Question de M. DÉTRAIGNE Yves (Marne - UC) publiée le 31/03/2022

M. Yves Détraigne souhaite appeler l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur l'une des conséquences peu évoquée et pourtant cruciale de la guerre en Ukraine, à savoir le risque de crise alimentaire mondiale.

En effet, l'Ukraine et la Russie sont deux des principaux pays exportateurs de céréales dans le monde. Or, les sanctions vont perturber les ventes du blé russe et la guerre remet en cause la production ukrainienne. Le conflit ne sera donc pas sans impact sur le marché alimentaire mondial. Le premier effet est déjà visible sur les prix : ceux du blé et du maïs ont atteint un record, les premiers par la guerre en Ukraine, les seconds en raison des mauvaises conditions climatiques en Amérique latine qui impactent aussi les productions de soja. Parallèlement au sujet des prix, les circuits commerciaux sont perturbés depuis deux ans avec les problèmes de logistique consécutifs à la pandémie.

La situation risque de devenir critique en Afrique et dans certains des pays les moins avancés (PMA), d'autant que l'Afrique traverse déjà une des plus graves crises alimentaires depuis des décennies. L'organisation des Nations-unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le programme alimentaire mondial des Nations-unies (PAM) considèrent que près de 30 millions de personnes sont en carence alimentaire et ils ont recensé une quinzaine de zones de famine.

Il est donc essentiel que l'Union européenne et la communauté internationale prennent rapidement des décisions pour soutenir les pays les plus concernés par ce risque de famine, à savoir les pays du Maghreb, et plus généralement d'Afrique du Nord. Ainsi l'Égypte, avec ses 105 millions d'habitants, ne compte que 4 % de terres cultivables et c'est le plus grand importateur mondial de blé, année après année.

Aussi, dans ce contexte difficile, il lui demande quel rôle la France entend jouer dans le cadre de la présidence de l'Union Européenne, pour résoudre la crise humanitaire dramatique qui s'annonce.

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Transmise au Ministère de l'Europe et des affaires étrangères


Réponse du Ministère de l'Europe et des affaires étrangères publiée le 30/06/2022

La France, dans le cadre de la présidence française du Conseil de l'Union européenne, est bien consciente des risques multiples que fait peser le conflit en Ukraine sur l'approvisionnement en céréales et plus largement sur la sécurité alimentaire mondiale.  Les institutions européennes, la France ainsi que les autres États membres agissent de manière très active afin d'éviter une crise alimentaire mondiale. Lors du Forum humanitaire européen qui s'est tenu à Bruxelles du 21 au 23 mars, la présidente de la Commission européenne a présenté l'aide de la Commission en faveur de la sécurité alimentaire avec un budget de 2,5 milliards d'euros alloués jusqu'à 2024 pour aider les régions les plus affectées en termes d'insécurité alimentaire. Cette annonce a ensuite été détaillée dans la communication sur la sécurité alimentaire de la Commission, présentée le 23 mars, qui comporte un large éventail de mesures à la fois pour améliorer la sécurité alimentaire mondiale, mais également soutenir les agriculteurs et les consommateurs au sein de l'Union face à la hausse des prix des denrées alimentaires et des coûts des intrants tels que l'énergie et les engrais. L'UE, encouragée à cette fin par la France dans son rôle de présidente du Conseil de l'UE, a notamment pris des mesures temporaires pour permettre aux agriculteurs de l'Union de produire davantage.  Par ailleurs, lors du Conseil européen des 24 et 25 mars, le Président de la République a lancé l'initiative FARM (Food and Agricultural Resilience Mission) visant, en lien avec l'Union africaine et les institutions internationales compétentes, à répondre aux dysfonctionnements des marchés, à encourager la production, à être solidaire via un mécanisme de redistribution des volumes supplémentaires produits, et à accompagner les projets de développement facilitant l'autonomie alimentaire des pays particulièrement exposés. La France agit également au sein des instances internationales en soutenant la tenue d'une session extraordinaire du conseil de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), mais également en échangeant de manière étroite avec le Programme alimentaire mondial (PAM).  Enfin, au niveau national, une task force interministérielle a été créée pour répondre aux problématiques dans les domaines commercial, de la solidarité et de la production. La France agit ainsi pleinement, à tous les niveaux, pour faire face aux risques que fait peser l'agression russe en Ukraine sur la sécurité alimentaire mondiale.

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