B. LES ENTREPRISES DOIVENT POUVOIR DISPOSER D'OUTILS SOUVERAINS EN MESURE DE RÉPONDRE À LEURS CAS D'USAGE

L'intégration d'outils d'IA dans les entreprises fait courir le risque d'une augmentation de la dépendance aux acteurs extérieurs, notamment étrangers, qui est déjà très élevée dans le domaine du numérique en général. C'est un facteur que les entreprises souhaitant intégrer l'IA dans leurs processus doivent prendre en compte dans leurs analyses de risque. La dépendance peut être un danger majeur, voire rédhibitoire. Elle pose en effet plusieurs problèmes. Les enjeux de sécurité liés à la possibilité de fuites de données viennent au premier rang. Avec un nombre restreint d'acteurs, les entreprises manquent de choix dans leurs outils et sont à la merci de leurs fournisseurs. La disparition de Sora, logiciel de génération de vidéo par IA créé par OpenAI, est un exemple susceptible de se reproduire. Or les entreprises ne peuvent prendre le risque de se positionner sur des outils dont la pérennité n'est pas assurée. Par ailleurs, la taille et la position dominante des sociétés qui proposent les grands modèles d'IA générative limitent toute discussion avec les entreprises qui souhaitent utiliser leurs produits, ce qui rend difficile l'acquisition d'une solution personnalisée.

Un outil, l'indice de résilience numérique, peut aider à apprécier le niveau de dépendance et aider à identifier des leviers pour s'en défaire. Encore faut-il disposer de solutions alternatives.

Il ne suffit pas d'avoir accès à des outils en source ouverte, qui sont le plus souvent américains ou chinois, même s'ils permettent d'éviter les solutions propriétaires. Leur gouvernance échappe de toute façon aux acteurs européens alors que c'est justement le sujet clef. La diffusion de l'IA au sein de l'économie doit donc s'appuyer sur une production souveraine. C'est un objectif de la stratégie nationale pour l'IA.

L'écosystème français est dynamique, fort de plusieurs centaines de start-up. Elles sont soutenues par différents mécanismes, notamment France 2030. La filière dispose de moyens pour regrouper ses forces. L'AI Factory France a été lancé en 2025 dans le cadre du programme européen EuroHPC. Il vise à assurer la cohérence d'ensemble du secteur. Les start-up y trouvent un accès unifié aux moyens nécessaires à l'innovation que sont les capacités de calcul, les données et les modèles, ainsi qu'un support technique. Le Grand équipement national de calcul intensif (Genci), l'Inria et d'autres acteurs académiques participent à cet effort.

Les liens entre la recherche académique et les start-up sont solides et fructueux. Dans un domaine en permanente évolution, il est essentiel de continuer à favoriser le développement de nouvelles technologies. L'IA a souvent connu des cycles, les réseaux de neurones étant un exemple d'une technologie ancienne qui n'est devenu dominante que très récemment. Il est difficile de prédire dans quelle voie les prochains bouleversements de l'IA emmèneront le secteur. Étudier une large gamme de techniques est un gage de résilience pour faire face à cette incertitude. La diversité des recherches menées actuellement en France promet une adaptabilité qui peut s'avérer précieuse dans la compétition internationale.

L'importance prêtée à l'innovation de rupture s'étend aussi aux applications et aux usages. Le dispositif Pionniers de l'IA soutient ainsi les projets de recherche et développement dans des domaines stratégiques tels que la santé, l'industrie, la transition écologique ou la sécurité.

Enfin, les mécanismes comme l'AI Factory France aident à faire émerger des communs d'usage, réfléchis avec les entreprises clientes qui ont souvent des besoins proches. On s'assure ainsi que les outils produits par les start-up trouvent leurs utilisateurs. C'est l'un des intérêts d'un écosystème local que les demandes des utilisateurs soient bien comprises par les fournisseurs de technologies. En parallèle, une politique industrielle du logiciel doit être mise en place, afin de disposer de communs logiciels pour répondre à ces demandes. Ceci doit permettre d'éviter la prolifération désordonnée des briques technologiques nécessaires à leur réalisation et les risques d'arrêt de maintenance.

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