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Présence dangereuse de parabènes

14e législature

Question écrite n° 00650 de M. Jean-Vincent Placé (Essonne - ECOLO)

publiée dans le JO Sénat du 12/07/2012 - page 1522

M. Jean-Vincent Placé attire l'attention de Mme la ministre des affaires sociales et de la santé sur la présence de parabènes dans certains médicaments, produits alimentaires ou cosmétiques et leur toxicité.


À l'origine, les parabènes ont été choisis pour leur activité antimicrobienne qui leur permet de lutter contre les bactéries ou les champignons contaminants mais aussi pour protéger les molécules actives de toute dégradation. Considérés alors comme de simples conservateurs, ces molécules de synthèse sont aujourd'hui présentes partout. On les retrouve ainsi dans plus de 400 médicaments d'usage parfois très courant (antibiotiques, sirop contre la toux, pansement gastrique…) ou encore ajoutés dans des produits cosmétiques (shampoing, dentifrice, crème pour le corps…) et alimentaires (pâte à tartiner…).

Pourtant, ces molécules de synthèse sont au centre d'un débat acharné et font l'objet de débats scientifiques importants tendant à prouver leur lien avec le développement de cancer (cancer du sein notamment) mais aussi comme présentant un risque potentiel pour la fertilité masculine.

Mimant l'action des œstrogènes en se fixant sur les récepteurs hormonaux, les parabènes sont ainsi considérés comme des perturbateurs endocriniens.

Véritable bombe à retardement pour ceux et celles qui ont utilisé ces produits, il est aujourd'hui plus qu'urgent d'agir en réglementant l'utilisation de ces perturbateurs endocriniens. En attendant leur interdiction absolue dans les médicaments, cosmétiques, chaque consommateur, utilisateur est en droit de savoir quels sont les produits qui en contiennent et ce grâce à une mention spécifique et identifiable facilement.

Ainsi au nom du principe de précaution, il lui demande quand l'État va proposer un projet de loi qui interdise la présence de parabènes dans les cosmétiques, les médicaments ; ou, au moins en attendant leur interdiction, à quand une obligation de mention spécifique sur lesdits produits concernés ?



Réponse du Ministère des affaires sociales et de la santé

publiée dans le JO Sénat du 20/12/2012 - page 2967

Les parabènes sont des molécules biologiquement actives utilisées en tant que conservateurs dans divers produits pour leur activité antimicrobienne. Leur risque allergisant est connu et ces molécules sont identifiées comme des excipients à effet notoire dont la présence peut nécessiter des précautions d'emploi pour certains patients. Ce risque est ainsi mentionné dans les résumés des caractéristiques des produits et dans les notices des médicaments. Suite à d'autres signaux sanitaires, comme la possibilité d'effets cancérogènes des parabènes, l'ANSM a mis en place un groupe d'expertise ad hoc dont les travaux ont écarté un risque immédiat pour la santé. Cependant, ce groupe a identifié l'existence d'un risque sur la fertilité masculine mis en évidence en expérimentation animale qui a conduit l'ANSM à réaliser une étude chez l'animal finalisée en février 2012 ; cette étude ne conforte pas l'opinion d'un effet délétère des parabènes administrés per os durant toute ou partie de l'enfance sur le développement des organes masculins de la reproduction. Toutefois, ces résultats doivent être mis en perspective avec les autres données scientifiques disponibles sur le sujet et dans un esprit de sécurité d'utilisation des médicaments. C'est dans ce contexte que l'Agence européenne du médicament s'est saisie de la question afin d'élaborer une position scientifique. Par ailleurs, la présence et la quantité de conservateur dans les médicaments doivent être scientifiquement justifiées dans les dossiers présentés à l'appui de la demande d'AMM. L'utilisation des parabènes dans les produits de cosmétologie est réglementairement encadrée. Concernant leurs effets sur la fertilité masculine, le comité scientifique pour la sécurité des consommateurs, au niveau européen, a estimé que le passage cutané des parabènes et leur capacité d'activation des récepteurs oestrogéniques sont très faibles. Les données scientifiques actuelles concluent à une bonne tolérance générale des parabènes. La campagne d'inspection réalisée en 2008 - 2009 par l'ANSM sur la composition des produits cosmétiques montre que les parabènes sont utilisés à des concentrations inférieures aux concentrations réglementaires. L'évaluation des données disponibles sur les produits cosmétiques se poursuit toutefois au niveau communautaire afin d'exclure tout risque lié à leur utilisation. Enfin, d'une manière générale, afin de limiter la présence des conservateurs, dont les parabènes, dans les produits de santé, l'ANSM et les autorités européennes incitent les laboratoires à privilégier les méthodes physiques et non chimiques de conservation telles que la modification des conditionnements, le développement des préparations unidoses. La ministre des affaires sociales et de la santé reste vigilante sur les risques liés aux perturbateurs endocriniens pour lesquels des engagements ont été pris lors de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre 2012.