N° 32
SÉNAT
SESSION ORDINAIRE DE 2001-2002
Annexe au procès-verbal de la séance du 17 octobre 2001
PROJET DE LOI
autorisant l'approbation de l'avenant à l'accord entre l' Agence de coopération culturelle et technique et le Gouvernement de la République française relatif au siège de l'Agence et à ses privilèges et immunités sur le territoire français,
PRÉSENTÉ
au nom de M. LIONEL JOSPIN,
Premier ministre,
par M. HUBERT VÉDRINE,
Ministre des affaires étrangères.
( Renvoyé à la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées sous réserve de la constitution éventuelle d'une commission spéciale dans les conditions prévues par le Règlement).
|
Traités et conventions. |
EXPOSÉ DES MOTIFS
Mesdames, Messieurs,
La France et l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) ont
signé, le 11 avril 2000, un avenant à l'accord conclu
le 30 août 1972 entre le Gouvernement de la République
française et l'Agence de coopération culturelle et technique
(ACCT) relatif au siège de l'Agence et à ses privilèges et
immunités sur le territoire français.
Cet avenant tire les conséquences de la mutation institutionnelle de la
Francophonie voulue par la France, pays d'accueil des institutions francophones
en vertu de l'accord de siège conclu en 1972.
Créée en 1970 par le traité de Niamey à
l'initiative des Présidents Léopold Sedar Senghor du
Sénégal, Habib Bourguiba de Tunisie et Hamani Diori du Niger, la
Francophonie institutionnelle a en effet beaucoup gagné en importance.
En trente ans, le mouvement francophone a vu le nombre de ses membres passer de
vingt-deux États à cinquante-cinq. Présente sur les cinq
continents, la Francophonie regroupe désormais plus du quart des pays du
monde, abrite 10 % de la population de la planète et réalise
15 % du commerce mondial.
En outre, alors que la Francophonie multilatérale avait d'abord
revêtu une dimension essentiellement culturelle et technique,
conformément à la mission confiée à l'ACCT par le
traité de Niamey et entérinée par l'accord de siège
conclu avec la France en 1972, elle a, par la suite, diversifié ses
missions et renforcé le caractère politique de son action,
notamment à partir de 1986, date du premier sommet des chefs
d'État et de Gouvernement des pays ayant le français en partage.
Ses domaines d'intervention sont désormais la promotion du
français et de la diversité linguistique et culturelle,
l'éducation et la formation, les technologies de l'information et de la
communication, la coopération économique et sociale pour un
développement durable et le renforcement de la démocratie et des
droits de l'homme.
En effet, lors des sommets de Hanoi (1997) et de Moncton (1999), les chefs
d'État et de Gouvernement francophones ont clairement engagé la
Francophonie à se mobiliser en faveur de l'approfondissement de la paix,
de la démocratie et du respect des droits de l'Homme. C'est ainsi que le
symposium qui s'est tenu à Bamako, au début du mois de novembre
2000, sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des
libertés dans l'espace francophone, a arrêté une liste de
mesures susceptibles d'être prises à l'encontre des pays
connaissant une rupture de la démocratie ou des violations massives des
droits de l'Homme, ainsi qu'un vaste plan d'action en matière de
formation des magistrats et d'appui aux processus électoraux.
Cette évolution marquée de la Francophonie s'est traduite par
l'adoption en 1997 d'une réforme institutionnelle destinée
à en moderniser les structures. Lors du sommet de Hanoi le dispositif
institutionnel a été étoffé, une charte de la
Francophonie a été adoptée et une Organisation
internationale de la francophonie (OIF) instituée. Les principales
innovations de cette charte, la création d'un poste de secrétaire
général de la Francophonie et d'un poste d'administrateur
général de l'Agence de la francophonie, sont reprises par
l'avenant signé le 11 avril 2000.
Ainsi, il est institué une fonction de secrétaire
général, dont le premier titulaire est M. Boutros
Boutros-Ghali, ancien secrétaire général des Nations
unies, ce qui permet de donner un visage à la Francophonie dont il
devient le porte-parole politique et le représentant officiel sur la
scène internationale.
De manière générale, l'action du secrétaire
général consiste à :
- promouvoir l'image de la Francophonie, notamment dans le cadre des grandes
manifestations internationales ;
- asseoir les bases d'une coopération avec les grandes instances
multilatérales ;
- appuyer les processus électoraux et contribuer à la recherche
de solutions dans les situations de crise ou de rupture de la démocratie
dans l'espace francophone ;
- rapprocher la Francophonie des autres grandes aires linguistiques, au titre
de la promotion de la diversité linguistique et culturelle.
Pour ce faire, la charte crée et place sous son autorité
l'Organisation internationale de la francophonie, instance politique
multilatérale à forte visibilité, et précise les
attributions du principal opérateur des sommets de la Francophonie,
l'ACCT, devenue Agence intergouvernementale.
La direction de l'Agence est assurée par l'administrateur
général, nommé pour quatre ans par la conférence
ministérielle sur proposition du secrétaire
général. L'administrateur général participe
à la définition des programmes ; il est responsable de leur
exécution. Le sommet de Hanoi lui a en outre donné mandat pour
préparer une réorganisation de l'Agence visant à
accroître son efficacité tout en diminuant ses coûts de
fonctionnement.
L'avenant signé le 11 avril 2000 met ainsi l'accord de 1972 en
conformité formelle avec les nouvelles dispositions
arrêtées en 1997 dans le cadre de cette large réforme
institutionnelle de la Francophonie : il substitue au nom d'« Agence
de coopération culturelle et technique » celui
d'« Organisation internationale de la francophonie » et
intègre en annexe la charte de la Francophonie.
En outre, le texte redéfinit les privilèges et immunités
applicables à certains agents de l'organisation. Il introduit une
nouvelle catégorie d'agents, bénéficiaires du statut de
chef de mission diplomatique, et étend la liste des
bénéficiaires du statut diplomatique.
Parce qu'il couronne la modernisation de la Francophonie, l'avenant sert
l'intérêt de notre pays. La francophonie, dont l'évolution
institutionnelle procède pour l'essentiel d'initiatives
françaises, constitue en effet une dimension importante de l'action
extérieure et de la politique de coopération de notre pays.
Grâce au dispositif arrêté par la charte adoptée
à Hanoi, la France dispose d'un vecteur privilégié pour
faire entendre sa voix dans le débat sur l'instauration d'un nouvel
ordre mondial et contribuer à l'émergence d'un monde multipolaire.
Les sommets de la Francophonie sont l'occasion de donner une résonance
mondiale aux préoccupations des francophones. Le souci de concertation,
tant au sein de l'espace francophone qu'entre l'OIF et les autres instances
multilatérales qui sont ses partenaires naturels, offre l'avantage de
préparer efficacement les grandes échéances
internationales, et le cas échéant, de présenter lors de
ces rencontres des positions concordantes. La concertation préalable
à la dernière conférence ministérielle de l'OMC,
à l'Assemblée générale des Nations unies sur les
femmes ou encore au Sommet sur le développement social en est le
témoignage probant.
Telles sont les principales observations qu'appelle l'avenant à l'accord
entre le Gouvernement de la République française et l'Agence de
coopération culturelle et technique relatif au siège de l'Agence
et à ses privilèges et immunités sur le territoire
français, avenant qui, comportant des dispositions de nature
législative, est soumis au Parlement en vertu de l'article 53 de la
Constitution.
PROJET DE LOI
Le
Premier ministre,
Sur le rapport du ministre des affaires étrangères,
Vu l'article 39 de la Constitution,
Décrète :
Le présent projet de loi autorisant l'approbation de l'avenant à
l'accord entre l'Agence de coopération culturelle et technique et le
Gouvernement de la République française relatif au siège
de l'Agence et à ses privilèges et immunités sur le
territoire français, délibéré en Conseil des
ministres après avis du Conseil d'État, sera
présenté au Sénat par le ministre des affaires
étrangères, qui sera chargé d'en exposer les motifs et
d'en soutenir la discussion.
Article unique
Est
autorisée l'approbation de l'avenant à l'accord entre l'Agence de
coopération culturelle et technique et le Gouvernement de la
République française relatif à ses privilèges et
immunités sur le territoire français, signé à Paris
le 11 avril 2000, et dont le texte est annexé à la
présente loi.
Fait à Paris, le 17 octobre 2001
Signé : LIONEL JOSPIN
Par le Premier ministre :
Le ministre des affaires étrangères,
Signé : HUBERT VÉDRINE