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Rachat des Chantiers de l’Atlantique par Fincantieri : la France est-elle à la veille de faire une erreur industrielle majeure ?


Mercredi 4 décembre 2019

La commission des affaires économiques du Sénat a entendu ce mercredi 4 décembre 2019 M. Laurent Castaing, directeur général des Chantiers de l’Atlantique.

En l’attente de la décision de la Commission européenne sur la conformité du rachat des Chantiers par le constructeur naval italien Fincantieri, qui devrait intervenir d’ici mars 2020, la commission des affaires économiques a souhaité faire le point sur la situation économique de l’entreprise, ses perspectives de développement, et sur les conditions nécessaires à la protection du secteur français de la construction navale.

Le rachat envisagé interviendrait alors que les Chantiers de l’Atlantique disposent désormais de solides perspectives économiques : l’entreprise est l’une des trois seules au monde possédant les savoir-faire nécessaires à la construction de paquebots géants. Son carnet de commandes est plein jusqu’en 2024, et devrait l’être jusqu’en 2029, le secteur de la croisière ayant crû de 4,6 % en 2018 et continuant de se développer, comme l’a rappelé M. Castaing. La France dispose ainsi d’une entreprise polyvalente, leader dans la construction de paquebots, mais également à même de mener à bien la modernisation des bâtiments militaires français.

Près de 40 millions d’euros sont investis par an sur le site de Saint-Nazaire, afin de moderniser l’outil de production. L’entreprise compte se doter d’un second portique pour répondre à l’accroissement de l’activité, et fait actuellement face à un fort besoin de recrutement, a indiqué M. Castaing aux membres de la commission. Dans un secteur très compétitif, les Chantiers de l’Atlantique se placent à la pointe de l’innovation, notamment en lien avec la transition énergétique du transport maritime, expérimentant des paquebots à voile, à batteries électriques et propulsés au gaz naturel liquéfié.

Dans ce contexte économique favorable, les sénateurs de la commission se sont interrogés sur la pertinence de la cession par l’État français d’une partie de ses participations au capital des Chantiers de l’Atlantique, qui s’élèvent aujourd’hui à 82 %.

En particulier, la présidente Sophie Primas (Les Républicains - Yvelines) a souligné les risques que le rachat par Fincantieri pourrait faire peser sur les savoir-faire et l’emploi en France. Un transfert d’une partie de la construction vers l’étranger pourrait être lourd de conséquences, non seulement pour les employés des Chantiers, mais aussi pour l’écosystème local de sous-traitants, qui détiennent une partie du capital de l’entreprise. Ces observations résonnent avec les travaux que la commission mène depuis juillet dernier sur la protection des intérêts économiques français, alors que les conséquences du rachat des activités de General Electric à Belfort ou de la fermeture de la sucrerie Saint-Louis à Cagny se font durablement sentir dans les territoires. "Ne doit-on pas craindre un transfert de technologies vers la Chine, alors que Fincantieri a déjà passé des accords avec le géant chinois de la construction navale, une entreprise publique subventionnée ? s’est interrogée la présidente Sophie Primas.

M. Laurent Castaing a souligné le "grand danger" qu’un transfert de technologies vers la Chine ferait courir à l’industrie de construction navale européenne : "La Chine souhaite pénétrer le marché des paquebots. Il lui manque pour l’instant l’accès aux technologies. Avec celles-ci, ils produiraient des bateaux pour un coût de 20 à 30 % inférieur." Interrogé sur la stratégie du groupe italien, le directeur a indiqué que le développement de ces partenariats avec les constructeurs navals chinois serait une "grosse erreur", insistant qu’il convient de défendre le patrimoine industriel et ne pas le laisser filer.

Alors que la renégociation de l’offre de rachat de Fincantieri semble avoir abouti à un compromis, par lequel l’entreprise italienne se porterait acquéreur de 50 % du capital, les sénateurs ont souligné le besoin de suivi actif du dossier par l’État français. "Au bout des douze ans prévus par l’accord, qu’adviendra-t-il des 1 % prêtés par l’État à Fincantieri, qui lui confèrent le contrôle opérationnel des Chantiers ?" s’est enquis Laurent Duplomb (Les Républicains - Haute-Loire).

La commission des affaires économiques poursuivra ses travaux sur la protection des intérêts économiques français au cours des prochains mois.

 

La commission des affaires économiques est présidée par Mme Sophie Primas (Les Républicains - Yvelines).

 

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