II. LES ÉMISSIONS ATMOSPHÉRIQUES DES MÉTAUX LOURDS

A. PANORAMA

1. Mesure générale

Les activités humaines représentent la principale source de pollution de l'air, les plus importantes étant la production d'énergie électrique, l'industrie et l'automobile. Au milieu des années 70, la production de plomb comme additif aux carburants représentait 380.000 tonnes (voir supra). Avec les efforts répétés pour limiter les rejets de métaux lourds, ceux-ci sont devenus un élément mineur de la pollution atmosphérique, par rapport à d'autres constituants tels que les oxydes de carbone (CO 2 ), d'azote (NOx), et de soufre (SO 2 ) (25 ( * )) ... Mais l'homme inhale 20 m 3 d'air par jour. Aussi les rejets de métaux toxiques, même limités, doivent être considérés avec attention.

Les rejets atmosphériques de métaux lourds sont récapitulés dans les tableaux ci-après.

Estimation (en %) des émissions atmosphériques d'origine anthropique pour huit métaux en France

par secteurs d'activités et pendant la période 1993-1995

Evolution et origines des émissions de métaux lourds dans l'air en France

Evolution en tonnes

Répartition en % (en 1998)

1990

1995

1998

2002

Energie

Indus-trie

Trans-ports

Autres

Arsenic (As)

24,1

21

22,3

18,5

6 %

93 %

1 %

Cadmium (Cd)

15,7

13,4

14

14,1

1 %

86 %

13 %

Chrome (Cr)

376

194

240

256

1 %

99 %

Cuivre (Cu)

92,3

90,4

91,4

90,8

3 %

35 %

60 %

2 %

Mercure (Hg)

43,4

37,5

36,2

33,8

9 %

85 %

6 %

Nickel (Ni)

280

229

225

218

48 %

47 %

5 %

Plomb (Pb)

4.576

1.605

1.190

387

27 %

72 %*

1 %

Sélénium (Se)

10,8

11,2

12

12,1

6 %

92 %

2 %

Zinc (Zn)

1.938

1.297

1.505

1.570

1 %

97 %

2 %

Source CITEPA - traitement OPECST - * En 2002, ce pourcentage sera voisin de 0.

Ce tableau permet de constater l'évolution extrêmement rapide des sources d'émission et des quantités émises au cours des dix dernières années. Pendant longtemps, l'automobile a été la principale source d'émission du plomb dans l'air. Cette particularité a disparu. L'industrie est à l'origine de la plus grande part des émissions, tous métaux confondus. Les efforts de réduction d'émission ont porté leurs fruits : les émissions de mercure ont diminué de 20 %, les émissions de plomb ont chuté de 90 % après l'interdiction du plomb dans l'essence.

2. Les difficultés de mesures

Il convient d'apprécier ces résultats avec prudence. Il s'agit d'estimations qui comportent des lacunes.

a) La distinction émissions et immission

• En premier lieu, il faut bien distinguer les émissions , mesurées en sortie de cheminée d'usine ou des pots d'échappement, et l'immission qui est la teneur d'un polluant dans l'air au niveau du sol et au niveau des voies respiratoires. On distingue deux types de rejets : les effluents gazeux ou sous forme de particules. Il y a évidemment un rapport entre émission et immission mais dans des proportions et selon des modalités variables. Le rapport de dilution entre émission et immission peut varier de 10 à un million selon la distance qui sépare l'émetteur du récepteur. La taille des particules détermine largement leur devenir. Les particules les plus « grosses » qui viennent des frottements restent pour l'essentiel à proximité de leurs lieux de production (exemple : le zinc et le cadmium liés à l'usure des pneus restent sur la chaussée ou dans une bande étroite de part et d'autre de la chaussée). Les particules les plus fines (moins de 0,1um de diamètre) restent en suspension dans l'air, en l'absence de précipitations et par conséquent, peuvent être transportées sur de très longues distances. Ainsi, certains lieux peuvent être contaminés sans être ni particulièrement exposés, ni même à proximité des sources d'émission. On trouve des traces de la métallurgie romaine dans les glaces polaires et des traces de plomb dans l'essence dans l'air et le sol du Massif Central malgré une circulation automobile réduite. Les concentrations vont donc dépendre en partie de facteurs indépendants des sources et de la volonté de l'homme : circulation de l'air, pluviométrie...

* (25) Un oxyde est un composé issu de la combinaison d'un élément avec l'oxygène. Il existe des oxydes métalliques (oxyde de plomb...) et des oxydes non métalliques.

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