Colloque sur le Caucase (19 mai 2005)



La réalité des affaires en Azerbaïdjan

Cet atelier était présidé par Aymeri de MONTESQUIOU, Vice-Président du Groupe interparlementaire France - Caucase et son Excellence Roland BLATMANN, Ambassadeur de France en Azerbaïdjan.

Participaient à cet atelier :

Michel GELENINE, Chef de la Mission économique à Bakou ;

James HOGAN, Avocat Associé, Cabinet Salans ;

Jean JANUARD, Directeur Pétrole et Gaz Russie, Coordinateur projets énergétiques Caucase - Asie centrale, Groupe CIFAL ;

Jean-Paul LANFRANCHI, Directeur général, BIH, Groupe Castel ;

Jean-Claude NAWROT, Directeur général, Total E & P Azerbaïdjan BV.

Aymeri de MONTESQUIOU

L'Azerbaïdjan est un centre d'intérêt pour le Sénat, comme le sont les autres pays du Caucase. Le Président Poncelet, vous le savez, a pris l'initiative de réunir les Présidents des trois pays de la zone évoquée, il y a deux ans, à Versailles, rencontre qui faisait suite à deux précédentes en 1999 (à Versailles) puis 2001 (à Tbilissi).

C'est en Azerbaïdjan que les premiers puits de pétrole ont été forés. Ses infrastructures pétrolières, certes anciennes, ont été considérablement modernisées depuis l'indépendance. Le dispositif législatif et réglementaire a été revu, afin d'attirer les investissements étrangers. Aujourd'hui, les investissements étrangers y sont en très forte croissance (+ 76 %). Celle-ci est principalement le fait des majors pétrolières. En outre, le PIB a crû de manière spectaculaire, à hauteur de 11 % en 2004.

Les investissements français s'effectuent essentiellement dans le secteur parapétrolier. Les entreprises françaises parapétrolières, à l'instar de Technip par exemple, y ont « fait leur place ». Les entreprises agroalimentaires françaises se développent également. En effet, la hausse des investissements et la modernisation du dispositif légal constituent pour la France une excellente opportunité pour conduire des investissements en Azerbaïdjan.

Rappelons que les États-unis sont très présents dans ce pays, d'un point de vue économique d'une part et d'un point de vue militaire d'autre part. Il est à noter également que l'Azerbaïdjan souhaite se tourner davantage vers l'Union Européenne.

Par ailleurs, l'Azerbaïdjan souhaite accroître sa capacité d'exportation de pétrole et sa capacité de transit. A ce titre, elle a prévu de bâtir un nouveau pipe line. Cette démarche devrait générer, de toute évidence, un surplus d'activité en Azerbaïdjan et donc des opportunités d'investissements, principalement dans le secteur parapétrolier.

Roland BLATMANN

D'un point de vue politique, l'intérêt de la France pour l'Azerbaïdjan, indépendamment de toute question économique, commerciale ou culturelle, est évident : la région du Caucase-Sud doit connaître un développement pacifique et démocratique. Le développement du marché suppose que les autorités d'Azerbaïdjan accordent une attention particulière à la modernisation du dispositif légal, notamment pour favoriser les investissements étrangers. Elles doivent également se pencher sur les questions sociales et politiques.

Autour de l'Azerbaïdjan, s'est créé un contexte « révolutionnaire ». Il complique le développement de ce pays. Bien évidemment, pour que le développement soit au rendez-vous, il convient de régler le conflit existant entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Indépendamment de l'amitié qu'elle porte aux trois pays du Sud-Caucase, la France a la conviction de l'importance de son rôle dans ce cadre.

Nous jouons ce rôle dans le cadre du groupe de Minsk, chargé d'aider les deux parties à trouver une solution négociée et pacifique. La France a donc un rôle privilégié à jouer, non seulement d'un point de vue économique, mais aussi en tant que promoteur d'une solution négociée à un conflit et d'un développement démocratique.

Il est vrai que des situations de pauvreté persistent en Azerbaïdjan, toutefois, nettement moindre que dans d'autres pays pétroliers du monde. Quant aux futures élections, nous considérons qu'elles devront contribuer à la stabilité du pays et au renforcement de la démocratie. Quoi qu'il en soit, je pense que les autorités azerbaïdjanaises ont bien compris que leur salut passait par une telle voie.

La France compte donc être présente en Azerbaïdjan, tant sur le plan économique que sur le plan culturel. Dans ce cadre, un institut français a d'ailleurs récemment été inauguré. Par ailleurs, l'Azerbaïdjan est aujourd'hui à un tournant. En conséquence, ce pays va devoir emprunter résolument la voie de la démocratie. C'est pourquoi nous devons faire comprendre aux autorités de l'Azerbaïdjan et à l'opposition que le développement de la population passera par un développement de la démocratie.

Quelles sont les attentes de l'Union Européenne ? Depuis son indépendance, l'Azerbaïdjan cherche à trouver un équilibre entre plusieurs grandes puissances, comme la Russie, l'Iran ou la Turquie. Face à ces trois voisins et face aux États-unis, l'Azerbaïdjan peut voir en l'Union Européenne une alternative. Ce désir de se rapprocher des structures européennes est désormais une réalité. Aussi est-il important que la France continue à envoyer des signes positifs à ce pays. En conséquence, tous les chefs d'entreprise se rendant en Azerbaïdjan ne doivent pas oublier qu'ils sont les ambassadeurs de la France.

Michel GELENINE

Je souhaite formuler cinq remarques dans le cadre de mon propos. Pour ce qui est du secteur privé, je dois vous dire qu'il existe une classe d'entrepreneurs nouvelle. En outre, le Gouvernement est conscient de la nécessaire diversification de son économie, celle-ci ne devant pas se limiter à l'industrie pétrolière. Les couloirs énergétiques supposent des projets et des financements. L'argent est au rendez-vous, qu'il soit issu du fonds pétrolier, des banques privées, du Gouvernement...

Par ailleurs, le Président du Sénat a proposé aux trois pays de la zone évoquée une coopération en matière de tourisme et de valorisation du patrimoine. Ce secteur est tout à fait compatible, en effet, avec le concept de développement durable.

De la salle

Quid du lobbying exercé par les États-Unis ? Est-ce un lobbying économique ou politique ? Comment se manifeste-t-il ?

Roland BLATMANN

D'un point de vue politique, la situation est limpide, tout particulièrement depuis la réélection de George W. Bush. Ce dernier considère qu'il faut « démocratiser » certains États. En conséquence, il estime que tous les mouvements luttant pour l'établissement de la démocratie dans ces États doivent être soutenus. L'Azerbaïdjan ne fait pas exception à la règle, bien évidemment. Pour les Etats-Unis, il semble que tous les moyens soient bons pour conduire une telle politique.

Michel GELENINE

D'un point de vue économique, le Gouvernement américain a fortement milité pour la création de couloirs d'évacuation du pétrole Est-Ouest. Ce lobbying, très visible, a porté ses fruits. En ce qui concerne les ventes d'aéronefs, le lobbying du Gouvernement américain semble beaucoup moins efficace. Il a fonctionné une première fois et a abouti à la vente de plusieurs appareils. En revanche, il n'a pas fonctionné par la suite. En-dehors du secteur pétrolier, dans lequel le lobbying est fort, l'influence américaine est beaucoup moins forte.

Stéphane BOULET, CNCCEF, Responsable adjoint Service international et information

Qu'en est-il de l'influence de la Chine en Azerbaïdjan ?

Michel GELENINE

Nous constatons en effet une montée en puissance de la Chine, même s'il est très difficile d'en évaluer l'ampleur. Force est de constater que les échanges avec la Chine augmentent globalement. En outre, à moyen terme, l'Azerbaïdjan sera le passage obligé entre la Chine et l'Europe. Les voies de transport idoines sont prévues et sont déjà en construction. Notons également que les sociétés pétrolières chinoises sont présentes en Azerbaïdjan - et également en Géorgie - et investissent sur des projets onshore.

Jean JANUARD

En ce qui concerne le lobbying politique américain, il est certes présent en Azerbaïdjan. Toutefois, c'est le cas dans tous les pays de l'ex-URSS. Si ce lobbying vise la promotion de la démocratie, il vise aussi le renforcement de la présence et de l'influence américaine dans la région. Il est même parfois quelque peu tendancieux. Plus généralement, je dois dire que le lobbying américain en Azerbaïdjan est organisé de manière très intelligente. Cela a notamment été le cas pour la construction du pipe line BTC.

J'ai aussi récemment constaté que les industries pétrolières chinoises investissant en Azerbaïdjan « tiraient » avec elles nombre de sociétés parapétrolières chinoises, notamment sur des petites activités pointues mais indispensables : fabricants chinois de pipe-lines, foreurs chinois, spécialistes chinois en géophysique sont apparus dans la région, ce qui représente un fait totalement nouveau.

Bernadette DUCRET, ODIT France, International export

Le Sénat nous a confié une mission d'analyse du développement touristique des trois pays du Sud-Caucase. Certaines études ont d'ores et déjà été conduites, en Arménie tout particulièrement. En Azerbaïdjan et en Géorgie en revanche, nous n'avons pas encore mené de missions d'expertise. Je souhaite avoir l'avis des intervenants à ce titre.

Roland BLATMANN

Nous attendons cette mission d'analyse du développement touristique en Azerbaïdjan, dont le financement a été fourni par le Sénat. Au nom de l'Ambassade de France, je tiens à vous dire que nous sommes tout à fait prêts à vous présenter de premières pistes : elles peuvent concerner les complexes pétroliers (en activité ou désaffectés), des sites naturels, des sites historiques ou des villes étant de hauts lieux de culture.

Michel GELENINE

Nous vous attendons avec la plus grande impatience. Au-delà des premières idées qui viennent d'être données, je pense que certains villages de montagne sont dignes d'intérêt. Il existe en outre un projet de circuit touristique du pétrole, conduit par une ONG.

De la salle

Les groupes d'ores et déjà en place en Azerbaïdjan souhaitent-ils s'y développer plus largement ? Quid des nouveaux projets d'implantation d'entreprises françaises en Azerbaïdjan ?

Jean-Paul LANFRANCHI

Pour notre part, nous voulons nous développer davantage en Azerbaïdjan. Nous avons planté des ceps bordelais dans le Sud de l'Azerbaïdjan. Nous allons essayer de faire un vin avec la récolte, devant nous permettre d'attaquer les marchés avoisinants. Plus généralement, je dois dire que l'Azerbaïdjan donne la possibilité aux initiatives de voir le jour. Enfin, ce pays propose des interlocuteurs publics aux investisseurs privés.

Michel GELENINE

Je ne pense pas que nous verrons, en Azerbaïdjan, des projets du même type que ceux constatés au Turkménistan dans le domaine du BTP. Pour autant, des opportunités existent et des études seront conduites. En ce qui concerne le secteur automobile, il est à noter que Renault avait fait une étude sur l'Azerbaïdjan : elle n'a pas abouti. Signalons néanmoins que, en termes de ventes, la présence française s'accroît.

De la salle

Existe-t-il une stratégie commune, en matière d'énergie électrique, entre les trois pays du Caucase-Sud ?

Michel GELENINE

Il existe en effet une coopération régionale. Elle est cependant incomplète. S'agissant plus précisément de l'Azerbaïdjan, le Gouvernement a publié en mars un décret présidentiel approuvant un plan énergétique national.

Jean JANUARD

En ce qui concerne le tourisme, je souhaite apporter un témoignage personnel. J'ai vécu six ans en Azerbaïdjan et j'ai beaucoup voyagé. Toutefois, je ne pense pas avoir tout vu, loin de là ! Les richesses de ce pays, qu'elles soient naturelles, historiques ou culturelles, sont très nombreuses. En Azerbaïdjan, les sites à visiter ne manquent pas. En revanche, les infrastructures d'accueil sont encore peu nombreuses, vétustes, et tout particulièrement dans les campagnes. Les routes, quant à elles, sont souvent difficiles. Certes, des infrastructures se recréent. Cependant, elles sont le fruit d'initiatives privées. Elles sont donc de faible ampleur.