Le 21 janvier 2026, sous la présidence de M. Dominique de Legge (Les Républicains – Ille-et-Vilaine), président, le groupe d’amitié France-Saint-Siège s’est entretenu avec le P. Bernard Ardura o.praem., président émérite du Comité pontifical des sciences historiques.

Étaient également présents Mmes Catherine Belrhiti (LR – Moselle) et Valérie Boyer (LR – Bouches-du-Rhône), MM. Emmanuel Capus (Les indépendants - République et territoire – Maine-et-Loire), Pierre Cuypers (LR – Seine-et-Marne) et Loïc Hervé (Union Centriste – Haute-Savoie), Mme Gisèle Jourda (Socialiste Écologiste et Républicain – Aude), MM. Louis-Jean de Nicolaÿ (LR – Sarthe), Akli Mellouli (Écologiste Solidarité et Territoires – Val-de-Marne) et M. Michaël Weber (SER – Moselle).

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Dominique de Legge, président, a rappelé la longue carrière du P. Ardura à la Curie où, après son ordination comme chanoine Prémontré en 1972, il a été affecté à partir de 1987, comme consulteur historien auprès de la Congrégation pour la cause des saints, puis, en 1991, comme sous-secrétaire et enfin secrétaire du Conseil pontifical pour la culture et consulteur du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, de 2009 à 2023 comme président du Comité pontifical pour les sciences historiques. Le P. Ardura a également été administrateur des Pieux établissements français de Rome et de Lorette de 2005 à 2018. Enfin, dans les années récentes, il a été postulateur de la cause de canonisation de Charles de Foucauld, puis des causes de béatification des « 50 martyrs de l’apostolat », très récemment célébrée à Notre-Dame de Paris, et de Robert Schuman.

A l’invitation du président de Legge, le P. Ardura a présenté le rôle d’un postulateur et la procédure que suit l’Église catholique pour déclarer une personne bienheureuse ou sainte.

Le postulateur est à la fois le juge d’instruction et l’avocat de la cause introduite par un diocèse ou un ordre religieux sur la base de la réputation de sainteté d’une personne décédée. Il est nommé par l’évêque du lieu de la mort de la personne concernée. Toutefois, les procédures étant sont habituellement très longues, un postulateur sollicite souvent son successeur. La première étape est l’enquête diocésaine dont le but est de rassembler et d’examiner l’ensemble des écrits, des documents et des témoignages qui permettront de connaître toutes les facettes de la vie du potentiel saint. Il s’agit aussi de s’assurer que cette réputation de sainteté perdure dans le temps. C’est un travail très important pouvant atteindre 10 000 pages de documents qui seront résumés pour Rome dans une « positio » d’environ 500-600 pages. Ce n’est pas un document public car il doit protéger les témoins.

Une fois validé au niveau diocésain, le dossier est transmis au Dicastère pour les causes des saints où il sera examiné de manière collégiale par des consulteurs historiens puis par des consulteurs théologiens dont la mission est de vérifier l’exhaustivité et la véracité des éléments rassemblés. L’ensemble est ensuite soumis à l’examen des cardinaux et évêques du Dicastère puis transmis par le Préfet du Dicastère au Pape lui-même, décisionnaire en dernier ressort. Si la décision est positive, l’Église reconnaît « l’héroïcité des vertus du vénérable serviteur de Dieu ». Cette étape a par exemple été franchie en 2021 pour Robert Schuman, qui vivait comme un moine et dont la réputation de sainteté était déjà connue durant sa vie. Célibataire, il récitait le bréviaire et on a récolté de nombreux témoignages édifiants de « petites gens » autour de lui. C’est un modèle d’homme politique au service du Bien commun.

Pour la béatification, il est nécessaire soit qu’un miracle soit reconnu, soit qu’il s’agisse d’un martyr. La canonisation exige un miracle supplémentaire ou un premier miracle pour les martyrs. La béatification permet un culte limité et local tandis que la canonisation est pour l’Église universelle.

Faire reconnaître un miracle implique un travail à la fois scientifique et religieux. Sur le plan scientifique ou médical, on doit pouvoir attester du caractère inexplicable des faits en l’état actuel de la science. Dans le cas de Charles de Foucauld, cela n’a pas été une guérison miraculeuse mais le fait qu’un charpentier échappe à un accident qui aurait dû le tuer, une chute de grande hauteur, le pied d’un banc l’ayant transpercé sans aucune séquelle. Or, cet accident est survenu lors des vêpres du centenaire de sa mort, la victime était un dénommé Charles, non baptisé, dans une chapelle en restauration à Saumur, au sein d’une paroisse dédiée à Charles de Foucauld où les paroissiens récitaient la prière pour sa canonisation. Le miracle a été reconnu et lui a été attribué.

Dans le cas d’un martyr, un miracle n’est pas nécessaire pour la béatification mais il faut prouver à la fois le martyre et le fait que la personne a bien été tuée en haine de la foi.

Cette procédure juridique et théologique lourde implique que seuls peuvent être déclarés bienheureux ou martyrs les personnes pour lesquelles on parvient à rassembler tous les éléments. Cette procédure a été fixée par Benoît XIV au 18e siècle et allégée par Jean-Paul II. Les églises coptes et orthodoxes n’ont pas de procédures aussi lourdes. 

Par exemple, pour les 50 martyrs de l’apostolat, s’il y en a certainement eu beaucoup d’autres parmi les plus de 200 prêtres et les nombreux militants de l’Action catholique et du scoutisme qui ont accepté de partir volontairement pour le Service du travail obligatoire (STO) pour apporter un soutien spirituel à leurs camarades, l’on est parvenu à rassembler la documentation pour 50 d’entre eux seulement. De même, le martyre a pu être démontré du fait de l’ordonnance de persécution prise par les nazis qui a ordonné l’élimination de tous ceux qui avaient une activité religieuse auprès des jeunes ouvriers français réquisitionnés. Enfin, il a fallu recueillir la certitude, notamment grâce à des lettres ou des écrits intimes, qu’ils avaient accepté de mourir pour leur foi et la charité. Dans ce cas précis, la cause a été centralisée à Paris, les martyrs venant de toute la France et les faits s’étant déroulés dans plusieurs pays étrangers. L’enquête diocésaine a été menée en dix ans entre 2008 et 2018 puis les choses sont allées assez vite du fait d’une volonté de béatification pour les 80 ans de la fin de Seconde Guerre mondiale.

Au 1er rang de gauche à droite : Mme Gisèle Jourda, P. Bernard Ardura, Mme Valérie Boyer et M. Louis-Jean de Nicolaÿ ; au second rang de gauche à droite : MM. Akli Mellouli et Dominique de Legge, Mme Catherine Belrhiti et MM. Emmanuel Capus, Pierre Cuypers, Loïc Hervé et Michaël Weber

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