Question de Mme EVREN Agnès (Paris - Les Républicains) publiée le 07/05/2026
Mme Agnès Evren appelle l'attention de Mme la ministre de la culture sur la situation de grande fragilité des librairies indépendantes qui font face à la concurrence des sites de vente sur internet, dans un contexte de recul global de la lecture.
Le groupe Gibert, premier libraire indépendant de France, a en effet demandé, le 27 avril 2026, son placement en redressement judiciaire. Cet emblème culturel de la rive gauche de la capitale depuis 140 ans avait déjà été contraint de fermer 4 boutiques en 2021 puis deux autres en 2025.
Cette annonce est révélatrice des grandes difficultés que traversent les librairies indépendantes, frappées par l'effet ciseau : entre l'explosion des coûts fixes (loyers, énergie) et le déclin du marché des livres neufs dont les marges sont compressées.
Cette équation économique est également fortement déséquilibrée par la concurrence de l'e-commerce et l'essor du marché du livre d'occasion qui connaît 10 % de croissance par an et offre une meilleure maîtrise de la chaîne de valeur et des marges.
Ce contexte économique est assorti d'un déclin plus global de la lecture lié à l'essor des écrans. Les jeunes passent ainsi dix fois plus de temps sur les écrans qu'à lire des livres et plus d'un jeune sur trois de 16 à 19 ans ne lit pas du tout, selon une étude de 2024 du Centre national du livre.
Divers dispositifs ont été mis en place pour enrayer cette désaffection de la lecture ou accompagner les librairies indépendantes : pass Culture, états généraux de la lecture, aide à l'investissement... Tous semblent faire la preuve de leur insuffisance ou de leur inadaptation.
Or la culture ne saurait devenir un luxe pour quelques initiés. Soutenir nos librairies indépendantes, essentielles à la vie de nos centres-villes, est une condition de l'accès au livre.
Elle demande donc comment le Gouvernement compte soutenir le marché du livre afin de juguler les fermetures de librairies indépendantes et quelles sont les actions qu'il entend entreprendre pour promouvoir la lecture dès le plus jeune âge afin d'éduquer des générations futures de lecteurs.
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Réponse du Ministère délégué auprès du ministre du travail et des solidarités et du ministre de l'éducation nationale, chargé de l'enseignement et de la formation professionnels et de l'apprentissage publiée le 08/07/2026
Réponse apportée en séance publique le 07/07/2026
M. le président. La parole est à Mme Agnès Evren, auteure de la question n° 1104, adressée à Mme la ministre de la culture.
Mme Agnès Evren. Madame la ministre, nous avons évoqué la ruralité. Ma question porte maintenant sur les villes, même si la ruralité est également concernée. Nos librairies indépendantes ferment les unes après les autres ; le signal d'alarme est assourdissant.
Le 27 avril dernier, le groupe Gibert, enseigne emblématique du Quartier latin et première librairie indépendante de France, demandait son placement en redressement judiciaire. Hélas, un fast-food remplacera bientôt l'ancienne librairie Gibert Jeune.
Comme le disait d'ailleurs le maire du VIe arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, Gibert, c'est l'ADN du Quartier latin, c'est cent vingt ans d'histoire sur la rive gauche parisienne. Pourtant, malgré cette place unique dans notre patrimoine culturel, l'enseigne a dû fermer quatre boutiques en 2021, puis deux autres en 2025.
Quelques semaines plus tard, le Furet du Nord, Decitre et leurs 27 librairies suivaient le même chemin. Vendredi dernier encore, la librairie historique de Montpellier, Sauramps, baissait le rideau.
Les trois plus grandes chaînes de librairies sont en redressement judiciaire, les petites librairies ferment en silence et nous regardons ailleurs.
Derrière chaque fermeture, c'est un morceau de notre vie culturelle qui disparaît ; c'est aussi, il faut le dire, un peu l'âme de nos centres-villes qui s'efface.
Comment donc en sommes-nous arrivés là ? Nos librairies subissent un véritable effet de ciseaux : leurs coûts - loyer, énergie, charges fixes - explosent, tandis que leurs marges se réduisent sur un marché du livre neuf en recul.
À cela s'ajoute une concurrence de plus en plus forte du commerce en ligne, mais aussi celle du livre d'occasion, un marché en croissance de 10 % par an et dont les marges sont plus attractives.
Cette crise économique s'inscrit également dans une crise plus profonde, celle du recul de la lecture. Selon le Centre national du livre (CNL) en 2024, les jeunes passaient dix fois plus de temps devant les écrans qu'à lire.
Madame la ministre, quelles sont les mesures d'urgence que le Gouvernement entend prendre pour enrayer la fermeture de nos librairies indépendantes ? Surtout, quelle stratégie comptez-vous mettre en oeuvre pour redonner durablement aux jeunes le goût de la lecture dès le plus jeune âge ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Sabrina Roubache, ministre déléguée auprès du ministre du travail et des solidarités et du ministre de l'éducation nationale, chargée de l'enseignement et de la formation professionnels et de l'apprentissage. Madame la sénatrice, je vous réponds en lieu et place de Mme la ministre de la culture.
Les librairies sont en effet un maillon essentiel de l'accès au livre, mais aussi et surtout à la diversité éditoriale.
Le réseau français de librairies est l'un des plus denses au monde et le ministère de la culture a fait de son maintien sur l'ensemble du territoire l'une de ses priorités.
La ministre de la culture a donc tenu à se rendre, le 8 juin dernier, aux Rencontres nationales de la librairie, afin d'évoquer avec les libraires leurs inquiétudes. C'est dans ce cadre qu'elle a confié une mission à l'inspection générale des affaires culturelles, afin d'identifier les voies d'amélioration pour les librairies.
La préservation de ce maillage et la visibilité de la diversité éditoriale sont au coeur de la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre instaurant le prix unique, modifiée par la loi du 30 décembre 2021 visant à conforter l'économie du livre et à renforcer l'équité et la confiance entre ses acteurs.
Cette loi a instauré un prix minimum de frais de port pour les livres achetés à distance et qui ne sont pas retirés dans un commerce de vente au détail de livres.
Elle a été confortée en mai 2026 par une décision du Conseil d'État et le ministère est pleinement mobilisé pour s'assurer de son respect absolu par l'ensemble des acteurs de la vente de livres.
En plus des aides économiques directes déployées par les services déconcentrés du ministère - 142 aides pour 1,3 million d'euros - et par le CNL - 133 aides pour 3,1 millions d'euros - et par le label Librairie indépendante de référence (LiR) - pour 1,1 million d'euros -, il faut mentionner les programmes destinés plus particulièrement aux jeunes, qui participent à la construction d'habitudes de fréquentation des librairies.
C'est le cas de Jeunes en librairie, mais aussi du pass Culture. Les librairies s'en sont pleinement emparées, puisque 91 % des librairies de France sont inscrites au dispositif pass Culture. Elles représentent plus de 33 % des réservations de livres via le pass, grâce à une mise en avant sur l'application.
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