Présidence de M. Gérard Larcher
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Hommage à Pierre-Yves Collombat, ancien sénateur
M. le président. Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, le 17 octobre dernier, nous apprenions avec tristesse le décès de notre ancien collègue Pierre-Yves Collombat. (Mmes et MM. les sénateurs, ainsi que M. le Premier ministre et Mmes et MM. les membres du Gouvernement, se lèvent.)
Professeur de philosophie et ancien maire de Figanières, il fut sénateur du Var de 2004 à 2020, assumant les fonctions de secrétaire de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation, ainsi que de vice-président de la délégation sénatoriale à la prospective.
Membre actif de la commission des lois, dont il fut vice-président pendant six années, ses mandats furent marqués par sa constante implication en faveur des collectivités territoriales et de l'aménagement du territoire, ainsi que par ses travaux plus récents sur l'état d'urgence sanitaire et les mesures prises pour faire face à l'épidémie de covid-19.
Ceux qui ont travaillé avec lui savaient qu'il avait du tempérament et de la voix.
Homme de conviction et de combat, il a été l'un des membres fondateurs de l'Association des maires ruraux de France et un défenseur de nos territoires.
Au nom du Sénat tout entier, je veux assurer sa famille et ses proches de notre sympathie.
Je vous demande d'observer un instant de recueillement. (Mmes et MM. les sénateurs, ainsi que M. le Premier ministre et Mmes et MM. les membres du Gouvernement, observent une minute de silence.)
2
Questions d'actualité au Gouvernement
M. le président. L'ordre du jour appelle les réponses à des questions d'actualité au Gouvernement.
Je rappelle que la séance est retransmise en direct sur Public Sénat et sur notre site internet.
Mes chers collègues, j'appelle chacun à observer, au cours de nos échanges, le respect des uns et des autres et celui du temps de parole.
Cette recommandation vaut également pour les membres du Gouvernement, seul le temps de parole du Premier ministre n'étant pas limité.
colère sociale
M. le président. La parole est à Mme Cécile Cukierman, pour le groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky. (Applaudissements sur les travées du groupe CRCE-K.)
Mme Cécile Cukierman. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, la France est en colère et nous sommes en colère avec elle.
Nous sommes en colère face aux pillages, aux saccages et aux destructions de bâtiments publics du week-end dernier. Rien ne peut justifier de tels actes, qui doivent être sanctionnés.
Nous sommes aussi en colère face à un gouvernement qui reste sourd à la colère sociale qui s'exprime dans notre pays.
Samedi, plusieurs centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues partout en France. Il est impératif qu'elles puissent continuer de le faire en toute sécurité, car elles demandent simplement à être entendues. Elles demandent à pouvoir vivre dignement.
Nous sommes en colère que des lycéens qui demandaient depuis des semaines à être reçus par le Premier ministre aient dû attendre les violences de samedi soir pour obtenir enfin un rendez-vous.
Nous sommes en colère face à un Président de la République qui persiste à ne pas entendre les attentes des Françaises et des Français.
La réalité, monsieur le Premier ministre, c'est que nos concitoyens ne se demandent plus seulement comment boucler leur fin de mois : aujourd'hui, ils se posent la question dès le début du mois !
Le prix de l'essence pèse sur les budgets, alors que nous pourrions agir immédiatement en baissant la TVA.
Les prix du gaz, de l'électricité, du fioul pèsent toujours plus lourd, au moment où le chauffage est rallumé dans les foyers.
Partout, les mêmes inquiétudes et les mêmes difficultés pour s'en sortir.
Monsieur le Premier ministre, la colère ne naît pas de rien. Elle grandit quand les injustices s'accumulent et que les réponses politiques ne viennent pas.
Certes, il n'existe pas de baguette magique ; mais il y a des choix politiques, et vous devez les assumer !
Vous avez présenté, voilà un mois, un projet de loi de finances parmi les plus antisociaux de ces dernières années.
Ma question est simple : allez-vous, oui ou non, entendre cette colère et infléchir profondément votre budget pour répondre enfin à l'urgence sociale que vivent des millions de Françaises et de Français ? (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K et SER, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Permettez-moi d'abord, monsieur le président, d'associer le Gouvernement à l'hommage que vous venez de rendre à M. Collombat. Nous honorons sa mémoire.
Madame la sénatrice, il nous faut, dans une crise comme celle-ci, marcher avec beaucoup de calme, beaucoup de sang-froid et sur deux jambes, et faire preuve de la plus grande clarté.
Vous l'avez fait, et je vous en remercie, quels que soient nos désaccords.
Le premier point, c'est le refus de la violence. J'y reviendrai à l'occasion des différentes questions qui vont être posées au Gouvernement.
Il ne faut pas se tromper sur le diagnostic de ce qui s'est passé samedi dernier – je l'ai évoqué à de nombreuses reprises. Certes, un certain nombre d'éléments n'ont pas fonctionné, mais la réalité, c'est qu'il faut désormais être aveugle pour ne pas voir que la menace et les agissements de celles et de ceux qui s'en sont pris aux forces de l'ordre, aux institutions de la République, à la mairie de Limoges, et qui ont voulu marcher de manière insurrectionnelle sur l'Élysée constituent un mode opératoire nouveau, articulé sur le terrain numérique.
Vous avez raison de le dire, tout cela n'a rien à voir avec un mouvement social, rien à voir avec une mobilisation syndicale, rien à voir avec une mobilisation politique traditionnelle. (M. Guy Benarroche proteste.)
Si l'on n'établit pas cette distinction avec clarté, on ne comprend pas ce qui s'est passé sur le plan du maintien de l'ordre. De fait, nous étions confrontés à quelque chose de bien plus dur que tout ce que nous avons connu jusqu'à présent, avec une porosité entre, d'une part, des actions de délinquants qui créent la confusion et qui saturent les forces de l'ordre et, d'autre part, des actions ciblées de groupes de l'ultragauche.
Le ministre de l'intérieur et moi-même aurons l'occasion d'y revenir en réponse aux nombreuses questions qui vont nous être posées. Si la classe politique ne prend pas l'exacte mesure de ce qui s'est passé samedi dernier, elle aura du mal à comprendre ce qui est susceptible de se passer dans les mois à venir. (Protestations sur les travées du groupe GEST.)
Non, monsieur Gontard, toutes les formations politiques n'ont pas saisi exactement ce qui s'est passé samedi dernier ! (Applaudissements sur des travées des groupes RDPI, UCI et Les Républicains.) Il va falloir que nous nous exprimions avec beaucoup de clarté sur certains combats, qui méritent d'être menés – nous y reviendrons.
Le deuxième point concerne évidemment la préparation des prochains jours tant en matière d'ordre public que sur le terrain social, politique et économique. Il faut avancer sur les deux jambes.
Bien évidemment, le ministre de l'intérieur va revenir sur la préparation de samedi prochain, pour lequel existe un enjeu de protection comme, d'ailleurs, pour chaque soir de cette semaine – les couvre-feux aident à un retour au calme. Nous reviendrons également sur cet aspect.
Un premier sujet me préoccupe beaucoup – cela a été l'un des points à l'ordre du jour de la réunion que nous avons tenue ce matin avec les organisations syndicales. Vous l'avez évoqué dans votre question : il s'agit de la protection, de la sécurisation des libertés sociales et des libertés syndicales, y compris celle de manifester. On ne peut pas ignorer que, si nous avions malheureusement l'habitude, depuis quinze ou vingt ans, de voir des éléments violents se mêler aux cortèges à la fin des défilés – vous le savez, madame la présidente, pour manifester régulièrement –, ce phénomène se produit désormais dès le début du cortège et même en amont des manifestations.
Pour le corps préfectoral, pour les gendarmes, pour les policiers et pour le Gouvernement, cette mutation de la violence représente un défi assez inédit. Nous y reviendrons.
Ensuite, il y a un agenda politique et social à tenir. Ce matin, nous avons arrêté une méthode qui couvre les trois prochaines semaines et qui, d'ailleurs, se connecte au débat budgétaire – vous l'avez indiqué, nous ne pouvons pas faire comme si le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la sécurité sociale n'étaient pas en cours de discussion. Comme je l'ai dit dans cet hémicycle la semaine dernière, nous n'allons pas faire comme s'il n'y avait pas, chaque année, des débats sur la question de la démographie scolaire.
J'ai confié au ministre Jean-Pierre Farandou un premier chantier, celui des allégements de charges.
Il est entre les mains des organisations syndicales et des organisations patronales. Sur ce sujet, nous avons entendu, ces derniers jours, un certain nombre de prises de position : le Mouvement des entreprises de France (Medef) interpelle le Gouvernement pour renforcer cette forme d'aides aux entreprises, quand les organisations syndicales le font sur la transparence de ces aides et leurs contreparties. Le Medef a exprimé ses vues sur les négociations annuelles obligatoires (NAO). Je considère que, sur cette première famille de sujets, il faut avancer vite. M. Farandou y reviendra, avec méthode.
Le deuxième chantier concerne évidemment le carburant. Vous n'en avez pas fait état dans votre question, mais la libération des 10 millions de barils de gazole doit nous permettre d'avoir un effet tangible sur les prix au 1er novembre.
Durant quinze jours, certains médias nous ont fait peur en évoquant un gazole à 3 euros le litre. Fort heureusement, ce dernier n'a jamais atteint ce prix dans notre pays ! L'effet prix de 18 centimes, qui résultera de la libération des barils, s'ajoutera aux différentes mesures que nous avons prises et sera effectif dès le 1er novembre.
La géopolitique est naturellement ici largement convoquée, ce qui explique la tournée que le Président de la République effectue actuellement dans les pays du Golfe : c'est aussi en sécurisant l'ensemble des approvisionnements que l'on participe à la diminution des prix.
Le troisième chantier – j'aurais peut-être dû commencer par celui-là – concerne évidemment les lycéens et les étudiants. Non seulement ces derniers ont déjà été reçus par le Gouvernement – j'entends que certains, dans le débat politique, font comme s'ils ne l'avaient jamais été, mais ce n'est pas vrai : les ministres Philippe Baptiste et Edouard Geffray les ont reçus à de nombreuses reprises –, mais nous travaillons à un agenda très concret de mesures.
J'ai fêté mes 40 ans et j'ai le souvenir d'une époque pas si lointaine, où la jeunesse était parfois un peu baladée par des effets d'annonce qui n'étaient suivis d'aucun effet. Il est vrai que, pour notre part, nous prenons un peu de temps, et j'assume ce rythme – qui, il est vrai, n'est pas celui d'un effet d'annonce… (Exclamations sur des travées du groupe GEST.)
Je vous laisse vérifier : globalement, c'est sous le gouvernement de Lionel Jospin que j'étais lycéen, mesdames, messieurs les sénateurs. (Exclamations amusées sur les travées du groupe Les Républicains.) Je vous invite donc à un peu d'humilité sur le sujet…
Je suis lucide sur le climat de tensions sociales et d'angoisse que connaît le pays et, dans ce contexte, je suis très attentif à ce que tout ce sur quoi nous nous engageons soit réaliste et « délivrable ». Ce serait trop facile et trop cynique de faire de la démagogie, alors que l'approche de l'élection présidentielle donne déjà suffisamment lieu à des promesses qui ne me semblent pas toujours réalistes.
Donc oui, il est vrai que je prends un peu de temps. Dès ce soir, avec les ministres concernés, MM. Geffray et Baptiste, nous aurons une nouvelle réunion de travail sur le sujet.
Concrètement, nous allons ouvrir cinq chantiers, qui feront l'objet d'annonces assez rapides entre la fin de cette semaine et lundi, dans le respect des outils de démocratie sociale au sein du ministère de l'éducation nationale et du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace. On ne saurait nous reprocher de mépriser les corps intermédiaires et, en même temps, de vouloir les convoquer et d'y mettre un peu de méthode…
Ces cinq chantiers seront les suivants.
Ainsi que je l'ai déjà annoncé la semaine dernière, même si cela est passé un peu inaperçu, le premier porte sur les conséquences de l'évolution démographique sur les effectifs des classes. C'est une thématique dont le Sénat me semble s'être déjà largement emparé ces derniers temps et sur laquelle il aura sans doute à cœur de revenir dans le cadre des discussions budgétaires.
Le deuxième chantier est celui des remplacements. Sur ce point, les premières réponses ont déjà été données par M. le ministre de l'éducation nationale.
Le troisième est un sujet de taille : la démocratie lycéenne. La jeunesse sent qu'un événement important pour elle va se dérouler l'année prochaine avec l'élection présidentielle ; mais les lycéens, qui n'ont pas le droit de vote, ne se sentent pas toujours représentés et peinent à faire relayer leurs revendications. C'est un sujet clé.
Le quatrième chantier concerne le bâti scolaire, en lien avec les conseils régionaux. De nombreuses contributions ont été déposées sur la plateforme qui a été mise en place : d'un conseil régional à l'autre, d'un lycée à l'autre, les sujets sont différents – les présidents de département, dont j'ai été, le savent bien.
Le cinquième et dernier chantier, dont je sais qu'il est attendu, a trait à l'orientation, en amont comme en aval. Il englobe bien évidemment la question de Parcoursup, sur laquelle nous souhaitons avancer pour répondre aux attentes.
Tout cela est concret. Je souhaite que nous puissions travailler avec beaucoup de sérieux. Dans le moment de gravité où nous nous trouvons, il n'y aurait rien de pire que de se laisser aller à des effets d'annonce complètement cyniques ou déconnectés du réel, y compris du réel budgétaire. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)
violences ayant eu lieu en France le 17 octobre 2026
M. le président. La parole est à M. Claude Malhuret, pour le groupe Les Indépendants – République et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP.)
M. Claude Malhuret. « Continue comme ça, Jean-Luc. Pour l'instant, c'est un sans-faute. » Voilà le SMS que j'aurais envoyé samedi dernier si j'avais été Marine Le Pen.
Il faut être aveugle pour ne pas voir l'inquiétude exprimée par les lycéens, leurs professeurs et des milliers de Français dans des cortèges pacifiques.
Mais il faut être aveugle aussi pour ne pas voir que leurs revendications ont été volées, une fois de plus, par une secte qui, après s'être vautrée dans l'islamo-gauchisme et l'antisémitisme, convoque aujourd'hui l'ultragauche, les Black Blocs, les racailles et les idiots utiles, pour aboutir à la pire nuit d'émeutes que la France ait connue depuis longtemps. (Murmures de désapprobation sur les travées du groupe GEST.)
De la manifestation à l'émeute, de l'émeute à l'insurrection, de l'insurrection à la guerre civile, voilà la stratégie de Mélenchon, depuis son livre de 1991, À la conquête du chaos, jusqu'à son nouveau mot d'ordre : « tout conflictualiser ».
Chaque vitrine cassée, chaque abribus qui brûle pousse un peu plus de Français dans les bras du Rassemblement national et offre à celui-ci un boulevard pour se présenter comme le parti de l'ordre.
Ces deux extrêmes sont les deux mâchoires d'un même étau qui s'opposent pour mieux se refermer sur le pays. Ils se combattent pour mieux se faire élire. Les slogans qu'ils répètent inlassablement sont : « On ne nous a pas essayés » et « Cela ne peut pas être pire ». Mais toute l'histoire du XXe siècle prouve que, si, on les a déjà essayés et que cela a été bien pire chaque fois que les idéologies dont se réclament l'un et l'autre ont saisi le pouvoir. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP, ainsi que sur des travées des groupes RDPI, UCI et Les Républicains.)
Le 17 octobre n'était qu'une répétition générale. L'objectif est de continuer jusqu'à ce que les deux extrêmes se retrouvent face à face au second tour de l'élection présidentielle. Et, lorsque l'un d'eux aura gagné, l'autre aura trouvé le prétexte pour finir d'enflammer le pays…
Monsieur le Premier ministre, pendant ce temps, les démocrates de droite et de gauche s'épuisent dans leurs propres rivalités. Je le dis à l'intention de nos familles politiques : il est plus que temps de trancher.
En février, dans une France affolée par ses propres « ingénieurs du chaos » et victime de l'embrasement du monde par Trump et Poutine, complices de nos extrêmes, il sera trop tard – beaucoup trop tard. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP, ainsi que sur des travées des groupes UCI et Les Républicains.)
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Monsieur le ministre Malhuret, je suis d'accord avec vous.
Je reprends le ballon là où je l'ai laissé à la question précédente : ne pas voir, sous couvert de naïveté ou d'incompréhension, que les modes opératoires de samedi dernier sont à ce point graves que le parquet national antiterroriste se pose en situation d'observateur, que la sous-direction antiterroriste (SDAT) est saisie et que la première personne interpellée dans l'affaire de l'incendie de la mairie de Limoges est fichée S pour ultragauche radicale, c'est s'aveugler délibérément et manquer de lucidité sur les nouvelles méthodes employées.
Comment l'expliquer ? La réponse est dans votre question : l'extrême gauche radicale et l'ultragauche ont un agenda de déstabilisation visant à intervenir dans l'élection présidentielle et à la polluer, peut-être en préemptant déjà les résultats des sondages. C'est une réalité, qu'il faut regarder avec lucidité.
À titre personnel, j'ai été marqué par la journée d'hier. Elle a commencé par un article de Mediapart, que La France insoumise a monté en épingle, sous-entendant que la police de la République s'adonnait à des activités relevant du renseignement politique. C'est faux ! (M. Thomas Dossus s'exclame.)
Après ce premier événement de la matinée, une deuxième polémique a été entretenue par La France insoumise, cette fois-ci sur la magistrature et le parquet, laissant entendre que le pouvoir aurait voulu « faire arrêter un opposant » – je cite –, un parlementaire, et non des moindres : le député Raphaël Arnault, connu pour son appartenance à la Jeune Garde.
M. Bruno Retailleau. Exactement !
M. Sébastien Lecornu, Premier ministre. Dans un troisième temps, Jean-Luc Mélenchon a, dans un tweet, accusé le parquet de Paris d'avoir pris ses réquisitions contre Rima Hassan pour apologie du terrorisme sur ordre du Gouvernement, remettant ainsi en cause la liberté constitutionnelle du parquet et l'indépendance de la justice.
Au fond, ce qu'a fait La France insoumise hier constitue une atteinte très grave à l'État de droit. (Protestations sur les travées du groupe GEST.) En réalité, si une femme ou un homme politique de droite avait fait la même chose, il en aurait résulté des polémiques majeures dans l'ensemble de la presse et de la classe politique ! (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI, UCI, INDEP et Les Républicains.)
La défense de l'État de droit ne se fait pas à la carte. Il est aussi grave pour un leader de La France insoumise de s'en prendre à l'autorité judiciaire et à la magistrature que pour une figure de l'extrême droite.
Je vois bien qu'une banalisation est en train de s'installer.
Nous pourrons toujours compter le nombre d'escadrons de gendarmes mobiles, le nombre de grenades lacrymogènes, le nombre de personnes qu'il faut ficher, etc. (Exclamations sur les travées du groupe GEST.) : la réalité, c'est qu'il y a un combat culturel et politique à mener contre la violence, contre les extrêmes.
Ce moment appelle une clarification entre les républicains que nous sommes. Je l'ai dit dès samedi soir : il est temps que chacun choisisse son camp. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI, UCI, INDEP et Les Républicains.)
manifestations du 17 octobre 2026 et destruction de la mairie de limoges (I)
M. le président. La parole est à M. Christian Redon-Sarrazy, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
M. Christian Redon-Sarrazy. J'associe à ma question ma collègue Isabelle Briquet ainsi que tous les maires et élus de la Haute-Vienne.
Monsieur le Premier ministre, samedi 17 octobre, peu avant vingt et une heures, le beffroi de la mairie de Limoges s'est effondré sous les regards horrifiés des habitants. L'édifice est aujourd'hui aux trois quarts détruit.
Cette atteinte portée à notre maison commune a profondément traumatisé Limougeauds et Haut-Viennois, et choqué l'ensemble de nos concitoyens.
Tous se posent les mêmes questions : comment a-t-on pu en arriver là ? Comment l'État a-t-il pu laisser faire ? Comment expliquer que les bâtiments publics n'aient pas bénéficié d'une protection face aux risques prévisibles de débordement ? Comment expliquer que des agents municipaux, comme ceux de la mairie de Limoges, aient pu être menacés de mort par les incendiaires ?
Hier, en Haute-Vienne, un homme fiché S, soupçonné d'être impliqué dans cet incendie, a été arrêté.
Néanmoins, les inconcevables défaillances des services de renseignement en amont de ce week-end de manifestations nous interrogent. Dans toutes les villes meurtries, habitants et commerçants témoignent de voitures de police qui ne sont pas intervenues face aux actes de vandalisme manifestes.
Les forces de police étaient-elles en sous-effectif ? C'est une question que nous nous posons également.
L'État doit désormais rendre des comptes sur ces dysfonctionnements.
Monsieur le Premier ministre, dès dimanche, notre président de groupe, Patrick Kanner, vous a demandé l'organisation d'un débat au titre de l'article 50-1 de la Constitution devant le Parlement. Il attend toujours votre réponse.
Enfin, l'État engagera-t-il un plan spécial assorti des moyens financiers nécessaires pour que la mairie de Limoges soit reconstruite sans délai ? Le contribuable haut-viennois n'a pas à payer pour l'incompétence de votre gouvernement ! (Applaudissements sur les travées des groupes SER, CRCE-K et GEST. – M. Gabriel Amard applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, monsieur le sénateur Christian Redon-Sarrazy, effectivement, il y a eu, à Limoges, des débordements extrêmement graves.
Nous y voyons la main de l'ultragauche, comme M. le Premier ministre l'a dit à l'instant.
À Limoges, il y a eu 3 000 personnes dans la rue, soit plus que ce que les services de renseignement avaient prévu – vous avez raison sur ce point.
Il arrive toutefois, « dans la vraie vie », qu'il y ait plus de manifestants que prévu sans que le volume de forces soit modifié et sans que cela pose problème.
En l'occurrence, la différence a résidé dans l'agressivité de casseurs, de délinquants ou de militants de l'ultragauche et de l'extrême gauche radicale. (MM. Emmanuel Capus et Pierre Jean Rochette applaudissent.) C'est d'abord cette différence qu'il faut dénoncer.
Au cours de ma carrière, j'ai connu des manifestations ayant rassemblé 1 million de personnes au lieu de 100 000 attendues. Et je peux vous dire que, pour un même volume de forces, quand les manifestants sont paisibles et pacifiques, tout se passe bien.
Cela n'a effectivement pas été le cas à Limoges. Plusieurs milliers de personnes – environ 3 000 – ont d'abord cherché à bloquer l'autoroute A20. Après y être parvenues, elles se sont dirigées vers le centre-ville, particulièrement vers la mairie.
Je veux saluer l'engagement des policiers de la Haute-Vienne et des gendarmes affectés en renfort – il y avait bien des renforts –, qui ont fait un travail formidable et ont évité de nombreux pillages dans le centre-ville de Limoges.
Le fait que tout n'ait pas bien fonctionné samedi ne permet pas de dire n'importe quoi.
En revanche, il y a bel et bien eu une intrusion dans la mairie de Limoges et une mise à feu ; des casseurs ont empêché les pompiers d'approcher et d'intervenir et les ont pris à partie.
Heureusement, nous avons pu dégager les personnes du bâtiment, mais celui-ci est, hélas, en très grande partie détruit. Croyez bien que je le regrette.
Je veux répondre très clairement à votre question au sujet de samedi : s'il devait y avoir de nouveaux mouvements, le dispositif sera renforcé à Limoges.
C'est un engagement que j'ai pris auprès du maire de la ville : le dispositif sera évidemment renforcé.
Cependant, je le répète, monsieur le sénateur : si certaines choses n'ont pas fonctionné, on ne peut pas pour autant dire n'importe quoi. (M. Martin Lévrier applaudit.)
M. le président. La parole est à M. Christian Redon-Sarrazy, pour la réplique.
M. Christian Redon-Sarrazy. Je vous remercie, monsieur le ministre, mais il me semble que mes propos sont assez factuels.
La situation est très grave. L'État doit en prendre la mesure et assurer enfin l'ordre et la sécurité des biens et des personnes, sans toutefois porter atteinte aux libertés publiques.
Pour ce faire, notre droit est prévoyant. Il est grand temps que vous le soyez aussi ! (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
réponses du gouvernement au mouvement lycéen et social
M. le président. La parole est à M. Guy Benarroche, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
M. Guy Benarroche. Monsieur le ministre, nous, écologistes, condamnons fermement toutes les violences. (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)
Depuis des semaines, des lycéens, des étudiants et des jeunes se mobilisent pour faire entendre leurs revendications. Le Gouvernement ne les écoute pas.
Cette situation est symptomatique de ces dix années de macronie, marquées par un fossé grandissant entre les citoyens et un pouvoir qui ne prend pas en compte leur colère et leurs inquiétudes.
Nos citoyens les ont longtemps exprimées par les voies démocratiques, des cahiers de doléances des « gilets jaunes » aux mobilisations contre la réforme des retraites, jusqu'au verdict des urnes lors des élections législatives de 2024. En vain !
Lorsque les revendications sont ignorées, voire balayées volontairement, on prend le risque de voir la défiance s'installer, les tensions s'exacerber, la violence s'imposer. C'est au regard de ce contexte qu'il faut appréhender les événements de samedi.
Quelle histoire est racontée par le Gouvernement et certains médias ?
À Marseille, le préfet – votre préfet – affirme que les gens ne sont pas venus manifester, qu'il n'y avait aucune pancarte et que la seule revendication était le pillage. Pour avoir été présent, je puis dire que ce que j'ai observé ne correspond en rien à cette présentation des choses.
Les déclarations du maire de Marseille interrogent aussi la stratégie du ministère de l'intérieur. Lorsqu'il dénonce une forme de « laisser-faire » dans la gestion des événements, on peut se demander quelle stratégie le Gouvernement a réellement mise en œuvre. Comment expliquer que l'on puisse, d'un côté, jouer le pourrissement et, de l'autre, résumer la mobilisation à la seule présence des émeutiers ?
Nous demandons de la clarté sur les choix engagés, les consignes données et les responsabilités. Nous faisons face à une instrumentalisation politicienne des événements, parce que vous avez failli dans la réponse aux revendications et parce que vous avez failli dans la réponse aux violences. (Murmures de désapprobation sur les travées du groupe Les Républicains.)
En Italie, en Belgique et dans d'autres pays européens, nous assistons à un réveil de la jeunesse européenne. Pourtant, c'est bien dans notre pays que les violences et la réponse à ces dernières par le Gouvernement sont mises en cause !
Monsieur le ministre, vous tentez de faire croire qu'il y aurait, d'un côté, les défenseurs de l'ordre et, de l'autre, ceux du désordre. Or notre démocratie ne saurait se satisfaire de votre caricature.
M. le président. Il faut conclure.