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Phagothérapie et traitement des infections causées par des bactéries multi-résistantes

14e législature

Question écrite n° 19495 de Mme Maryvonne Blondin (Finistère - Socialiste et républicain)

publiée dans le JO Sénat du 24/12/2015 - page 3521

Mme Maryvonne Blondin interroge Mme la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes sur l'avenir de la phagothérapie dans le traitement des infections provoquées par les bactéries multi-résistantes aux antibiotiques (BMR).

Les services de santé nationaux, tout comme les instances européennes, alertent depuis plusieurs années sur les dangers que représentent les bactéries multi-résistantes. Le traitement de ces infections au moyen de bactériophages n'est pas encore autorisé en France, en raison des incertitudes concernant les effets toxicologiques de ces virus.

L'institut national de veille sanitaire estime dans une étude de septembre 2015 que près de 160 000 cas d'infections dues à un germe multi-résistant sont recensés chaque année, et qu'ils sont la cause de 12 500 décès.

Aussi, plusieurs études scientifiques récemment publiées par l'institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont démontré l'efficacité de bactériophages au stade préclinique utilisés pour traiter les résistances aux antibiotiques dans le cas, par exemple, de bactéries E.coli.

Tout comme l'étude préclinique « phagoburn », cofinancée aux trois quarts par l'Union européenne, qui est menée à l'hôpital d'instruction des armées Percy de Clamart, et dans d'autres hôpitaux européens. Plus de 200 patients atteints de brûlures sévères y sont traités par la phagothérapie, et les résultats se révèlent positifs.
Les opportunités de recherche et de succès sont multiples dans le domaine de l'utilisation des phages.

Elle lui demande donc quelles suites elle entend donner à cette étude afin de soutenir le financement de la recherche dans le domaine de la lutte contre les bactéries multi-résistantes, et si un cadre réglementaire est envisagé pour permettre des traitements par les bio-médicaments contenant des phages.

Transmise au Ministère des affaires sociales et de la santé



Réponse du Ministère des affaires sociales et de la santé

publiée dans le JO Sénat du 14/07/2016 - page 3202

L'organisation mondiale de la santé (OMS) a précisé, en novembre 2015, que la résistance aux antibiotiques constitue l'une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, que de nombreuses infections, comme la pneumonie, la tuberculose et la gonorrhée, sont devenues plus difficiles à traiter face à la perte d'efficacité des antibiotiques, et que la résistance aux antibiotiques est à l'origine d'hospitalisations prolongées et entraîne une augmentation des dépenses médicales et de la mortalité. La question de l'utilisation de phages pour venir à bout d'infections bactériennes, en particulier à bactéries multirésistantes, est évoquée régulièrement, notamment du fait de la quasi absence de nouvelles molécules antibiotiques dans l'arsenal thérapeutique. Le plan d'alerte sur les antibiotiques 2011-2016, dans l'action n°  19, « Promouvoir la recherche fondamentale », recommande d'ailleurs d'identifier et d'évaluer des pistes alternatives à l'antibiothérapie. Depuis plusieurs décennies, certaines infections bactériennes (pulmonaires, cutanées, digestives) sont traitées par les bactériophages (phagothérapie) en Géorgie, en Pologne et en Russie. En Europe, les bactériophages n'ont pour l'instant pas de statut spécifique, même si la définition du médicament est susceptible de leur être appliquée (l'agence européenne du médicament EMA ex-EMEA a estimé en 2004 que le bactériophage était un médicament). Des études sur des modèles animaux mimant des infections pulmonaires sont publiées, et l'utilisation possible des bactériophages en thérapeutique humaine a fait l'objet d'articles dans des revues. En France, depuis 2013, un essai clinique européen PHAGOBURN est en cours à l'hôpital d'instruction des armées Percy (Clamart), avec comme objectif d'apporter des preuves sur l'efficacité de la phagothérapie. Cette étude est conduite en coopération avec l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, Swiss Medic, l'agence fédérale des produits de santé belge et l'agence européenne du médicament et avec l'aide des sociétés Pherecydes Pharma, qui disposent pour la France de deux brevets pour l'utilisation thérapeutique des phages, et de la société Clean Cells, qui effectue la purification des phages pour l'étude. Il n'existe pas de recommandations européennes sur le développement des bactériophages et l'expérience sur les phages acquise depuis plusieurs années dans certains pays (Europe de l'Est) ne peut à elle-seule constituer un niveau d'efficacité et de sécurité suffisant répondant aux standards d'évaluation en vigueur. Selon l'agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM - note de 2013), « les phages relèvent de la réglementation applicable aux médicaments ». À ce titre, les industriels désireux de développer un tel traitement doivent être autorisés en tant qu'établissements pharmaceutiques, et suivre les procédures de mise sur le marché des spécialités pharmaceutiques. Le produit doit notamment être fabriqué selon les bonnes pratiques de fabrication (BPF). Cependant, en l'état actuel des connaissances, ces virus sont immunogènes, et les bactéries peuvent aussi,  à l'instar des antibiotiques, développer des résistances contre les phages. Par ailleurs, il manque la publication d'essais randomisés contrôlés, sachant qu'il existe le plus souvent des études cliniques ponctuelles, au cas par cas. L'ensemble de ces éléments font qu'aujourd'hui, il n'est pas possible de généraliser l'utilisation des phages pour lutter contre les infections bactériennes. Aussi, au vu des questions posées, l'ANSM, par décision du 13 janvier 2016, a créé un comité scientifique temporaire « Phagothérapie ». Ce comité est chargé de donner un avis quant aux situations cliniques pouvant justifier d'un accès précoce aux bactériophages et aux pré-requis nécessaires pour une mise à disposition précoce dans le cadre d'autorisations temporaires d'utilisation (ATU) ou d'essais cliniques. Cette instance prendra en compte les avancées de cette technique, notamment celles issues de l'étude PHAGOBURN,  et pourra se pencher sur les questions posées par cette thérapeutique.