Question de M. RAFFARIN Jean-Pierre (Vienne - Les Républicains) publiée le 18/11/2015

Question posée en séance publique le 17/11/2015

M. Jean-Pierre Raffarin. Ma question s'adresse à M. le Premier ministre.

Monsieur le Premier ministre, dans ces circonstances graves, vous pouvez aussi compter sur notre groupe pour rester rassemblés autour des valeurs et des institutions de la Ve République, auxquelles nous sommes attachés. Nous le voyons bien, aujourd'hui, il faut nous rassembler autour de ces institutions.

Hier, lors du Congrès, « l'homme en charge de l'essentiel », pour reprendre l'expression du général de Gaulle parlant du Président de la République, nous a annoncé un fort changement dans la politique étrangère, notamment en ce qui concerne la situation en Syrie.

J'aborderai trois sujets. Les deux premiers sont très clairs.

D'abord, la définition de l'ennemi est claire : l'ennemi, c'est l'État islamique. Nous avons hiérarchisé nos adversités. Désormais, nous voulons une stratégie sur un territoire, avec un adversaire. Nous sortons du « ni Daech ni Bachar ».

Ensuite, le périmètre des alliances est aussi clair : nous voulons qu'il y ait une seule coalition. Cela implique l'intégration de la Russie, afin que nous soyons rassemblés sur le terrain. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et de l'UDI-UC.)

Enfin, le troisième point a trait à la solution politique. C'est l'objet de ma première question, monsieur le Premier ministre. Que pensez-vous des négociations de Vienne ? Où allons-nous ? Comment – c'est, selon moi, l'élément majeur – peut-on associer les sunnites à l'exercice des responsabilités dans le territoire syrien ?

Monsieur le Premier ministre, quel bilan tirez-vous de nos frappes militaires ? En ce domaine, nous avons besoin de réponses précises, car nous sommes engagés dans une bataille qui exige l'efficacité. Les récentes frappes ont été spectaculaires. Pouvez-vous nous indiquer quels en sont les résultats et le bilan que vous faites de notre action militaire contre Daech ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et de l'UDI-UC.)


Réponse du Premier ministre publiée le 18/11/2015

Réponse apportée en séance publique le 17/11/2015

M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, j'apprécie votre engagement. Vous avez rappelé nos principes républicains, la solidité de nos institutions, celles de la Ve République. Je partage l'idée que, dans de tels moments, le chef de l'État incarne effectivement l'essentiel. Je crois que c'est ainsi que nous avons ressenti hier les choses et, au-delà du Congrès, que nos compatriotes les ont perçues.

L'ennemi, c'est Daech. Nous n'avons jamais changé de position. (Murmures sur plusieurs travées du groupe Les Républicains.) L'ennemi, c'est Daech. L'État islamique nous a visés au mois de janvier 2015, parce que nous sommes la France. (M. Ladislas Poniatowski s'exclame.) Nous sommes un peuple debout qui parle au monde, un peuple libre.

Vous le savez, nous avons décidé dès 2014 d'intégrer une coalition, à laquelle nous avons contribué, afin de frapper l'État islamique en Irak. Nous l'avons fait avec le soutien d'un certain nombre de nos amis traditionnels, de pays de la région, à la demande du pouvoir irakien, avec le soutien aussi des Kurdes. Des résultats ont été obtenus sur le terrain, même si nous avons toujours dit que ce serait long et difficile et qu'il fallait d'abord contenir Daech.

Il faut aussi sans cesse rappeler que l'épicentre de l'État islamique est en Irak. C'est là où il est d'abord né, du démembrement de l'Irak, ainsi que des conséquences de l'intervention américaine. Mossoul est leur capitale. Ce n'est pas un village, vous le savez. Ce sont sans doute 300 000 habitants et des moyens financiers tout à fait considérables que Daech a accaparés et qui nourrissent aujourd'hui le terrorisme.

Nous avons décidé voilà encore quelques semaines, malgré les difficultés que cela peut représenter vu la situation en Syrie, de frapper Daech. C'est cela, notre objectif. Toujours. C'est l'ennemi.

J'étais moi-même voilà quelques semaines avec le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian au Caire, à Riyad et en Jordanie. Nous avons précisément dit - ce sont vos propos, ainsi que ceux du Président de la République - que Daech était notre ennemi. Nous continuerons donc à frapper.

Monsieur Raffarin, vous connaissez bien ces questions. Le ministre de la défense se tient évidemment à votre disposition. Les sites que nous frappons, comme nous l'avons notamment fait à Raqqa, sont des centres de commandement, des camps d'entraînement. Ils correspondent à des objectifs que nous avons définis. Je ne doute pas des résultats que nos avions ont obtenus. Mais, à ce stade, je veux rester prudent et discret, vu les circonstances et les autres frappes que nous avons à effectuer.

Par ailleurs, s'il y a un changement sur le périmètre des alliances, ce n'est pas du fait de la diplomatie française ; ce sont les circonstances qui l'ont imposé.

Il y a une prise de conscience dans d'autres capitales. Ce qui s'est passé au cours de la nuit de vendredi dernier à Paris renvoie à la série d'attentats qui ont frappé ailleurs, dans un certain nombre de pays, comme la Turquie ou le Liban.

Je pourrais aussi évoquer l'avion de la compagnie russe. Monsieur Raffarin, vous êtes fin observateur. Vous l'aurez remarqué, c'est seulement ce matin que, pour la première fois, le gouvernement russe a considéré qu'il s'agissait d'un attentat. Je ne doute pas que les Russes ont désormais décidé de frapper aussi Daech. Cela constitue un vrai changement. Jusqu'à maintenant, les frappes russes concernaient en priorité ce que l'on appelle l'opposition modérée à Bachar al-Assad en Syrie.

Je salue ce changement : le Président la République y voit une occasion nouvelle. La France et l'ensemble de la communauté internationale doivent la saisir, d'où la proposition d'une résolution au Conseil de sécurité.

Des rencontres auront lieu la semaine prochaine avec le président Poutine et le président Obama pour créer les conditions de cette coalition unique. Chacun doit y prendre sa place, tant les deux grandes puissances que les États de la région. Sans eux, rien ne sera possible.

Je ne veux pas oublier non plus le nécessaire soutien aux Kurdes, qui se battent sur le terrain avec une vaillance absolument extraordinaire. (Applaudissements.)

J'en viens enfin à la solution politique. Personne ne peut penser que l'on trouvera, à terme - j'insiste sur ce mot -, une solution dans cette région du Levant, marquée par la division entre sunnites et chiites, si Bachar al-Assad se maintient au pouvoir. Toute solution politique devra intégrer cet élément. C'est le sens du processus de Vienne. Certes, la réunion à laquelle Laurent Fabius a participé samedi dernier n'a sans doute pas encore produit les résultats que nous espérions. Toutefois, la constitution d'une large coalition sur le plan militaire permettra, je n'en doute pas, de faire avancer l'indispensable processus politique qui doit s'engager entre des éléments du régime actuel et l'opposition modérée.

Monsieur Raffarin, nos objectifs sont clairs : l'ennemi, c'est Daech. Il est nécessaire de disposer d'une coalition large. La France va pleinement y contribuer, tant par ses frappes que par les initiatives du Président de la République.

Nous devons également avoir une vision à long terme. Trop souvent, dans les interventions menées ces dernières années en Irak ou en Libye, s'il y a eu victoire militaire dans un premier temps, l'erreur a été de ne pas avoir pensé la suite. Nous commettrions une faute stratégique si nous nous en tenions uniquement aux frappes, à une opération militaire, sans penser à la suite, notamment en Syrie. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain, ainsi que sur certaines travées du groupe écologiste et du RDSE.)

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Raffarin, pour la réplique.

M. Jean-Pierre Raffarin. Monsieur le Premier ministre, on emploie beaucoup, dans ces circonstances, le mot de guerre. Si l'on parle ainsi, il faut aller jusqu'au bout. Soit une guerre de cette nature se gagne, soit c'est le malheur !

L'efficacité et le rassemblement sur le terrain sont absolument essentiels pour vaincre. Mais il faudra aussi plus de sécurité sur notre propre territoire, car on ne peut pas faire la guerre à Raqqa et expliquer que l'on va pouvoir vivre tranquillement en France, sans cette conscience des enjeux de sécurité.

Il nous faudra donc, tous ensemble, dans le rassemblement des institutions de la Ve République, mettre notre action à la hauteur de notre vocabulaire ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et de l'UDI-UC.)

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