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Langage utilisé dans le domaine de l'économie

10e législature

Question écrite n° 04994 de M. Jacques Legendre (Nord - RPR)

publiée dans le JO Sénat du 24/02/1994 - page 406

M. Jacques Legendre attire l'attention de M. le ministre de la communication sur l'intérêt que représente une communication claire et objective dans le domaine de l'économie. Chacun peut en effet mesurer clairement le sens d'une croissance économique qui peut être définie comme une augmentation de la richesse nationale liée à une élévation du niveau de vie. Il est dès lors possible de parler de " fort taux de croissance ", de " croissance équilibrée ", de " ralentissement de la croissance ", ou encore de " croissance inférieure aux prévisions ". Or est apparue dans diverses informations ministérielles l'expression de " croissance négative ", qui semble absconse, voire hermétique, et qui s'apparenterait aux alliances de mots contradictoires, dites oxymores et oxymorons, dont la plus célèbre est celui du Cid : " cette obscure clarté qui tombe des étoiles... ". Il lui demande s'il ne lui semble pas opportun de demander, notamment à ses services, de mettre fin à l'utilisation de telles expressions, susceptibles d'entraîner parfois quelque confusion dans l'esprit des lecteurs.



Réponse du ministère : Économie

publiée dans le JO Sénat du 15/12/1994 - page 2963

Réponse. - Lorsqu'ils étudient les variations d'une variable ou d'une fonction, les mathématiciens utilisent traditionnellement le mot d'accroissement. Ce terme est défini (par exemple dans le Petit Robert) comme la " mesure algébrique " de la variation considérée, c'est-à-dire comme la valeur absolue de celle-ci affectée d'un signe positif ou négatif selon le sens de la variation (cf., par exemple, la définition de la dérivée d'une fonction d'une variable enseignée dans les classes élémentaires, ou la célèbre formule dite " des accroissements finis "). C'est sans doute cet usage qui a conduit les économistes à utiliser l'expression " taux de croissance " pour caractériser l'évolution temporelle des séries économiques de préférence aux expressions plus neutres de " taux de variation " ou de " taux d'évolution " qui, elles, ne préjugent pas sémantiquement le sens de l'évolution observée. Il est donc habituel de trouver, dans la légende explicative accompagnant un tableau de chiffres retraçant l'évolution d'une ou de plusieurs séries économiques, l'indication " taux de croissance " souvent complétée de la mention " en p. 100 ", même lorsque certaines séries décroissent à certaines périodes, c'est-à-dire lorsque le tableau comporte des chiffres négatifs. Il pourrait sembler lourd, en effet, d'indiquer taux de croissance ou de décroissance. Dès lors qu'on admet qu'aux taux de croissance puisse être négatif, on est facilement porté à écrire l'expression " croissance négative ", en particulier lorsqu'il s'agit de qualifier l'évolution négative du produit intérieur brut, censé résumer l'activité économique d'une nation. Cette expression, qui n'est pas des plus heureuses, est communément employée par les économistes tant français qu'étrangers (cf., par exemple, sur le mode allusif, " Perspectives Economiques de l'OCDE no 54, décembre 1993, p. 70 " bien que la croissance de l'Allemagne occidentale doive redevenir positive... "). Dans un souci de communication claire et objective sur l'économie il vaudrait mieux utiliser les termes " taux d'évolution " ou " taux de variation " lorsqu'une variable peut prendre des valeurs positives ou négatives.