Déclaration du Gouvernement sur l'avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur

M. le président.  - L'ordre du jour appelle une déclaration du Gouvernement suivie d'un débat, en application de l'article 50-1 de la Constitution, portant sur l'avenir du processus d'orientation et d'affectation des lycéens dans l'enseignement supérieur.

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre .  - Je salue les enseignants, les proviseurs et l'ensemble de la communauté éducative qui ont fait l'objet de violences, inacceptables et inimaginables il y a encore peu. Il y a eu 198 agressions contre les personnels, dont 77 contre des chefs d'établissement ou adjoints.

Depuis lundi, les cours ont repris dans l'immense majorité des établissements. C'est une bonne nouvelle !

Quelques lycées sont encore concernés par des blocages et de graves violences : 26 chefs d'établissement ont été blessés ces trois derniers jours. Pour la première fois, les blessés sont plus nombreux dans les rangs de l'éducation nationale que parmi les forces de l'ordre. Je leur rends hommage, ils nous trouveront toujours à leurs côtés.

Le Gouvernement a apporté de premières réponses aux revendications des lycéens et des étudiants.

Nous devons permettre à cette génération de réaliser ses ambitions, d'avoir une prise sur son avenir. Plus de 100 000 contributions issues de près de 3 000 lycées ont été recueillies sur la plateforme du ministère de l'éducation nationale ; 71 % évoquent l'organisation du temps scolaire, 56 % l'état des bâtiments et 31 % les difficultés liées aux remplacements.

Derrière ces chiffres, des attentes précises, dont certaines dépendent du Parlement ou du Gouvernement, d'autres des conseils régionaux.

Les mesures annoncées la semaine dernière constituent une réponse globale. Nous prenons au sérieux ce que les jeunes nous disent. Un élève qui a confiance dans son avenir est un élève qui apprend dans de bonnes conditions. Les revendications des lycéens sont cohérentes.

Voilà pourquoi, dès 2027, nous plafonnerons à 28 élèves les secondes générale et technologique dans les lycées les moins favorisés, puis en 2028 dans tous les lycées publics. Nous créerons 500 postes de professeurs supplémentaires. Nous poursuivrons nos efforts pour que chaque professeur absent soit remplacé. Les ministres déposeront des amendements au PLF en ce sens, mais, pour pouvoir agir, la France doit se doter d'un budget.

Les emplois du temps seront revus : une pause déjeuner d'une heure sera garantie.

La place du contrôle continu sera réexaminée.

La santé mentale demeurera une priorité, avec la création de 500 postes de psychologues, d'infirmiers et d'assistants sociaux.

L'État consacrera 1 milliard d'euros aux bâtiments universitaires et des prêts à taux préférentiel seront accordés aux conseils régionaux pour rénover les établissements, avec une attention particulière pour l'outre-mer.

Nous ouvrirons 15 000 places dans l'enseignement supérieur en 2027 et 2028 : 10 000 en BTS, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé.

Dès la rentrée 2027, les bourses suivront l'inflation.

Nous souhaitons renforcer la place des jeunes dans les instances prenant des décisions qui les concernent directement.

Parcoursup sera remplacé pour la campagne 2028, c'est une affaire entendue. Dès la campagne 2027 -  accessible dès le mois de décembre prochain  - les critères d'admission seront plus compréhensibles et chaque refus devra être motivé.

L'orientation, processus qui débute en cinquième avec la découverte des métiers, s'intensifie dès la seconde. Elle doit viser la réussite des jeunes dans le supérieur : il faut s'assurer qu'ils trouveront des débouchés à leurs études. Le cas échéant, les jeunes doivent pouvoir se réorienter en cours de cursus.

Mais ce chantier exige une clarification politique et le Gouvernement est ouvert au débat -  un beau débat politique que nous devons à notre jeunesse.

La question de la sélection dans le supérieur ne date pas d'hier, mais Parcoursup a fait office de révélateur. Les uns souhaitent une sélection plus affirmée pour accéder aux études supérieures, tandis que d'autres veulent autoriser l'accès sans sélection...

M. Pierre Ouzoulias.  - Absolument !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre.  - ... si ce n'est la sectorisation territoriale que propose, singulièrement, La France insoumise, une nouvelle forme de ségrégation. (On renchérit sur les travées du groupe Les Républicains.) Ce faisant, on empile plus les difficultés qu'on ne les résout !

Nous proposons 15 000 places supplémentaires, c'est un effort important et concret. Nous sommes prêts à discuter pour aller plus loin, à condition que cela soit faisable. Certains en réclament 250 000, il faut être crédible...

Car ouvrir des places ne suffit pas à garantir une orientation adaptée à chaque jeune. Il y a aussi la cohérence entre les formations proposées, les territoires et les perspectives réelles d'insertion professionnelle.

Ajouter massivement des places sans tenir compte de ces réalités ne réglerait rien et risquerait même de déplacer la sélection vers les premières années d'études, au prix d'échecs et de réorientations que nous voulons justement éviter.

Il faut offrir à chaque jeune une formation qui lui permettra de construire son avenir.

Mme Anne-Sophie Romagny.  - Très bien !

M. Sébastien Lecornu, Premier ministre.  - Entrons maintenant dans le détail.

Pour le Gouvernement, les exigences doivent être connues et les décisions explicables. Les revenus des parents et le lieu de résidence ou le manque d'information ne doivent pas prendre le pas sur le travail et les aspirations des jeunes. Mais nous souhaitons des propositions précises, non des slogans ni des promesses sans fondement !

La semaine dernière, les représentants des conseils régionaux et des lycéens ont été réunis pour débattre de la rénovation des bâtiments. L'État accompagnera les régions, mais toujours dans le respect des principes de la décentralisation.

Notre engagement est aussi financier, avec 4 milliards d'euros de prêts à taux préférentiel accordés par la Banque des territoires.

L'équipement des lycées est très inégal d'une région à l'autre, de même que les capacités de financement. Certaines régions ont bien fait leur travail, comme l'Île-de-France.

Mais les demandes les plus pressantes ont trait à la propreté, à l'état des sanitaires, à la disponibilité de papier toilette - je vous prie de m'excuser pour cette trivialité.

Faut-il clarifier la répartition de certaines compétences entre l'État et les conseils régionaux ? Le Gouvernement écoutera le Sénat à ce sujet.

Je rencontrerai de nouveau les représentants des lycéens la semaine prochaine, nous ferons le point et échangerons sur ce qui relève du règlement -  le contrôle continu, par exemple  - ou de la loi. Nous déterminerons pour chaque mesure un calendrier et un responsable.

Lundi prochain, le premier comité de réforme de Parcoursup réunira lycéens et étudiants et les ministres concernés. Les organisations syndicales et patronales y seront associées, comme des parlementaires de tous les groupes politiques.

Le Gouvernement présentera un projet de loi pour ce qui concerne les mesures d'ordre législatif.

Vous le savez : les membres du Gouvernement ne sont candidats à aucune élection. Celui-ci n'a aucune raison de faire des promesses intenables. Sa crédibilité devra être examinée à l'aune des décisions prises.

Pas question de refaire le match sur Parcoursup, dont le remplacement est déjà décidé. Il s'agit désormais de savoir ce que nous allons construire. Nos réponses engagent notre conception de l'égalité, du mérite, du travail et de la liberté.

D'autres questions se posent, et les lycéennes et les lycéens souhaitent entendre nos réponses. Quelle place donner aux besoins du pays, sans étouffer les aspirations individuelles ? Le bac doit-il rester le premier grade de l'enseignement supérieur ou le diplôme qui clôt le lycée ? Comment prendre en compte la révolution de l'intelligence artificielle qui détruira des emplois et créera d'autres métiers ? Nous ne pouvons former des cohortes entières de jeunes à des métiers voués à disparaître, peut-être très rapidement.

Reste le défi démographique, qui touche aujourd'hui le secondaire et demain le supérieur. Nous attendons de chaque groupe politique des propositions sérieuses et concrètes sur chacune de ces questions.

Aux jeunes qui nous écoutent, je leur dis : nous attendons beaucoup de vous. Vous êtes en droit d'attendre beaucoup de nous, la classe politique. À nous de vous donner des raisons concrètes de croire que vos efforts vous ouvriront des portes. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP et sur quelques travées des groupes UCI et Les Républicains)

M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale .  - Je m'associe aux propos du Premier ministre pour dénoncer les violences contre les personnels. Je crains qu'au-delà d'un certain seuil, nous ne traitions ces faits comme des statistiques, alors que chacun d'eux, pris individuellement, devrait nous faire horreur. Jamais il n'y a eu autant de personnels agressés, jamais il n'y a eu autant d'atteintes à l'institution scolaire. Jamais ! Mille plaintes ont été déposées ; j'attends que les poursuites pénales soient menées à leur terme.

Indépendamment de ces comportements, les revendications légitimes doivent être entendues. La plateforme que nous avons ouverte a reçu 100 000 contributions d'élèves, dont un quart sont collectives.

Le 26 octobre, nous avons apporté des réponses efficaces et crédibles, sur la santé scolaire, le nombre d'élèves par classe, les emplois du temps, les remplacements.

Les travaux relatifs à l'organisation du temps scolaire ont commencé. Ce matin, mes équipes travaillaient avec les parents d'élèves, les organisations syndicales et les associations d'élèves sur ce sujet.

Une revendication condense toutes les inquiétudes face à l'avenir : Parcoursup, devenu un totem notamment pour certains mouvements politiques. (M. Gabriel Amard s'exclame.)

Mme Mathilde Ollivier.  - Et pour les lycéens !

M. Edouard Geffray, ministre.  - Les lycéens abordent leurs études supérieures dans un contexte marqué par le vertige de l'intelligence artificielle : des filières entières - graphisme, interprétariat - vont disparaître, ce qui amplifie leurs inquiétudes.

Le processus d'orientation n'est pas encore à la hauteur de nos ambitions. La France est le pays qui envoie le plus d'élèves vers la voie générale, sans commune mesure avec les autres pays comparables. (Mme Lauriane Josende le confirme.)

Depuis dix ans, nous avons agi, notamment avec le plan pluriannuel d'éducation à l'orientation. En outre, quatre demi-journées annuelles consacrées à l'orientation sont prévues sur le temps scolaire ; 88 % des lycées les avaient mises en oeuvre l'an dernier, nous souhaitons atteindre 100 % cette année.

La diversification des choix est absolument inédite dans l'histoire de notre système éducatif. Dans la voie professionnelle, les demandes sont passées de 32 % à 37 % en cinq ans, après vingt ans de baisse continue. Aucun hasard, évidemment : nous avons entamé la transformation de la voie professionnelle.

Les lycéens se sont repositionnés en abandonnant des formations tertiaires dont les perspectives d'emploi étaient minces au profit de formations centrées sur les métiers de l'industrie - cela représente 23 000 places.

La réforme du lycée introduisant le bouquet des spécialités offre une grande liberté de choix, avec ce que cela a de vertigineux - plus de 300 combinaisons possibles -, mais aussi de positif. Les filières S, ES et L étaient très marquées sociologiquement, les enfants de cadres étant majoritairement en S, ceux d'ouvriers majoritairement en ES. Le brassage des spécialités y a mis fin. Parcoursup a aussi rendu l'offre de formation plus visible.

Cela dit, l'efficacité n'est pas encore au rendez-vous en matière d'orientation, faute de coordination entre les acteurs tels que les professeurs principaux, les psychologues scolaires ou encore l'Onisep.

Les familles ne sont pas suffisamment associées au processus, alors que celles-ci jouent un rôle de prescripteur.

Plusieurs perspectives se dessinent.

Premièrement, il faut accompagner les générations les plus nombreuses, celles qui sont actuellement au lycée, dans leur parcours d'orientation. Le Gouvernement a renoncé aux suppressions de postes prévues dans le second degré et crée 500 postes supplémentaires au lycée.

Deuxièmement, il faut densifier l'accompagnement à l'orientation - les fameuses 54 heures annuelles - et la professionnaliser, en accompagnant les professeurs.

Troisièmement, la réforme de Parcoursup pose la question du contrôle continu, qui est vécu comme un facteur de stress alors qu'il avait été conçu pour lisser l'effort. Les travaux sont ouverts. D'ici à la fin de décembre, je prendrai des décisions pour une mise en oeuvre à la prochaine rentrée.

Il faut être ambitieux et prudent. Ambitieux, en respectant la promesse républicaine en proposant aux élèves des formations qui répondent à leurs appétences, à leurs compétences et aux exigences de l'employabilité. Prudent, en n'oubliant pas d'où nous venons, à savoir d'un système imposant des assignations sociale et territoriale, où les élèves choisissaient leur filière au bac en fonction de leur milieu social et leurs études selon les choix de leurs familles. Ceux qui réclament l'abolition de Parcoursup, comme La France insoumise, y associent généralement la sectorisation. Or, la sectorisation, c'est l'assignation sociale et territoriale garantie.

M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace .  - Il est des débats qui, sous une apparence technique, nous obligent à répondre à des questions profondément politiques. Celui sur Parcoursup en fait partie.

Les lycéens nous interpellent, et nous parlent de leur avenir. Derrière Parcoursup, il y a la promesse républicaine de choisir son avenir plutôt que de le subir.

Il faut donc faire le choix de la lucidité. En 2017, avec APB, la plateforme d'admission post-bac, 4 000 lycéens n'avaient pas d'affectation.

En 2026, ils n'étaient que soixante.

Les chiffres sont têtus. Non, ce n'était pas mieux avant : pas de manipulation.

Notre responsabilité, c'est de réconcilier idéaux et réel.

Avant 2018, notre pays en était arrivé à une situation où le tirage au sort pouvait décider de l'avenir de certains. (Mme Colombe Brossel le nie.)

La loi de 2018 a apporté des avancées, en combattant l'assignation à résidence. L'égalité des chances ne saurait être réservée à ceux qui vivent près des grandes universités. Elle doit être une réalité, pour chaque jeune, partout. Nous disposons désormais d'une procédure nationale unique, d'une meilleure visibilité des formations, des garanties communes, des dispositifs d'ouverture sociale.

En intégrant 11 000 formations en apprentissage, inexistantes sous APB, Parcoursup a largement facilité l'accès à la vie professionnelle de centaines de milliers de jeunes.

Je pense aussi aux quotas de boursiers : depuis 2018, 150 000 jeunes ont obtenu une place dans une formation qui leur était auparavant inaccessible.

Parcoursup n'a pas fait disparaître toutes les inégalités ni les angoisses de l'attente, elle n'a pas rendu les décisions plus compréhensibles et surtout n'a pas résolu le décalage entre aspirations des jeunes et le nombre de places disponibles. Nous demandons à une plateforme de résoudre des problèmes politiques qui ne dépendent pas d'elle !

Le Premier ministre a pris des engagements précis : une première transformation dès 2027, un nouveau système d'affectation en 2028, des places supplémentaires là où les besoins sont les plus importants, une indexation des bourses - revendication de longue date des syndicats étudiants - et un effort de rénovation de nos campus.

Pourquoi ne pas supprimer Parcoursup maintenant ? Ma responsabilité est de faire en sorte que la prochaine campagne d'affectation se passe bien, alors que la plateforme ouvre dans quelques semaines. Pas question de céder à la démagogie : les lycéens et les candidats à une réorientation ont besoin de stabilité et de confiance.

La prochaine campagne se déroulera dans les meilleures conditions.

Nombre d'entre vous ont pointé les limites de la plateforme. Mais remplacer est un choix technique, choisir ce qui lui succédera est un choix de société.

Je salue les travaux de votre commission d'enquête, qui pose sans détour des questions fondamentales à trancher avant d'envisager l'après-Parcoursup.

Vous proposez de repenser la place du baccalauréat.

Mme Mathilde Ollivier.  - Ce n'est pas un rapport transpartisan !

M. Philippe Baptiste, ministre.  - Vous proposez, entre autres, de mettre fin au droit d'accès automatique à l'enseignement supérieur et de mettre en place une année de propédeutique.

Mme Colombe Brossel.  - On a bien fait de venir !

M. Philippe Baptiste, ministre.  - Au-delà de l'outil Parcoursup, ce sont les principes mêmes de l'accès à l'enseignement supérieur que nous devons interroger. Nous devons affronter les choix de société qui s'imposent.

Première question, la plus sensible : la sélection. Il faut la poser clairement. Le point d'équilibre actuel est le suivant : les universités choisissent les étudiants en fonction de leurs mérites lorsque les capacités sont limitées ; en contrepartie, l'État garantit une place à chacun.

Certains ne veulent aucune sélection, d'autres davantage. Mais tous s'accordent sur un point : jamais de sélection par l'échec.

Au-delà des voeux pieux, regardons la réalité en face : en première année de licence de droit à Paris 1, il y a 20 500 candidats pour 745 places ; en parcours accès spécifique santé (Pass) à Dijon, option SVT, 2 000 candidats pour quelques dizaines de places. Comment départager les candidats sans recourir au mérite académique ni au tirage au sort ?

Mme Mathilde Ollivier.  - Avec plus de places !

M. Philippe Baptiste, ministre.  - La France est en tête de tous les pays de l'OCDE, avec un taux d'accès des lycéens à l'enseignement supérieur de 95 %.

M. Max Brisson.  - Démagogie !

M. Philippe Baptiste, ministre.  - Que voulons-nous vraiment ? Une sélection assumée ou non ?

M. Max Brisson.  - Très bien !

M. Philippe Baptiste, ministre.  - Deuxième question : que promettons-nous à notre jeunesse ? Où placer le curseur entre ceux qui soutiennent qu'une bonne formation prépare à un métier et ceux qui estiment que l'université ne devrait pas se préoccuper des attentes économiques ?

Nous avons fait le choix - équilibré - d'offrir des cursus académiques longs, et des formations professionnalisantes, notamment grâce à l'apprentissage.

Troisième question : quelle ambition pour le baccalauréat ? Face à l'hétérogénéité des niveaux, pouvons-nous tout attendre de l'université ? Pas d'hypocrisie ! Le bac est une promesse, il ne peut devenir un mensonge.

Quatrième question : à quoi devrait ressembler la future plateforme ?

Certains dénoncent une plateforme complexe, stressante.

Nous avons entendu les critiques et sommes prêts à faire évoluer l'outil. Mais devons-nous garder une plateforme unique, ou en créer une nouvelle par discipline, voire par région ? Ou abandonner toute plateforme, quitte à revenir au dossier papier ? (Mme Colombe Brossel ironise.)

Ces questions dépassent le simple fonctionnement d'une plateforme.

Nous devons définir une vision, et une conception du mérite, de la justice sociale, de l'excellence et de l'égalité. On ne crée pas de places en supprimant une plateforme. On n'efface pas les inégalités en changeant un algorithme, on ne garantit pas la réussite en modifiant une procédure.

La loi du 8 mars 2018 est un équilibre, qu'il nous appartient de retravailler, sans en abattre les fondements.

Il reviendra au Parlement de fixer les nouveaux équilibres et de définir les principes du système à suivre ; le débat est ouvert.

Nos convictions sont différentes, mais notre responsabilité est commune : ne pas laisser les jeunes face à des contradictions que nous n'aurions pas eu le courage de résoudre.

Nous ne devons pas seulement construire un nouveau système d'admission, mais une nouvelle promesse d'émancipation.

M. Max Brisson .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; M. Pierre-Antoine Levi applaudit également.) Je salue vos propos, monsieur le Premier ministre, sur les violences subies par les professeurs et chefs d'établissement, qui nous horrifient.

En apparence, notre système éducatif permet à 80 % d'une classe d'âge d'accéder au bac. Qui ne s'en réjouirait pas ? Mais la réalité, au-delà de ces statistiques dignes du Gosplan soviétique, est bien différente.

À l'université, seuls 30 % des étudiants obtiennent leur licence en trois ans, à peine la moitié en cinq ans. Un étudiant sur deux ne passe pas en deuxième année de licence. Selon la Cour des comptes, le coût pour les finances publiques serait de 500 millions d'euros par an, sans parler du coût humain. On jette là-dessus un voile pudique... Pourtant, la sélection finit toujours par tomber. (M. David Margueritte le confirme.)

Cet échec signe le fiasco de notre politique d'orientation et de Parcoursup.

Rappelons-nous les promesses de la loi de 2018.

Parcoursup devait combattre l'échec dans le premier cycle universitaire : il n'en est rien ; les taux de réussite ne se sont pas améliorés.

Certes, la plateforme permet, par exemple, de visualiser l'ensemble de l'offre nationale, notamment pour les élèves des territoires ruraux ou d'outre-mer. Mais les lycéens demeurent prioritaires dans leur académie d'origine. Résultat : cela ne facilite pas la mobilité de ceux qui sont éloignés des formations prestigieuses.

On cherche en vain l'articulation entre la réforme du lycée et les parcours universitaires. Familles et élèves sont perdus. L'aval a méprisé l'amont. Cette charnière entre le lycée et la licence est le grand impensé de ces dix dernières années.

Parcoursup est révélateur de l'échec de l'orientation, faute d'accompagnement individualisé. Les psychologues de l'éducation nationale sont trop peu nombreux, les fonctionnaires d'État loin des réalités de l'emploi, les professeurs principaux peu formés, les filières technologiques méprisées. Le système est bureaucratique, sans lien avec le monde de l'entreprise. Seuls ceux qui ont les codes réussissent.

Parcoursup révèle en outre un système sous tension. En droit à Paris, on a recensé 19 000 candidats classés, pour 745 places !

Le bac pour tous ne pouvait aboutir qu'à ce goulot d'étranglement. Pourtant, il a été défendu par tous ceux qui voulaient retarder le moment de la vérité...

La plateforme organise la hiérarchisation des candidatures, qui découle du déséquilibre entre demandes et places. La transparence n'est pas assumée : c'est le pire des mensonges.

Le système marche sur la tête. On affecte sur des formations longues des étudiants qui n'ont pas les dispositions nécessaires, parce que les filières technologiques n'offrent pas assez de places. Il est plus facile d'entrer à l'université que dans un IUT. Les algorithmes locaux ont accentué l'injustice.

C'est la boîte noire de tous les fantasmes, car l'information sur ces algorithmes est insuffisante. Les mécanismes de discrimination positive - quotas de boursiers, quotas territoriaux - suscitent des questionnements légitimes. En 2023, le rapport de Jacques Grosperrin relevait que 83 % des usagers jugeaient la plateforme anxiogène et soulignaient le manque de clarté des critères de sélection.

Cela dit, le dispositif APB, qui procédait par tirage au sort, devait disparaître ; mais on aurait pu faire mieux. Le rapport de 2023 recommande ainsi d'expliciter les critères de sélection et de substituer au critère du lycée d'origine celui de l'écart entre la moyenne au contrôle continu et les résultats au baccalauréat. Qu'en pensez-vous ?

Mais le vrai sujet, ce sont les candidats qui n'ont pas les prérequis nécessaires à la poursuite d'études longues. Le rapport de la commission d'enquête pour l'excellence universitaire française de Laurence Garnier préconise de généraliser le dispositif PaRéO (passeport pour réussir et s'orienter), qui permet une année de remise à niveau et d'orientation après le baccalauréat pour les étudiants qui ne sont pas prêts à entrer en licence. Le rapport propose aussi d'ouvrir plus de places dans les filières professionnalisantes courtes. Parallèlement, il faudrait réduire le nombre de places dans les filières à faible perspective de poursuites d'études ou d'insertion professionnelle.

Nous devons aussi lever le tabou de la sélection à l'entrée en licence, pour mettre fin au droit automatique d'accès à l'enseignement supérieur pour les titulaires du baccalauréat. Seule cette décision courageuse évitera le gâchis. Le baccalauréat pour tous ne peut devenir le master pour tous ! Le baccalauréat est-il encore un grade universitaire ou un certificat de fin d'études ? Ne retardons pas le moment d'atterrissage dans la vie réelle et songeons au coût humain de ce massacre d'innocents.

Augmenter les capacités d'accueil de certains établissements, offrir des formations professionnalisantes courtes, diversifier l'offre de formation, proposer une orientation-sélection au lycée avec des parcours lycée-licence, voilà ce qui doit accompagner la création d'une nouvelle plateforme. Remplacer Parcoursup est indispensable, car la marque est plombée -  comme LCL a un jour remplacé le Crédit lyonnais.

Il faut un système transparent d'orientation et de sélection assumée, garantissant des parcours d'insertion adaptés aux talents de chacun, qui ne charge pas la barque des seules universités aux dépens de leur capacité à nourrir l'excellence académique.

À cette condition, nous oeuvrerons pour l'égalité des chances, la vraie, celle qui permet à chaque talent de s'exprimer sans le conduire dans l'impasse. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UCI)

M. Pierre-Antoine Levi .  - (Applaudissements sur les travées du groupe UCI ; MM. Pierre Jean Rochette, Michel Masset et Mme Marie-Ange Rousselot applaudissent également.) Le malaise qu'exprime notre jeunesse a un nom : Parcoursup, symbole de ses difficultés à se projeter dans l'avenir.

« Supprimons Parcoursup ! » : ce slogan percutant reprend des revendications parfois simplistes, mais la colère doit être prise au sérieux, tant elle témoigne d'inquiétudes et de désillusions.

Le Sénat y a travaillé, avec en 2025, une mission d'information et en 2026, une commission d'enquête.

Qu'est-ce que Parcoursup ? Quelles sont les raisons du malaise des jeunes ? Quelle est ma vision ?

Parcoursup est une interface informatique qui met en relation les lycéens de terminale et les établissements d'enseignement supérieur. Depuis 2018, tous les jeunes peuvent postuler à toutes les offres disponibles dans notre pays. Si l'on supprime Parcoursup, il faudra créer un autre outil. Perfectible, celui-ci a été amélioré à plusieurs reprises.

Nous devons débattre de ses fonctionnalités, de son calendrier, des modalités de classement de leurs voeux par les candidats. Mais derrière, il y a des choix politiques, fixés dans la loi relative à l'orientation et à la réussite des étudiants, dite ORE, de 2018.

Les travaux du Sénat ont souligné son ambiguïté : alors que le code de l'éducation affiche un généreux droit d'accès au supérieur, une sélection massive s'opère, par l'échec -  la pire manière d'orienter la jeunesse.

Les filières les plus demandées ne pouvant pousser leurs murs, elles trient et retiennent les dossiers les plus solides. Pour les plus fragiles, le droit d'accès au premier cycle est souvent un cadeau empoisonné : la sélection évitée à l'entrée est reportée en licence, en master, ou sur le marché du travail.

Les statistiques montrent que la sélection par l'échec pèse sur les plus modestes et nourrit la reproduction des inégalités. Certains en profitent, je pense à des établissements aux méthodes contestables, qui font du contournement de Parcoursup un argument commercial...

Mais la loi ORE n'explique pas tout. La situation est aussi le résultat de réformes mal articulées. Pourquoi tant de jeunes découvrent-ils leur véritable niveau au moment de Parcoursup ? Parce qu'il n'y a eu aucun filtre avant et que le baccalauréat ne mesure plus le niveau des élèves.

Pourquoi tant de jeunes sont-ils déçus par leur affectation ? Parce qu'ils ont été mal informés et mal orientés.

Pourquoi tant de bacheliers technologiques et professionnels échouent-ils dans les filières générales ? Parce qu'il n'y a pas assez de places en IUT. Les formations techniques ou d'ingénieurs peinent à recruter et la formation scientifique doit être repensée.

La solution n'est pas de supprimer toute forme de sélection à l'entrée du supérieur. Mais après avoir vidé de leur valeur le brevet des collèges puis le baccalauréat, nous devons arrêter cette fuite en avant. L'enseignement supérieur doit rester le lieu de l'excellence. Or la baisse du niveau des bacheliers contamine la L1, devenue une année de remise à niveau. Pour réarticuler toute la chaîne éducative, il faut une vision d'ensemble et du courage. Il faut surtout dire la vérité aux jeunes, sur leur niveau et les chemins qui mènent aux métiers de demain.

Nous ne devons pas seulement nous assurer, en comptables, que chaque bachelier a une place à l'université. Nous devons mener une réflexion de fond, plus urgente que jamais à l'heure de l'intelligence artificielle. Licence, master, et même baccalauréat général ne peuvent être l'horizon de toute une génération.

L'objectif d'accueillir les jeunes dans le supérieur doit continuer à nous guider, car l'élévation du niveau de connaissance a des effets vertueux. Mais il faut former mieux et plus tôt en redonnant aux formations techniques et professionnalisantes leurs lettres de noblesse.

Clarifions donc le fonctionnement de Parcoursup, avec plus d'information sur les attendus disciplinaires, peut-être un classement des voeux et surtout une meilleure évaluation au lycée, pour disposer de données fiables sur le niveau des candidats.

Cette crise aura eu une vertu : nous confronter à des choix trop longtemps repoussés.

Le moment où la jeunesse cherche sa voie est un moment crucial. Soyons à la hauteur. (Applaudissements sur les travées du groupe UCI ; MM. Marc Laménie et Bernard Fialaire applaudissent également.)

M. Yan Chantrel .  - (Applaudissements sur les travées du groupe SER) Il y a un mois, les élèves du lycée Saint-Exupéry de Créteil ont lancé une mobilisation massive de la jeunesse. Partout dans le pays, lycéens et lycéennes se sont levés pour dénoncer, à juste titre, les locaux délabrés, les classes pleines à craquer, les non-remplacements, le parcours scolaire qui devient tri social.

Avec eux, les étudiants des universités se sont mobilisés pour dénoncer la hausse de la précarité chez leurs camarades qui peinent à se loger, se chauffer, se soigner, se nourrir.

Loin des caricatures, la jeunesse démontre qu'elle est engagée dans la vie de la cité. Saluons cette formidable mobilisation de la jeunesse qui rêve d'un avenir meilleur. (M. Gabriel Amard applaudit.)

Elle demande une chose : « donnez-nous les moyens de réussir ! » Elle démontre son attachement à l'école de la République et à sa promesse d'émancipation, à laquelle vous avez tourné le dos avec votre système qui aggrave les inégalités sociales.

Alors que le pouvoir n'a eu qu'un mur de mépris et de répression à lui opposer, la jeunesse a eu le courage de continuer à défendre la liberté d'expression et le droit de manifester. Face à ceux qui misaient sur l'enlisement du mouvement dans une violence condamnable ou qui comptaient l'intimider par une répression excessive, elle a réussi à forcer le Gouvernement à écouter ses revendications. Mais il aura fallu attendre un mois pour avoir des réponses, et le débat de ce soir.

Parcoursup cristallise toutes les tensions, avec des critiques connues depuis 2018. D'abord, la plateforme suscite stress et anxiété chez huit lycéens sur dix. Le poids des épreuves de contrôle continu met les lycéens sous pression toute l'année, affectant leur santé mentale. Angoisse aussi pour ceux qui sont sans affectation : 100 000 après la phase principale ; encore 50 000 après la phase complémentaire.

Ensuite, le manque de transparence : les lycéens ont l'impression que leur avenir se joue à la roulette, avec d'opaques algorithmes locaux. Certains élèves s'étonnent de voir leur dossier rejeté en le comparant à ceux de leurs camarades admis. À l'instar de la Cour des comptes, nous demandons que ces critères soient publics.

Enfin, la plateforme a failli à sa mission de corriger les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur. En 2025, seuls 34 % des élèves jugeaient que cette plateforme les traitait de manière équitable. Celle-ci a amélioré l'accès à l'information, mais n'a pas permis de faire évoluer la composition sociale de l'enseignement supérieur. Le rapport des députés Pierrick Courbon et Frantz Gumbs de février 2026 montre que les inégalités sociales se sont aggravées. Des chercheurs, comme Julien Grenet, ont montré que les quotas de boursiers n'ont eu qu'un impact limité sur la composition sociale des formations. Vos annonces signalent qu'après des années de déni, ce constat est désormais partagé.

Abrogation, suppression, remplacement ? Quoi qu'il en soit, il faut mettre fin à Parcoursup, pour instaurer un outil répondant vraiment aux objectifs fixés par la loi : redonner aux lycéens le contrôle de leur choix d'orientation ; garantir un droit d'accès et démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur ; améliorer les taux de réussite en licence en luttant notamment contre le poids des déterminismes sociaux.

Parcoursup est devenu un goulet d'étranglement où l'on gère la pénurie. (M. Stéphane Piednoir s'exclame.) France Universités réclame au moins 20 000 places, les syndicats 150 000. Dans tous les cas, il faut plus que ce que vous proposez.

Il faut donc des moyens supplémentaires pour l'enseignement supérieur public, que vous avez laissé se paupériser au profit d'établissements privés à but lucratif. (Mme Pernelle Richardot et M. Gabriel Amard applaudissent.)

Monsieur le Premier ministre, je vous demande d'inscrire notre proposition de loi à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale le plus rapidement possible. (« Très bien ! » et applaudissements sur les travées du groupe SER)

Il faut aussi des moyens pour le secondaire, notamment sur l'orientation, car les 54 heures et les quatre demi-journées sont souvent restées lettre morte faute de psychologues de l'éducation nationale et de formation des professeurs principaux. Profitons des évolutions démographiques pour améliorer les taux d'encadrement, à l'heure où le marché du coaching prospère et accroît les inégalités.

Enfin, il faudra revenir sur la funeste réforme Blanquer que plus personne ne défend, car elle a déstructuré les emplois du temps, affaibli le groupe classe, sans mettre fin à la prééminence des parcours scientifiques. Et l'absence de référentiel d'évaluation au lycée a donné libre cours aux préjugés et à la discrimination dans la sélection effectuée par les établissements d'enseignement supérieur.

À quelques jours de la discussion budgétaire au Sénat, vous avez la possibilité de répondre aux revendications des lycéens et des étudiants. Quant à nous, nous défendrons des amendements pour garantir l'accès de tous et toutes à l'enseignement supérieur et leur offrir les moyens de leur réussite. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et CRCE-K ; M. Bernard Fialaire applaudit également.)

Mme Maryse Carrère .  - (Applaudissements sur les travées du RDSE ; M. Marc Laménie applaudit également.) Comment faire espérer notre jeunesse dans un monde en manque de sens ? Comment nourrir ses rêves d'avenir ? Contexte géopolitique anxiogène, climat menaçant, expérience amère d'un virus enfermant, difficultés pour se loger, se soigner, se nourrir : n'ajoutons pas à ces maux celui d'une orientation angoissante !

Les jeunes sont nombreux à être inquiets. La solidarité s'exprime en masse dans la rue depuis septembre. La colère des lycéens n'est pas un caprice, mais le reflet d'une République qui ne tient plus ses promesses d'égalité des chances. Qu'il est dommage d'avoir tardé à l'entendre... Le RDSE prend acte de vos propositions, monsieur le Premier ministre.

Parmi les revendications, en point d'orgue : Parcoursup, qui cristallise le trouble d'une génération face à une procédure lourde, mais déterminante. Les lycéens ne se satisferont pas d'un toilettage : ils veulent des règles claires, une formation fiable et davantage de places.

La plateforme a ses défauts et sa sélection suscite des inquiétudes fondées. Mais rappelons-nous le tirage au sort ! La table rase n'est pas la solution. L'université ouverte à tous est idéale sur le papier, mais gardons une exigence d'excellence.

Nous connaissons les ravages du tri subi à la fin de la première année quand l'affectation était inadaptée. Notre pacte républicain nous oblige à accompagner tous les élèves.

Travaillons rapidement, pour redonner aux jeunes une orientation réussie, avec un système plus juste, plus transparent et sans préjugé social ou géographique.

Merci à Ahmed Laouedj d'avoir déposé une proposition de loi qui corrige la procédure sur trois points. D'abord la transparence : les critères d'examen des dossiers devront être publiés avant la formation des voeux et chaque refus devra être motivé. Ensuite l'équité : chaque candidat doit être évalué sur des éléments objectifs, y compris pour les bacheliers professionnels et technologiques évincés des BTS qui se reportent sur l'université par défaut. Enfin, le droit à une place à l'université doit être garanti, avec une réponse sous quinze jours. C'est un impératif, notamment pour les étudiants ultramarins.

N'oublions pas les études paramédicales, car il y a trop d'abandon dans les formations en soins infirmiers. Confortons également l'enseignement technologique agricole, essentiel pour notre souveraineté alimentaire. Enfin, l'apprentissage est l'une des meilleures voies d'insertion, pourvu qu'on cesse de raboter ses moyens.

Ne décevons pas les lycéens. Ensemble, nous pourrons trouver un système d'orientation juste, intelligent et intelligible.

Notre système éducatif s'est fixé l'objectif louable du bac pour tous, mais sans que l'enseignement supérieur mue face à la massification étudiante. D'où le fleurissement de formations payantes, parfois douteuses, qui accentuent les inégalités sociales.

L'échec de Parcoursup est celui de notre impossibilité à planifier les moyens publics pour faire coïncider les aspirations des jeunes et les besoins du monde du travail et de la vie sociale. Repensons notre système à cette aune, dans le respect des principes républicains d'humanisme et d'égalité des chances.

Paul Nizan écrivait qu'il est dur pour les jeunes d'apprendre leur partie dans le monde. C'est notre responsabilité collective de réenchanter le parcours des lycéens et des étudiants, car l'éducation conditionne le progrès social, le développement économique et donc l'avenir de notre pays. (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe INDEP ; M. Pierre Ouzoulias applaudit également.)

M. Pierre Ouzoulias .  - En mars 2019, la ministre affirmait : « les algorithmes locaux n'existent pas » ; en avril 2026, un président d'université avouait devant notre commission d'enquête qu'il n'examinait pas tous les dossiers, mais uniquement les premiers d'entre eux, tels que classés par Parcoursup. Entre ces deux déclarations, sept ans de dissimulation volontaire, malgré les appels à plus de transparence.

Si les commissions peuvent ne pas dévoiler les procédures de tri des dossiers, c'est grâce à un amendement du Gouvernement couvrant le secret des délibérations. On a vu qu'il ne s'agissait pas de cela...

Submergées par les dossiers de candidature, les commissions réalisent un premier traitement informatisé à partir des notes au baccalauréat et au contrôle continu. Selon la Cour des comptes, 20 % des commissions pondèrent le contrôle continu par le rang de classement du lycée d'origine.

L'algorithme général de Parcoursup est public, mais pas ce que j'ai appelé, dès 2018, les algorithmes locaux, propres à chaque commission. Que de temps perdu !

Jacques Toubon, alors Défenseur des droits, a demandé en 2019 à les rendre publics. Jacques Grosperrin, dans son rapport d'information, a recommandé de sortir du régime dérogatoire de la loi ORE pour revenir dans le droit commun. Un amendement du Sénat avait été adopté en séance publique, répondant aux recommandations de la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada), de la Cour des comptes, de la Cnil, entre autres. En huit ans nous n'avons pas réussi ce que les étudiants ont réussi en quarante jours. Cela dit beaucoup des défaillances de notre fonctionnement démocratique.

Il est trop tard pour amender une plateforme qui a privé les candidats d'un droit garanti à tous les citoyens. Les étudiants n'acceptent pas son opacité, alors que Parcoursup est la porte d'entrée vers leur avenir professionnel.

Les objectifs de la loi de 2018 étaient contradictoires : tous les bacheliers pouvaient poursuivre leurs études dans le supérieur, mais l'autorité académique déterminait les capacités d'accueil des établissements. Parcoursup est l'outil qui permet d'adapter une demande toujours croissante à une offre de formation réduite. La très grande majorité des filières étant en tension, elles sont sélectives. Il est donc faux de soutenir que le baccalauréat donne accès à l'université.

D'autant que l'État n'y a plus investi depuis le plan Jospin de 1990, qui avait créé huit nouvelles universités. Depuis, les universités gèrent la pénurie de moyens, dans des conditions d'accueil et d'enseignement dégradées. L'abrogation de Parcoursup n'y changera rien.

Il est toutefois possible de modifier le système d'affectation d'ici à la rentrée 2027 pour éliminer les discriminations sociales qu'il induit, notamment celles qui pèsent de façon scandaleuse sur les candidats des outre-mer.

La question de l'université et de la recherche doit faire partie des enjeux de la campagne en cours, disiez-vous ? Les étudiants et lycéens ont exaucé votre voeu.

La nation ne peut affronter les enjeux de la conversion énergétique, de la réindustrialisation, de l'adaptation au changement climatique, de la maîtrise de l'intelligence artificielle sans un investissement massif dans l'enseignement, la connaissance, la recherche et l'innovation. Faisons confiance à la jeunesse : sa capacité à apprendre déterminera le rôle de la France dans l'effort que doit réaliser notre humanité pour échapper au destin fatal qui lui est promis. Le pire n'est pas certain, la connaissance peut nous sauver. (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K, SER, du GEST, du RDSE, des groupes INDEP, UCI et du RDPI)

Mme Marie-Ange Rousselot .  - (Applaudissements sur les travées du RDPI) Notre jeunesse de France est dans le désarroi, l'inquiétude, la colère. Sa parole doit être prise au sérieux et je salue les initiatives du Gouvernement en ce sens.

La consultation organisée en octobre a recueilli plus de 100 000 contributions dénonçant les classes surchargées, les bâtiments inadaptés, les professeurs absents, le stress lié à Parcoursup.

Derrière ces inquiétudes, il y en a d'autres, plus profondes : la guerre, l'urgence climatique, la révolution des métiers avec l'intelligence artificielle. Le travail et le mérite suffiront-ils encore à tracer un chemin ? C'est là que la République est attendue : pour permettre de se construire un avenir digne, sans assignation, ni sociale ni territoriale.

Entendre la jeunesse, c'est s'obliger à lui tenir un discours de vérité. Il est facile de réclamer la suppression de Parcoursup et de toute sélection à l'université. Mais regardons le chemin parcouru : Parcoursup a mis fin au tirage au sort, instauré des règles nationales communes, créé des places pour les boursiers, ouvert l'accès à l'offre de formation à tous... Tout n'est pas à jeter, même s'il est vrai que le taux d'échec en licence ne recule pas, que les inégalités perdurent, que la procédure est anxiogène, les algorithmes locaux opaques.

La plateforme sera transformée, mais ne renonçons pas aux principes qui la fondent. Car la sélection est légitime. Bien conçue, elle n'entrave pas : elle guide chacun vers la réussite. Nous saluons les mesures annoncées par le Gouvernement le 26 octobre.

Première exigence : un système transparent et équitable. Un lycéen écarté d'une formation a le droit de savoir pourquoi, au regard de critères connus à l'avance ; il doit être jugé sur ses résultats et non la réputation de son lycée, par exemple. Nadège Havet et moi-même proposons d'expérimenter dès 2027 la suppression de la mention du lycée d'origine pour l'académie de Paris.

Représentante des Français de l'étranger, je tiens à ce que le calendrier de la plateforme tienne compte de celui des universités étrangères, pour que la France ne se prive pas de ses talents.

Mme Olivia Richard.  - Bravo !

Mme Marie-Ange Rousselot.  - Deuxième exigence : l'orientation, une politique qui n'existe pas vraiment, car partagée entre l'Éducation nationale et les régions, sans véritable pilote. Il faut en faire une politique publique à part entière, avec un pilote et des moyens.

Troisième exigence : un soutien résolu à la formation professionnelle et à l'apprentissage. C'est un combat culturel, dans un pays qui fait des études longues la voie royale -  alors que l'insertion n'est pas toujours à la clé. La réforme de l'apprentissage de 2018 a ouvert la voie, avec un triplement du nombre de contrats, mais surtout dans l'enseignement supérieur : recentrons le dispositif sur les lycées professionnels.

M. Martin Lévrier.  - Bravo !

Mme Marie-Ange Rousselot.  - Cela exige de rapprocher l'école du monde économique.

Former des esprits libres et préparer à un métier sont les deux faces d'une même promesse républicaine. À nous de conduire les réformes pour mieux former et orienter chaque jeune vers la voie où il s'accomplira. (Applaudissements sur les travées du RDPI et du groupe UCI, ainsi que sur quelques travées du groupe Les Républicains)

M. Aymeric Durox .  - (Applaudissements sur les travées du groupe UNT) Je rends hommage à la directrice d'école de Nice agressée par une clandestine islamiste sous OQTF...

M. Xavier Iacovelli.  - Stop à la récupération !

M. Aymeric Durox.  - ... ainsi qu'à tous les agents frappés, insultés, violentés dans ces manifestations dites lycéennes. (M. Christophe Chaillou et Mme Mathilde Ollivier protestent.)

« L'école doit être la promotion de tous et la sélection des meilleurs. » Telle était l'ambition du plan Langevin-Wallon de 1947, sous l'impulsion de deux intellectuels de la vraie gauche, celle qui a en partie déserté cet hémicycle... (Protestations à gauche)

M. Pierre Ouzoulias.  - Ils étaient communistes !

M. Aymeric Durox.  - Effectivement, et les communistes avaient compris que démocratiser l'enseignement n'impliquait pas de renoncer au mérite et à la sélection.

Quatre-vingts ans plus tard, que reste-t-il de cette ambition ? Notre système éducatif, confondant démocratisation et massification, sélectionne par l'échec plutôt que par le mérite. Avec un processus d'orientation à bout de souffle, de nombreuses filières, sous-financées, sont submergées et se détériorent.

Le RN, sous l'impulsion de Marine Le Pen, refuse la baisse générale des niveaux. Depuis quarante ans, les gouvernements nous vantent l'accès de tous à l'université, passant sous silence son terrible coût humain : à peine la moitié des étudiants passe en deuxième année de licence et moins d'un tiers obtient sa licence en trois ans. Et notre pays ne cesse de dégringoler dans les classements Pisa : 90 % des élèves font quinze fautes en dix lignes -  contre 30 % en 1980. C'est plutôt contre cet enseignement de l'ignorance que les lycéens auraient dû manifester !

Où sont le progrès et l'égalité républicaine quand on envoie 23 % des jeunes vers la sortie ou l'abandon dès la fin de la première année universitaire ? Quel gâchis ! Voilà le résultat d'une politique qui trie en aval par l'échec et non en amont par le mérite.

Le collège unique, machine à fabriquer de l'échec, a vécu. Les bons élèves sont freinés, les plus fragiles perdus, et la classe tirée vers le bas. Oui à un collège modulaire, qui oriente plus tôt, avec des passerelles.

Le diplôme national du brevet (DNB) doit redevenir un examen d'orientation post-3e, barrant l'accès au lycée général à ceux qui n'ont pas le niveau et ouvrant avec fierté les portes des filières professionnelles et technologiques à ceux qui ont le talent du faire ; car nous manquons de chaudronniers, de soudeurs, avec des salaires parfois plus attractifs que celui d'un professeur débutant - je sais de quoi je parle ! En orientant correctement dès la 3e, nous éviterons l'engorgement de Parcoursup.

Contre la logique comptable de Parcoursup, nous voulons le rétablissement de véritables critères académiques. L'orientation ne doit plus être une loterie administrative nationale gérée par des lignes de code. Nous redonnons le pouvoir d'affectation aux universités, en nous basant sur les résultats obtenus aux épreuves nationales du baccalauréat, qui doit redevenir un diplôme national et anonyme. Nous mettrons ainsi fin à la sélection invisible qui pénalise tant de lycéens.

S'orienter efficacement, c'est s'orienter vers des métiers. Nous réorganiserons la carte des formations professionnelles et techniques : les places seront ouvertes et financées en fonction des besoins économiques et des taux d'insertion. Nous valoriserons l'apprentissage et les filières courtes de l'enseignement technologique et professionnel.

Nous voulons rétablir l'égalité des chances, avec un accompagnement à l'orientation bien plus précoce, dès le collège.

Nous assurerons aussi la stabilité du cadre de vie des étudiants au moyen d'un plan massif de logements étudiants.

L'orientation des lycéens est l'acte fondateur par lequel la nation transmet le relais à la génération suivante. Arrêtons de jeter nos enfants dans le mur de l'échec universitaire massif. Restaurons le principe républicain du mérite académique. Rebâtissons un enseignement supérieur digne des ambitions de la France.

Jules Simon, ministre de l'instruction publique, disait : « Le peuple qui a les meilleures écoles est le premier peuple. S'il ne l'est pas aujourd'hui, il le sera demain. » (Applaudissements sur les travées du groupe UNT)

Mme Mathilde Ollivier .  - (Applaudissements sur les travées du GEST) Ludovic : « j'ai mon bac, mais à quoi sert-il ? Je suis refusé partout » ; Laurie : « mes spécialités m'ont desservie pour aller en Staps » ; Jérôme : « je suis en panique ; je vais perdre un an ». C'est à eux que nous devons penser, à chaque instant de notre débat.

Partout en Europe, la jeunesse se lève contre ceux qui amputent son avenir sur l'autel des restrictions budgétaires. Climat, intelligence artificielle, guerre aux portes de l'Europe, son avenir est inquiétant.

Mais vous, qu'avez-vous fait ? Vous avez gazé des enfants devant leur école ; vous les avez laissé dormir à même le sol dans des cellules de garde à vue aux odeurs pestilentielles ; vous avez fait croire que cette jeunesse engagée était instrumentalisée par la gauche. (M. Aymeric Durox s'exclame.)

Vous vous congratulez de votre plateforme. Mais quelle ironie de parler de démocratie lycéenne après avoir bafoué leur droit élémentaire de manifester ! (Mme Antoinette Guhl applaudit.) Personne n'est dupe. (M. Aymeric Durox s'exclame.)

Dos au mur, face aux 800 000 manifestants hebdomadaires, vous avez enfin cédé à quelques-unes de leurs revendications. Il aura fallu huit ans pour supprimer Parcoursup ! Des professeurs remplacés, des emplois du temps vivables, la fin d'une angoisse qui commence dès la seconde : les demandes des étudiants sont simples.

Le 26 octobre, le Premier ministre a fait un choix : en faisant passer les influenceurs avant les lycéens, il a confirmé le mépris que vous avez pour les jeunes. Avec vos propositions qui détricotent votre propre bilan, vous reconnaissez le bien-fondé de nos dénonciations. Quel aveu !

Mais changer de plateforme ne réglera pas tout. Car le problème de fond, c'est le manque de places. En juillet 2026, plus de 126 000 étudiants étaient sans affectation. Et vous ne proposez que 15 000 places supplémentaires, alors que vous en avez supprimé 10 000 l'an dernier. C'est inacceptable pour ces jeunes qui attendent.

Parcoursup est l'arbre qui cache la forêt. Nous devons changer de système. Hélas, votre projet de budget supprime 1 588 postes d'enseignants. Vous avez promis d'annuler les suppressions du second degré, nous y veillerons. Pour le supérieur, les 500 millions d'euros annoncés ne suffiront même pas à compenser les hausses salariales décidées par l'État. Pendant ce temps, 16 milliards d'euros d'argent public financent l'apprentissage et l'expansion du privé lucratif...

Notre pays n'a jamais construit une véritable politique d'orientation - c'est là que le bât blesse. Privilégions la transition écologique et l'adaptation au changement climatique, filières d'avenir ; une génération entière est prête à s'y engager.

Le GEST défend, d'abord, le droit aux études supérieures à travers une vraie plateforme d'orientation, avec des voeux hiérarchisés et une priorité dans son académie. Ensuite, la transparence et l'équité : publions des algorithmes compréhensibles, retirons le lycée d'origine des dossiers dès l'an prochain, supprimons la lettre de motivation. En outre, un service public de l'orientation, avec des heures d'orientation dans tous les lycées et la fin de la réforme Blanquer, qui a fait de la seconde un moment de tri. Enfin, un financement durable des universités publiques, des bâtiments rénovés et une allocation d'autonomie pour les étudiants.

Ne cherchez pas à gagner du temps : nous attendons un calendrier précis et des moyens dès maintenant. Un jeune qui veut étudier ne devrait pas avoir à se demander s'il a les bons codes, le bon lycée ou les bons moyens ; il devrait simplement penser à son avenir.

M. Cédric Chevalier .  - Nous savons combien l'orientation peut être un moment difficile. On demande à des jeunes de 15, 16 ou 18 ans de prendre des décisions importantes pour leur avenir sans qu'ils disposent de tous les éléments pour construire leur projet ni ne connaissent précisément les réalités du monde du travail.

Pour beaucoup, Parcoursup est difficile à comprendre. L'algorithme cristallise les inquiétudes et peut donner le sentiment que l'avenir se joue sur une plateforme opaque selon des critères que l'on ne maîtrise pas. Un stress considérable en résulte pour les jeunes et les familles.

Pour autant, nous ne pouvons réduire la question de l'orientation à ces seules difficultés. Nous devons prendre en considération aussi les conditions concrètes de poursuite d'études : accès au logement, ressources financières, mobilité. De fait, les moyens des familles pèsent de plus en plus lourd dans les choix d'orientation. Et certains jeunes, faute de réponse satisfaisante, se tournent vers des établissements privés parfois très coûteux, mais aux formations de qualité très variable.

L'orientation ne doit pas devenir source d'inégalités supplémentaires. Permettons à chaque jeune de construire un projet et de donner du sens à son parcours. Se sentir capable de construire son avenir contribue pleinement à l'équilibre personnel et à la confiance en soi.

Nous devons notamment mieux valoriser toutes les voies de formation. La voie professionnelle n'est pas une voie par défaut, mais un véritable parcours de réussite. Il n'existe pas une seule manière de réussir sa vie professionnelle.

Nous devons aussi penser l'accompagnement des jeunes dans la durée. Les parcours sont de moins en moins linéaires, sur le plan géographique comme sur le plan statutaire, ce qui ne va pas sans difficultés. Nos dispositifs ne sont pas adaptés à ces réalités. Les jeunes doivent pouvoir essayer, se tromper et changer de voie sans que les obstacles administratifs ne constituent des freins supplémentaires.

Les jeunes ne forment pas un groupe homogène. Il y a ceux qui poursuivent des études, mais aussi ceux qui entrent directement dans la vie active, ceux qui recherchent un emploi, ceux qui décrochent. Souvent, du reste, leurs préoccupations se rejoignent : accéder à l'autonomie, trouver leur place, construire leur avenir.

Soyons lucides sur la portée des réformes relatives à Parcoursup. Améliorer son fonctionnement et renforcer la transparence des critères est nécessaire, mais ne réglera pas tous les problèmes d'orientation. Cet enjeu n'est que la partie visible de difficultés bien plus profondes.

Prenons en compte l'ensemble des conditions qui déterminent l'autonomie et les perspectives des jeunes, mais aussi l'évolution de leurs aspirations. Leur rapport au travail, aux études et à l'engagement est parfois différent de celui des générations précédentes. Ils expriment de nouvelles attentes, notamment sur leur qualité de vie. Nous devons faire évoluer nos réponses en conséquence.

Notre rôle n'est pas de diriger la jeunesse, mais de lui donner les moyens de faire des choix, de prendre des initiatives et de rebondir. Non pas décider à sa place, mais lui permettre de trouver son propre chemin.

Au-delà de Parcoursup, nous devons changer notre logiciel global en matière de jeunesse. Comment le Gouvernement entend-il passer d'une politique qui accompagne principalement les jeunes au moment de leur orientation à une véritable politique d'accompagnement tout au long de leur parcours ? Donnons-leur les moyens de construire leur avenir et de devenir des adultes autonomes, engagés et épanouis.

M. Gabriel Amard .  - Parcoursup, c'est fini ? Il aura fallu des lycées bloqués, des jeunes gazés par milliers, des mains arrachées pour que, soudain, le Gouvernement découvre que sa machine à trier était une machine à broyer. Merci la jeunesse !

Au 11 juillet, 173 000 candidats étaient sans aucune proposition, 37 000 avaient quitté la plateforme les mains vides. Et si vous êtes un bachelier d'Île-de-France, vous avez deux fois plus de risques de rester sur le carreau. C'est votre propre comité d'éthique qui le dit.

Monsieur le Premier ministre, pour vous la question, c'est plus ou moins de sélection. Mais la réponse est dans la Constitution : « La nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction ».

Le Rassemblement national fait mine de vouloir supprimer Parcoursup, mais propose le tri à la note du bac. Il rend donc la sélection plus brutale encore.

Vous, vous expliquez assumer la sélection. Évidemment, quand on vote des budgets qui mettent toutes les universités en déficit, il faut bien trier... Pendant ce temps, le privé ramasse un étudiant sur quatre.

Pour nous, insoumis, tout bachelier a le droit de s'inscrire dans la filière de son choix. S'il manque des places, on les construit ! L'argent ? Huit milliards d'euros par an de crédit d'impôt recherche, dont la moitié part à une cinquantaine de grands groupes : allez les chercher.

Un pays qui trie ses enfants à 17 ans n'a pas d'avenir. Nous, nous investirons dans l'avenir ! (Mme Mathilde Ollivier applaudit.)

M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale .  - Il faut se souvenir d'où nous venons. Personne ne rappelle ce qui se passait avant 2018-2019, dont nos prédécesseurs pourraient se considérer comme un tantinet comptables...

Mme Mathilde Ollivier.  - Vous êtes au pouvoir depuis dix ans !

M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. - Nous étions l'un des plus mauvais pays d'Europe en matière de décrochage. Nous sommes passés de 8,3 % de décrocheurs en 2017 à 7 % en 2025 : ce n'est pas satisfaisant, mais on ne peut pas dire qu'il ne s'est rien passé. De même, il y avait une part de tirage au sort quand on ne savait plus faire autrement ; nous en sommes sortis.

Je vous remercie pour vos interventions de qualité, qui ont mis en relief la multiplicité des enjeux.

Un premier enjeu a trait à la façon dont nous pensons les outils au regard des parcours des étudiants, qui ne sont plus longilignes. Nous sommes le pays pour lequel la formation initiale compte le plus au détriment de la formation continue. Nous avons du mal à accorder un droit à l'erreur.

Il est ensuite nécessaire, comme l'a souligné Max Brisson, de travailler sur la charnière bac-licence ; le tutorat peut être un moyen d'assurer une meilleure continuité d'accompagnement. Nous devrions garantir un à deux entretiens individuels par an à chaque élève, avec un carnet de bord assurant un suivi de la seconde à la terminale, pour ne laisser personne en rase campagne.

Permettre à chacun de se trouver suppose aussi de ne pas mentir aux élèves, ni sur les prérequis ni sur les débouchés. Si nous encourageons les lycéens à faire ce qu'ils souhaitent sans tenir compte des prérequis, nous les enverrons au casse-pipe. Je refuse cette démagogie qui ne fait que reporter les frustrations.

Nous devons nous préoccuper aussi du niveau du brevet et du bac. Il s'agit de garantir à un élève qui obtient un diplôme que ce dernier atteste de ses capacités à poursuivre son cursus.

Le calendrier est très clair. Le remplacement de Parcoursup est entériné. Je trancherai fin décembre pour le contrôle continu. Idem pour l'organisation du temps scolaire : nous visons le mois de janvier, afin de mettre en place les mesures à la rentrée 2027. Nous allons essayer de systématiser une journée de découverte de l'enseignement supérieur. Nous devons enfin continuer de valoriser la voie professionnelle, qui retrouve des couleurs.

M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace .  - Merci pour la qualité de vos interventions et vos propositions, diverses. Je ne m'attendais pas à un consensus. De fait, ces questions fracturent un peu la société et la classe politique.

Nous ferons dans les semaines à venir des propositions pour le remplacement en 2028 de la plateforme actuelle.

Un enjeu essentiel tient à la réorientation. Alors que 200 000 candidats sont concernés, concevoir des systèmes linéaires, tubulaires, où les jeunes trouveraient d'emblée leur voie serait un leurre.

La réussite en licence est un autre enjeu déterminant. Accompagner les jeunes en première année est indispensable. Nous avons mis en place PaRéO et « oui si », mais il faut aller plus loin. Je salue notamment les dispositifs de propédeutique.

Nous nous sommes engagés à avoir une transparence accrue s'agissant des algorithmes locaux. Mais la sélection n'est pas seulement algorithmique : des commissions d'enseignants examinent individuellement chaque dossier.

Les critères sont publics : chaque formation doit communiquer aux candidats les critères d'évaluation. Ce qui est réclamé, c'est de connaître les pondérations exactes selon les disciplines ; nous les publierons. Je ne connais aucun autre pays qui publie ces éléments, lesquels peuvent aussi se révéler anxiogènes. En tout cas, le système actuel n'est pas opaque.

S'agissant des quotas de boursiers, les candidats sont classés par ordre de mérite académique sur deux listes distinctes : une de boursiers, une de non-boursiers. Le système en vigueur a permis à 150 000 boursiers d'accéder à une formation qu'ils n'auraient pas obtenue s'ils n'étaient pas boursiers.

La priorité dans l'académie n'existe pas pour les formations sélectives, comme les classes préparatoires. Pour les autres, il s'agit de garantir aux jeunes l'accès à une formation proche de chez eux.

Monsieur Ouzoulias, vous avez parlé de discrimination en outre-mer. J'en suis surpris.

Mme Colombe Brossel.  - Incroyable ! Mme Corbière Naminzo revient sur le sujet chaque année, et on nous répond que ce n'est pas le bon ministre...

M. Philippe Baptiste, ministre.  - Soit la formation existe dans le territoire d'outre-mer concerné, et vous pouvez y accéder ; soit elle n'existe pas, et vous êtes prioritaire dans tous les territoires de l'Hexagone. (Mme Evelyne Corbière Naminzo le conteste.)

Supprimer la mention du lycée d'origine serait difficile, car les lycées notent le contrôle continu de manière très hétérogène. Il faut à tout le moins un indicateur rendant compte de ces écarts, tel que celui proposé par M. Grosperrin.

Oui, des formations de l'enseignement supérieur privé utilisent les peurs des familles : la régulation du secteur est indispensable.

La séance est suspendue quelques instants.

Présidence de M. Bernard Jomier, vice-président