EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

La présente proposition de résolution a pour objet d'appeler à l'inscription des connaissances, savoir-faire et pratiques sociales de la culture du cognac en Charente et en Charente-Maritime sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO (Convention de 2003). Elle s'inscrit dans le prolongement du travail de sauvegarde, de documentation et de transmission déjà engagé par les communautés concernées, ainsi que dans la dynamique ouverte par l'inscription, le 7 février 2020, de l'élément « Les savoir-faire de l'élaboration du cognac » à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel de la France.

La culture du cognac en Charentes constitue un élément majeur du patrimoine culturel immatériel français. Elle ne se limite pas à l'élaboration d'une eau-de-vie d'excellence ; elle rassemble un ensemble vivant de connaissances, de savoir-faire, de pratiques sociales, de gestes, de représentations et de transmissions intergénérationnelles, façonné au fil des siècles et profondément ancré dans les territoires charentais. La fiche d'inventaire nationale comme le formulaire de candidature au patrimoine culturel immatériel de l'humanité montrent qu'elle associe, dans une même chaîne de sens et de compétences, la conduite du vignoble, la vinification charentaise, la double distillation en alambic charentais, le vieillissement en fût de chêne, l'assemblage, l'habillage du produit, ainsi que les formes de sociabilité, d'hospitalité et de transmission qui lui donnent sa profondeur patrimoniale.

Principalement enracinée dans les départements de la Charente et de la Charente-Maritime, ainsi que, pour partie, en Dordogne et dans les Deux-Sèvres, cette culture vivante s'inscrit, pour les besoins de la présente rédaction, dans un territoire viticole de 90 000 hectares et dans une filière représentant 70 000 emplois directs et indirects. Elle mobilise une pluralité de femmes et d'hommes : pépiniéristes, viticulteurs, bouilleurs de cru, distillateurs, maîtres de chai, assembleurs, tonneliers, chaudronniers, verriers, décorateurs, designers, courtiers, négociants, formateurs, chercheurs, médiateurs et passeurs de mémoire. Les documents préparatoires mettent en évidence le caractère systémique de cette communauté, fondée sur la complémentarité des métiers, la coopération et la recherche constante de la qualité.

La culture du cognac repose sur un rapport singulier au temps. Elle suppose de longs apprentissages, une mémoire sensorielle affinée, le respect de temporalités parfois très étendues, depuis la production du plant jusqu'à la maturation de l'eau-de-vie. La fiche d'inventaire souligne que le respect du temps constitue l'une des valeurs identitaires centrales de cette culture. Cette temporalité n'est pas accessoire : elle est au coeur de la transmission, de la qualité des pratiques et de la continuité des styles propres à chaque maison, à chaque exploitation et à chaque lignée professionnelle.

Cet héritage n'est pas figé. Il se transmet encore largement par l'oralité, l'observation, le compagnonnage, l'apprentissage du geste et l'expérience partagée, tout en étant désormais renforcé par des dispositifs de formation, de certification, de recherche et de professionnalisation. Le formulaire de candidature insiste sur cette articulation féconde entre transmission informelle (au sein des familles, des exploitations, des chais, par l'observation, l'imitation et la pratique partagée) et transmission structurée (apprentissage, lycées viticoles, formation professionnelle, certifications, recherche), qui permet à la fois la sauvegarde des savoirs anciens et l'adaptation raisonnée aux évolutions contemporaines.

La culture du cognac joue également un rôle social, culturel, territorial et économique de premier plan. Elle participe à la cohésion sociale, à l'attractivité des territoires, à la valorisation des paysages culturels, au maintien de métiers rares, à la vitalité des savoir-faire artisanaux et à la diffusion d'une image de la France fondée sur l'excellence, la transmission et l'hospitalité. Le dossier de candidature auprès de l'UNESCO montre qu'elle contribue à la visibilité du patrimoine culturel immatériel, au dialogue entre communautés, à l'éducation, au développement économique inclusif et à des formes de durabilité environnementale.

Cependant, cet élément demeure exposé à des menaces réelles. La fiche d'inventaire relève notamment les effets du changement climatique sur le vignoble et sur les cépages, les tensions pesant sur certaines ressources naturelles, la raréfaction de métiers rares, les risques de standardisation liés à l'automatisation, la diminution du nombre de praticiens dans certains secteurs, ainsi que les risques de contrefaçon et d'affaiblissement des mécanismes collectifs de transmission.

Face à ces enjeux, la communauté du cognac s'est d'ores et déjà fortement mobilisée. Un important travail participatif de documentation, d'inventaire, de concertation et de hiérarchisation des valeurs identitaires a permis de mieux identifier les fondements de cet élément et de construire une démarche de sauvegarde partagée. La candidature portée sous l'intitulé « Connaissances, savoir-faire et pratiques sociales de la culture du cognac en Charentes » s'inscrit dans cette dynamique et poursuit un objectif clair : obtenir la reconnaissance internationale de cet héritage vivant afin de renforcer durablement sa sauvegarde, sa transmission et sa valorisation.

Le Sénat, chambre des collectivités territoriales, est pleinement dans son rôle lorsqu'il affirme que l'inscription de cet élément au patrimoine culturel immatériel de l'humanité ne relève pas d'une seule logique symbolique. Elle constitue un levier concret de reconnaissance, de visibilité, de mobilisation collective et de protection d'un patrimoine vivant qui unit excellence agricole, artisanale, culturelle et territoriale. Elle permettrait de mieux soutenir les communautés qui le portent, de consolider les actions de transmission, de favoriser les coopérations scientifiques et culturelles, et de mieux faire connaître, en France comme à l'étranger, la richesse de la culture du cognac en Charentes.

La présente proposition de résolution vise, en conséquence, à exprimer solennellement le soutien du Sénat à l'inscription des connaissances, savoir-faire et pratiques sociales de la culture du cognac en Charentes au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, et à inviter le Gouvernement à soutenir pleinement cette candidature.

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