes quand on en attendait 100 000, et où tout se passait bien, avec des manifestants pacifiques.
À Limoges, 3 000 personnes ont bloqué l'autoroute A20 avant de s'en prendre à la mairie. Des renforts de gendarmerie ont fait un travail formidable, évité de nombreux pillages dans le centre-ville de Limoges.
Que tout n'ait pas bien fonctionné samedi ne permet pas de dire n'importe quoi. Des casseurs ont empêché les pompiers de s'approcher, en les prenant à partie. Malheureusement, la mairie est en grande partie détruite.
Samedi, le dispositif sera renforcé à Limoges ; je m'y suis engagé auprès du maire.
Des choses n'ont pas marché, mais on ne peut pas dire n'importe quoi. (M. Martin Lévrier applaudit ; murmures à droite.)
M. Christian Redon-Sarrazy. - Mes propos sont factuels. La situation est grave. L'État doit prendre la mesure de ce qui s'est passé pour assurer la sécurité des biens et des personnes, sans attenter aux libertés publiques. Notre droit est prévoyant. Il est grand temps que vous le soyez aussi. (Applaudissements sur les travées du groupe SER)
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (III)
M. Guy Benarroche . - (Applaudissements sur les travées du GEST) Nous, écologistes, condamnons fermement toutes les violences. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains) Depuis des semaines, lycéens, étudiants et jeunes font entendre leurs revendications. Le Gouvernement ne les écoute pas. C'est symptomatique de dix années de Macronie, marquées par un fossé grandissant entre les citoyens et le pouvoir. Ils se sont exprimés démocratiquement, des cahiers de doléances des gilets jaunes aux mobilisations contre la réforme des retraites, jusqu'aux législatives de 2024. Lorsque les revendications sont ignorées voire balayées, on prend le risque de voir les tensions s'exacerber et la violence s'imposer.
C'est dans ce contexte qu'il faut regarder les manifestations de samedi. À Marseille, selon votre préfet, la seule revendication était de piller, sans aucune pancarte. Pourtant, j'étais présent et cela ne correspond pas à la réalité. Le maire de Marseille interroge la stratégie du ministère de l'intérieur, et dénonce une forme de laisser-faire. Comment peut-on jouer le pourrissement d'un côté et de l'autre résumer la manifestation à la seule présence d'émeutiers ?
Nous faisons face à une instrumentalisation politicienne des événements, parce que vous avez failli dans la réponse aux violences.
On le voit partout en Europe, la jeunesse se réveille. Mais c'est seulement dans notre pays que les choses se passent avec violence !
Vous voudriez nous faire croire qu'il y aurait d'un côté les défenseurs de l'ordre, de l'autre ceux du désordre. Arrêtons les caricatures ! Quand allez-vous répondre à notre jeunesse ? (Applaudissements sur les travées du GEST)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, avec vous. Il y a quelques jours, j'étais un tortionnaire, j'avais la main trop ferme. Et maintenant, j'ai laissé faire ! Le préfet des Bouches-du-Rhône a fait un excellent travail.
M. Guy Benarroche. - Marseille vous applaudit !
M. Thomas Dossus. - Quel excellent résultat...
M. Laurent Nunez, ministre. - Pas moins de cinq forces mobiles étaient mobilisées. (M. Guy Benarroche ironise.) Il y a eu un rassemblement de l'ultragauche le matin, d'abord, devant Eurolinks. Tout le monde ne va pas se rassembler devant Eurolinks... Cela ressemble plutôt à l'ultragauche, à l'extrême gauche. Ils ont allumé la flammèche pour terminer jusqu'à la Canebière et s'en prendre ensuite au commissariat de Noailles, puis à la mairie de Marseille.
Mme Marie-Arlette Carlotti. - Il n'y avait qu'une CRS !
M. Laurent Nunez, ministre. - Ensuite, les casseurs sont arrivés et ont attaqué la ville en de nombreux points. Il était difficile pour les forces de l'ordre de tout juguler.
J'étais il y a 48 heures à Marseille. J'ai rencontré tous les effectifs de police, ils ont fait un travail formidable pour empêcher les dégradations.
Évidemment, ce n'est pas un succès ; des centaines de commerces ont été pillés. Mais ne dites pas que nous avons laissé faire !
Mme Marie-Arlette Carlotti. - Si !
M. Laurent Nunez, ministre. - J'assume ma part de responsabilité, mais nous n'avons pas laissé faire !
Mme Marie-Arlette Carlotti. - Si !
M. Laurent Nunez, ministre. - J'avais déployé l'ensemble des forces mobiles disponibles sur le territoire national, hors congés. (Applaudissements sur quelques travées du RDPI et du groupe UCI)
Flambée des violences en outre-mer
M. Frédéric Buval . - (Applaudissements sur les travées du RDPI) Samedi dernier, tous les projecteurs étaient braqués sur l'Hexagone. Mais la situation est critique dans les outre-mer. En Martinique, des mineurs ont été blessés par des tirs à balles réelles. Des policiers ont été blessés par des tirs de mortiers. Des dizaines de commerces ont été saccagés et incendiés. Au Lamentin, un gymnase a brûlé. En Guadeloupe, trois policiers ont été blessés par balles. À La Possession, à La Réunion, des restaurants ont été incendiés.
Au nom du RDPI, premier groupe ultramarin du Sénat, je condamne cette violence avec la plus grande fermeté. Rien ne saurait justifier la criminalité et le pillage. Notre soutien va aux policiers et aux gendarmes, aux commerçants, mais aussi aux élus locaux.
Je rappelle la demande de moyens supplémentaires pour les forces de l'ordre basées en outre-mer, car ces événements mettent en lumière un fléau : les outre-mer concentrent 30 % des homicides, 25 % des atteintes aux personnes, alors qu'ils ne représentent que 4 % de la population. La Martinique a franchi le cap de 40 homicides par an, sur fond de règlements de compte, armes à feu et narcotrafic. Cette insécurité gangrène tout, surtout la jeunesse, marquée par le chômage, par l'eau potable qui ne coule plus et par la vie chère.
Quels moyens le Gouvernement peut-il mobiliser pour éradiquer la flambée de violence dans les outre-mer ? Habitants et élus locaux sont excédés : ils ne comprennent pas pourquoi on tolère en outre-mer ce qui est inacceptable dans l'Hexagone. (Applaudissements sur les travées du RDPI ; M. Stéphane Demilly applaudit également.)
Mme Naïma Moutchou, ministre des outre-mer . - La sécurité est un droit pour tous, en Hexagone comme en outre-mer. Vous avez rappelé les chiffres. Consciente de cette situation, j'ai annoncé un plan de lutte contre le narcotrafic de 14 millions d'euros, élaboré avec le ministre de l'intérieur, avec des moyens supplémentaires - radars, scanners, vidéoprotection, très plébiscitée par les élus locaux, et très efficace pour amplifier les moyens d'enquête.
Les effectifs ont été renforcés avec deux escadrons de gendarmerie mobile supplémentaires pour La Réunion et la Guadeloupe. Des couvre-feux ont été décidés et des interpellations menées. Je salue l'action des forces de sécurité et des élus locaux et les commerçants touchés.
La vie chère est au centre des revendications. Nous travaillons sur le sujet ; j'avais réuni l'ensemble des parlementaires dès septembre. Des réponses seront apportées tant sur le maintien de l'ordre que sur ces causes légitimes.
Évènements des 17 et 18 octobre 2023 (IV)
M. Renaud Muselier . - (Applaudissements sur les travées du groupe UCI). Marseille saccagée, Marseille pillée, les centres-villes dévastés, les commerçants ruinés, les mouvements lycéens dévoyés, les policiers blessés - je rends un hommage vibrant à leur courage et à leur professionnalisme (applaudissements sur les travées du groupe UCI et sur quelques travées des groupes INDEP et Les Républicains) - , la mairie de Limoges brûlée : la France est humiliée. Je suis en colère. Nous sommes sous le choc, mais pas abattus.
Mettons des mots sur les maux : lancer une cheminée sur des policiers, c'est une tentative d'homicide, pas un fait divers. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI et sur quelques travées du groupe Les Républicains)
M. Franck Menonville. - Bravo !
M. Renaud Muselier. - Se faire arrêter lors d'un pillage, ce n'est pas une violence policière, c'est un flagrant délit.
Ce n'est pas la convergence des luttes, mais la convergence des brutes. Black blocs, casseurs, émeutiers, pilleurs : ces hordes ont attaqué de façon systématique des symboles de la République, simultanément, partout en France. Puis elles ont dévasté des commerces, avant de s'en prendre aux villas et aux biens privés.
Ils n'ont pas peur. Pour eux, s'en prendre aux forces de l'ordre est un jeu dont la règle est simple : ce qui est à toi doit être à moi, et vite ! Ils recommenceront demain.
Bien sûr, plus jamais ça... Mais que dire aux commerçants ? Pourront-ils ouvrir samedi ? Quid du 5 novembre ? (Protestations sur les travées du GEST, l'orateur ayant épuisé son temps de parole.)
M. le président. - Il faut conclure...
M. Renaud Muselier. - Les défenses s'organisent, les armes sont sorties. Évitez les homicides par légitime défense et la loi du plus fort ! (Applaudissements sur les travées du groupe UCI et sur des travées du groupe Les Républicains)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Évidemment, je partage votre courroux. Vous avez raison de dire que les policiers et les gendarmes ont fait un travail formidable à Marseille, et certains ont fait l'objet de tentatives de meurtre.
Il y a bien eu à Marseille une convergence des brutes - pour reprendre vos mots - entre une ultragauche idéologique et des pilleurs-casseurs complices. Cette convergence, rare, a eu lieu dans de nombreuses villes, notamment à Paris.
Je me suis rendu à Marseille, où le maire Benoît Payan se posait des questions légitimes. Je lui ai exposé notre organisation pour le samedi 24 octobre, car des syndicats ont déposé des préavis - nous aurions préféré l'éviter, mais c'est ainsi.
À Marseille, nos forces seront en plus grand nombre que samedi dernier et je leur demanderai d'être extrêmement mobiles et réactives, plusieurs petits groupes ayant attaqué les commerces simultanément, selon une vraie stratégie.
Vous pouvez dire aux commerçants que les forces de sécurité intérieure seront présentes.
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (V)
M. Fabien Bravi . - (Applaudissements sur les travées du groupe UNT ; M. Olivier Rietmann applaudit également.) « Aujourd'hui on vit côte à côte. Je crains que demain on vive face à face », déclarait un ancien maire de Lyon à son départ de Beauvau, en octobre 2018. Nous y sommes.
Alors que nous sommes l'une des plus grandes puissances du monde, l'une des plus grandes nations européennes, nous sommes incapables de maintenir l'ordre dans la rue.
Chez moi, dans les Bouches-du-Rhône, la préfecture indique que 30 000 pillards et 8 000 émeutiers ont saccagé plus de 300 commerces de Marseille, attaqué un commissariat, mis à sac la mairie. Nous avons assisté à une insurrection sur le Vieux-Port !
M. Guy Benarroche. - Quelle exagération !
M. Fabien Bravi. - En 2 600 ans, Marseille a survécu aux Romains, aux pirates, à deux guerres mondiales, à la désindustrialisation. Mais elle ne pensait pas devoir faire face à l'abandon de l'État !
La racine de ce chaos, c'est l'extrême gauche, qui s'est mêlée aux racailles des quartiers. Son ferment : l'immigration de masse incontrôlée. Ces deux mamelles du désordre sèment le trouble dans notre République.
Depuis des années, vous laissez l'anarchie prendre le pas sur la République et sur l'État. Pis, quand vous présentez votre démission, le Président de la République la refuse !
Si en mai 2027 les Français nous font confiance, Marine Le Pen (applaudissements sur les travées du groupe UNT ; huées sur quelques travées à gauche) n'abandonnera aucun de nos concitoyens, aucun Provençal, aucun Marseillais. La remise en ordre de notre nation sera à l'ordre du jour.
Avez-vous conscience que les Français considèrent que vous ne les protégez plus ?
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Ce matin, j'écoutais France Info.
M. Bruno Sido. - Une radio de gauche !
M. Laurent Nunez, ministre. - Un responsable politique y affirmait que nous étions un grand pays qui savait assurer l'ordre public et que de nombreuses formations de police ou de gendarmerie étrangères venaient se former chez nous. Je le dis d'ailleurs moi-même très souvent, car oui, nous avons réussi de grandes choses : les JOP, l'accueil du pape, mais aussi le traitement des violences urbaines et de la délinquance.
Et qui affirmait cela ? Mme Le Pen !
Alors, elle disait aussi que le ministre ne donnait pas les bonnes instructions. Je vous renvoie donc à mes télégrammes, qui sont de la plus grande fermeté pour interpeller les casseurs. (Agacement sur les travées du groupe UNT)
Alors oui, cela n'a pas fonctionné. (Mme Edwige Diaz s'exclame.) L'ordre public, c'est de l'humilité. Ce sont aussi de très grands professionnels - que votre présidente a salués ce matin, à ma grande surprise.
Surtout, je veux vous rassurer : nous n'avons pas laissé faire. Les forces de l'ordre avaient des instructions très précises ; j'avais déployé trois fois plus de forces mobiles que le week-end précédent.
Évidemment, il y a eu des failles, c'est indéniable. Mais ne racontons pas n'importe quoi. Il est faux de dire que l'on vit dans une insécurité permanente ! (Protestations sur les travées du groupe UNT ; applaudissements sur celles du RDPI et sur des travées du groupe UCI)
M. Fabien Bravi. - Comme de nombreux Français, nous ne sommes pas convaincus. (Applaudissements sur les travées du groupe UNT)
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. - Ah bon ?
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (VI)
Mme Maryse Carrère . - (Applaudissements sur les travées du RDSE) Dimanche soir, le Président de la République a demandé aux partis de condamner les violences du 17 octobre. Je le répète : tous les membres du RDSE les condamnent. Nous disons notre soutien aux blessés, aux victimes, aux forces de l'ordre, aux pompiers, aux élus locaux, dans un esprit de concorde - si ce n'est pas au-dessus des forces de certains partis...
Mais comment en sommes-nous arrivés là ? On pourrait blâmer les gouvernements précédents, mais commençons par admettre une responsabilité collective, sans nous renvoyer la balle. La promesse républicaine, en échec, ne parle plus à notre jeunesse.
Monsieur le Premier ministre, quelle question vous poser ? Je pourrais vous demander pourquoi l'État a perdu le contrôle de la situation. Mais la révision de la doctrine du maintien de l'ordre, nécessaire, ne répondra pas à l'angoisse du pays qui, si elle n'est pas traitée, nous fera passer du mauvais côté de l'histoire.
Pourquoi avons-nous perdu notre capacité à promettre à la jeunesse un idéal d'égalité, de progrès et de solidarité ? Comment redonner confiance dans notre idéal républicain ? (Applaudissements sur les travées du RDSE et du RDPI et sur des travées des groupes UCI et SER)
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre . - Merci pour cette invitation républicaine à réfléchir.
Oui, notre jeunesse est traversée par une profonde angoisse - covid, manque de perspectives, géopolitique sombre... - , comme d'autres générations avant elle.
Ma responsabilité comme chef du Gouvernement est de leur apporter des réponses concrètes, avec l'agenda que j'ai annoncé, sans bla-bla. Car la classe politique s'est parfois trop payée de mots, et il ne faudrait pas que notre jeunesse confonde « belles paroles » politiciennes et engagements respectueux. Respecter les lycéens, c'est aussi leur dire ce que l'on ne sait pas faire. Car faire croire à la baguette magique, c'est donner du carburant aux extrêmes.
Ensuite, il faut que la jeunesse soit au coeur de l'élection présidentielle.
Enfin, la classe politique doit se débarrasser de sa myopie : en 48 heures, certains sont passés de « la police tue » à « mais que fait la police ? ». (Protestations sur les travées du GEST et sur des travées du groupe SER ; M. Martin Lévrier applaudit.) Il y en a quand même qui continuent d'affirmer que « la police tue » - c'est lamentable. La jeunesse de France qui s'est mobilisée sent bien l'opportunisme et le cynisme de certains. (Nouvelles protestations sur les travées du GEST)
Mais la classe politique souhaite-t-elle rassembler le pays ou prospère-t-elle sur ses divisions ? On voit bien le jeu de certains...
M. Guy Benarroche. - Ce serait bien d'écouter le pays, pour commencer !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. - La responsabilité collective renvoie aussi à la responsabilité individuelle : homme de droite, je ne crois pas à l'excuse sociale. On peut être d'origine très populaire, très pauvre, et ne pas piller un magasin un soir de manifestation ! Si on commence à défendre une telle excuse sociale, tous les mouvements sociaux légitimes seront abîmés. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UCI, INDEP, du RDPI et sur quelques travées du RDSE)
Mme Jacqueline Eustache-Brinio. - Bravo !
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. - Personne n'a dit ça !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. - Je l'avais déjà dit lors de l'affaire Lyhanna : quand il y a des délits, des crimes, il y a des auteurs, dont la responsabilité individuelle doit être mise en cause.
Je me réjouis que le Sénat s'empare du projet de loi Casseurs-payeurs, car il n'est pas normal que ce soient toujours les mêmes qui paient les réparations. (Applaudissements sur les travées du RDPI et du groupe INDEP)
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (VII)
M. Bruno Retailleau . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Vous connaissez certainement la phrase du général de Gaulle sur le dernier président de la IIIe République : « comme chef d'État, au fond, deux choses lui manquaient : qu'il fût un chef et qu'il y eût un État ».
Samedi dernier, la France a connu une sorte de débâcle : des commerces pillés, saccagés, des bâtiments publics incendiés, des policiers agressés - nous rendons hommage à leur courage (applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UCI et INDEP ; M. Benjamin Huin applaudit également) - et des Français sidérés de voir la République reculer.
Tous posent une seule question : y a-t-il encore un chef ? Y a-t-il encore un État ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur plusieurs travées du groupe UCI)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Vous connaissez bien ces questions, pour avoir occupé mes fonctions.
M. Rachid Temal. - Faites une réunion !
M. Laurent Nunez, ministre. - Nous avons travaillé ensemble. Vous vous souvenez des pillages et exactions lors de la finale de la Ligue des champions. Vous savez l'humilité à avoir quand on parle d'ordre public : ce n'est pas une science exacte. (« Ce n'est pas la question ! » à droite)
Y a-t-il un État ? Il y a un Président de la République, un Premier ministre, un ministre de l'intérieur. (M. Martin Lévrier applaudit.)
Je devine ce qu'il y a derrière votre question, et j'anticipe donc votre réplique : il n'y aura pas à ce stade de déclaration de l'état d'urgence. Nous avons demandé aux préfets d'engager des mesures de police administrative de droit commun : arrêtés d'interdiction de regroupement, arrêtés d'interdiction de manifestation, couvre-feux. Ces mesures produisent des effets ; elles ont mis un terme aux incidents observés dimanche soir. Nous nous préparons à gérer samedi prochain, et j'augmenterai les effectifs sur le terrain.
Je rends à mon tour hommage aux forces de l'ordre et vous remercie de l'avoir fait. Je peux vous rassurer : la fermeté que j'avais comme préfet de police, sous votre autorité, est intacte comme ministre de l'intérieur, sous l'autorité du Premier ministre et du président de la République. La main de l'État ne tremble pas ! (Applaudissements sur quelques travées du RDPI)
M. Bruno Retailleau. - On pourrait évoquer le bilan de la finale de football en mai 2025...
M. Rachid Temal. - Darmanin !
M. Bruno Retailleau. - ... celui des deux mouvements « Bloquons tout » - mais la question n'est plus là.
Si l'État a été humilié, c'est parce que ses chefs ont failli, à commencer par le chef de l'État. Loin de soutenir ses troupes, il les a désarmées, en parlant « d'empathie » - un policier, un gendarme n'est pas un animateur socioculturel ! (on le confirme sur plusieurs travées) - ou avec le va-et-vient sur les grenades assourdissantes. (Mme Marie-Pierre de La Gontrie proteste.) On ne pilote pas une doctrine d'emploi par la peur, l'émotion ou la panique.
Ces hésitations sont la marque d'un pouvoir qui n'ose plus assumer le monopole de la force légitime.
Il faut déclarer l'état d'urgence. La chienlit, ça suffit ! Donnez aux préfets et aux forces de l'ordre les moyens nécessaires, y compris en matière de réseaux sociaux. (Marques d'impatience sur les travées du GEST) Protégeons les Français ! (Applaudissements nourris sur les travées du groupe Les Républicains ainsi que sur certaines travées du groupe UCI ; M. Vincent Louault applaudit également.)
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (VIII)
M. Cédric Perrin . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) À travers ses édifices, c'est notre République qui brûle. Le choix est simple : le sursaut, ou le chaos. Le général de Gaulle, dans des circonstances identiques (M. Mickaël Vallet le conteste vivement.), disait que le premier devoir de l'État était d'assurer l'ordre public.
M. Mickaël Vallet. - Il a fait la participation, il ne bossait pas pour la finance, le Général !
M. Cédric Perrin. - Nous payons aujourd'hui le renoncement permanent, les petites lâchetés quotidiennes. Notre État est faible, incapable d'assurer le respect des règles et des valeurs.
Contre l'avis du Gouvernement, j'avais fait voter ici 300 millions d'euros pour la gendarmerie dans le cadre de la loi de programmation militaire. (Applaudissements sur quelques travées du groupe Les Républicains) Malheureusement, cet amendement n'a pas prospéré à l'Assemblée nationale.
Nombre de matériels de la gendarmerie sont obsolètes, ou ne pourront plus être utilisés à compter du 1er janvier 2027 faute de pièces détachées.
À quelques jours du vote de la loi de finances, vous engagez-vous...
M. Mickaël Vallet. - À partager les richesses ?
M. Cédric Perrin. - ... à donner à toutes les forces de sécurité intérieure - policiers, gendarmes, pompiers - les moyens d'assurer notre sécurité ? Les besoins sont estimés à 850 millions d'euros. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur quelques travées du groupe UCI)
Mme Jacqueline Eustache-Brinio. - Bravo !
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Les forces de sécurité intérieures n'ont pas été abandonnées ces dix dernières années. Le budget du ministère de l'intérieur a augmenté, le dernier PLF a créé 700 emplois pour la filière judiciaire.
M. Cédric Perrin. - Et le matériel ?
M. Laurent Nunez, ministre. - Le matériel, c'est aussi l'armement. Je le redis : il n'y a aucune restriction d'utilisation de l'armement intermédiaire. Le budget prévoit bien un renouvellement.
Les moyens mobiles ont été renouvelés. Nous avons dégagé des crédits en fin de gestion 2025 pour acheter 4 000 véhicules, et augmentons les crédits immobiliers de la gendarmerie, M. Husson le sait.
M. Cédric Perrin. - Il faut 850 millions d'euros !
M. Laurent Nunez, ministre. - Cette année, nous renouvelons une partie de la flotte d'hélicoptères. Loin de les sacrifier, nous augmentons les moyens de la gendarmerie ! (M. Martin Lévrier applaudit.)
M. Max Brisson. - Tout va très bien !
Émeutes et réseaux sociaux
Mme Isabelle Florennes . - (Applaudissements sur les travées du groupe UCI) Je salue à mon tour le courage de nos forces de l'ordre. Ce week-end, un seuil a été franchi par rapport aux émeutes de 2005 et de 2023.
La mission d'information transpartisane de notre commission des lois sur les émeutes de 2023 a formulé 25 propositions. Certaines ont été prises en compte, comme l'interdiction de vente de mortiers d'artifices, adoptée dans la loi Ripost. Mais celles relatives à l'utilisation des réseaux sociaux par les émeutiers ont été oubliées.
Nous préconisions notamment : de faciliter la détection de contenus numériques incitant à commettre des violences ou à participer à des émeutes lors d'une manifestation ; de permettre l'identification des auteurs de violences par les réseaux sociaux et d'autoriser l'accès des services de renseignement aux échanges sur les messageries privées ; de punir les émeutiers qui mobilisent les supports numériques de trois ans de prison ainsi que d'une peine de bannissement numérique.
Il faut adapter les moyens de nos forces aux pratiques des adversaires de notre société. Que proposez-vous pour lutter contre cet usage détourné des réseaux ? (Applaudissements sur les travées du groupe UCI et sur quelques travées du groupe INDEP)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Vous avez raison de souligner l'importance des réseaux sociaux dans les événements survenus samedi : appels à manifester, mais aussi échanges, sur TikTok ou sur Snapchat, pour signaler la position des forces de l'ordre et aller piller là où elles ne sont pas. C'est pour nous une préoccupation majeure.
Les services assurent d'abord une veille en source ouverte. Il faudrait aussi pouvoir accéder à ces échanges cryptés, mais cela se heurte à des difficultés techniques et juridiques : des tentatives en ce sens n'ont pas abouti, l'une a même été censurée. La réflexion se poursuit, avec une grande prudence.
En revanche, l'aggravation des sanctions pour les infractions commises sur les réseaux sociaux est une piste sérieuse. Beaucoup de maires demandent également que l'on puisse suspendre l'usage des réseaux sociaux lorsqu'ils servent à orienter des pillages. En 2025, le Conseil d'État a jugé que rien ne l'interdisait en principe, au titre des circonstances exceptionnelles, sous réserve de conditions strictes. Ce point ne m'a évidemment pas échappé.
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (IX)
M. David Margueritte . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Le temps n'est plus aux commentaires et aux vagues incantations, comme dimanche soir, ni aux discours qui changent en permanence. Hier à l'Assemblée nationale, monsieur le ministre, vous déclariez : « Samedi prochain, c'est moi qui serai aux commandes ». Qui était donc aux commandes lorsque les commerces étaient pillés, les bâtiments publics saccagés, les policiers attaqués ?
Les Français attendent des actions, et vous aurez l'occasion, dans les jours qui viennent, de poser des actes clairs.
Le texte « casseurs-payeurs » est nécessaire mais pas suffisant. Il a une fonction dissuasive, mais aussi réparatrice pour les Français qui, en voyant les saccages, redoutent de devoir, comme d'habitude, en payer la facture. Êtes-vous prêt à accepter les amendements qu'avec mon corapporteur Olivier Bitz, nous proposons pour rendre le texte pleinement opérationnel ? Je pense aux moyens probatoires, au drone judiciaire, à l'élargissement de la saisie des allocations sociales... (Mme Audrey Linkenheld et M. Rachid Temal s'exclament.) Le préjudice d'image pour notre pays, lui, ne se chiffre pas. (M. Rachid Temal s'amuse du débit rapide de l'orateur : « Respire un peu ! »)
Avec Olivier Bitz, nous faisons trente propositions opérationnelles pour reprendre le contrôle, comme l'interdiction administrative de manifester lorsqu'il y a des fauteurs de troubles. (MM. Fabien Gay et Ian Brossat ironisent.) Êtes-vous prêt à renforcer l'arsenal répressif ? (On s'impatiente sur les travées du groupe SER)
Un casseur n'est pas un manifestant : c'est un délinquant qui doit être traité comme tel. Il y va de la liberté de manifester, et de la protection des Français. (Protestations à gauche ; M. Rachid Temal ironise.)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - J'ai été entendu par la mission d'information que vous animez avec Olivier Bitz.
J'ai connu la période d'avant 2012, qui a raboté les services de renseignement comme les effectifs sur le terrain. Il a fallu reconstruire, reconstituer les unités de forces mobiles, se doter d'un schéma national du maintien de l'ordre. Nous avons réparé bien des erreurs du passé. Cela incite à la modestie.
J'ai dit que je serai aux commandes samedi en réponse à un député RN qui appelait à ma démission. Cela signifiait que je serai bien ministre de l'intérieur samedi prochain, comme je l'étais samedi dernier. Je n'ai pas l'habitude de me planquer.
Oui, nous allons reprendre un certain nombre de vos propositions dans le texte « casseurs-payeurs », qui est très attendu. Le Gouvernement défendra des amendements au regard des événements récents, notamment sur l'interdiction de manifester dans l'espace public, ou la dissimulation du visage dans une manifestation.
M. Hussein Bourgi. - C'est déjà interdit.
M. Laurent Nunez, ministre. - Un mot sur le préjudice d'image. Il tient aux images de samedi, je vous le concède, mais aussi aux commentaires qu'on en fait : parler de chaos, de catastrophe, c'est aussi nuire à notre image. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains) J'ai ma part de responsabilité, mais à décrier notre pays et nos forces de sécurité intérieure, on crée aussi un préjudice d'image ! (MM. Martin Lévrier et Xavier Iacovelli applaudissent.)
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (X)
Mme Pernelle Richardot . - (Applaudissements sur les travées du groupe SER) Il y aura désormais un avant et un après le 17 octobre.
Qui savait écouter la rue, savait que la mobilisation serait forte. Vos services attendaient 200 000 manifestants, ils furent trois fois plus nombreux. À Strasbourg, ils devaient être 1 500, ils étaient 15 000. Le nombre de casseurs aussi a été sous-estimé, tout comme le rôle des réseaux sociaux. Vous n'avez pas entendu les alertes.
Ce défaut de compréhension, d'anticipation, les élus locaux l'ont payé cash, seuls face aux casseurs ou pour répondre aux colères légitimes des commerçants et des citoyens. Et ils sont toujours seuls pour tenter de réparer. De Marseille à Limoges, de Lille à Montpellier, de Bordeaux à Strasbourg, les maires vous avaient pourtant alertés. Vous ne les avez pas entendus. Comme d'habitude !
Il y a eu le 17 octobre, il y aura le 24. Les mêmes interrogations demeurent. Comment les élus locaux ont-ils pu se retrouver si démunis ? Quelles mesures concrètes allez-vous prendre pour que les maires n'aient plus à pallier les défaillances de l'État ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER ; Mme Cathy Apourceau-Poly applaudit également.)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Les services de renseignement avaient prévu une participation maximale de 200 000 personnes, elles étaient 550 000. Mais le vrai delta, ce n'est pas le nombre de manifestants... c'est l'agressivité, la volonté d'en découdre des personnes qui viennent manifester.
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. - Ce n'est pas sérieux !
M. Laurent Nunez, ministre. - Quand les casseurs arrivent en nombre, avec une stratégie, des projectiles, des tirs de mortiers, des tentatives de meurtre, c'est beaucoup plus compliqué. (Protestations sur les travées du groupe SER) Pour samedi, il nous faudra une réponse rehaussée.
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. - Vous avez dit l'inverse !
M. Laurent Nunez, ministre. - Je ne crois pas que les préfets de la République ou les responsables de la police et de la gendarmerie aient négligé les maires. (Mme Sylvie Robert le nie.) Nous avons été en contact avec eux toute la journée. Il y a eu un dialogue permanent. (Nouvelles dénégations sur les travées du groupe SER) Je n'ai pas connaissance d'une seule commune où un maire aurait dit à un préfet que des hordes de pillards allaient arriver ! Alors au bout d'un moment, ça suffit ! (Protestations sur les travées du groupe SER)
M. Hussein Bourgi. - C'est le rôle des renseignements territoriaux !
Mme Pernelle Richardot. - Quand l'État se montre incapable de protéger, quand il officialise son impuissance, comme vous le faites, c'est l'extrême droite et les populistes qui gagnent. Continuez ainsi, et vous resterez leur meilleur directeur de campagne ! (Applaudissements sur les travées du groupe SER ; Mme Elsa Schalck applaudit également.)
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (XI)
M. Pascal Coste . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Ce week-end, le chaos a envahi notre pays, sidérant nos concitoyens, en colère face à l'impuissance de l'État. Je salue le courage des forces de sécurité et de secours, malgré un manque criant d'effectifs et de moyens, et surtout de directives claires du Gouvernement.
À Limoges, nous avons connu un véritable attentat ! L'hôtel de Ville a été ravagé par les flammes. C'est le fait de voyous entraînés par l'ultragauche. Si la mairie de Limoges est en cendres, la République, elle, doit rester debout.
Nous attendons trois réactions. Premièrement, une extrême fermeté face à l'ultragauche. (Murmures sur les travées du GEST) Deuxièmement, une réponse de la justice rapide et à la hauteur. Les Français ne supportent plus de voir black blocs, militants d'ultragauche, casseurs, délinquants, racailles ou autres pilleurs opportunistes défier l'autorité de l'État. Troisièmement, un plan d'urgence pour les villes sinistrées, particulièrement pour Limoges.
Nul humanisme sans ordre, nulle liberté sans sécurité, nulle République sans autorité.
Quelles décisions immédiates prenez-vous pour établir rapidement l'autorité de la République ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Je regrette ce qui s'est passé à Limoges, dont la mairie a été ciblée par la mouvance d'ultragauche. C'est là une de ses marques de fabrique : s'en prendre aux bâtiments publics.
En revanche, je ne peux vous laisser dire que nous ne luttons pas contre cette mouvance. Les services de renseignements travaillent sur plusieurs objectifs dans votre territoire - vous voyez ce que je veux dire.
La mouvance d'ultragauche flirte parfois avec le terrorisme. Nous avons ouvert deux dossiers en terrorisme pour l'ultragauche - et une vingtaine pour l'ultradroite quand même. Nous suivons de près cette mouvance, car elle commet des sabotages, des dégradations. Elle a aussi des ramifications dans d'autres pays européens. Ces convergences sont très dangereuses pour nos intérêts fondamentaux.
La réponse judiciaire est, elle aussi au rendez-vous : un auteur présumé de l'incendie de la mairie de Limoges a été interpellé très rapidement.
Vendredi, le Premier ministre et moi irons sur place. Et pour la journée de samedi, j'ai indiqué au maire de Limoges que nous renforcerons significativement le dispositif.
M. Pascal Coste. - Monsieur le ministre, vous seriez bien avisé de vous inspirer de cette déclaration du général de Gaulle : (« Ah ! » à gauche ; M. Laurent Nunez proteste.) « Comment voulez-vous dialoguer avec des enragés qui veulent tout foutre en l'air ? » (Exclamations sur les travées du groupe SER et du GEST) « À la fin des fins, l'État a une prérogative, celle d'abattre ceux qui veulent l'abattre. » (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)
Stratégie de l'État en matière de nickel
M. Georges Naturel . - (Applaudissements sur les travées du groupe UCI) Depuis plus de vingt ans, la France et la Nouvelle-Calédonie ont fait le pari d'une filière nickel structurée autour de trois grands complexes métallurgiques. Mais l'ambition a échoué : l'usine du Nord est à l'arrêt, la SLN est sous perfusion financière, Prony Resources est étranglée par le coût des intrants.
Le pacte nickel, qui devait dessiner une perspective durable, n'a pu être mis en oeuvre, alors que le nickel est un poumon économique pour la Nouvelle-Calédonie.
C'est une ressource stratégique pour la France et l'Europe, à l'heure où la sécurisation des approvisionnements en matières premières critiques constitue un enjeu de souveraineté majeur.
Deux annonces sont à souligner. D'une part, la recapitalisation d'Eramet. D'autre part, la signature d'un mémorandum entre l'Union européenne et la Nouvelle-Calédonie sur les matières premières stratégiques à l'occasion du déplacement de Stéphane Séjourné. Est-ce le signe d'un engagement de l'État pour le nickel ?
Comment s'articulent ces initiatives avec la recherche de repreneurs pour les trois sites, et la définition d'une stratégie industrielle à la hauteur ? Les Calédoniens attendent autre chose qu'une gestion d'urgence. (Applaudissements sur plusieurs travées du groupe UCI)
M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique . - Le Gouvernement soutient pleinement votre territoire. Le nickel, c'est effectivement le poumon économique du territoire : 25 % des emplois, 90 % des exportations. Or son prix s'est effondré, tandis que celui des intrants - soufre, énergie -, lui, augmente. Le coût du travail en Nouvelle-Calédonie est aussi un enjeu, au regard de ses concurrents, notamment de l'Indonésie voisine.
Les deux annonces que vous citez ne sont pas corrélées. L'annonce de la recapitalisation d'Eramet - il s'agit de préserver un champion souverain français - n'est pas directement liée aux discussions sur les trois entreprises en question.
Quant à l'accord annoncé par Stéphane Séjourné, c'est une excellente nouvelle : nous pouvons envisager des aides européennes au développement de la filière, à condition d'avoir une feuille de route claire. Les élus locaux ont un rôle à jouer. Il y a encore beaucoup à faire pour assurer une forme de stabilité, mais c'est un bon début.
Et sur les reprises, je m'implique personnellement pour donner des perspectives pérennes à ces trois entreprises.
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (XII)
M. Hugues Saury . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Dans quel pays faut-il fermer les commerces pour préserver l'ordre public ? Dans quel pays les honnêtes gens doivent-ils se barricader quand les casseurs font la loi dans la rue ? Dans quel pays les forces de l'ordre doivent-elles céder face à la violence d'une poignée d'individus ? À Orléans, le maire a dû demander aux commerçants de fermer. Est-ce à eux de baisser leur rideau, aux familles de rester chez elles, aux maires de gérer les conséquences de violences que les pouvoirs publics devraient empêcher ?
Samedi prochain, le congrès du Rassemblement national doit se tenir à Orléans. Plusieurs contre-manifestations d'ampleur sont annoncées. Faudra-t-il une nouvelle fois un centre-ville mort, pour éviter qu'il ne devienne un champ de bataille ? Comment expliquer qu'on soit capable d'anticiper la fermeture des commerces, mais pas d'empêcher les violences qui la rendent nécessaire ?
Qui devra encore céder du terrain samedi prochain : les casseurs ou la République ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)
Mme Jacqueline Eustache-Brinio. - Bravo !
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - À Orléans, le 17 octobre, il n'y avait pas qu'une poignée de casseurs. Le maire a dû prendre une décision, comme cela a été fait partout.
Pour les 24 et 25 octobre, nous parlons d'autre chose : le Rassemblement national organise son congrès. Ce n'est pas tout à fait la même chose que les événements qui se sont déroulés samedi dernier ; comparaison n'est pas raison.
Évidemment, nous travaillons à la sécurisation d'un rassemblement d'une formation politique. Le préfet du Loiret y travaille de longue date. Je suis en contact avec lui.
Des manifestations sont effectivement prévues : l'une, le samedi, déclarée par des organisations syndicales et politiques. L'autre, le dimanche, est moins cadrée. On attend plusieurs dizaines de milliers de personnes le samedi, un peu moins le dimanche.
Nous avons prévu un dispositif d'ordre très important, vous l'imaginez bien, avec de nombreuses forces mobiles.
C'est la démocratie que nous protégeons, c'est normal. Nous encadrerons les manifestations déclarées, dont certaines pourraient tenter d'attenter audit événement. Nous répliquerons très fermement. Vous pourrez compter sur nous.
M. Hugues Saury. - J'entends votre réponse, mais je le réaffirme : les Français ne veulent plus d'un État qui constate les dégâts, mais qui les empêche ! Ils n'attendent de vous ni un communiqué de plus ni un discours de circonstance. Ils attendent un ministre de l'intérieur, pas un ministre des regrets. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)
M. Laurent Burgoa. - Bravo !
Évènements des 17 et 18 octobre 2026 (XIII)
Mme Marie-Arlette Carlotti . - (Applaudissements sur les travées du groupe SER) Le 17 octobre devait être une formidable journée de mobilisation. Ce fut l'horreur. Le centre-ville de Marseille fut quasiment détruit ; j'ai encore en moi les images du chaos et l'odeur du brûlé. Les commerçants, ruinés, ont peur. Les salariés ont peur de perdre leur emploi. Les habitants s'interrogent.
Les maires de Paris, Lyon, Marseille vous ont demandé des comptes. Pourquoi des manifestants ont-ils été visés par des grenades lacrymogènes alors que des casseurs pillaient en toute impunité pendant des heures ? (Applaudissements sur plusieurs travées du GEST ; M. Gabriel Amard applaudit également.) La lumière sera faite, nous avons demandé une commission d'enquête.
Comment avez-vous pu sous-évaluer à ce point l'ampleur des manifestations ? Dans quel monde vivez-vous ? Vous ne mesurez pas la colère de nos concitoyens, des jeunes face à un avenir qui se ferme.
Si vous voulez pacifier le pays, il faut des réponses politiques et sociales. Répondez aux jeunes ! Supprimez Parcoursup. (Applaudissements sur les travées du groupe SER et du GEST ; M. Gabriel Amard et Mme Michelle Gréaume applaudissent également.)
Monsieur le Premier ministre, vous nous demandez de choisir notre camp entre policiers et casseurs. Drôle de question. Nous ne serons jamais du côté des casseurs et nous respectons la police, mais nous sommes aussi dans le camp de ces Français, ces hommes, ces femmes et ces jeunes qui portent des revendications justes et qui exercent librement leur droit à manifester, un droit que vous devez faire respecter.
Le 17 octobre fut un jour sombre, vous avez mis la République en danger. (Applaudissements sur les travées du groupe SER et sur plusieurs travées du GEST et du groupe CRCE-K ; M. Gabriel Amard applaudit également.)
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur . - Toute mon action consiste à garantir la liberté de manifester. En même temps que se tenaient les pillages, 550 000 personnes défilaient : les cortèges ont pu se tenir, il faut le rappeler.
Votre question me trouble. Il y aurait de la violence parce que nous n'apporterions pas de réponses, dites-vous ? Mais rien ne justifie la violence ! (Protestations sur plusieurs travées du groupe SER)
Mme Marie-Arlette Carlotti. - Je n'ai jamais dit cela !
M. Laurent Nunez, ministre. - À Marseille, des militants d'ultragauche, de manière extrêmement violente, se sont répandus sur la Canebière, puis à la mairie. Ensuite, des casseurs sont venus piller plusieurs centaines de commerces. Je le regrette vivement.
J'ai échangé avec le maire : samedi, nous mettrons un dispositif en place pour éviter que ces scènes ne se reproduisent.
La séance est suspendue à 16 h 30.
Présidence de Mme Nathalie Delattre, vice-présidente
La séance reprend à 16 h 45.