Question de M. LEVI Pierre-Antoine (Tarn-et-Garonne - UC) publiée le 02/07/2026

Question posée en séance publique le 01/07/2026

M. le président. La parole est à M. Pierre-Antoine Levi, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées des groupes UC et INDEP.)

M. Pierre-Antoine Levi. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, ma question s'adresse à M. le ministre de l'éducation nationale.

Le 17 juin dernier, sur l'initiative du président du Sénat, Gérard Larcher, et du président de notre commission de la culture, Laurent Lafon, le film L'Abandon a été projeté ici même, au Palais du Luxembourg. Cette oeuvre de Vincent Garenq retrace les derniers jours de Samuel Paty, ce professeur d'histoire-géographie assassiné le 16 octobre 2020 pour avoir simplement fait son métier : transmettre, instruire, faire vivre la liberté d'expression dans le respect des programmes de la République.

Ce film ne se contente pas de raconter un drame. Avec une grande rigueur, il donne à comprendre l'enchaînement qui a conduit à l'irréparable : les renoncements, les manipulations, l'emballement des réseaux sociaux, les défaillances institutionnelles. Sa portée pédagogique est exceptionnelle. Il offre un support concret pour aborder avec nos élèves la laïcité, les valeurs de la République, la désinformation, le cyberharcèlement et l'esprit critique. Mickaëlle Paty, la soeur de Samuel, avec un courage que nous saluons tous, appelle elle-même à en faire un outil de transmission. Je sais, monsieur le ministre, que vous avez vu ce film et qu'il vous a profondément marqué.

Je veux toutefois attirer votre attention sur un point important. Si nous nous contentons d'adresser aux enseignants une simple recommandation, laissée à la libre appréciation de chacun, il est à craindre que ce film ne soit projeté que là où le contexte est le plus serein. Au contraire, dans les établissements où les tensions sont les plus vives, certains enseignants, par crainte de pressions ou de contestations, renonceront à le montrer, ce qui est l'inverse du but visé. Or le renoncement est justement ce que ce film dénonce.

Aussi ma question est simple et directe : le Gouvernement est-il prêt à franchir une étape supplémentaire en intégrant pleinement ce film aux programmes et aux ressources pédagogiques de l'enseignement moral et civique, accompagné d'un dossier complet pour les enseignants ? Faire de cette oeuvre un rendez-vous national, autour du 16 octobre, c'est la garantie que tous les élèves de France, sans exception, y auront accès et que ce ne sera plus aux professeurs de porter seuls cette responsabilité avec courage.

Le meilleur hommage que la Nation puisse rendre à Samuel Paty, c'est que chaque élève comprenne pourquoi il a été assassiné et pourquoi la République doit protéger sans faille celles et ceux qui la servent en transmettant le savoir. (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées des groupes Les Républicains, INDEP, RDPI et RDSE. - Mme Cathy Apourceau-Poly et M. Jean-Marc Vayssouze-Faure applaudissent également.)

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Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 02/07/2026

Réponse apportée en séance publique le 01/07/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.

M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Monsieur le sénateur Levi, vous avez raison de souligner la qualité de L'Abandon. C'est un film objectivement remarquable, qui décortique la mécanique délétère ayant entraîné l'assassinat par un terroriste islamiste de Samuel Paty, mort pour avoir exercé son métier de professeur. Qui l'a vu - et j'imagine que vous êtes nombreux à l'avoir déjà fait - ne peut qu'en ressortir profondément touché et ébranlé. C'est l'un des rares films où, à la fin, le public reste assis pendant la quasi-totalité du générique, tant il est touché au coeur par ce qu'il a vu et par ce qui s'est passé.

Ce film est donc, à mon sens, d'intérêt général. Nous faisons en sorte que tous les enseignants qui veulent le voir puissent le faire, mais surtout qu'ils soient outillés pour en discuter avec leurs élèves. La raison en est simple : un jeune collégien d'aujourd'hui était un enfant, et même un assez jeune enfant, à l'époque des faits. En réalité, cette tragédie ne parle déjà plus à beaucoup de nos élèves. Il est donc essentiel de remettre le film dans son contexte, de leur expliquer ce qui s'est passé et d'ouvrir ensuite le débat, notamment sur la liberté d'expression, sur le rôle du professeur et sur tout ce qui s'ensuit. Cela me semble essentiel. Un dossier pédagogique est en cours de finalisation ; il sera publié et mis à la disposition de tous les professeurs pour la préparation de ces séances dans le cadre des équipes pédagogiques.

Faut-il maintenant franchir le cap de rendre le visionnage du film obligatoire ? De mon point de vue, la réponse est non, et je vais vous expliquer pourquoi. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.) En application du principe de liberté pédagogique, tout professeur doit avoir le choix de le diffuser ou pas. Certains enseignants, d'ailleurs, ne sont pas en situation objective de le regarder, pour des raisons évidentes que chacun peut comprendre. J'en ai discuté avec un certain nombre d'entre eux.

Nous opterons donc pour une incitation massive, notamment à l'occasion de la cérémonie du 16 octobre. Il ne s'agira pas d'une obligation, mais j'espère bien que nous tous, ici, participerons à la diffusion de ce film d'intérêt général. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées des groupes UC et RDSE.)

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