Question de Mme GUHL Antoinette (Paris - GEST) publiée le 10/09/2026

Mme Antoinette Guhl interroge Mme la ministre de la culture sur les actions envisagées par le Gouvernement pour répondre à la situation économique critique des librairies, en particulier indépendantes.

La situation financière des librairies devient critique. Le réseau national « Gibert Joseph » a été placé en redressement judiciaire au printemps 2026 et prévoit la fermeture de plusieurs de ses boutiques, y compris à Paris. Peu après, les chaînes de librairies « Le Furet du Nord » et « Decitre » ont également annoncé la suppression de 163 postes et la fermeture de onze boutiques, dont la dernière librairie généraliste de Roubaix.

Si la France possède, avec plus de 3 000 librairies indépendantes, l'un des réseaux les plus denses au monde, la concurrence des plateformes de vente en ligne et la concentration du secteur de l'édition et de la distribution mettent cette exception culturelle en péril. Le taux de marge moyen des librairies est de 1 %, soit l'un des plus faibles du commerce de détail.

Ainsi, avec cinq groupes qui se partagent aujourd'hui 75 % du chiffre d'affaires réalisé sur le territoire, l'économie du livre connaît une concentration inédite, tant horizontale que verticale, puisque les marchés de l'édition, de la distribution et de la diffusion sont majoritairement dans les mains d'une poignée d'acteurs. Ce déséquilibre croissant fragilise non seulement les 2 500 maisons indépendantes françaises, mais également les librairies. Il affecte considérablement leurs marges de manoeuvre (par exemple sur le montant des remises accordées), la diversité éditoriale et l'offre proposée aux lecteurs.

La loi n° 2021-1901 du 30 décembre 2021 visant à conforter l'économie du livre et à renforcer l'équité et la confiance entre ses acteurs, dite « loi Darcos », mise en oeuvre par l'arrêté du 4 avril 2023, impose un prix plancher de 3 euros pour les frais d'envoi des livres neufs achetés en ligne et expédiés à l'acheteur. Certaines plateformes de vente en ligne contournent ces frais de port minimaux par le retrait gratuit des livres dans des supermarchés et hypermarchés partenaires, voire dans des casiers automatiques (ou « lockers »). Par ailleurs, en octobre 2025, une plateforme de vente en ligne a annoncé rétablir un rabais de 5 % pour les ouvrages retirés dans les commerces partenaires. Ces pratiques visant à faire obstacle à la bonne application de la loi s'ajoutent aux difficultés auxquelles font face les librairies.

Dans la réponse apportée le 18 décembre 2025 à la question écrite n° 05075 de M. Hervé Maurey (JO Sénat du 18/12/2025 - page 6193), la ministre a indiqué, d'une part, que l'ensemble des voies, tant contentieuses que normatives, qui permettraient d'assurer le respect des objectifs de la loi Darcos seraient étudiées, et d'autre part, qu'un projet de décret renforçant le régime répressif de la loi Lang serait élaboré, en lien avec le ministère de la Justice, avant d'être soumis à l'examen du Conseil d'État.

Ainsi, elle souhaite savoir : premièrement, si des mesures de subventions supplémentaires sont envisagées par le Gouvernement pour soutenir les librairies, notamment indépendants, et pour garantir leur diversité ; deuxièmement, si le Gouvernement dispose d'une stratégie pour réduire la concentration dans l'économie du livre, ou à tout le moins, ses effets ; troisièmement, quelles actions sont privilégiées pour mettre un terme à la pratique de contournement de la loi Darcos ; et quatrièmement, quand le projet de décret renforçant le régime répressif de la loi Lang sera publié.

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En attente de réponse du Ministère de la culture.

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