Question de M. GONTARD Guillaume (Isère - GEST) publiée le 02/07/2026
Question posée en séance publique le 01/07/2026
M. le président. La parole est à M. Guillaume Gontard, pour le groupe Écologiste - Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
M. Guillaume Gontard. Monsieur le Premier ministre, je ne souhaite pas qu'il y ait de mauvaise polémique entre nous. (Exclamations ironiques sur les travées du groupe Les Républicains.) La canicule n'a pas fait 10 000 morts, mais, comme d'éminents spécialistes, nous redoutons un bilan terrible.
Nous saluons la mobilisation des agents de l'État et nous nous associons à la peine des familles des victimes. Nous le répétons toutefois : la canicule était prévisible et beaucoup de ces décès étaient évitables.
Aussi, je vous le demande : combien de morts faudra-t-il pour que la France soit prête ?
Le dérèglement climatique tue d'abord les plus fragiles : les personnes âgées isolées, les sans domicile fixe (SDF), les enfants, les travailleurs exposés, les habitants des bouilloires thermiques. Il tue aussi le vivant, la faune, les arbres, et ruine les agriculteurs.
Monsieur le Premier ministre, vous n'êtes pas seul responsable du réchauffement climatique, mais vous avez la responsabilité de l'adaptation de la société à ses effets.
Or réduire MaPrimeRénov', siphonner le fonds vert, revenir sur le « zéro artificialisation nette » (ZAN), remettre sur le marché des passoires thermiques, acheter des climatiseurs en urgence et prolonger les soldes, ce n'est pas une politique d'adaptation.
Monsieur le Premier ministre, il est temps de vous ressaisir. Allez-vous créer un fonds d'urgence canicule pour financer des protections solaires, des îlots de fraîcheur, une veille sur le sujet et des travaux d'adaptation des bouilloires thermiques ? Allez-vous négocier avec les partenaires sociaux pour adapter le travail aux fortes chaleurs et créer un congé climatique ? (Nous y voilà ! sur des travées des groupes UC et Les Républicains.)
Allez-vous redonner aux élus locaux les moyens d'agir, en rétablissant une véritable capacité d'ingénierie, en renforçant le fonds vert, en créant une facilité d'emprunt et en accordant des financements massifs pour le bâti scolaire ? Allez-vous porter les crédits de MaPrimeRénov' à plus de 5 milliards d'euros chaque année, pour enfin financer un programme lisible et durable de rénovation thermique ?
Bref, allez-vous faire de l'adaptation au changement climatique une priorité nationale et mettre à contribution les plus gros pollueurs ?
Quand la guerre est à nos portes, nous trouvons des dizaines de milliards pour la défense. À quand la même mobilisation face à la canicule ?
Monsieur le Premier ministre, gouverner, ce n'est pas compter les morts, c'est empêcher qu'ils meurent. Qu'allez-vous faire ? (Applaudissements sur les travées du groupe GEST ainsi que sur des travées du groupe CRCE-K.)
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Réponse du Premier ministre publiée le 02/07/2026
Réponse apportée en séance publique le 01/07/2026
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le président Gontard, je tiens à redire devant la Haute Assemblée l'émotion du Gouvernement devant le nombre de victimes, une émotion qui, j'en suis certain, est partagée sur l'ensemble de ces travées. Nous pensons à leurs familles.
Je vous suis reconnaissant d'avoir salué l'action des services de l'État, ce qui n'a pas été fait hier à l'Assemblée nationale. On peut en effet combattre l'action du Gouvernement, tout en soutenant l'action des services de l'État.
Je tiens à remercier, devant la Haute Assemblée, les soignants, les pompiers, les policiers et les élus locaux. (Applaudissements nourris.) Quelles que soient nos convictions politiques, nous connaissons leur engagement et nous devons les soutenir, quoi qu'il arrive et quoi qu'il en coûte, surtout pendant les crises.
Je vous remercie de la tonalité de votre question. Nous nous connaissons un peu, car nous avons travaillé ensemble, notamment lorsque je siégeais à la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat. J'ai la conviction qu'il existe une forme d'éthique dans le débat politique. Je crois au débat de fond, au débat d'idées.
Les projets et les idées que vous venez d'avancer montrent que la campagne présidentielle a déjà un peu démarré, ainsi que peut-être aussi la campagne des élections sénatoriale et celle des législatives - c'est bien naturel.
Je ne souhaite pas que le débat politique continue de dériver vers des violences verbales, allant jusqu'à des spéculations sur un bilan humain. Ce qui s'est passé hier à l'Assemblée nationale n'était pas raisonnable pour le débat démocratique. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UC, RDPI et INDEP. - M. Michel Masset applaudit également.)
Je tiens à le redire ici avec force : nous sommes opposants, mais en républicains, nous croyons en la démocratie représentative et parlementaire. C'est ainsi que cela doit fonctionner.
Je ne comprends pas l'escalade verbale d'un certain nombre de membres de votre parti au cours de ces derniers jours. (M. Thomas Dossus s'exclame.) Je note aussi que vous ne vous êtes pas livré à un tel mouvement.
D'un point de vue historique, c'est plutôt votre moment : de lanceurs d'alerte, vous pouvez devenir ceux qui proposent une manière de planifier à l'échelle locale, nationale et européenne.
Il faut être capable de reconnaître que tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont fait des choses, singulièrement depuis la présidence de Jacques Chirac, jusqu'à aujourd'hui. Chacun a agi, à sa manière. Nier leur action, c'est abîmer l'esprit de compromis autour de la lutte contre le réchauffement climatique - j'en suis intimement convaincu.
Une voix à gauche. Qu'avez-vous fait en dix ans ?
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Nous devons tirer les conclusions de la canicule récente.
La première concerne l'adaptation, sur laquelle nous reviendrons très longuement. Je sais qu'un débat en application de l'article 50-1 de la Constitution a été demandé par le groupe socialiste. J'en discuterai avec le président du Sénat dans un instant. J'y suis évidemment favorable : ce serait l'occasion de dresser un bilan objectif, sans caricature, et d'en tirer des conclusions, y compris dans la perspective du prochain projet de loi de finances.
Ensuite, il y a urgence pour les hôpitaux. Je n'en dis pas plus pour le moment, mais je ferai des annonces dans les quarante-huit prochaines heures avec la ministre de la santé.
Une autre urgence concerne la sécurité civile, qui doit être renforcée.
Nous sommes tous d'accord pour dire que le débat entre l'atténuation et l'adaptation est derrière nous et que, désormais, nous devons mener les deux de front. (M. Daniel Salmon acquiesce.)
Une réponse diplomatique est aussi indispensable. Nous pouvons tous convenir que la France est plutôt isolée sur ce sujet. Espérons que l'enjeu et le débat européen permettront de tirer la réflexion vers le haut.
Les choses sont assez simples, monsieur le président Gontard. Si votre question était de savoir si le Gouvernement est disposé à travailler de bonne foi, dans la mesure des moyens et des contraintes budgétaires qui sont les nôtres, vous pouvez être rassuré : en tant que démocrates, en tant qu'élus, nous répondrons présent.
Toutefois, si l'objet de votre question est, malheureusement, comme j'ai pu le comprendre hier, plus politicien, si l'enjeu est l'avenir de la relation entre telle ou telle formation politique et La France insoumise, si le but de ces manoeuvres est de déposer une motion de censure contre le Gouvernement la semaine prochaine, au risque de créer une crise politique et de priver les services de l'État d'une direction politique alors qu'une reprise de la canicule se profile, alors on fait fausse route ! (M. Guillaume Gontard proteste.)
Nous sommes donc à un moment de vérité, monsieur le président Gontard. Allons-nous, durant les quelques semaines qui nous séparent de l'élection présidentielle, avancer dans le sens de l'intérêt général, sereinement, calmement, dans le respect des opinions de chacun, ou est-ce la politique politicienne qui l'emportera, auquel cas je ne pourrai rien faire ? (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI, UC et Les Républicains, ainsi que sur des travées du groupe RDSE. - Mme Laurence Harribey applaudit également.)
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