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Réforme du corps diplomatique

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 2216G de Mme Catherine Dumas (Paris - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 06/01/2022

M. le président. La parole est à Mme Catherine Dumas, pour le groupe Les Républicains. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

Mme Catherine Dumas. Monsieur le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, la réforme voulue par le Président de la République et visant à supprimer les grands corps de l'État au profit d'un corps unique d'administrateurs de l'État vient de connaître son premier développement avec la création de l'Institut national du service public.

Cette réforme va s'appliquer au ministère de l'Europe et des affaires étrangères, et elle inquiète légitimement nos diplomates : 800 d'entre eux sont concernés par la disparition progressive des corps de conseiller des affaires étrangères et de ministre plénipotentiaire à partir de 2023.

Aujourd'hui issus de l'ENA, voire du prestigieux et sélectif concours d'Orient, ces serviteurs de l'État embrassent cette carrière par vocation, pour servir la France à l'étranger. Le métier de diplomate n'est pas celui de préfet ou d'inspecteur général des finances : être diplomate, c'est posséder des compétences de négociation, une expérience sur le terrain acquise au fil des années et des postes.

Monsieur le ministre, pouvez-vous nous confirmer le maintien du concours du cadre d'Orient, qui fait la réputation du plus vieux service diplomatique au monde, et nous préciser si les ambassadeurs seront toujours nommés sur votre proposition ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Franck Menonville applaudit également.)



Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 06/01/2022 - page 97

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Madame la sénatrice, je vous remercie de votre question.

Je suis totalement d'accord avec vous, l'engagement des diplomates est un vrai choix de vie. La diplomatie, c'est un métier nécessitant des compétences rares, qui se construisent dans la durée. Il faut avoir conscience de cela pour mettre en œuvre les réformes nécessaires dans le cursus de carrière des diplomates. Aussi, j'ai veillé à pouvoir articuler les priorités de la réforme de la haute fonction publique, souhaitée par le Président de la République, avec ces nécessités. J'ai obtenu sur ces orientations le soutien plein et entier du Premier ministre.

Madame la sénatrice, je peux donc vous confirmer que le concours d'Orient, qui restera une voie d'accès directe et spécifique au Quai d'Orsay, sera maintenu. Le ministère en maîtrisera les modalités d'organisation et les lauréats continueront à être recrutés en raison de leur profil spécialisé, s'insérant dans une filière professionnelle clairement identifiée.

Par ailleurs, la revalorisation des parcours et des carrières des agents qui ont rejoint le ministère comme secrétaire des affaires étrangères sera renforcée.

En outre, le Premier ministre a bien voulu garantir que les conseillers des affaires étrangères ou ministres plénipotentiaires actuels qui feraient le choix de ne pas devenir des administrateurs de l'État ne seraient pas pénalisés dans leur carrière.

Enfin, il a bien voulu reconnaître la possibilité pour les agents ayant fait le choix de la diplomatie, quel que soit leur statut ou leur concours, de pouvoir faire toute leur carrière au Quai d'Orsay s'ils le souhaitent.

Voilà les engagements qui ont été pris. Ils sont en cohérence avec la réforme voulue par le Président de la République et ils préservent les métiers de la diplomatie. (M. François Patriat applaudit.)

M. le président. La parole est à Mme Catherine Dumas, pour la réplique.

Mme Catherine Dumas. Je vous remercie, monsieur le ministre, mais je veux vous redire notre grande inquiétude, largement partagée sur toutes les travées de cet hémicycle. Nous en parlions d'ailleurs encore ce matin en commission.

Si cette réforme est mal faite, nous pourrions dériver vers une politisation des nominations d'ambassadeurs, comme cela se produit dans certains pays. Des postes diplomatiques prestigieux risqueraient d'être occupés par des non-diplomates, ce qui, bien entendu, n'est pas souhaitable.

Nous possédons le deuxième réseau diplomatique au monde, un monde aujourd'hui en plein vertige, les crises internationales se multipliant. Il n'est vraiment pas opportun d'affaiblir la France dans de telles circonstances. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Claude Kern applaudit également.)