Question de Mme PHINERA-HORTH Marie-Laure (Guyane - RDPI) publiée le 18/06/2026
Question posée en séance publique le 17/06/2026
M. le président. La parole est à Mme Marie-Laure Phinera-Horth, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
Mme Marie-Laure Phinera-Horth. Monsieur le ministre de l'intérieur, combien de morts, de blessés, de familles endeuillées et traumatisées faudra-t-il encore pour que l'État prenne enfin au sérieux l'insécurité en Guyane ?
Depuis le 1er mai, notre territoire est confronté à une violence qui s'enracine dangereusement : cinq homicides ont été commis, dont le dernier le 5 juin, tandis qu'un cadavre a encore été retrouvé hier en plein centre-ville de Kourou.
La Guyane figure régulièrement en tête des statistiques nationales en matière de criminalité violente. Voilà un triste palmarès, dont les Guyanais se passeraient volontiers. Pour nombre de mes compatriotes, cette recrudescence de la violence nourrit un profond sentiment d'abandon de l'État. Ils ne se satisfont plus de déclarations rassurantes qui, trop souvent, ne sont suivies d'aucun résultat concret.
Dans cet hémicycle, j'avais déjà prévenu le Gouvernement. La Guyane voit désormais s'implanter sur son territoire des organisations criminelles, notamment originaires du Brésil. De nombreux rapports, y compris des travaux parlementaires du Sénat, alertent sur l'implantation durable de factions brésiliennes particulièrement violentes. Au-delà de leur implication dans l'augmentation du nombre d'homicides, leur ambition est claire : prendre le contrôle de l'orpaillage illégal et du narcotrafic.
Cette réalité est prise au sérieux à l'international : le 28 mai dernier, les États-Unis ont classé deux factions, également actives en Guyane, parmi les organisations terroristes étrangères, reconnaissant ainsi leur rôle majeur dans les trafics et la violence organisés à l'échelle continentale.
Monsieur le ministre, vous savez que la situation sécuritaire en Guyane suscite une vive inquiétude chez nos concitoyens. Pouvez-vous nous indiquer quelles mesures concrètes le Gouvernement entend mettre en oeuvre pour protéger les Guyanais et répondre aux défis posés par la recrudescence des violences ?
Si l'augmentation des moyens et le renfort des effectifs sont nécessaires, ils ne sauraient constituer l'unique réponse. Il est également indispensable d'offrir à la jeunesse guyanaise des perspectives d'emploi, de formation et de réussite, afin de l'éloigner des trafics, de la violence et des règlements de comptes. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. - Mme Annie Le Houerou et M. Rachid Temal applaudissent également.)
- page 4854
Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 18/06/2026
Réponse apportée en séance publique le 17/06/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, je partage évidemment votre constat sur la montée de la délinquance en Guyane. Le nombre des actes violents, notamment les homicides, les règlements de comptes liés au trafic, les vols à main armée et les tentatives d'homicides, y est bien plus élevé que sur l'ensemble du territoire national.
Nous devons nous féliciter que ce nombre ait diminué en 2025. Néanmoins - vous avez raison de le souligner -, ces actes sont de nouveau en hausse depuis le début de l'année, tout au moins les homicides. Cela justifie que nous engagions des moyens importants, qui ne sont pas seulement ponctuels.
En 2022, la section de recherches de la gendarmerie de Cayenne a été renforcée. En 2024, nous avons créé une division de la criminalité organisée, qui a été renforcée en officiers de police judiciaire (OPJ), ce qui a permis de procéder à de nombreuses enquêtes et interpellations. Il s'agit précisément de lutter contre le phénomène que vous dénoncez : l'implantation de filières brésiliennes qui importent de la cocaïne, notamment de Colombie, et qui cherchent des voies d'exportation vers l'Europe.
Cet effort, madame la sénatrice, nous allons le poursuivre. Je vous rappelle que cinq escadrons de gendarmerie mobile sont présents en permanence en Guyane et qu'ils viennent renforcer les 1 500 policiers et gendarmes du territoire.
Vous avez raison de souligner que ce n'est pas l'unique réponse possible. Nous menons également une action avec tous les partenaires concernés du secteur. Ainsi, une conférence importante consacrée à ces questions se tiendra au début du mois de juillet.
Par ailleurs, la ministre des outre-mer et moi-même préparons le plan Antilles-Guyane. Ce plan, qui sera présenté prochainement, comporte un certain nombre de mesures très fortes en matière de lutte contre les trafics, notamment le renforcement des contrôles dans les ports et les aéroports. La Guyane est l'un des territoires où s'applique le dispositif 100 % contrôle, et cela continuera. Ce plan prévoit des renforts très précis.
Je vous remercie de m'avoir posé une question extrêmement précise, à laquelle j'ai pu répondre tout aussi précisément, et de ne pas avoir répliqué sur un sujet qui n'a quasiment rien à voir... (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
- page 4854
Page mise à jour le