Question de Mme NADILLE Solanges (Guadeloupe - RDPI) publiée le 07/05/2026
Mme Solanges Nadille attire l'attention de M. le Premier ministre sur la dégradation préoccupante de la santé mentale de nos concitoyens, particulièrement en Guadeloupe. La santé mentale de nos concitoyens se dégrade de manière préoccupante, et chacun le constate sur le terrain. S'agissant plus particulièrement de la Guadeloupe, 6,3 % des adultes déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois, et 1 % a fait une tentative de suicide sur la même période, soit plus du double de la moyenne nationale. En 2024, ce sont 270 passages aux urgences pour gestes auto-infligés, en hausse, et 103 hospitalisations, elles aussi en augmentation. Derrière ces chiffres, il y a une réalité : celle d'une souffrance qui s'aggrave. Chez les jeunes, la situation est encore plus alarmante : 37 % des 15-29 ans en Guadeloupe présentent des symptômes dépressifs, contre 25 % en moyenne nationale. Et pourtant, face à cette urgence, les moyens ne suivent pas. La Guadeloupe compte environ 114 psychologues pour 370 000 habitants, et deux fois moins de psychiatres qu'en métropole. Dans ces conditions, l'accès aux soins est une réalité profondément inégalitaire. À cela s'ajoute une crise d'attractivité. Les psychologues, pourtant formés à bac +5, restent faiblement rémunérés dans la fonction publique, avec un statut inchangé depuis plus de 30 ans. Beaucoup quittent l'hôpital, laissant des équipes sous tension et des patients sans solution. Dans le même temps, les dispositifs existants, comme « Mon soutien psy », restent insuffisamment adaptés aux réalités du terrain. Face à un enjeu aussi transversal qui touche à la santé, à la jeunesse, à l'éducation et à la cohésion sociale, ne pense-t-il pas qu'il est temps de changer de méthode ? Ne faudrait-il pas mettre en place un véritable pilotage interministériel, placé sous son autorité, pour sortir d'une logique fragmentée ? Et surtout, quelles mesures concrètes compte-t-il prendre pour renforcer l'offre de soins dans les territoires ultramarins, revaloriser enfin le statut des psychologues, et garantir une égalité réelle d'accès à la santé mentale pour tous nos concitoyens ?
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Transmise au Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées
Réponse du Ministère délégué auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargé de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 17/06/2026
Réponse apportée en séance publique le 16/06/2026
M. le président. La parole est à Mme Solanges Nadille, auteure de la question n° 1108, transmise à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Mme Solanges Nadille. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, permettez-moi tout d'abord d'avoir une pensée pour le docteur Jean-Michel Gal, médecin psychiatre au centre médico-psychologique du Gosier, en Guadeloupe, qui a été tragiquement tué par l'un de ses patients au mois de décembre dernier, dans l'exercice de ses fonctions.
Je souhaite rendre hommage à son engagement au service des personnes les plus vulnérables et saluer la décision du chef de l'État de lui attribuer, à titre posthume, la Légion d'honneur, qui lui sera remise, jeudi prochain, à Basse-Terre, en Guadeloupe.
Cet hommage rappelle avec force le dévouement des professionnels de la santé mentale, mais aussi les difficultés et les risques auxquels ils sont parfois confrontés.
La santé mentale de nos concitoyens se dégrade, en effet, de manière préoccupante, et chacun le constate sur le terrain. S'agissant plus particulièrement de la Guadeloupe, 6,3 % des adultes déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois et 1 % d'entre eux a fait une tentative de suicide sur la même période, soit un taux plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale.
Chez les jeunes, la situation est encore plus alarmante : 37 % des 15-29 ans en Guadeloupe présentent des symptômes dépressifs, contre 25 % en moyenne en France.
Pourtant, face à cette urgence, les moyens ne suivent pas. La Guadeloupe compte environ 114 psychologues pour 370 000 habitants et, proportionnellement, deux fois moins de psychiatres que dans l'Hexagone. Dans ces conditions, l'accès aux soins est profondément inégalitaire. S'y ajoute une crise d'attractivité : les psychologues, pourtant titulaires d'un niveau bac+5, restent faiblement rémunérés dans la fonction publique, tandis que leur statut n'a pas changé depuis plus de trente ans.
Madame la ministre, pourrions-nous envisager la mise en place d'un pilotage interministériel, placé sous l'autorité du Premier ministre, afin d'assurer une coordination plus efficace des politiques menées dans ce domaine ?
Quelles mesures concrètes comptez-vous prendre pour renforcer l'offre de soins dans les territoires ultramarins, pour revaloriser enfin le statut des psychologues et pour garantir une réelle égalité d'accès à l'offre de soins pour tous nos concitoyens ?
M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée.
Mme Camille Galliard-Minier, ministre déléguée auprès de la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, chargée de l'autonomie et des personnes handicapées. Madame la sénatrice Nadille, je vous prie tout d'abord d'excuser l'absence de la ministre de la santé, qui me charge de vous transmettre les éléments de réponse suivants.
Vous appelez son attention sur la dégradation de la santé mentale de nos concitoyens, particulièrement en Guadeloupe. La santé mentale, grande cause nationale, constitue un enjeu majeur de santé publique, qui concerne l'ensemble de la population.
Comme nous l'avons annoncé, la délégation interministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie aura pour mission de coordonner l'action des différents ministères et d'assurer le suivi des engagements pris.
Face aux contraintes d'accès aux soins dans les outre-mer, « l'aller vers », notamment via le déploiement d'équipes mobiles de psychiatrie, est devenu une stratégie-clé pour intervenir au plus près des populations.
Vous soulignez également la situation préoccupante des jeunes. Ce point de vigilance est partagé. C'est pourquoi les centres médico-psychologiques pour enfants et adolescents et les maisons des adolescents, dont deux sont implantés en Guadeloupe, sont renforcés.
De plus, avec le dispositif coupe-file, à compter de la prochaine rentrée, lorsqu'un membre de l'équipe de l'éducation nationale identifiera un enfant ou un adolescent en situation de souffrance psychique, celui-ci pourra bénéficier d'une orientation prioritaire et d'une prise en charge adaptée.
Enfin, le Gouvernement est pleinement mobilisé pour améliorer l'attractivité des métiers de la psychologie et de la psychiatrie, avec des mesures générales de revalorisation de la fonction publique pour les psychologues et une augmentation des effectifs en psychiatrie depuis 2020. Il porte une attention particulière à l'orientation des étudiants vers cette spécialité.
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