4.2. IMPACT MACROÉCONOMIQUE DE LA POLITIQUE BUDGÉTAIRE ALLEMANDE

L'impact macroéconomique de la politique budgétaire est un sujet très controversé. La libéralisation financière a en particulier accrédité l'idée selon laquelle les multiplicateurs keynésiens sont faibles car les ménages anticipent les conséquences futures des déficits d'aujourd'hui et parce qu'ils ont la possibilité d'emprunter pour lisser leur consommation au cours du temps. Les travaux empiriques sur le sujet, dans l'ensemble, continuent cependant à confirmer l'idée selon laquelle une restriction budgétaire a un impact négatif sur l'activité à court terme (voir Hemming et al. 2002). Deux voies sont suivies dans la littérature pour évaluer l'impact de la politique budgétaire. La première utilise les modèles macroéconométriques multinationaux tels que le modèle QUEST de la Commission européenne, le modèle Multimod du FMI, le modèle NIGEM du National Institute of Economic and Social Research de Londres, ou encore le modèle INTERLINK de l'OCDE.

Le tableau 1 ci-dessous résume les multiplicateurs obtenus par ces modèles sous différentes hypothèses concernant la politique monétaire. Les multiplicateurs sont évidemment plus faibles si l'on suppose que la politique monétaire réagit à une expansion budgétaire en relevant son taux d'intérêt. Cependant, même lorsque le taux d'intérêt est supposé constant, le multiplicateur est relativement faible - autour de 1 pour les dépenses de consommation publique, ce qui signifie qu'une hausse de 1% des dépenses élève le PIB d'environ 1% à court terme. Quant à l'impact de la politique budgétaire sur les autres pays européens, la revue de littérature réalisée par Gros et Hobza (2001) conclut qu'il n'y a pas de consensus parmi les modèles.

Tableau 1 : Effet, sur le PIB, d'une hausse pendant une année de la consommation publique (1% du PIB)

Modèle

Hypothèses Monétaires

A court terme (= 1 an)

A long terme (> 1 an)

QUEST

(Commission européenne)

Allemagne

France

Etats-Unis

Allemagne

France

Etats-Unis

1. Pas de réponse des taux d'intérêt

0.9

0.9

0.0

0.0

2. Cible du niveau des prix

0.6

0.8

0.0

0.0

NIGEM (NIESR)

Taux d'intérêt nominaux fixés pendant 1 an, après cible d'inflation

1.0

0.8

0.0

0.0

MULTIMOD (FMI)

Taux d'intérêt nominaux fixés pendant 1 an, après cible d'inflation

1.3

1.3

1.1

-0.2

-0.2

-0.6

INTERLINK (OCDE)

Taux de change nominal fixe, taux d'intérêt fixe

1.5

0.8

1.1

-0.3

0.2

0.1

Source: Hemming, Kell et Mahfouz (2002)

La seconde approche consiste à estimer un modèle dynamique de taille réduite, en introduisant le moins d'hypothèses possibles sur les relations économiques sous-jacentes. Selon cette approche, Perotti (2002) met en évidence un multiplicateur keynésien de 0,8 pour les dépenses mais seulement 0,2 pour la fiscalité à court terme dans le cas de l'Allemagne ( tableau 2 ).

Tableau 2 : multiplicateurs keynésiens en Allemagne de l'ouest,
approche VAR

Effet sur le PIB en %

1 trim

4 trim

12 trim

20 trim

Multiplicateur des dépenses (hausse des dépenses publiques de 1% du PIB)

1961:1-1989:4

1.30*

0.96*

-0.02

0.94*

1961:1-1979:4

1.65*

1.24*

0.21

1.06*

1980:1-1989:4

0.80*

-0.72*

-0.86

-0.71

Multiplicateur des impôts (baisse des impôts de 1% du PIB)

1961:1-1989:4

0.27*

-0.46*

-0.51*

0.05

1961:1-1979:4

0.29*

-0.60*

-0.46*

-0.10

1980:1-1989:4

0.24*

-0.49*

-0.21

-0.32

Source: Perotti (2002). * significatif à 90%.

Bénassy-Quéré et al (2006) reprennent la méthode de Perotti (2002) combinée avec une approche FAVAR (« factor augmented VAR ») en l'appliquant à l'Allemagne, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Sur l'ensemble de la période d'estimation (1971-2004), une baisse de 1% du PIB des impôts nets des transferts en Allemagne a en moyenne pour effet d'augmenter le PIB d'environ 1%, même à un horizon de deux ans ( Tableau 3 ). Dans le cas des dépenses, le multiplicateur n'est par contre pas significatif. Aux Etats-Unis, le multiplicateur des dépenses est positif et significatif dans le court terme (premier trimestre) mais il est non significatif à deux ans. Au Royaume-Uni, aucun multiplicateur n'apparaît significatif.

Tableau 3 : Le multiplicateur des impôts et des dépenses : Allemagne, Royaume-Uni, Etats-Unis. Approche FAVAR

Allemagne

Royaume-Uni

Etats-Unis

a) Choc

1trim

8trim

1trim

8trim

1trim

8trim

Impôts

1.17*

1.08*

0.23

0.07

-0.07

0.53

Dépenses

0.23

-0.23

0.12

-0.30

1.07*

0.26

(i) Source: Bénassy-Quéré et Cimadomo (2006), échantillon : 1971-2004. * significatif à 90%.

L'estimation des multiplicateurs sur des fenêtres glissantes de 17 ans montre alors que le multiplicateur fiscal allemand a tendu à diminuer depuis 1990 et qu'il est devenu non significatif sur la période récente. Une baisse des impôts en Allemagne tend à augmenter le PIB allemand à court terme, mais cet effet diminue à la fin des années 1990 et au début des années 1980.

Certains pays limitrophes de l'Allemagne (notamment France et Belgique) bénéficient, à court terme, de l'effet de relance. En effet, sur la période plus récente, les années depuis le début de l'Union Monétaire (1988-2004), la transmission de l'impulsion budgétaire par le commerce (hausse des importations allemandes) semble l'emporter sur la transmission par la politique monétaire commune (hausse des taux d'intérêt courts de la zone euro) et sur la transmission par l'offre (hausse de la compétitivité des produits allemands), comme le résume le tableau 4 . Une hausse des dépenses publiques (consommation et investissement) en Allemagne n'a pas d'impact notable sur le PIB des autres pays européens, sauf pour deux économies voisines de petite taille : la Belgique et l'Autriche. .

Tableau 4 : Les multiplicateurs transnationaux. Effets des chocs des impôts et des dépenses publiques allemandes sur le PIB de sept pays européens. Approche FAVAR

Allemagne

Choc

Impôts

Dépenses

1 trim

8 trim

1 trim

8 trim

France

0.27*

-0.02

0.16

-0.14

Royaume-Uni

0.10

-0.44

0.41

0.65

Italie

0.25

-0.10

-0.17

0.02

Espagne

-0.41

-0.58

0.40

-0.61

Pays-Bas

0.23

-0.18

0.45

-0.70

Belgique

0.32*

-0.13

0.76*

-0.07

Autriche

-0.17

-0.62

1.04*

-0.30

(ii) Source: Bénassy-Quéré et Cimadomo (2006), échantillon : 1988-2004. * significatif à 90%.

De ce travail, on peut conclure que la politique suivie par l'Allemagne entre 2001 et 2006, ayant consisté à réduire à la fois les impôts et les dépenses publiques, a eu un effet soit positif, soit nul, mais sans doute pas négatif sur les économies voisines. En effet, la baisse des prélèvements ne peut, selon notre analyse, avoir eu d'effet que positif, tandis que la baisse des dépenses n'a vraisemblablement pas eu d'effet négatif.

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