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La vocation européenne de l'Albanie

 

III. UNE PRÉSENCE FRANÇAISE TROP RÉDUITE

Les relations franco-albanaises sont anciennes et l'intérêt réciproque entre les deux pays est réel. « Les relations entre nos deux pays sont très amicales », a relevé le Premier ministre, M. Sali Berisha, lors de son entretien avec les membres de la délégation. Il a également remercié la France et son gouvernement pour le soutien amical apporté aux Albanais dans les épreuves qu'ils ont traversées et dans leurs efforts pour établir une véritable démocratie. À cet égard, le Premier ministre a exprimé sa « profonde gratitude » envers la France. Quant à M. Besnik Mustafaj, alors ministre des affaires étrangères, il a indiqué que le déplacement de la délégation intervenait à un moment où « les relations entre les deux pays n'ont jamais été aussi bonnes ».

Pourtant, en dépit de la francophilie et de la francophonie d'une grande partie du peuple albanais - « un héritage précieux » selon M. Sali Berisha -, les intérêts français sont actuellement trop peu présents dans ce pays des Balkans, alors que beaucoup de nos partenaires européens s'y sont installés depuis la fin du régime communiste.

A. PEU DE FRANÇAIS RÉSIDENT EN ALBANIE

Avec 96 inscrits au registre des Français établis hors de France fin 2006, la communauté française en Albanie reste réduite, même si elle tend à se développer (+ 20 % par rapport à 2005). Un pic de progression a pu être constaté en 2005 (+ 40 % par rapport à 2004), alors qu'elle était restée stable depuis plusieurs années. Elle est majoritairement concentrée dans la région de Tirana et de Durrës.

Près de 50 % des Français présents en Albanie sont des détachés, dont environ la moitié est composée des agents de l'ambassade et des services annexes et leur famille, ainsi que des enseignants et personnels d'organismes internationaux.

Les binationaux sont minoritaires, soit huit personnes, dont quatre expatriés installés de longue date dans le pays.

B. UNE PRÉSENCE ÉCONOMIQUE MODESTE

L'aide bilatérale apportée par la France à l'Albanie ne dépasse pas un million d'euros. On rappellera que le montant de l'aide bilatérale italienne à ce pays s'est établi à 77 millions d'euros en 2006, soit plus que l'aide apportée par l'Union européenne (44 millions). L'Allemagne aide l'Albanie à hauteur de 20 millions d'euros.

Les investissements directs français en Albanie sont très modestes et se limitent à une mine de bitume, achetée par KLP Industries, et à une participation à hauteur de 51 % du capital d'une entreprise albanaise de construction de routes, détenus par Eurovia (soit 1,3 % des investissements étrangers du pays fin 2005). Aucune entreprise française n'a encore participé aux grandes privatisations.

Une quinzaine d'entrepreneurs privés français sont présents en Albanie. Quelques petites entreprises individuelles ont été créées dans la boulangerie et les services, mais il n'y a pas d'implantation significative de groupes français. Une vingtaine de sociétés françaises sont représentées par des entreprises locales (Renault, Peugeot, L'Oréal, Yves Rocher, Legrand) ou des bureaux de représentation (Alcatel, Alsthom, Scetauroute, SDMO).

Le Crédit agricole est également présent en Albanie, et la Société générale projette d'acheter une banque albanaise.

Le marché de la restauration de la place Skanderbeg, à Tirana, a été remporté par une entreprise de bâtiments et travaux publics française, mais le chantier n'a jamais vraiment pu démarrer à cause de nombreuses procédures contentieuses.

La section commerciale de l'ambassade a été fermée en 1997, lors des événements liés à l'effondrement du système des pyramides. L'Albanie est désormais suivie par la mission économique de Sofia.

La modestie de la présence économique française en Albanie a été déplorée par tous les responsables politiques que les membres de la délégation ont rencontrés. La sécurité juridique est certes aléatoire en Albanie, mais elle n'empêche pas des entreprises italiennes, grecques ou allemandes de s'y implanter.

C. LA COOPÉRATION CULTURELLE, SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE AVEC L'ALBANIE

Aucun accord de coopération culturelle, scientifique et technique n'a été signé entre la France et l'Albanie depuis 1996.

Après une année 2005 marquée par les élections législatives et un ralentissement durable des projets, accompagné de difficultés d'absorption des crédits programmés, l'année 2006 laissait espérer une reprise de la coopération bilatérale autorisée par une stabilisation de la situation intérieure. Toutefois, les réformes ont aussi entraîné des bouleversements des ressources humaines au sein des administrations, à tous les niveaux de la hiérarchie, avec des équipes parfois peu expérimentées.

Une certaine dynamique de coopération s'est néanmoins manifestée en raison de deux facteurs : l'Albanie a signé l'ASA avec l'Union européenne en juin 2006 et est devenue membre de plein droit de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), à Bucarest, en septembre 2006.

Toutefois, le Premier ministre, M. Sali Berisha, a estimé que « le français survit » en Albanie, même si le nombre d'étudiants albanais qui apprennent le français a connu une augmentation sensible, après l'engouement des jeunes générations pour l'anglais consécutif à la chute du régime communiste. Toutefois, il a été indiqué aux membres de la délégation qu'en 2006, seulement 62 étudiants albanais avaient présenté l'examen de français nécessaire à leur inscription dans une université française, contre environ 150 par an auparavant.

En outre, il n'existe plus en Albanie de lycée français depuis la fermeture, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, de celui de Korçë, qui avait ouvert ses portes en 1917.

Les actions de la coopération entre la France et l'Albanie

Le service de coopération et d'action culturelle (SCAC) est dirigé, au sein de l'ambassade, par un conseiller, assisté d'un attaché culturel et d'un attaché de coopération pour le français, par ailleurs directeur des Alliances françaises.

Les trois Alliances françaises présentes en Albanie regroupent plus de 1 800 élèves. Celle de Tirana (1 200 élèves par an) a été créée en 1992 et s'est récemment installée dans de nouveaux locaux achetés par la France ; celle de Korçë (100 étudiants par an) occupe des locaux mis à disposition par la municipalité pour 15 ans ; celle d'Elbasan (80 étudiants par an) est installée dans des locaux inadaptés. Il convient d'y ajouter les antennes de Tirana à Vlorë, Fier, Gjirokastër et Shkodra, cette dernière allant devenir prochainement une Alliance française à part entière.

L'Alliance française de Tirana est dirigée par un directeur-adjoint local, par ailleurs également directeur administratif et directeur des cours ; celles d'Elbasan et Korçë sont dirigées par deux enseignants, respectivement universitaire et de lycée. Les antennes disposent de « professeurs correspondants ».

Les crédits d'intervention alloués à ce réseau s'élèvent à 48 000 euros, en augmentation de 40 % par rapport à 2006, au titre d'opérateurs culturels du SCAC.

A la suite de la visite en 2006 du Secrétaire général de l'Alliance française, M. Jean-Claude Jacq, un ensemble de formations ont été proposées au personnel du réseau albanais, assurées par des établissements italiens.

La coopération franco-albanaise bénéficie de crédits publics d'un montant total de 730 057 euros en 2007, ainsi répartis :

- l'accompagnement du pays sur la voie de l'intégration européenne (23 %) ;

- la formation des élites et la mobilité étudiante (24 %) ;

- la promotion du français (20 %) ;

- l'action culturelle (33 %).

La francophonie, avec la promotion de la langue française, reste le secteur le plus dynamique où les résultats sont visibles à court terme dans un contexte favorable : le français est la seconde langue étrangère dans l'enseignement public albanais, avec près de 80 000 élèves. 30 % des élèves l'apprennent jusqu'à l'âge de 15 ans.

L'incitation des partenaires est renforcée par le nouveau statut de l'Albanie au sein de l'OIF et la contribution de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF).

L'action de la France en la matière se présente de la façon suivante :

Dans le système scolaire :

- le soutien aux sections bilingues de Korçë et Tirana et l'ouverture d'une 3e classe à Elbasan, l'accent mis sur la formation continue des enseignants. Les élèves qui fréquentent ces sections bilingues ont un excellent niveau et poursuivent souvent leurs études en France ;

- la signature d'une convention entre le ministère de l'éducation albanais et l'OIF sur l'enseignement professionnel ;

- l'expérimentation par le ministère de l'éducation d'une certification en langue française reconnue internationalement ;

- la formation de formateurs au sein de l'Institut pédagogique de Tirana.

Dans le système universitaire :

- la mise en place du LMD dans les départements de français des universités de Tirana, Elbasan et Shkodra ;

- l'ouverture par l'AUF, au sein de l'université de Tirana, d'un centre de formation à distance dans plus de 20 disciplines ;

- l'ouverture d'une chaire de français à Shkodra.

En contexte professionnel :

- le français sur objectifs spécifiques, inscrit dans le cadre du plan pluriannuel d'action pour le français en Europe, financé par l'OIF via un fonds d'intervention pédagogique. Mis en oeuvre par l'Alliance française de Tirana, il concerne une centaine de bénéficiaires, toutes administrations confondues. La demande augmente régulièrement mais se heurte au niveau de français requis pour en bénéficier. Des cours en amont devraient faciliter l'accès à de nombreux autres candidats ;

- une formation à vocation de démultiplication est offerte aux enseignants spécialisés.

Par ailleurs, les autorités locales reconnaissent le rôle essentiel du réseau des Alliances françaises dans la promotion de la francophonie.

L'appui à l'Etat de droit, la modernisation de l'Etat et la gouvernance est exclusivement investi depuis trois ans dans l'appui à la police, qui absorbe, en 2007, la quasi totalité des crédits.

La coopération technique a été relancée en médecine, dans le domaine de la gestion hospitalière et des plateaux techniques, d'une part, dans celui de la transfusion sanguine et de la conservation du sang, d'autre part. Il en est de même dans le secteur de l'agriculture par l'appui à la mise en réseau (coopératives) des producteurs et/ou des éleveurs en vue d'améliorer la production et l'écoulement des produits.

S'agissant de la formation des élites, il convient de rappeler que la France se situe au 6e rang des pays d'accueil des étudiants albanais. Les bourses hors projets, données à la demande, majoritairement, de master 2 et de doctorat, absorbent la totalité des crédits, dans des domaines aussi variés que le droit et les sciences politiques, l'administration, l'économie et la gestion, les lettres, les sciences du langage et l'art, les sciences humaines et sociales, les filières de santé, les sciences fondamentales, les sciences de la vie, de la terre et de l'univers.

La diversité culturelle passe par :

- une programmation artistique, en partie déléguée aux Alliances françaises, dans les domaines des arts de la scène, des arts visuels et de la littérature, tant en production qu'en formation et diffusion, visant le renforcement des partenariats institutionnels, particulièrement dans le cadre de la coopération décentralisée ;

- un soutien à la restauration et la préservation du patrimoine culturel (restauration des fresques des églises de Voskopojë12(*) avec Patrimoine sans frontières) et aux fouilles archéologiques (après la production d'un atlas bilingue sur le site d'Apollonia, participation à la signalétique du site) dans la perspective du développement d'un tourisme culturel ;

- une coopération dans le domaine du livre, portant sur les textes fondateurs de l'Union européenne ;

- dans le domaine audio-visuel, un partenariat à établir avec ARTE, la maintenance des émetteurs de TV5 à réaliser après le renouvellement de la licence en 2006 et le maintien de l'appui à l'école de cinéma Marubi ;

- cinq bourses « Rencontres internationales de jeunes » pour les Francofolies de La Rochelle.

D. LE NÉCESSAIRE APPROFONDISSEMENT DES RELATIONS FRANCO-ALBANAISES

Tous les responsables politiques albanais rencontrés par les membres de la délégation ont formé le voeu d'une intensification des relations politiques, économiques et culturelles entre la France et l'Albanie.

Le président de la République, M. Alfred Moisiu, a plus particulièrement insisté sur l'aspect économique de ces relations. Il a notamment évoqué le projet du Club Med de créer un centre de vacances dans le sud de l'Albanie, sur la côte, et a déploré que les travaux n'aient pu encore commencer alors que l'ouverture avait été initialement prévue pour l'été 2006.

Il est vrai que son patrimoine naturel et culturel permettrait à l'Albanie d'investir dans le développement du tourisme. De ce point de vue, l'exemple de la Croatie, qui est devenue une destination touristique très prisée en quelques années, montre les potentialités de l'Albanie. Il lui faut toutefois impérativement améliorer ses infrastructures, voire en créer.

Mme Jozefina Topalli, présidente de l'Assemblée, a souhaité l'établissement d'une coopération entre le Parlement albanais et le Parlement français, en particulier au niveau de leurs services.

Mme Topalli a également évoqué le renforcement des bourses pour les étudiants albanais en France, qui apparaît comme le pays de l'excellence pour les jeunes Albanais. L'augmentation du nombre d'étudiants albanais en France contribuerait également à renforcer la francophonie, mais aussi à accélérer la diffusion des pratiques démocratiques au sein de la population albanaise, comme l'a relevé M. Preç Zogaj, président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée.

Mme Valentina Leskaj, présidente de la commission de l'éducation et des moyens d'information de l'Assemblée, a sollicité l'expertise de pays étrangers, et de la France en particulier, dans le domaine de la réglementation du secteur de la communication et de l'information en raison de la nouveauté de ces problématiques en Albanie, pour lesquelles le travail de législation a à peine débuté.

La visite de la ferme pilote de Boboshticë a permis de se rendre compte des avantages que pourrait apporter un approfondissement de la coopération franco-albanaise en matière d'agriculture.

La coopération agricole à la ferme pilote de Boboshticë

Les membres de la délégation ont eu l'occasion d'effectuer une visite extrêmement intéressante à la ferme pilote de Boboshticë, qui illustre les avantages que peut retirer l'Albanie d'une coopération concrète avec la France dans le domaine de l'agriculture.

Cette coopération a débuté dès 1992, avec la venue en Albanie d'un délégué du ministère français de l'agriculture, chargé d'une mission d'assistance technique. Il s'agissait de développer l'élevage dans les campagnes albanaises, qui sortaient de 45 ans de collectivisation.

Après la construction des bâtiments en 1995 - pillés pendant les troubles de 1997 - avec l'aide du gouvernement, il a été décidé d'implanter en Albanie des vaches laitières de race tarentaise, originaire des Alpes et renommée pour sa rusticité, avec l'objectif d'améliorer les races locales par croisement. La ferme compte actuellement 33 tarentaises.

Les résultats sont tout à fait significatifs : alors qu'une vache albanaise produisait 1 200 à 1 400 litres de lait par an, elle produit, après croisement avec une tarentaise, plus de 3 000 litres.

La ferme comprend également 300 brebis et une centaine de chèvres alpines pour la production laitière, auxquelles il convient d'ajouter 120 agneaux, ainsi qu'une centaine de moutons de race Île-de-France, pour la viande. Ici encore, les résultats sont très satisfaisants, puisque la production de viande de la race locale a augmenté de 30 % après croisement.

La ferme possède un laboratoire de contrôle du lait, unique en Albanie. Ce laboratoire est de technologie française et le matériel a été financé par la France à hauteur de plus de 430 000 euros. Des techniciens français sont venus plusieurs fois sur place pour former leurs homologues albanais.

La ferme est également équipée d'un laboratoire d'insémination artificielle dont le matériel informatique a également été fourni par la France. La semence congelée et stockée dans le laboratoire vient également de notre pays.

Cette coopération se poursuit puisque le ministre albanais de l'agriculture, accompagné du responsable de la ferme de Boboshticë, s'est rendu au salon de l'agriculture de la porte de Versailles, en mars 2007. Des problèmes de financement se poseraient néanmoins.

L'Albanie possède également tous les atouts favorables au développement de l'oléiculture. Avec la hausse importante de la consommation d'huile d'olive, notamment dans les pays anglo-saxons, il conviendrait d'encourager les agriculteurs albanais à produire une huile d'olive de qualité. La coopération entre la France et l'Albanie pourrait prendre la forme d'un envoi d'experts agricoles français en Albanie. Ce pays pourrait également étudier les voies et moyens de développer une véritable viticulture.

D'une manière générale, la France pourrait faire profiter l'Albanie, qui est fortement touchée par des pénuries d'électricité, de son savoir-faire en matière d'énergie, y compris d'énergie nucléaire. Une délégation de la Compagnie nationale du Rhône a d'ailleurs récemment effectué un déplacement prospectif dans ce pays. Du reste, l'Albanie possède d'importantes potentialités hydrauliques, qui pourraient contribuer à résoudre ses problèmes énergétiques, et qui permettraient de faire émerger une alternative au pétrole, de plus en plus cher et rare.

Il convient également de noter le développement de la coopération militaire entre nos deux pays.

Le niveau des relations entre les deux pays sur le plan militaire s'est élevé. Le ministre albanais de la défense, M. Fatmir Mediu, a rencontré son homologue français, alors Mme Michèle Alliot-Marie. Un accord militaire a également été conclu entre les deux pays, et l'Albanie souhaite l'approfondir pour accélérer la modernisation de ses forces armées.

L'armée albanaise manifeste un intérêt important envers la France. Elle dispense à ses hommes, au sein de l'académie militaire, des cours de français, qui est, avec l'anglais, la langue de travail de l'OTAN. Les échanges de personnels sont de plus en plus nombreux et concernent des personnels de plus en plus gradés. Ainsi, la Délégation générale à l'armement (DGA) a effectué une visite en Albanie en mars 2007, et une visite de la Direction des affaires stratégiques du ministère français de la défense est prévue à la fin de l'année. Le gouvernement albanais a également décidé de nommer, à compter de l'automne 2007, un attaché de défense en France.

* 12 Les cinq églises et le monastère qui subsistent à Voskopojë offrent un ensemble exceptionnel d'architecture et de peinture d'époque post-byzantine.