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Campagne anti-alcool à la télévision

11e législature

Question écrite n° 30503 de M. Marcel Vidal (Hérault - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 18/01/2001 - page 118

M. Marcel Vidal attire l'attention de M. le Premier ministre sur la campagne anti-alcool diffusée à la télévision à propos de l'indignation qu'elle suscite auprès des professionnels concernés. En effet, les messages délivrés par le spot audiovisuel (une consommation excessive à partir de trois verres par jour avec pour conséquence le cancer), perçus comme choquants par la profession, sont critiquables, parce que dépourvus de fondement scientifique. En effet, de nombreuses études affirment le contraire, arguant que la consommation modérée de vin réduit considérablement les risques de cancer. En outre, les conclusions arbitraires énoncées par ce spot publicitaire dénue de tout intérêt l'étude actuellement menée par la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) sur les bénéfices ou risques liés à cette consommation. Il lui demande son avis sur le paradoxe induit par cette campagne publicitaire et si une concertation avec les professionnels de la filière viti-vinicole est prévue par le Gouvernement.



Réponse du ministère : Premier ministre

publiée dans le JO Sénat du 13/12/2001 - page 3918

Le développement des connaissances sur les drogues et sur les comportements d'addiction et, plus encore, leur mise à disposition des professionnels et du public constituent un des axes clés du plan triennal de lutte contre la drogue et de prévention des dépendances adopté par le Gouvernement en juin 1999. Dans cette perspective, la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) s'emploie à promouvoir une politique active de synthèse et de diffusion des connaissances scientifiques disponibles auprès des professionnels, spécialisés ou non, mais aussi du grand public. Cette politique passe, notamment, par des commandes adressées à l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) d'expertises collectives sur des questions controversées. Ces expertises collectives ne sont pas, à proprement parler, des études : il s'agit de bilans de connaissances réalisés par un groupe multidisciplinaire de scientifiques réunis par l'INSERM et qui vont analyser et synthétiser, en quelques mois, la littérature scientifique mondiale publiée sur un sujet défini. En s'adressant ainsi à un organisme public de recherche dont la notoriété et l'impartialité sont unanimement reconnues, la MILDT entend mettre en lumière, dans un langage accessible au non-spécialiste, le socle de connaissances acquises et " opposables " sur un sujet déterminé. L'enjeu, in fine, est de nourrir le débat public en l'aidant à s'affranchir de tout a priori idéologique. C'est dans ce cadre que la MILDT a demandé à l'INSERM, en juillet 2000, d'entreprendre une expertise collective sur les bénéfices et les risques associés à la consommation d'alcool. La MILDT a été rejointe dans cette initiative par la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) et par le Comité français d'éducation à la santé (CFES). Le cahier des charges de cette expertise collective a fait l'objet, dans le courant de l'année 2000, d'une large concertation avec les représentants de la filière vini-viticole, les représentants des brasseurs et des producteurs de spiritueux ainsi qu'avec les animateurs des associations de prévention et de prise en charge. Les résultats du premier volet de cette expertise collective (bénéfices et risques pour la santé) ont été rendus publics le 20 septembre dernier, à l'occasion d'une conférence de presse organisée par l'INSERM. Les principaux enseignements qui se dégagent de ce travail, et qui confirment sur bien des points les connaissances antérieures, sont les suivants : 1. La consommation excessive d'alcool sur une longue période est dangereuse pour la santé : elle est directement responsable de près de 23 000 décès chaque année en France, sans compter les décès par accidents sous l'emprise de l'alcool. Cirrhoses du foie, cancers des voies aérodigestives supérieures et du foie, troubles du système nerveux, syndrome d'alcoolisation foetale sont les pathologies les plus graves provoquées par la consommation excessive de boissons alcoolisées. 2. Les effets de l'absorption d'alcool vont dépendre de la corpulence, de l'âge, du sexe mais aussi de certaines caractéristiques individuelles d'origine génétique des consommateurs. De ce point de vue, la différence la plus significative est la différence homme-femme. A consommation identique, les femmes sont touchées plus rapidement et plus sévèrement que les hommes par certaines pathologies liées à l'alcool, la cirrhose notamment. Les messages de prévention doivent, en conséquence, tenir compte de ces différences. 3. La consommation très modérée d'alcool, c'est-à-dire au maximum de 10 à 15 g d'alcool pur par jour pour une femme (l à 1,5 verre standard) et de 20 à 25 g d'alcool pur pour les hommes (2 à 2,5 verres standard) est associée à une diminution du risque de maladie coronaire. Dans la mesure où la maladie coronaire est une des causes majeures de mortalité dans les pays développés, on constate que l'espérance de vie des consommateurs très modérés est supérieure à celle des abstinents. C'est ce qu'on appelle l'effet protecteur de la consommation modérée d'alcool. Dans l'état actuel des connaissances, cet effet protecteur n'est pas lié à un type précis de boissons alcoolisées. Autrement dit, il n'y a pas un privilège particulier du vin par rapport à la bière ou aux spiritueux quant à la diminution du risque de maladie coronaire. 4. Les mécanismes de cet effet protecteur pour des doses faibles d'alcool ne sont pas entièrement élucidés : quelle est la part propre de l'alcool, des facteurs nutritionnels associés, du style de vie (généralement, les buveurs " modérés " ont un style général de vie plus favorable à la santé que les autres catégories) dans la genèse de cet effet ? Pourquoi ne l'observe-t-on que chez des personnes de plus de 45 ans ? Ces questions sont aujourd'hui sans réponses et doivent inciter à la prudence quant à toute initiative de communication relative à cet effet protecteur. 5. Certaines situations particulières impliquent une grande vigilance et doivent donner lieu à des messages encourageant l'abstinence. C'est le cas de la période de la grossesse pour les femmes : en effet, même des consommations d'alcool à doses modérées peuvent avoir une incidence sur le poids de naissance et le développement psychomoteur de l'enfant ; des consommations ponctuelles excessives peuvent également entraîner de tels effets. C'est le cas aussi des patients atteints d'une hépatite virale B ou C (soit près d'un million de personnes en France) et qui sont particulièrement vulnérables à l'hépatotoxicité de l'alcool, même à doses modérées. 6. Les risques de cancers augmentent rapidement avec les niveaux de consommation. La consommation excessive d'alcool augmente significativement le risque de cancers des voies aerodigestives supérieures (bouche, pharynx, larynx, oesophage) et de cancer du foie. Des données récentes suggèrent également la responsabilité de l'alcool (comme cofacteur) dans le risque de cancer colorectal. Chez les femmes, outre les risques précédents, le risque de cancer du sein augmente de l'ordre de 10 % chaque fois que la consommation journalière augmente d'un verre standard. Une première esquisse de ces résultats avait été présentée aux représentants de la filière viniviticole, et à ceux des brasseurs et des producteurs de spiritueux en avril 2001. Le dossier de presse synthétisant les résultats définitifs de l'expertise leur a été adressé quelques jours avant la tenue de la conférence de presse de l'INSERM. A cet égard, on peut relever que le contenu de ce document (dont les 6 points mentionnés ci-dessus forment le résumé) n'a pas fait l'objet de contestations ou de critiques de la part des diverses composantes du secteur des boissons alcoolisées. Un deuxième volet de l'expertise collective, relatif aux risques sociaux associés à la consommation d'alcool en lien avec l'évolution des modes de consommation, est en cours de réalisation par l'INSERM. Compte tenu, en effet, de l'ampleur et de la variété des questions posées, ce deuxième volet nécessite un travail spécifique avec un nouveau groupe d'experts scientifiques. Les résultats de cette seconde phase de l'expertise devraient être disponibles à l'été 2002.