Question de M. PELLEVAT Cyril (Haute-Savoie - Les Indépendants) publiée le 29/05/2025
M. Cyril Pellevat attire l'attention de M. le ministre auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé des transports sur l'opportunité de relancer le service Auto-Train en France, à l'aune des défis actuels de mobilité durable, de transition écologique et de saturation des infrastructures routières. Il a été alerté par l'association des usagers du transport Auto-Train (AUTAUT), qui milite pour la réintégration de ce service au sein du système ferroviaire français.
Le service Auto-Train, mis en place par la SNCF en 1957, permettait aux voyageurs de faire transporter leur véhicule par le rail, facilitant ainsi les déplacements longue distance tout en réduisant l'usage individuel de la route. Supprimé en 2019 en raison d'un déficit estimé à 10 millions d'euros et d'une baisse de la fréquentation, ce service pourrait aujourd'hui répondre à de nouveaux enjeux.
En effet, la demande ferroviaire connaît une forte croissance, tandis que les coûts liés à l'usage de l'automobile ne cessent d'augmenter. Par ailleurs, les perspectives d'organisation des Jeux Olympiques d'hiver de 2030 en Haute-Savoie soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la saturation des axes autoroutiers menant aux Alpes. Dans ce contexte, une relance du service Auto-Train pourrait constituer une solution à la fois pertinente et durable.
Les avantages sont nombreux : économies pour les usagers, réduction de la fatigue et des risques routiers, baisse des émissions de CO2, amélioration de l'accessibilité, notamment pour les personnes à mobilité réduite. De plus, des expériences similaires rencontrent un succès croissant en Autriche et en Allemagne.
Aussi, il demande au Gouvernement s'il envisage de réintroduire le service Auto-Train comme levier d'innovation pour la mobilité durable, conciliant ainsi efficacité économique, transition écologique et aménagement du territoire.
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Réponse du Ministère auprès du ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé des transports publiée le 07/08/2025
Le service auto-train présentait des avantages sur le plan environnemental et en termes de sécurité routière lorsqu'il était comparé à un déplacement entièrement réalisé par la route. S'appuyant initialement sur la circulation des trains de nuit, il a toutefois connu une baisse d'activité considérable depuis une quarantaine d'années. L'érosion progressive du trafic a été principalement liée, d'une part, à une évolution dans la façon de voyager et, d'autre part, à la pratique de plus en plus facile et courante de la location de voiture. Cette tendance s'est confirmée au milieu des années 2010, tant au niveau du chiffre d'affaires que du nombre de véhicules transportés, avec une diminution d'activité d'environ 50 % entre 2013 et 2018. L'augmentation des prix réalisée il y a quelques années s'est avérée largement insuffisante pour redresser la situation économique de ce service fortement déficitaire. En 2016 et 2017, Auto-train a perdu un peu moins de dix millions d'euros, soit l'équivalent de son chiffre d'affaires. Les charges se rapportant à ce service étaient, en effet, fixes pour les trois-quarts d'entre elles alors que l'activité était très saisonnière se concentrant pour 70 % entre juin et septembre. Si la perte s'est réduite en 2018, elle est restée équivalente au chiffre d'affaires réalisé cette année-là. Le niveau de fréquentation a encore baissé en 2019 et la perte cette année-là a été du même ordre que celle de 2018. Estimant qu'il était impossible de trouver un modèle économique rentable pour cette activité, SNCF Mobilités a pris, dans le cadre de sa liberté commerciale, la décision de mettre un terme à ce service mi-décembre 2019. Des exemples d'auto/train existent soit avec l'offre Nightjet, adossée aux trains de nuit en Autriche mais dont la partie auto/train est en cours de rétractation au profit des wagons-couchettes selon l'étude portée par l'Association AUTAUT, soit par l'intermédiaire de petits opérateurs privés. Cependant aujourd'hui aucun opérateur n'a manifesté, depuis la décision d'arrêt du service par SNCF Voyageurs, le souhait de relancer ce type de service. A ce titre, l'étude de l'AUTAUT montre un équilibre économique extrêmement précaire tant pour définir le niveau de prix par rapport à des trajets routiers que pour assurer un modèle économique pérenne à l'opérateur. À cette perspective d'un résultat financier incertain, il faudrait ajouter les investissements nécessaires à cette reprise du service auto-train en plus de l'acquisition des fourgons porte-autos. En effet, il n'existe plus aujourd'hui d'installations permettant le chargement et le déchargement des véhicules dans les gares auparavant concernées. Afin d'atteindre un bilan économique acceptable pour les dessertes de nuit, le plan de transport de celles-ci a été optimisé, avec des compositions à la limite de la capacité des lignes et des gares. Mettre des fourgons porte-autos conduirait à dégrader le bilan économique des trains de nuit, soit par la réduction de la capacité offerte par ceux-ci et donc du nombre des voyageurs, soit par une augmentation du nombre de trains de nuit afin de conserver la capacité offerte, ce qui pourrait être incertain du fait de la saturation actuelle de certains noeuds ferroviaires. Enfin la loi d'orientation des mobilités votée en fin d'année 2019 permet de démultiplier les alternatives aux services historiques qui ne rencontrent plus le succès comme l'auto-train. Ainsi en sus des solutions locatives classiques, les offres de co-voiturage et d'autopartage, combinées ou non à des trajets de trains de voyageurs, peuvent constituer une alternative tout à fait compétitive, tant en termes financiers pour les voyageurs qu'au plan écologique. Au regard de ces éléments et des différentes alternatives qui existent aujourd'hui en termes de mobilité, il n'est pas envisagé que l'Etat porte le développement d'une offre de type auto-train. Celui-ci passerait nécessairement par une initiative privée assumant le risque en termes d'investissements et de fonctionnement des services offerts.
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