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La bataille des centres de décision : promouvoir la souveraineté économique de la France à l'heure de la mondialisation (rapport)

 

C. LES DÉFICIENCES STRUCTURELLES À LONG TERME

Dans une perspective à long terme, La mission commune d'information se doit d'insister sur le non renouvellement des générations de champions, issus notamment soit des efforts accomplis au cours de « trente glorieuses » par la mutation d'entreprises d'Etat en acteurs de l'économie de marché, soit du processus de libéralisation financière entrepris au milieu des années 80.

Cette anémie du tissu économique intermédiaire, dont témoigne à certains égards aussi la forte proportion de salariés employée dans des filiales de groupes étrangers, est accentuée par un certain sous-investissement et le gaspillage de capital humain que constitue, au-delà des indices de productivité horaires apparemment satisfaisants, la faiblesse globale de la durée du travail.

1. La France, terre d'accueil de nombreuses filiales de groupes étrangers

a) Une part des groupes étrangers dans l'emploi et la valeur ajoutée particulièrement importante en France

Parmi les grands pays développés, la France est l'un de ceux dont la plus forte proportion de salariés est employée dans une filiale d'un groupe étranger. Selon l'Insee229(*), en France ce taux est proche de 15 %, contre seulement 10 % en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, et 5 % aux Etats-Unis.

Cette particularité apparaît nettement avec la part des non résidents dans la détention d'actions. Ainsi, bien que la part du capital des sociétés cotées détenue par les non résidents soit de l'ordre de 50 %, comme en Allemagne ou en Italie, elle est de l'ordre de 30 % si l'on considère la totalité des actions, contre moins de 20 % dans le cas de ces deux pays.

La proportion de salariés employée dans une filiale d'un groupe étranger a fortement augmenté ces dernières années, comme l'indique le graphique ci-après.

Proportion de salariés employés dans des filiales de groupes étrangers en France

(en %)

Source : Jean-William Angel et Virginie Régnier, « Les groupes étrangers en France », Insee première, n°1069, mars 2006

Cette forte augmentation de la part des filiales de groupes étrangers dans l'économie française s'observe également si l'on considère la valeur ajoutée. Selon ce critère, la part des groupes étrangers est passée, de 1993 à 2003, d'environ 10 % à près de 17 %, comme l'indique le graphique ci-après.

Proportion des filiales de groupes étrangers dans la valeur ajoutée totale

(en %)

Source : Jean-William Angel et Virginie Régnier, « Les groupes étrangers en France », Insee première, n°1069, mars 2006

Sur les 2 millions d'emplois de filiales de groupes étrangers, environ 400.000 correspondent à des groupes américains, 300.000 à des groupes allemands et 250.000 à des groupes britanniques.

Répartition des salariés en fonction du pays d'origine des groupes (2003)

(en milliers de salariés)

* Pour plusieurs raisons, notamment fiscales, le Luxembourg accueille nombre de holdings têtes de groupes européens et internationaux pour lesquels il est difficile de déterminer le pays d'origine du capital.

Source : Jean-William Angel et Virginie Régnier, « Les groupes étrangers en France », Insee première, n°1069, mars 2006

* 229 Jean-William Angel et Virginie Régnier, « Les groupes étrangers en France », Insee première, n° 1069, mars 2006.