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CHAPITRE VII

LES MARCHES DES NOUVELLES TECHNOLOGIES
DE L'INFORMATION (comment vont-ils évoluer
et quelles vont être les nouveautés) ?

Une avalanche de chiffres, souvent divergents, sont publiés par les cabinets de consultants spécialisés, concernant l'évolution des marchés des TIC.

Or, ces données sont à manier avec précaution, étant donné les incertitudes qui entachent toute prévision en la matière.

Il est donc prudent et recommandé de se fonder en premier lieu sur la mise en évidence de grandes tendances dont la plupart peuvent être dégagées de la récapitulation des observations précédemment notées dans cet ouvrage.

Les orientations des marchés paraissent découler ainsi principalement de :

n L'évolution de l'offre de technologies, elle-même déterminée par une accélération de leur diversification, de leurs gains de performances (notamment dans le domaine des semi-conducteurs et de la compression de données), et, malgré des difficultés de standardisation, de leur convergence, caractérisée par le règne du numérique, de l'informatique et des réseaux ;

n L'explosion correspondante de la demande, dans des secteurs d'activités, tels qu'Internet, la téléphonie mobile, et, de façon moins spectaculaire, la télévision numérique, surtout par satellite ;

n Enfin, l'ouverture à la concurrence des télécommunications.
Il ne s'agit pas d'un jeu à somme nulle mais d'une dynamique marquée non seulement par des redéploiements au sein des secteurs traditionnels (par exemple, dans l'audiovisuel, au détriment des chaînes hertziennes généralistes...) mais aussi par la création d'activités nouvelles (images en trois dimensions, Webcasting, commerce électronique...) et par une accentuation de la prédominance de l'informatique.

Certes, ni le budget loisirs, ni le temps passé par les usagers devant leurs différents écrans, ni les dépenses d'informatique et de communication des entreprises ne sont indéfiniment extensibles.

Mais la dynamique, qui caractérise l'évolution des TIC, peut bénéficier :
n du supplément de croissance économique qu'elle contribue à provoquer (par la création de biens et services inédits, la prospection et la conquête de nouveaux marchés...) ;

n des gains de productivité qui en résultent et s'y investissent en retour ;

n enfin, du redéploiement du produit de certaines économies réalisées grâce à elles (frais de déplacement et de missions, d'expéditions de documents...).
Les nouvelles techniques d'information et de communication présentent de ce fait un potentiel de croissance et de création d'emplois incontestable.

Il existe une véritable interaction entre les évolutions technologiques, économiques, politiques et culturelles qui sont à la fois la condition et la conséquence de l'avènement de la société de l'information.

La compression de données, par exemple, a rendu à la fois possible un bouleversement de l'économie des réseaux audiovisuels et informatiques et nécessite une modification du cadre juridique des activités correspondantes.

Malgré les réductions de bande passante qu'elle permet, le besoin de consommation d'images qu'elle suscite risque de contribuer à rendre inévitable une augmentation des débits des échanges de données (visioconférences, vidéo à la demande...).

L'ouverture à la concurrence, par ailleurs, qui est, au départ, de nature politique, accélère certaines évolutions techniques (le contournement de la boucle locale, par exemple, par les radiocommunications...) et est susceptible d'activer ce qui me paraît être une évolution inéluctable de l'économie de la société de l'information : un déplacement des sources de valeur ajoutée, vers les services personnalisés, en aval de la chaîne d'exploitation et de transmission des données de base.

Ainsi, l'émergence de nouvelles techniques d'information peut-elle être considérée de deux façons :

- concernant, tout d'abord, son impact sur les activités traditionnelles des secteurs concernés ;

- à travers, ensuite, ses conséquences inédites.

I. L'IMPACT DES NTIC SUR LES ACTIVITÉS TRADITIONNELLES DES SECTEURS CONCERNÉS

L'irruption de nouvelles technologies peut influencer à la fois les relations entre les secteurs d'activités concernés (informatique, télécommunications et audiovisuel) et l'activité propre de chacun d'eux.

A) AU NIVEAU GLOBAL

Selon l'Observatoire Européen des Technologies de l'Information (50(*)), notre continent représentait, en 1996, 30 % du chiffre d'affaires mondial des TIC, les Etats-Unis 34 %, et le Japon 15 %.

La part française du marché européen des TIC est d'environ 16,5%.

Les télécommunications correspondent, en Europe, à 53 % du total des TIC et ont enregistré, en 1997, un taux de croissance plus élevé (+ 7,9 %) que celui des seules technologies de l'information (+ 6,5 %).

Nous accusons dans ce dernier secteur (équipements, services informatiques et logiciels) un retard, par rapport aux Etats-Unis, qui tend à s'aggraver : en effet, de 1993 à 1996, notre chiffre d'affaires ne s'y est accru que de 21 % alors qu'il a augmenté de 41 % en Amérique.

L'informatique et l'électronique sont devenus, Outre-Atlantique, le premier employeur de l'industrie, devant l'automobile.

Toutefois, le marché des télécommunications demeure, au niveau mondial aussi, plus important que celui de l'informatique et de l'audiovisuel.

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Mais, d'une part, l'équipement des deux autres secteurs tend à s'informatiser de plus en plus, d'autre part, le taux de croissance de l'informatique est bien supérieur aux leurs, Europe mise à part, du fait de la progression soutenue de la zone Asie-Pacifique, et en particulier de la Chine.

Cette zone a ainsi consommé plus de PC que l'Europe de l'Ouest en 1996.

Il se peut toutefois que la crise traversée actuellement par plusieurs pays d'Asie fassent évoluer rapidement ces ordres de grandeur.

L'essor de l'industrie informatique devrait, par ailleurs, continuer à être soutenu par l'explosion des ventes de micro-ordinateurs, la poursuite du développement d'Internet et l'évolution favorable du marché américain (41 % du marché mondial, + 10 % d'augmentation annuelle escomptée d'ici à 2001 selon le cabinet de consultants IDC).

Seule la téléphonie mobile (+ 34,7 % pour les services en 1997, + 20,5 % pour les infrastructures) connaît un rythme de croissance plus soutenu que celui de la micro-informatique.

Le marché des PC a cru en moyenne de 21 % de 1991 à 1997 ce qui constitue une performance appréciable).

Un autre marché, plus cyclique, mais lui aussi très dynamique et créateur d'emplois, en longue période, est celui des semi-conducteurs dont le chiffre d'affaires double tous les trois à cinq ans.

La progression de l'audiovisuel (+ 2,7 % en 1997), est dans l'ensemble, beaucoup moins soutenue que celle de l'informatique et des télécommunications (+ 5,6 % en 1997), à l'exception de la télévision par satellite (+ 22,5 % par an depuis 1991) et des matériels haut de gamme (correspondant notamment, aux Etats-Unis, au concept de " home theater " ou cinéma à domicile).

Mais ce secteur compte sur des technologies et des produits nouveaux pour faire redémarrer ses activités (télévision et camescopes numériques, DVD...).

Dans l'ensemble, la croissance des TIC est nettement plus soutenue que celle du PIB qui n'a été en Europe que de 1,6 % en 1996 et 2,3 % en 1997 (+ 2,6 % et + 3 % pour l'ensemble de l'OCDE).

Dans les télécommunications et l'audiovisuel, les services tendent à occuper une place plus importante que les équipements et à progresser, en outre, plus rapidement.

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Cette tendance est moins marquée dans l'informatique (voir plus loin) où l'on note cependant, en Europe, une croissance des produits logiciels (+ 9,5 % en 1997), et surtout des services réseaux (+ 14,3 %) supérieure à celle de l'ensemble des technologies de l'information (+ 6,8 %).

La "convergence", souvent avancée pour caractériser la société de l'information, ne coïncide pas, on l'a vu, avec une " fusion " immédiate des contenus et des infrastructures concernés.

Des frontières subsistent entre secteurs d'activités traditionnels mais elles tendent à devenir beaucoup plus aisément franchissables.

En effet, l'informatique, on l'a vu, (matériels et logiciels) pénètre de plus en plus les télécommunications et l'audiovisuel (aux stades de la production et de la diffusion).

La technologie permet, en outre, de transmettre pratiquement n'importe quel contenu sur n'importe quel support, à destination de n'importe quel terminal.

Le texte, le son, la voix et les images peuvent ainsi emprunter les réseaux audiovisuels ou de télécommunications, ou le réseau des réseaux qu'est Internet, pour rejoindre l'ordinateur, le téléviseur ou, bientôt, l'écran de la radio ou du téléphone mobile de l'usager.

Bien entendu, certaines spécificités demeurent liées aux différences de contextes et de modes de consommation des produits et aux fonctions principales du terminal : on ne conçoit pas de la même façon un programme destiné à être regardé de près (sur un écran d'ordinateur) ou de loin (sur un téléviseur) individuellement ou à plusieurs (idem), à des fins professionnelles, éducatives, distrayantes ou relaxantes.

L'image peut n'être qu'un complément du texte et du son et le message écrit, un substitut seulement, de la communication vocale.

Mais, sans même évoquer, pour l'instant, l'apparition de médias, produits ou services entièrement inédits, qui sera examinée plus loin, de nouvelles formes de concurrence entre activités traditionnelles surgissent et des opportunités inattendues s'offrent aux entrepreneurs concernés.

Deux formes de communications anciennes, la presse écrite et le téléphone, en donnent des illustrations : Time Warner, Berterlsmann et plus encore un groupe comme News Corp. ont prouvé leur capacité à profiter de positions fortes dans l'écrit pour développer leurs activités dans l'audiovisuel et le multimédia.

Les débats du congrès de l'Association mondiale des journaux, qui se sont tenus à Amsterdam, en juin 1997, ont montré, par ailleurs, qu'Internet n'inquiète plus les dirigeants de la presse écrite. Beaucoup d'entre eux, aux Etats-Unis, se sont lancés dans l'édition électronique comme le Wall Street Journal ou le Groupe Times Mirror qui en retirent des revenus substantiels (notamment en ce qui concerne la commercialisation de leurs actions et leurs services de petites annonces).

L'annonce faites par l'AFP à Imagina le 3 Mars 1998 de présenter certaines dépêches avec des illustrations 3D diffusées par Internet montre toute la capacité d'adaptation de cet organisme face à de nouveaux outils d'information.

S'il est exact que des différences entre médias demeurent, elles peuvent ainsi affecter parfois davantage la présentation des données, qui nécessite une adaptation à chaque support de diffusion spécifique, que leur contenu lui-même, comme en témoignent les activités liées à la couverture de l'actualité et à la diffusion d'informations générales ou particulières.

S'agissant du téléphone, forme de communication moins ancienne que la presse, mais néanmoins bien établie, il a déjà été rendu compte dans cet ouvrage des expériences dont il fait l'objet sur le câble.

Mais la téléphonie sur le Net inquiète davantage les opérateurs traditionnels. Son essor a été, en effet, semble-t-il, largement sous-estimé et elle a été affranchie, depuis le 1er janvier 1998, en pratique sinon en théorie (la France s'y opposant), des obligations qui lui incombent encore (obtention d'une licence et contribution au financement du service public).

USA Global Link a lancé, en 1997, le premier service mondial de téléphonie sur Internet, Global Internet Work.

Son utilisation devrait être complètement transparente pour l'utilisateur. Ce sont, en effet, des serveurs d'accès qui numérisent les signaux analogiques correspondant à la voix. L'emploi d'un ordinateur personnel n'est donc pas nécessaire, contrairement à ce qui se passe dans un système comme Vocaltec.

Un simple téléphone numérique ordinaire suffit.

Le même type de solution est proposé par la jeune société française Applio qui espère étendre ses services au fax et à la visioconférene.

L'opérateur doit néanmoins se doter, dans ces cas, d'ordinateurs agissant comme passerelles entre Internet et le réseau téléphonique commuté.

Comme la téléphonie, la vidéo à la demande pourrait se prêter à une certaine concurrence entre les infrastructures habituelles de prédilection pour la transmission de ce type de données (réseaux audiovisuels câblés ou hertziens, terrestres ou satellitaires) et l'utilisation d'une solution alternative inédite (emploi de la technologie ADSL sur le réseau téléphonique commuté).

Dernier exemple de rivalités entre secteurs traditionnels d'activités : celui qui oppose les équipementiers de l'informatique, fabricants de routeurs à ceux des télécommunications, qui proposent des commutateurs.

Selon ADN (Alcatel Data Networks), filiale commune à l'industriel français et à l'américain Sprint, les routeurs (51(*)) ne suffisent plus à faire face à l'accroissement du trafic Internet et doivent donc être remplacés par des commutateurs (52(*)) à haut débit.

Il faut toutefois vérifier que cette approche qui voudrait que la fonction d'aiguillage du trafic Internet passe par des autocommutateurs à haut débit et non par des routeurs est bien compatible avec le protocole IP.

Ainsi, du fait de la coexistence d'une diversification et d'une convergence des technologies, une certaine concurrence peut naître entre des activités qui, tout en demeurant distinctes, tendent à se rapprocher.

Ces mêmes évolutions sont susceptibles de provoquer aussi une nouvelle donne entre les composantes des différents secteurs concernés.

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