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III. DES ÉCHANGES CULTURELS ET SCIENTIFIQUES QUI ONT VOCATION À S'INTENSIFIER

A. UN INTÉRÊT CROISSANT POUR LA LANGUE ET LA CULTURE FRANÇAISE

1. La France : une place importante dans la vie culturelle Australienne

La France tient une place importante dans l'activité culturelle de l'Australie, notamment à travers la présence de ses artistes dans les grands festivals et grâce au réseau des 29 Alliances françaises, ce qui permet de donner à notre présence une forte visibilité.

De manière générale, notre pays bénéficie d'un intérêt et d'une sympathie exceptionnels qui en font, hormis la Grande-Bretagne pour des raisons historiques, le premier partenaire culturel européen de l'Australie.

Ainsi, le cinéma français bénéficie en Australie d'une réputation qui va au-delà de sa diffusion réelle. Il est aujourd'hui le cinéma en langue étrangère le plus apprécié. Sa distribution commerciale est cependant difficile en raison de la concentration de l'industrie de la distribution cinématographique en Australie et de la disparition, de ce fait, des distributeurs indépendants. Les derniers succès notables enregistrés étaient ceux de « La vie rêvée des anges » d'Eric Zonca et de « Ca commence aujourd'hui » de Bertrand Tavernier.

Les Alliances françaises de Sydney et Melbourne organisent chaque année en mars un festival du film français et le réseau des cinémathèques australiennes propose régulièrement des rétrospectives consacrées au cinéma français.

L'accent est aujourd'hui mis sur le soutien aux coproductions afin d'accompagner les projets liés aux Jeux Olympiques de Sydney 2000, au Centenaire de la Fédération australienne et au Bicentenaire de l'expédition scientifique française du Commandant Baudin en 2001.

Les grands événements culturels du troisième millénaire conduisent les organisateurs australiens à solliciter les artistes français et le soutien de l'AFAA pour des productions importantes :

- présentation de la collection « Lesueur » du musée du Havre (bicentenaire Baudin) ;

- programmation française dans le cadre du festival « Harbour of Life » en avant première de l'ouverture des Jeux Olympiques de Sydney : Sylvie Guillem (Danse), plusieurs groupes (Musique du Monde) Norman Song et WE, CE, CA (arts visuels du Pacifique) ;

- réalisation d'une sculpture végétale sur plusieurs hectares en Australie du Sud (Jean-Philippe Thomasson) ;

- coproductions de grands spectacles de rue multimedias (Kantanka, compagnie Musique, Plasticiens Volants, Black Danse Australia) ;

- participation au festival de Melbourne 2001 à l'occasion du Centenaire de la fédération (Ariane Mnouchkine, Les arts florissants, orchestre du théâtre des Champs Elysées, Ballet de l'Opéra de Paris).

Les nouvelles technologies de la communication, déjà très présentes dans la coopération scientifique, sont également privilégiées dans le secteur artistique avec plusieurs projets de création multimédia et sont plus particulièrement promues dans la coopération linguistique avec deux projets majeurs :

- la diffusion de programmes de TV 5 sur un satellite local australien desservant les écoles ;

- la mise en ligne de données pédagogiques et documentaires, ainsi que d'informations sur la France pour le public scolaire et universitaire.

La promotion des études en France qui s'appuie sur près d'une centaine d'accords inter-universitaires existant entre la France et l'Australie, ainsi que sur l'accord signé le 12 novembre 1998 par le ministère de l'éducation nationale et de la recherche avec le conseil australien de la recherche pour des échanges post-doctoraux, sera en outre renforcée par un nouveau programme de bourses visant à inciter de jeunes chercheurs australiens à s'inscrire dans des universités françaises et permettant de constituer ainsi un vivier de candidats pour le programme Eiffel de la nouvelle agence Edufrance.

L'accord signé en octobre 1999 par la conférence des présidents d'universités et le comité des vice-chanceliers australiens, à la suite de l'accord signé en juillet 1999 par les deux ministères de l'éducation, constitue un outil supplémentaire pour intensifier les échanges et favoriser la promotion de études supérieures en France.

2. La progression de l'enseignement du français

La politique linguistique australienne s'affiche comme résolument multiculturelle et multilingue en dépit de la décentralisation du système éducatif. Selon les Etats, de dix à quarante langues différentes sont enseignées dans les écoles primaires et secondaires.

A la fin des années 80, un plan fédéral donnant la priorité aux langues asiatiques dans le but de développer les liens économiques et géopolitiques entre l'Australie et ses voisins asiatiques a contribué à modifier le profil de l'offre linguistique dans les écoles du pays.

En fait, les langues asiatiques n'ont pas réellement gagné de terrain sur le français mais elles ont suscité un regain d'intérêt pour l'apprentissage de langues autres que l'anglais. Et du coup, ce mouvement qui a entraîné une augmentation du nombre global d'élèves a en fin de compte profité aux langues européennes. Mais la réalité de l'enseignement des langues doit être nuancée et resituée dans son contexte : seulement un élève australien sur cinq apprend une langue étrangère.

Dans ce contexte, le français a conservé son statut de grande langue internationale solidement implantée dans le système éducatif. Il bénéficie toujours auprès du grand public d'une image qui en fait une langue à part. Statut d'autant plus remarquable qu'il n'existe pas en Australie de communauté francophone importante qui puisse lui servir de soutien, comme c'est le cas pour l'italien ou le grec, par exemple. Au total, le français fait vivre plus de 3.500 professeurs australiens.

Avec environ 185.000 apprenants, tous secteurs et niveaux confondus, les effectifs du français se maintiennent. En termes d'effectifs globaux, notre langue occupe actuellement la 4ème position, derrière le japonais, l'indonésien et l'italien. En 12ème année de secondaire (l'équivalent de notre classe terminale), le français est même situé en 2ème position (faisant quasiment jeu égal avec le japonais, premier), loin devant les autres langues. « L'élite » continue donc à choisir le français.

A l'université, les départements de langues -et pas uniquement de français- sont aujourd'hui confrontés à deux exigences contradictoires : ils doivent d'une part faire la démonstration de leur ouverture aux différentes disciplines que l'étude d'une langue requiert pour répondre aux demandes professionnelles et intellectuelles diverses des étudiants, et ils sont d'autre part soumis à des contraintes budgétaires qui les obligent à réduire leur offre de formation. Faute de moyens, plusieurs départements de langues européennes pourraient être contraints de fermer leurs portes dans un très proche avenir.

Dans les vingt universités qui enseignent le français (sur un total de 35 universités), on retrouve le même cas de figure qu'en dernière année de secondaire. Les coupes budgétaires ont beau décapiter les départements ou sections de français, la demande pour des cours de français reste forte et a même tendance à progresser. Là encore, le français (avec 4.500 étudiants inscrits, mais seulement une petite cinquantaine en 3ème cycle) talonne le japonais et devance les autres langues.

L'enseignement français en Australie

Trois écoles sont homologuées par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger :

·  L'école franco-australienne de Red Hill, à Canberra, est une école privée qui assure la scolarisation pré-élémentaire (deux premières années de maternelle) de 125 élèves dont 5 français. L'enseignement est dispensé en français. Quatre institutrices françaises y sont détachées, rémunérées par l'établissement.

·  Telopea Park High School, à Canberra, est un établissement public australien régi par un accord intergouvernemental de 1983 qui a institué une section francophone bilingue. 550 élèves, dont 55 français, y suivent un enseignement en langue française conforme aux programmes de l'Education nationale, depuis la grande section de maternelle jusqu'à la seconde. Outre le directeur français, expatrié, 14 enseignants français y exercent dont trois CSN et 5 expatriés, les autres étant détachés et rémunérés par le ministère australien. Les classes de 1ère et de terminale sont assurées par les mêmes enseignants au Narrabundah College.

·  Le Lycée Condorcet, à Sydney, est un établissement géré par un comité de parents sous contrat d'association avec l'AEFE. Il scolarise 321 élèves, dont 70  de Français et binationaux. Sur les 30 enseignants, il compte quatre expatriés, huit résidents et deux CSN. Les frais de scolarité vont de 10.000 FF au niveau élémentaire à 20.000 FF pour le lycée. L'établissement, confronté à des problèmes de locaux avec l'augmentation des effectifs, est à la recherche d'un bâtiment qui pourrait être loué ou acheté en collaboration avec l'Ecole allemande dans le cadre d'un Euro-Campus.
Deux autres établissements, à Melbourne et sur la côte Nord de Sydney, ont constitué des filières francophones, qui n'accueillent pour l'instant que moins de vingt élèves chacune au niveau maternel et élémentaire.

Parallèlement, le réseau des alliances françaises est fort de 29 chapitres. Les effectifs globaux d'étudiants dans les alliances des six plus grandes capitales d'Etat s'élèvent à 7.600 inscrits.

L'adaptation des alliances aux technologies contemporaines, la modernisation de leur équipement, le renouvellement de leur offre de cours et de produits culturels, la permanence de leurs relations avec des partenaires institutionnels locaux portent leurs fruits et continuent d'asseoir la bonne réputation de cet outil de promotion de la langue et de la culture françaises auprès d'un public traditionnellement adulte.

A l'occasion de la visite de l'Alliance française de Sydney, la délégation sénatoriale a ainsi pu constater l'engouement croissant que suscitaient la langue et la culture française en Australie.

Ce goût croissant pour notre langue et notre culture pose en vérité un problème dont on ne doit pas sous-estimer l'importance.

Opposer le français à l'anglais serait aujourd'hui engager un combat perdu d'avance. Les deux langues peuvent devenir complémentaires. Les lycées français accueilleront demain moins d'enfants d'expatriés mais beaucoup plus d'enfants de ménages soit franco-australiens, soit australiens désireux de maîtriser en plus de l'anglais une langue de culture.

L'avenir de notre langue en Australie est ainsi largement lié à la place, qu'un peu à l'image de nos vins, elle pourra prendre à côté et - pour le dire sans trop de modestie - en surplomb du « marché linguistique » local.

A cet égard, la reconstruction et l'agrandissement du lycée Condorcet de Sydney - il en coûterait 35 millions de francs - serait un signal fort de l'intérêt que la France porte à l'enseignement de notre langue en Australie.

On notera enfin que la convention signée avec le Comité d'organisation des Jeux Olympiques de Sydney (SOCOG) permettra de garantir l'utilisation du français comme langue officielle des Jeux.

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