Allez au contenu, Allez à la navigation

Accompagnement de la transition numérique des pme : comment la France peut-elle rattraper son retard ?

4 juillet 2019 : Accompagnement de la transition numérique des pme : comment la France peut-elle rattraper son retard ? ( rapport d'information )

B. L'EXEMPLE DANOIS : UNE DYNAMIQUE PUBLIQUE POUR ENTRAÎNER LE PRIVÉ

La Délégation sénatoriale aux entreprises s'est déplacée à Copenhague les 13 et 14 décembre 2018.

1. Le leader européen de la transition numérique
a) Le fruit d'une stratégie volontariste globale inscrite dans la durée

Classé au premier rang du DESI 2018, le Danemark a renforcé sa position dans tous les domaines analysés par la Commission européenne : connectivité, capital humain, utilisation des services internet et services numériques publics.

Bien que situé au quatrième rang en 2019, le Danemark est toujours numéro 1 en matière d'utilisation des services internet, et l'est devenu en matière de connectivité.

C'est un pionnier en termes d'utilisation des technologies numériques, tant dans l'administration publique que dans les entreprises : l'intégration du numérique y est globalement acquise dans 61,3 % des entreprises, contre une moyenne de 41,1 % dans l'Union européenne et 40,7% en France.

La performance numérique danoise des entreprises doit s'analyser dans un environnement extrêmement favorable, fruit de politiques publiques efficaces.

(1) La dynamique du secteur public

Ainsi, une Agence pour la numérisation a été créée en 2011, et placée sous tutelle du ministère de l'Industrie et des Finances danois. Sa première mission fut de transformer le secteur public danois. 400 millions d'euros annuels de dépenses publiques ont été ainsi économisés, pour une population de 5,7 millions d'habitants.

Le secteur public est devenu un moteur pour la digitalisation du secteur privé : l'État pratique une dématérialisation complète, y compris pour les remboursements des indemnités maladie et maternité depuis 2011, impose aux entreprises la facturation électronique depuis déjà 2005 ainsi qu'une correspondance électronique, ce qui implique pour chaque entreprise d'avoir une boîte aux lettres électronique.

Par ailleurs, le mail fait foi tandis que la signature digitale permet une identification facile, si bien que chacun a accès à l'ensemble des sites internet publics contenant ses données personnelles, ainsi qu'aux transactions bancaires en ligne. Un portail unique propose en ligne 1 800 formulaires pour les entreprises et reçoit 25 millions de visites par an. 92 % des demandes reçoivent une réponse immédiate. Cinq minutes sont suffisantes pour créer son entreprise (le registre du commerce est en permanence mis à jour) et une activité peut être lancée dans les 24 heures.

Le gouvernement a donc adopté une politique du « digital par défaut », selon laquelle le papier n'est utilisé qu'en dernier ressort et lorsqu'il n'y a pas d'alternative. Cette logique de dématérialisation prévaut pour les paiements, que les citoyens peuvent effectuer avec leur téléphone portable ou leur carte de crédit. Les banques ont même créé des cartes de paiement adaptées aux enfants dès l'âge de 8 ans pour les courses du quotidien.

Mme Eva Berneke, directrice de KMD, société de numérisation et de gestion des données personnelles travaillant avec le secteur public depuis les années 1970, note que « Le Danemark n'a pas eu peur de forcer un peu la main des individus. Le digital a été imposé : tout le monde reçoit donc du courrier digital sauf s'il y a une excellente raison de ne pas le faire. Dès qu'un adolescent a 15 ans, une boîte digitale est ouverte pour lui permettre d'avoir accès à un médecin, à une banque, etc. Or dans d'autres pays, c'est l'inverse qui s'est passé. On laisse passer au numérique ceux qui le veulent. Mais on sait très bien que dans ce cas, une minorité de personnes passent au digital ».

(2) Une nouvelle stratégie pour 2025

Craignant la concurrence d'autres pays notamment asiatiques, le gouvernement danois a élaboré une stratégie de croissance numérique pour la période 2018-2025, mobilisant 134 millions d'euros. Elle comprend 38 initiatives qui s'articulent autour de six objectifs majeurs :

- renforcer l'attractivité du Danemark dans le secteur numérique,

- soutenir la transformation numérique des PME,

- améliorer les compétences numériques des Danois,

- adapter la réglementation aux nouveaux modèles économiques (business model) numériques,

- développer l'économie autour des données,

- renforcer la cybersécurité.

L'objectif est notamment d'intégrer les mégadonnées (Big Data) et l'intelligence artificielle dans les systèmes de production des entreprises. Le gouvernement danois y affiche sa volonté d'influer sur les normes actuellement développées pour les diverses technologies numériques, à commencer par les « cobots », les robots collaboratifs. Cette stratégie est guidée par l'idée que la machine ne remplacera pas l'homme mais qu'elle doit le servir.

b) Des efforts toujours d'actualité en direction des PME

D'après Stig Borchersen, directeur de la société Valcon qui propose notamment des services de conseil en « digital execution », 30 % des PME et 80 % des grandes entreprises au Danemark sont considérées comme « matures » en matière digitale. Les données fournies par SMVDanmark, qui représentent les intérêts de quelques 20 000 PME danoises, confirme que les PME sont à la traîne des grands groupes. En effet, l'histogramme présenté ci-dessous met en évidence la part des entreprises danoises présentant un haut degré de digitalisation. À peine 30 % des entreprises de moins de 20 salariés sont hautement numérisées, contre 85 % des plus grandes ; il s'agit d'une tendance de fond que l'on retrouve ailleurs en Europe.

Dans le cadre de la stratégie pour une croissance numérique, un effort spécifique est réalisé en faveur des PME, cibles d'une initiative dédiée intitulée « SME : Digital », qui vise à les aider à « grimper l'échelle du numérique » selon la formule du Gouvernement danois. A la tête de cette initiative se trouve un « Conseil des PME » qui dessine de nouvelles perspectives à l'adresse du ministère de l'industrie. 10 millions de couronnes danoises ont été alloués pour 2018, 20 millions pour 2019 et 25 millions pour 2020-2021.

Ce programme prévoit que les PME bénéficient d'informations sur les nouvelles opportunités technologiques, d'assistance pour leur transformation numérique, de formations au numérique notamment pour les dirigeants (via un pool national de fonds régionaux à hauteur de 35 millions de couronnes), d'un meilleur accès au capital risque, d'un centre national de e-commerce promouvant les produits danois à l'export et enfin, en partie grâce au Fonds européen d'investissement, d'une subvention à hauteur de 50 % (plafonnée à 13 500 euros) de leurs dépenses de transformation numérique, qu'il s'agisse de conseil, de mise en place de solutions numériques ou de e-commerce.

2. L'éducation et la formation pour accompagner vers le numérique
a) Une culture partagée dès l'école

Le succès de la stratégie de numérisation des autorités danoises est, depuis le début, intimement lié à la dynamique de formation des danois. L'ouverture des citoyens aux nouvelles technologies s'est rapidement inscrite dans la logique du système d'éducation danois. Dès l'école, le mode d'apprentissage est interactif et le travail souvent collectif. Plusieurs témoignages ont évoqué la possibilité d'apprendre en progressant, dans le dialogue et sans crainte du jugement, ce qui nourrit liberté et agilité qui sont les principes mêmes du développement technologique.

Une attention spécifique est portée à l'éducation au numérique à l'école, où les « compétences numériques » constituent une nouvelle matière, pour apprendre à créer grâce aux nouvelles technologies et dans le respect de l'éthique en matière de données.

b) Une stratégie nationale réaffirmée

La stratégie pour une croissance numérique, évoquée plus haut, comprend un chapitre intitulé « Des compétences numériques pour tous ». Elle part de l'analyse réalisée par le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop) estimant qu'entre 2013 et 2025 le besoin en compétences dans les domaines scientifiques et technologiques dites « STEM » (Science, Technology, Engineering and Maths) vont croître de 28 % au Danemark, contre 12 % en moyenne dans l'Union européenne. En outre, la société danoise des ingénieurs a prédit221(*) qu'en 2025 le pays manquerait de 6 500 ingénieurs et 3 500 diplômés en sciences naturelles.

Paradoxalement, malgré une culture d'adaptabilité au numérique inculquée très tôt, le Danemark connaît une proportion relativement faible de travailleurs ayant suivi une formation supérieure dans le domaine digital ou technologique. Le tableau ci-dessous, issu des données produites par Eurostat, met en évidence le retard danois parmi les pays d'Europe du Nord.

Une étude de 2016222(*) montre qu'environ la moitié des entreprises ayant cherché à embaucher des experts des nouvelles technologies n'ont pas atteint cet objectif. S'il n'est pas relevé dans les prochaines années, ce défi de recrutement risque d'aboutir à un déclin du potentiel de transformation digitale des entreprises et donc de leur compétitivité. Le ministère du travail danois a quant à lui constaté en 2017 des carences dans certains profils « STEM », notamment ceux de développeurs et de programmeurs.

Fort de ce constat, le gouvernement danois a défini une stratégie se déclinant en plusieurs actions parmi lesquelles :

- Une expérimentation de quatre ans pour évaluer la meilleure façon de faire évoluer les programmes de l'enseignement primaire et secondaire, doublée de l'introduction d'une matière optionnelle en compréhension des technologies, dès 2017/2018 ;

- Une réforme du système des bourses de l'enseignement supérieur pour faciliter l'employabilité et l'augmentation du nombre d'étudiants vers les filières « STEM » ;

- Un accord en octobre 2017 entre le gouvernement et les syndicats pour rendre plus flexible la formation continue et mieux l'adapter aux besoins des entreprises ;

- Un pacte technologique entre le gouvernement, les représentants des branches du commerce et de l'industrie ainsi que les institutions éducatives et les opérateurs du secteur public afin de développer le nombre de personnes formées aux compétences technologiques « STEM ». 15 millions de DKK ont été alloués en 2018 puis 20 millions annuels engagés entre 2019 et 2022.

Il est intéressant de mettre en relation cette stratégie extrêmement dynamique avec les témoignages recueillis par votre délégation lors de son déplacement à Copenhague. Ainsi le président de Dansk Industri, organisation privée gérée par 10 000 entreprises du secteur de l'industrie, du commerce ou des services, a-t-il affiché sa volonté de faire du Danemark un « phare numérique » tant il considère le numérique comme un paramètre compétitif décisif pour les entreprises.

La logique qui prévaut fait écho à une étude de Mc Kinsey sur les pays du G8223(*) selon laquelle pour chaque emploi perdu à cause d'internet, ce sont 2,6 nouveaux emplois qui sont créés, mais pas nécessairement dans le même secteur ni le même pays. Cette donnée est cruciale pour la stratégie des pays européens puisque la numérisation peut devenir un avantage comparatif déterminant dans un contexte concurrentiel accru. Les autorités danoises ont pris acte de ces projections en termes d'évolution des emplois et en ont tiré les conséquences pour ne pas subir les changements et au contraire en tirer profit pour que le pays devienne un « front runner », c'est-à-dire un précurseur ou un leader.

Cette stratégie nécessite donc de se focaliser sur le développement de nouvelles compétences utiles à l'ère du numérique. Parmi ces dernières, Dansk Industri identifie les compétences en matière de cybersécurité. Selon une étude de PWC (2017), environ 65 % des entreprises danoises ont été exposées ou victimes d'une cyber-attaque en 2017. Pourtant seulement 38 % de ces entreprises sont dotées d'une politique de sécurité technologique. D'ailleurs le Danemark ne fait pas figure d'exception puisque les statistiques224(*) au niveau européen sont plus alarmantes encore : selon la Commission européenne, 69 % des entreprises n'ont qu'une compréhension de base, ou n'ont pas de compréhension, de leur exposition aux cyber-risques.

La lecture du tableau ci-dessus montre que les entreprises suédoises sont mieux protégées que les entreprises danoises, et surtout que la France arrive en dernière position des 10 pays, bien en-dessous de la moyenne européenne. Ce constat d'un retard inquiétant a motivé nos deux pays à réagir, dans un cadre européen comprenant la directive relative à la sécurité des réseaux et des systèmes d'information (directive SRI).

Les autorités danoises ont mis en oeuvre une stratégie pour la cybersécurité et la sécurité de l'information en 2018. Un portail dédié a été mis en place, permettant à chaque entreprise ou citoyen de faire un test pour mesurer son niveau de risque informatique et obtenir en retour des recommandations pour améliorer sa sécurité. Un comité pour la cybersécurité des entreprises a également été prévu. 18 millions de couronnes pour la période 2018-2021 ont été accordés pour ces initiatives.

La question de la cybersécurité étant liée à celle de l'intelligence artificielle compte tenu de la complexité de l'appréhension des risques de cyberattaques, il est intéressant de noter que le gouvernement danois a lancé, en mars 2019, une stratégie nationale pour l'intelligence artificielle.

La France quant à elle s'est mobilisée dans le cadre de l'Appel de Paris lancé le 12 novembre 2018 à l'occasion de la réunion à l'Unesco du Forum de Gouvernance de l'Internet. L'enjeu principal est l'élaboration de principes communs de sécurisation du cyberespace. Les soutiens de l'Appel de Paris s'engagent donc à travailler ensemble en vue :

1. d'accroître la prévention et la résilience face aux activités malicieuses en ligne ;

2. de protéger l'accessibilité et l'intégrité d'Internet ;

3. de coopérer afin de prévenir les interférences aux processus électoraux ;

4. de travailler ensemble contre les violations de la propriété intellectuelle par voie cyber ;

5. de prévenir la prolifération des programmes et techniques cyber malicieux ;

6. d'accroître la sécurité des produits et services numériques ainsi que la "cyber-hygiène" de tous ;

7. de prendre des mesures contre le cyber-mercenariat et les actions offensives des acteurs non-étatiques ;

8. de travailler ensemble pour renforcer les normes internationales pertinentes.

Parmi les 552 soutiens, on compte 66 États (mais pas la Chine ni les États-Unis d'Amérique ou la Russie), 347 entités du secteur privé (dont Facebook, Microsoft, mais aucun autre GAFAM) et 139 organisations internationales et de la société civile.

Lors de la dernière conférence IANP (intelligence artificielle, nouvelles puissances) organisée en avril 2019, plusieurs experts ont regretté que la France ne sache pas retenir ses « cerveaux », les mieux formés en matière d'intelligence artificielle et de cybersécurité. Parmi les difficultés évoquées, on retrouve le sujet de l'attractivité des carrières mais également celui de l'accompagnement des chercheurs : le cas exemplaire de Stanford a été cité, tandis que pour l'université française le commentaire est « malheur au chercheur qui a trouvé une solution et créé des brevets ! ». Ainsi la démarche volontariste de la France semble devoir être mieux déclinée pour davantage attirer et valoriser nos experts de la cybersécurité. C'est ce que devra prendre en compte la stratégie nationale pour l'intelligence artificielle « France IA ».

3. Le positionnement stratégique autour de la donnée (Data)
a) Le pari des infrastructures

Le Danemark investit dans des infrastructures fiables de connectique digitale, notamment dans les câbles sous-marins225(*) en fibre optique - une nouvelle connexion avec les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Irlande est prévue pour la fin de l'année 2019. Comme le rappelle le ministère des Affaires étrangères danois, ce lien, ainsi que la connexion avec les Pays-Bas, permettent au Danemark de renforcer sa position de hub numérique (digital hub) d'Europe du Nord en doublant la capacité d'échanges de données entre le Danemark et les États-Unis.

Par ailleurs l'approvisionnement en électricité est assuré avec un niveau de sécurité de 99,99 % depuis 1990 selon Energinet, entreprise publique détenue par le ministère danois du climat et de l'énergie. Cette entreprise a d'ailleurs créé DataHub qui centralise toutes les données liées à la consommation d'électricité des 3,3 millions de consommateurs danois, ainsi que celles des processus d'activité telles que les changements d'adresse, de fournisseur, etc. Ces efforts, associés à un prix de l'électricité compétitif, bénéficient à l'industrie danoise du numérique et attirent les entreprises étrangères.

Enfin le volontarisme des autorités publiques s'appuie sur la très large couverture du territoire en haut débit fixe et mobile, ayant permis au Danemark de se hisser au premier rang européen en termes de connectivité, comme le rappellent les tableaux et graphiques ci-après.

Le Danemark dispose du meilleur accès à la 4G et aux accès de nouvelle génération (NGA) et est très bien positionné en matière de couverture en haut-débit ultra-rapide (92 % en 2019 contre 41 % pour la France). En revanche les zones rurales demeurent un point faible qui tranchent fortement avec les autres zones.

b) La data au service des entreprises, des GAFAM aux PME

Les infrastructures étant particulièrement favorables, de nombreuses entreprises ont décidé de s'implanter au Danemark. Ainsi Hitachi a choisi d'installer son European Big Data Laboratory à Copenhague en 2013. Plus récemment Apple a lancé la construction de deux data centers et Google a acheté des terrains proches afin de pouvoir faire de même.

En mai 2018, le leader nordique de solutions centre de données (data center) « vertes » Digiplex a racheté au groupe suédois Telia son centre de données à Copenhague, avec pour ambition de construire ses propres sites au Danemark à l'avenir. Ainsi, le Danemark se positionne déjà comme le hub nordique du Big Data.

La carte d'Europe représentant le classement DESI met en évidence l'avance des pays du nord de l'Union européenne, au sein desquels le Danemark veut ainsi se positionner comme leader du numérique.

Il est intéressant de noter que la Suède figure en bonne place, positionnée au deuxième rang du classement DESI 2019. Le représentant de la confédération patronale suédoise, rencontré par votre Rapporteur à Bruxelles, a rappelé la stratégie de son pays: une éducation aux nouvelles technologies depuis les années 1990, une dynamique inter-entreprises pour soutenir les PME innovantes et leur permettre d'acquérir rapidement une dimension internationale, et une culture entrepreneuriale forte qui incite 15 à 20% des lycéens à créer leur première entreprise.

L'État Danois met un nombre croissant de données à disposition des entreprises, convaincu qu'il s'agit d'un moteur de croissance. Cette politique de données ouvertes (open data) ouvre la voie à des innovations privées à fort potentiel, par exemple en matière d'objets connectés, de systèmes de trafic intelligents ou de ville intelligente (smart city).

L'industrie danoise du numérique est de fait en plein développement : les 350 entreprises du cluster Dansk Industri Digital représentent plus de 90 000 emplois et un chiffre d'affaires de plus de 32 milliards d'euros.

A bien des égards, l'expansion de l'industrie danoise du numérique agit comme un catalyseur de la transformation des entreprises plus traditionnelles. Le numérique y est considéré comme un levier pour relancer la croissance de la productivité de l'industrie, et plus largement l'économie danoise.

Les autorités publiques danoises ne craignent pas de s'appuyer sur les GAFAM pour accélérer la transition numérique des PME. La mairie de Copenhague déploie ainsi de nombreuses actions pour accompagner vers le numérique les 35 000 entreprises implantées sur son territoire. La municipalité déplore notamment que, si une vaste majorité de ces PME ont un site internet, seul un quart d'entre elles vend directement en ligne par le biais de ce site.

La ville coopère avec Ivaekst, un centre de conseil gratuit pour les entreprises géré par un cercle de partenaires privés qui financent entièrement son fonctionnement depuis 2005. Ivaekst propose des cours, ateliers et séminaires.

La municipalité a également noué un partenariat avec Google, comme de nombreuses autres villes danoises : depuis 2012 le programme « Success on line » déployé par Google permet de former gratuitement au numérique des PME (22 000 à ce jour), des étudiants ou des chômeurs. Plus récemment un programme spécifique s'adressant aux diplômés sans emploi a été mise en place : Google finance à ces jeunes diplômés, au chômage et repérés par la mairie, trois semaines de formation au numérique à l'issue desquelles la municipalité les met en relation avec les PME qui ont besoin de compétences numériques. Leur recrutement comme « coordinateur numérique » est ainsi facilité, ce qui permet à 82 % de ces jeunes d'être effectivement embauchés.

Cette démarche de Google est tout à fait comparable à celle menée en France. Toutefois les débats menés par votre Délégation lors de son déplacement ont permis de confirmer une grande réticence danoise de principe à vouloir taxer le numérique, attitude révélatrice d'une relation particulière que le pays entretient avec les GAFAM, tandis que la France a souvent prôné la taxation du numérique au niveau européen.

Conclusion

L'état d'esprit danois montre une volonté de saisir au mieux et le plus rapidement possible toutes les opportunités offertes par le numérique. La création, en mai 2017, d'un « Conseil national de la disruption » qui se réunit deux jours tous les trois mois est assez symbolique et révélatrice de cette stratégie danoise : présidé par le Premier ministre et composé de 32 membres -dont les 7 ministres les plus concernés- ainsi que des entrepreneurs, des partenaires sociaux et des intellectuels, ce conseil a pour mission de saisir les opportunités liées aux évolutions technologiques en permettant à tous les Danois d'en bénéficier et de maintenir le dynamisme du marché du travail.


* 221 Engineer the Future, 2018. Shortfalls forecast for engineers and science graduates in 2025.

* 222 Report on Denmark's digital growth 2017.

* 223 “Internet matters: The Net's sweeping impact on growth, jobs, and prosperity”, Mc Kinsey Global Institute, 2011.

* 224 https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/cyber-security/

* 225 https://investindk.com/insights/denmark-a-northern-european-digital-hub