État civil :
Né le 4 juillet 1904
Décédé le 6 septembre 1981

Elu le 8 juillet 1959
Fin de mandat le 16 mars 1961

Sénat de la République francaise

Aucun groupe

Membre de la commission des transports et télécommunications

1940-1958  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)
Ve République  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)

1940-1958

DUCHET (Roger)

Né le 4 juillet 1904 à Lyon (Rhône)

Décédé le 6 septembre 1981 à Paris

Conseiller de la République, puis Sénateur du Rhône de 1946 à 1958

Secrétaire d'Etat aux Travaux publics, aux Transports et au Tourisme du 11 août au 4 octobre 1951

Ministre des Postes, télégraphes et téléphones du 4 octobre 1951 au 28 juin 1953

Ministre de la Reconstruction et du Logement du 23 février 1955 au 1er février 1956

Après des études secondaires à Mâcon, Roger Duchet suit les cours de l'école vétérinaire de Lyon, dont il sort diplômé en 1928. Candidat aux élections municipales de Beaune, en 1932, il est élu conseiller municipal, puis maire de cette cité : à 28 ans, c'est le plus jeune maire de France.

Cette précocité, alliée à un goût insatiable pour l'action, marque sa carrière politique : sur la lancée de son élection à la mairie de Beaune, il accède en 1937 au conseil général de la Côte d'Or, pour y représenter le canton de Beaune-Sud. Il y préside la Commission des finances.

Gestionnaire dynamique et efficace, il modernise sa ville, réorganise les services publics : création d'une vaste école, de jardins d'enfants, d'une colonie de vacances, développement des cantines scolaires, et d'un restaurant d'entraide pour adultes et enfants.

Il redonne également vie aux foires-expositions, et aux fêtes viticoles, et accède, en 1936, à la présidence de la société d'agriculture et d'élevage de Beaune, puis à celle du comité de viticulture de la Côte d'Or.

Il préside les syndicats d'élevage de la région de Beaune depuis 1930, le syndicat d'initiative de cette région depuis 1936, et l'association des maires des cantons de Beaune Nord et Sud depuis 1938.

Mobilisé en 1939, comme lieutenant-vétérinaire, il est fait prisonnier, puis libéré à la fin de 1940.

A la Libération, il est facilement réélu maire, puis conseiller général de Beaune ; aussi se présente-t-il au Conseil de la République le 8 décembre 1946 dans la Côte d'Or, sous l'étiquette Républicain indépendant : avec 405 voix sur 739 exprimés, il remporte le seul siège à pourvoir.

Il est réélu le 7 novembre 1948, en seconde position de la liste indépendante et du RPF, qui remporte les deux sièges à pourvoir.

Au Conseil de la République, il contribue à la fondation du groupe des Républicains indépendants, et siège à la Commission des finances, et à celle de la presse.

Il s'exprime sur les grands textes économiques et politiques : défense de la République, protection de la liberté du travail, prélèvement de lutte contre l'inflation (1947), aménagements fiscaux (1948), liberté du commerce de l'essence (1950), réarmement (1951).

Il s'intéresse également à la situation du cinéma, et dépose en mai 1947 une proposition de résolution sur la crise du cinéma français, discutée en décembre suivant, puis il est le rapporteur de la Commission de la presse sur le projet de loi instituant une aide temporaire à l'industrie cinématographique (décembre 1948).

Son poids politique n'a cessé de croître depuis la fondation, par ses soins, du Centre National des Indépendants, en 1948, qui rassemble initialement 60 parlementaires des deux assemblées.

Il se consacre activement à l'organisation du CNI, organisant des journées d'études, et suscitant la création de centres départementaux; en 1950, ce sont 4 200 maires qui se réclament de cette étiquette. Roger Duchet fonde alors l'hebdomadaire France indépendante, puis contribue à la fusion du CNI avec le PRL. Aux élections législatives de juin 1951, 60 listes se réclament du CNI, qui obtiennent une centaine d'élus, se réclamant soit des Républicains Indépendants, soit du groupe des Indépendants et Paysans.

Cette montée en puissance du mouvement des indépendants conduit Roger Duchet à figurer dans le deuxième cabinet Pléven, comme Secrétaire d'Etat aux Travaux publics, d'août à octobre 1951, puis comme Ministre des PTT, fonction qu'il conserve sous les cabinets Faure, Pinay et Mayer, jusqu'en juin 1953.

Dans le même temps, il renforce le CNIP, en créant en septembre 1953 les jeunesses indépendantes et paysannes ; il participe également à la constitution du Mouvement National des Elus Locaux. Au mois de juin 1954, il accueille au CNIP les parlementaires de l'Action Républicaine et Sociale, désorientés par la dissolution du RPF décidée par le général de Gaulle.

Il constitue alors au sein du CNIP des commissions spécialisées, met sur pied une conférence parlementaire à laquelle participent députés, sénateurs et conseillers de l'Union française, puis réunit à la fin de l'année 1954 le premier congrès national des Indépendants.

C'est comme membre du cabinet Edgar Faure, chargé des PTT, qu'il se présente aux élections du 19 juin 1955 au Conseil de la République, en tête de la liste d'union des Indépendants et Paysans, dont les deux sortants sont réélus.

Les 2 et 3 juin 1958, il se prononce pour les pleins pouvoirs, et pour la révision constitutionnelle.

Il est réélu sénateur de la Côte d'Or le 26 avril 1959.

Ve République

DUCHET (Roger, Benoît)

Né le 4 juillet 1904 à Lyon (Rhône).

Décédé le 6 septembre 1981 à Paris.

Conseiller de la République, puis sénateur de la Côte-d'Or de 1946 à 1971.

Secrétaire d'État aux Travaux publics, aux Transports et au Tourisme du 11 août au 4 octobre 1951

Ministre des Postes, télégraphes et téléphones du 4 octobre 1951 au 28 juin 1953

Ministre de la Reconstruction et du Logement du 23 février 1955 au 1er février 1956

(Voir première partie de la biographie dans le dictionnaire des parlementaires français 1940-1958, tome III, p. 403-404).

Membre de l'Union pour le salut et le renouveau de l'Algérie française (USRAF) depuis sa création en avril 1956, Roger Duchet accueille avec circonspection le retour au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958. Il y voit toutefois une chance pour la France de se maintenir en Afrique du Nord. Le 19 septembre 1958, il fonde le Rassemblement pour l'Algérie française avec Georges Bidault, Pascal Arrighi et Jean-Baptiste Biaggi.

C'est sans difficulté qu'il est réélu sénateur sous l'étiquette du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) le 26 avril 1959, quelques semaines après que les électeurs de Beaune lui ont renouvelé leur confiance comme premier magistrat. Son intérêt pour les questions d'Outre-mer lui permet d'être élu membre du Sénat de la Communauté le 8 juillet 1959.

Roger Duchet se montre très peu actif au Palais du Luxembourg sous la Ve République. Il n'y intervient qu'à deux reprises, les 25 juin et 27 octobre 1959, sur des questions intéressant l'Afrique du Nord. La politique poursuivie par le nouveau régime après le discours du général de Gaulle sur l'autodétermination de l'Algérie (16 septembre 1959) ne tarde pas à heurter ses convictions.

Le sénateur de la Côte-d'Or demeure persuadé qu'une France réduite à la seule Métropole serait condamnée aux seconds rôles dans le concert des nations. Les débuts de la Ve République le voient critiquer vigoureusement les prises de position des « catholiques de gauche » dans l'affaire algérienne : mais c'est en vain qu'il espère un désaveu des journalistes de La Croix ou de Témoignage chrétien par le Vatican. Roger Duchet choisit de s'abstenir lors du vote autorisant le Gouvernement à prendre certaines mesures relatives au maintien de l'ordre en Algérie le 3 février 1960, au lendemain de la semaine des barricades. Il participe au colloque de Vincennes qu'organise Jacques Soustelle en juin 1960, et qui réunit le « gratin » de l'Algérie française : Georges Bidault, André Morice, Bernard Cornut-Gentille, Alfred Coste-Floret, Robert Lacoste ou Jean-Paul David.

Le CNIP ne donne pas de consigne de vote au référendum de janvier 1961, mais il ne condamne pas le putsch des généraux en avril 1961 : ses personnalités se partagent entre « Croisés de l'Algérie française », comme Roger Duchet ou le député Alain de Lacoste-Lareymondie, et modérés, à l'instar de Camille Laurens. Lorsque Roger Duchet démissionne du secrétariat général du Centre national des indépendants et paysans en mai 1961, c'est d'ailleurs Camille Laurens qui lui succède à ce poste. Marginalisé au sein du parti qu'il avait fondé sous la IVe République, Roger Duchet n'en continue pas moins d'animer le journal France indépendante : il ne quitte définitivement le CNIP qu'en février 1965.

Les talents de « faiseur de ministères » du sénateur de la Côte-d'Or trouvent difficilement à s'exercer sous la Ve République. Son mariage tardif avec l'actrice Andrée Debar pousse en outre Roger Duchet à consacrer plus de temps à ses activités de producteur de cinéma. La compagnie Euro-France Films, qui lui appartient, produit plusieurs longs métrages dans les années 1960 et 1970. Il s'agit d'oeuvres françaises, comme Le gentleman de Cocody de Christian-Jaque (1965) ou Monsieur Papa de Philippe Monnier (1977), mais aussi de coproductions internationales, à l'image de Cosa Nostra (1972) : ce long métrage, réalisé par Terence Young, compte Charles Bronson et Lino Ventura au générique.

Roger Duchet est réélu sénateur de la Côte-d'Or en septembre 1962 : arrivée en tête au premier tour, sa liste doit faire face au second à la candidature de l'ancien ministre Marcel Roclore. Ce dernier, démissionnaire du CNIP, bénéficie du soutien du MRP, des socialistes, des radicaux mais aussi des gaullistes, qui souhaitent faire battre Roger Duchet, éminence grise de la IVe République et champion de l'Algérie française. Le maire de Beaune ne l'emporte sur le fil que grâce au soutien paradoxal du chanoine Kir, maire de Dijon, par 523 voix contre 507 à Marcel Roclore, alors député de la Côte-d'Or et président du Conseil général.

Après avoir brièvement siégé à la commission des affaires sociales en mai-juin 1959, Roger Duchet avait retrouvé la commission des affaires étrangères ; il en reste membre jusqu'en octobre 1964, date à laquelle il rejoint la commission des affaires culturelles.

Il semble cependant que le sénateur de la Côte-d'Or ait presque complètement cessé de fréquenter le Palais du Luxembourg après 1965. Il ne prend plus part aux votes à la Chambre haute à partir de cette date. Des questions aussi importantes que la réforme des régimes matrimoniaux (11 mai 1965) ou l'autorisation de la contraception par la loi Neuwirth (5 décembre 1967) sont tranchées sans qu'il assiste aux débats ni ne participe aux scrutins.

Maire de Beaune depuis 1932, Roger Duchet perd en outre beaucoup de soutiens dans « sa » ville après 1959, à mesure que ses apparitions s'y font épisodiques. A quelques jours seulement de la clôture des listes pour les élections municipales de mars 1965, l'ancien ministre de la IVe République retire sa candidature : c'est l'Indépendant Lucien Perriaux qui lui succède finalement à la mairie. Absent désormais de ses terres d'élection comme du Sénat, Roger Duchet est malicieusement qualifié de sénateur in partibus par certains journalistes dans la seconde moitié des années 1960.

S'il délaisse les affaires locales et les débats parlementaires, Roger Duchet n'abandonne pas pour autant la politique nationale. Après avoir définitivement rompu avec les Indépendants, il crée en 1965 l'Union pour le progrès. Ce centre d'étude politique ambitionne de devenir l'aile libérale de la majorité et se rapproche d'Edgar Faure, qui devient ministre de l'Agriculture en 1966. Ayant évité de se compromettre dans le combat clandestin en faveur de l'Algérie française, Roger Duchet s'est en effet rallié progressivement au général de Gaulle et a appelé à voter en sa faveur aux élections présidentielles de décembre 1965. Entre 1965 et 1969, il critique à maintes reprises l'attitude de Valéry Giscard d'Estaing et des Républicains indépendants, auxquels il reproche leur manque de loyauté à l'égard de l'exécutif. En 1969, l'ancien ministre de la IVe République invite ses amis de l'Union pour le progrès à soutenir la candidature de Georges Pompidou à l'Élysée.

Roger Duchet prend ses distances par rapport à la vie politique active en renonçant à solliciter le renouvellement de son mandat sénatorial le 26 septembre 1971. Il sort de son silence pour soutenir Valéry Giscard d'Estaing dès le premier tour de l'élection présidentielle en 1974.

Un an plus tard, il publie ses souvenirs de la IVe République sous le titre La République épinglée. Plus qu'un récit à proprement parler, il s'agit d'une série de portraits souvent cruels, où rien n'est tu de la vanité de certains responsables politiques. Les observateurs estiment à l'époque que la plume de l'ancien ministre est trempée d'amertume.

Roger Duchet s'éteint à Paris, quelques mois après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République. Le sénateur de la Côte-d'Or et le député de la Nièvre avaient siégé ensemble au Conseil des ministres dans le premier gouvernement d'Edgar Faure, entre janvier et mars 1952.

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Ce texte est la reprise, amendée et complétée, d'un article rédigé par Gilles RICHARD, intitulé « Un homme politique oublié : Roger Duchet et le centre-droit », paru dans la revue Commentaire, 2011/4, n° 136, p. 953-964

Un homme politique oublié : Roger Duchet

Qui connaît aujourd'hui l'existence de Roger Duchet, fondateur du Centre national des indépendants et paysans (CNIP)1(*) ? Ce parti, en voie de devenir le premier parti de France en 1958 (aux élections cantonales du printemps, le PCF avait été dépassé en nombre de suffrages pour la première fois depuis 1945), contrôlait alors un tiers des présidences de conseils généraux, un quart des mairies de chefs-lieux de départements2(*), plus de 30% des grands électeurs sénatoriaux et du collège électoral présidentiel de décembre 1958. Il comptait dans ses rangs un nombre impressionnant de personnalités encore connues de nos jours, mais dont l'appartenance partisane a été totalement oubliée : Antoine Pinay, président du Conseil en 1952 et président d'honneur du parti de janvier 1953 jusqu'à sa mort, René Coty, l'un des trois fondateurs du Centre en 1948 et second président de la IVe République, Paul Reynaud, avant-dernier président du Conseil de la IIIe République et président du Comité constitutionnel consultatif à l'été 1958, Joseph Laniel, président du Conseil en 1953-1954 ; mais aussi Valéry Giscard d'Estaing, l'un des plus jeunes députés élus en 1956, Raymond Marcellin, secrétaire général adjoint du parti de 1951 à 1961, Louis Jacquinot, Jean Chamant, le tout jeune Jean-Claude Gaudin, Jean Raffarin, le père de Jean-Pierre Raffarin, le chanoine Félix Kir, l'inamovible député du 7e arrondissement de Paris Édouard Frédéric-Dupont, Pierre-Christian Taittinger, Bertrand Motte ; et encore Jean-Marie Le Pen, député poujadiste passé au Centre national de 1958 à 1962, Henri Trémolet de Villers, François Valentin et tant d'autres. Ajoutons que le CNIP joua un rôle décisif dans la crise du 13 Mai et contribua grandement au retour de Charles de Gaulle au pouvoir, ouvrant la voie à la fondation de la Ve République, mais celui-ci effaça ensuite systématiquement les traces de cette contribution, si bien qu'elle est désormais totalement occultée3(*).

Quel intérêt y a-t-il dès lors à exhumer le souvenir de cet homme oublié que fut le secrétaire général du CNIP entre 1948 et 1961 ? Outre celui de satisfaire le goût de certains pour l'histoire, l'intérêt essentiel tient probablement dans la mise au jour de l'héritage politique qu'il laissa. Un héritage ignoré de la plupart des Français au XXIe siècle, mais qui n'en continue pas moins de produire ses effets. Roger Duchet appartint à cette catégorie particulière d'hommes politiques qui ne recherchent pas les premières places ni la « médiatisation », mais aiment au contraire demeurer au deuxième plan pour mieux s'absorber dans les rôles de découvreur des compétences et d'organisateur des forces existantes. Découvreur et organisateur, il le fut au premier chef. Il forma à son contact, il y a un demi-siècle, des dizaines d'hommes politiques dont nombre d'entre eux ont gardé, durant plusieurs décennies, un vif souvenir et une grande admiration4(*). Le plus célèbre de ces hommes « découverts » par Roger Duchet et « lancés » précocement dans la vie politique fut sans conteste Valéry Giscard d'Estaing qui, âgé de moins de trente ans, remplaça son grand-père Jacques Bardoux, inscrit au groupe paysan, comme député du Puy-de-Dôme le 2 janvier 1956.

Nommé en 1959 secrétaire d'État aux Finances aux côtés d'Antoine Pinay, il contribua ensuite activement à la scission du Centre en 1962 pour bientôt fonder son propre parti, la Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI), puis fut élu président de la République en 1974. Ce fut son triomphe - son ingratitude aussi, sans doute - qui poussa en 1975 Roger Duchet à sortir de sa retraite politique, lui qui avait changé de vie depuis 1962 en devenant producteur de cinéma5(*). Il rédigea alors ses mémoires, parus chez Alain Moreau sous le titre La République épinglée. Si le style de l'ouvrage relevait surtout du règlement de comptes, la conclusion ne laissait planer aucun doute sur l'objectif principal qui était poursuivi : tandis qu'il se comparait à Michel Poniatowski dans le rôle de l'organisateur efficace restant dans l'ombre du leader, il reconnaissait explicitement dans « VGE » l'heureux héritier du CNIP, et attendait de lui qu'il réalisât, « comme je l'avais souhaité souvent [...] le libéralisme économique, l'ouverture sur l'Europe et le gouvernement des centres »6(*).

Outre l'ancien président de la République, bien des hommes formés au CNIP dans leur jeunesse ont gardé la marque de la « méthode Duchet » pour qu'il vaille encore la peine aujourd'hui de s'y intéresser. La FNRI fut très exactement calquée sur le modèle d'organisation du Centre à ses débuts. Plus tard, l'Union pour la démocratie française (UDF) fut conçue comme le CNIP à son apogée : une confédération de plusieurs forces qui gardaient leur autonomie tout en constituant un groupe parlementaire commun7(*), à l'image du groupe IPAS (indépendant et paysan d'action sociale), créé en janvier 1956 sous la présidence d'Antoine Pinay. Plus tard encore, ce fut d'une certaine manière sous les auspices de Roger Duchet, dont la mémoire fut explicitement évoquée, que se mirent en place les « réseaux » barristes dans la perspective de l'élection présidentielle de 19888(*).

Dès lors, on le devine, comprendre les ressorts de l'intelligence politique de Roger Duchet peut ajouter un élément aussi inédit qu'utile à la compréhension de l'histoire des droites en France9(*). Et c'est dans cette perspective que nous retracerons ici, de façon synthétique, les grandes lignes de sa carrière politique, intrinsèquement liée à celle du CNIP, de la Libération jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie. En cinq étapes : l'apprentissage politique dans la Côte-d'Or de 1944 à 1947 ; la mise en place du parti entre 1948 et 1951 ; son essor derrière Antoine Pinay, de 1952 à 1956 ; son apogée de 1956 à 1958 ; son délitement et son naufrage enfin, de 1959 à 1962, accompagné de l'exclusion de Roger Duchet hors du parti qu'il avait créé.

La Côte-d'Or à la Libération : le laboratoire de l'union des droites sans de Gaulle

Pour bien saisir les enjeux du choix que fit Roger Duchet en 1948 de créer un nouveau parti, il faut d'abord se défaire des préjugés, aussi tenaces qu'erronés, qui imprègnent aujourd'hui encore notre vision de la vie politique française à la Libération. De même qu'elle ne fut pas un temps d'hégémonie absolue du PCF, l'année 1945 ne fut pas pour les droites, quoi qu'on en ait dit, « l'année zéro » : la table rase n'existe pas en histoire. La situation d'alors était caractérisée par une puissante contradiction. On avait assisté dès la fin de l'été 1944 à une forte vague d'engagements à gauche, à la SFIO et plus encore au PCF. Bien que laminés en 1938-1939, les anciens vainqueurs du Front populaire, portés par leurs succès électoraux de 1945, revenaient ainsi sur le devant de la scène, plus forts qu'en 1936. En octobre 1945, les listes socialistes et communistes emportèrent - pour la première fois de l'histoire10(*) - la majorité absolue des suffrages et des sièges à l'Assemblée nationale constituante. Décidément, la réaction contre « les partis marxistes », qui avait abouti, après la Débâcle, à l'instauration de l'État français, avait débouché sur une impasse politique. À droite, on semblait débordé - on l'était d'ailleurs en partie - et la démission de Charles de Gaulle en janvier 1946 n'arrangea pas les choses. La décision du Mouvement républicain populaire (MRP) de ne pas rompre le tripartisme permit toutefois de préserver l'avenir. Et, malgré les apparences, un vrai renouveau n'en était pas moins amorcé à droite.

Le renouveau avait commencé en juin 1936 avec la création du Parti social français (PSF) par le lieutenant-colonel François de La Rocque. On avait alors franchi un seuil décisif en matière d'organisation, de militantisme, d'intervention des droites dans la vie politique : environ 1,2 million d'adhérents - dont 200 000 femmes - en 1939 ! Certes, le président du PSF avait été piètre stratège face à ses rivaux une fois la guerre déclarée et plus encore dans les premiers mois du régime de Vichy, et son parti avait été en partie phagocyté par la Légion française des combattants. François de La Rocque, engagé dans la Résistance (en lien avec le Royaume-Uni, jamais avec la France libre), arrêté en février 1943, était revenu de déportation totalement épuisé. Il mourut en mars 1946. Mais le principe de l'organisation partisane solidement structurée, ramifiée et pérenne était désormais bien ancré à droite. Ce furent des hommes du PSF qui mirent sur pied le Parti républicain de la liberté (PRL) en 1945 et, dès 1947, beaucoup d'entre eux s'engagèrent dans le Rassemblement du peuple français (RPF).

Depuis le Front populaire, un second phénomène était apparu, qui modifiait profondément la donne en politique. Le Parti radical, premier parti de France depuis le début du XXe siècle, incarnation de la République triomphante et engagé dès 1935 dans le Rassemblement populaire, avait rompu ses alliances au printemps 1938 en s'alliant à Pierre-Étienne Flandin, président de l'Alliance républicaine démocratique (ARD)11(*). Il ramenait ainsi à droite les classes moyennes propriétaires, ces paysans, artisans et commerçants qui formaient les gros bataillons de son électorat. Roger Duchet, vétérinaire, maire de Beaune en 1932 (à vingt-huit ans, il était alors le plus jeune maire de France), conseiller général, président de la fédération radicale de Côte-d'Or au moment du Front populaire, avait été candidat malheureux aux législatives d'avril 1936 face au socialiste Jean Bouhey. En 1938, il avait été l'un de ces nombreux cadres radicaux qui, tout comme André Morice (Loire-Inférieure), Léon Martinaud-Déplat (Bouches-du-Rhône) ou André Liautey (Haute-Saône), par esprit « munichois » et par anticommunisme, avaient choisi le camp des droites contre les gauches, amorçant ainsi la coupure en deux tendances irréconciliables d'un parti déjà en déclin12(*). Maréchaliste affiché pendant la guerre13(*) mais hostile à la dérive ultra-collaborationniste de Vichy, il s'était opportunément rapproché au début de l'année 1944 du Front national dirigé par les communistes. À l'été, le Comité départemental de Libération, présidé par un socialiste, le priva tout de même de ses mandats de maire et de conseiller général mais le PCF lui évita d'être déclaré inéligible. Aux élections de 1945, il fut aisément réélu maire de Beaune et conseiller général du canton de Beaune-Sud. Ce fut à ce moment précis que se produisit pour lui l'expérience décisive qui bouleversa son parcours politique.

Le département de la Côte-d'Or était alors tout à fait exceptionnel. Face aux gauches, dominées ici par la SFIO (un tiers des suffrages et Jean Bouhey président du conseil général en 1945), les droites réussirent en effet dès la Libération à s'unir autour d'un des rares journaux d'avant-guerre qui avaient pu renaître - Le Bien public du baron Thénard - et d'un leader charismatique, le chanoine Kir, auréolé de son passé résistant et entouré de notables entreprenants issus du Parti paysan tels Marcel Roclore14(*) et Albert Lalle. La Côte-d'Or fut ainsi le seul département où les droites unies - le MRP ne comptant ici pour presque rien - obtinrent, à la fin du cycle électoral de la Libération, la majorité absolue des suffrages exprimés. Une majorité absolue permise par le ralliement d'une partie des radicaux emmenés par Roger Duchet tandis que l'aile gauche de la fédération conduite par Pierre Meunier, secrétaire du Conseil national de la Résistance, suivait Pierre Cot et les « progressistes » dans leur alliance avec le PCF.

À tous égards, la Côte-d'Or avait été un laboratoire politique où l'union des forces « antimarxistes », radicaux compris une fois les progressistes exclus, autour d'un quotidien régional à large diffusion et d'un dirigeant populaire, avait démontré sa capacité à l'emporter alors même que Charles de Gaulle était retiré à Colombey-les-Deux-Églises. Récompensé de son choix, Roger Duchet fut le candidat des droites côte-d'oriennes à l'élection du Conseil de la République en décembre 1946. À 42 ans, il devint donc parlementaire. Désigné secrétaire du petit groupe sénatorial « républicain indépendant » auquel il avait adhéré15(*), il ne se préoccupa plus dès lors que de bâtir à l'échelle nationale une force du même type que celle qui existait dans son département et qui avait prouvé son efficacité.

Or, au même moment, Charles de Gaulle sortit de sa retraite politique. En avril 1947, il lança le RPF. Les principaux leaders côte-d'oriens, le plus souvent résistants (sauf Roger Duchet), auraient pu y trouver aisément leur place - le baron Thénard les y poussait - mais ils refusèrent d'y adhérer et leur refus, joint à celui, concomitant, des principaux dirigeants du MRP à l'échelle nationale, scella l'échec à moyen terme du RPF qui ne put devenir le large rassemblement antimarxiste que le chef de la France libre espérait. Les raisons de ce refus valent qu'on s'y arrête car elles expliquent, en creux, les choix faits pour structurer le CNIP l'année suivante.

On invoque souvent le rejet viscéral du principe même de l'organisation partisane par les notables modérés pour expliquer leurs réticences à s'engager dans le RPF16(*). Certes, le phénomène existait et le PSF s'y était heurté en son temps, mais le souci de l'organisation partisane, dans les circonscriptions, les départements et à Paris, avait toujours existé chez les notables17(*) et la fondation du PCF en 1920 avait encore avivé leur prise de conscience18(*). Leur refus d'entrer au RPF venait en réalité de tout autre chose. Outre son attachement à la réforme de l'État dans sa version présidentialiste, on reprochait surtout à Charles de Gaulle son alliance étroite avec les communistes pendant la guerre et jusqu'en 1946, d'où l'on déduisait que son retour aux affaires risquait d'entraîner des mesures contraires aux intérêts du pays. Ce fut ce rejet d'un Charles de Gaulle compromis avec « les collectivistes » qui poussa en 1947 bien des notables modérés et radicaux à ne pas suivre l'Homme du 18-Juin, ou seulement de loin et de façon opportuniste19(*). Et qui inspira le projet de Roger Duchet de créer un autre parti, concurrent du Rassemblement.

La fondation du CNIP et ses premiers succès (1948-1951)

Le Centre national des républicains indépendants (CNRI), première appellation du parti, naquit en 1948, entre juillet - déclaration de naissance par un discret communiqué de presse le 22 - et décembre - dépôt des statuts le 31, effectué après le beau succès des « modérés » à l'élection du Conseil de la République de novembre. Il est habituel de qualifier ce premier Centre national de forme partisane « souple », voire « lâche », reprenant les poncifs ordinaires concernant les organisations modérées. Mais ces qualificatifs ne sont certainement pas adaptés. Certes, on n'avait pas affaire à la structure hiérarchisée et ramifiée qu'était le RPF, sur le modèle, en partie militaire, du PSF et où les ordres venaient d'en haut. Le CNRI était bien plutôt une sorte d'aristocratie - si l'on peut oser ce terme pour nommer des républicains souvent sincères - composée uniquement des élus nationaux (Assemblée nationale, Conseil de la République, Assemblée de l'Union française et Assemblée algérienne) qui dirigeaient collégialement, selon un modèle directement inspiré du parlementarisme, la « direction » du parti étant seulement chargée de mettre en oeuvre les décisions. Il y avait donc un secrétaire général (Roger Duchet) mais pas de président.

Que décidait-on à Paris ? De la ligne du tout jeune parti bien sûr, de ses alliances au Parlement et de sa participation aux gouvernements, mais aussi des investitures aux élections nationales à venir et des adhésions des organisations départementales, chacune étant constituée en association de droit ou de fait, et gardant son autonomie pour les affaires locales mais désignant des délégués aux « Journées nationales d'études » annuelles, les premières se tenant en 1949. Le rôle de Roger Duchet était dès lors tout tracé : il ne serait pas le porte-parole et le chef de son parti, à la manière d'un Charles de Gaulle, mais l'organisateur acharné de la nouvelle formation. Commença pour lui une vie de « commis voyageur ». Il multiplia les déplacements dans les départements pour rallier les organisations locales, souvent beaucoup plus puissantes qu'on l'imagine aujourd'hui (le Comité d'union nationale républicaine en Loire-Inférieure par exemple, ou l'Union des républicains du Nord20(*)). Il écrivait, recevait, déjeunait, donnait des conférences, tout cela avec une inlassable énergie et un vrai talent pour convaincre ses interlocuteurs.

En avril 1950, dans la perspective des élections législatives de l'année suivante, il créa un journal - sa propriété personnelle, pour mieux le contrôler : France indépendante, servi souvent gratuitement aux notables, tiré au départ à 10 000 exemplaires, systématiquement envoyés à tous les conseillers généraux, socialistes et communistes exclus. Le jeune Denis Baudoin, futur porte-parole du gouvernement de Jacques Chirac en 1986, fut embauché pour faire vivre l'hebdomadaire. Roger Duchet s'activa à tisser des alliances avec les forces proches des RI. Les parlementaires les moins gaullistes du PRL (Joseph Laniel) ; les députés du groupe Union des démocrates indépendants (UDI), souvent transfuges du MRP ou du RPF, et menés par Raymond Marcellin, lui-même ex-PRL ; le Parti paysan d'union sociale (PPUS) de Paul Antier et de Camille Laurens, son rival, ancien syndic adjoint de la Corporation paysanne, vite devenu l'allié le plus sûr du secrétaire général du Centre parmi les agrariens. En février 1951, un accord officiel fut signé entre ces diverses formations et l'on prit l'habitude d'appeler désormais le CNRI « CNIP », montrant ainsi le poids des paysans parmi les alliés des RI21(*). Puis survint le vote de la loi sur les apparentements. Le sénateur-maire de Beaune comprit sur-le-champ les possibilités du nouveau système de scrutin. Une plate-forme programmatique commune au CNIP et au Rassemblement des gauches républicaines (RGR) fut rédigée dans les semaines précédant le scrutin et l'alliance officiellement nommée « Quatrième Force ». Grâce à un jeu d'apparentements conclus tous azimuts (PCF exclu), y compris avec le RPF dans certains départements et, dans quelques autres, avec les partisans déclarés du maréchal Philippe Pétain22(*), les modérés participèrent à part entière à la compétition électorale.

Au soir du 17 juin 1951, le succès était incontestable. Avec une centaine de députés, répartis en deux groupes (RI et paysan, tous deux adhérents au CNIP), le Centre national était devenu un partenaire incontournable. La Troisième Force avait vécu et René Pleven, président du Conseil désigné, forma un nouveau gouvernement sans socialistes pour la première fois depuis l'été 1944 tandis que 12 ministres et secrétaires d'État indépendants et paysans en faisaient partie. Parmi eux, Roger Duchet, dernier des 36 membres, chargé du secrétariat d'État aux Travaux publics et aux Transports. Quelques jours plus tard, le Conseil national du patronat français (CNPF) racheta le bail du Cercle de la France d'Outre-mer, au 106 rue de l'Université, et le CNIP s'installa dans ses nouveaux et splendides locaux, à deux pas du Palais-Bourbon.

L'essor du CNIP jusqu'au milieu des années 1950

Le Centre était devenu une force de premier plan mais doté d'une organisation bien particulière. Les groupes paysans de l'Assemblée nationale, du Conseil de la République et de l'Assemblée de l'Union française déléguaient des représentants au comité directeur du CNIP - où ceux des groupes RI étaient majoritaires - mais le PPUS restait un parti à part entière, avec son organisation, son journal (L'Unité paysanne), ses congrès. Si ce mode d'organisation avait permis de « faire du nombre » le 17 juin 1951, sa faiblesse était évidente. Il fallait donc impérieusement trouver un leader reconnu par tous afin de parachever l'unité politique d'une formation qui avait certes une doctrine et participait au gouvernement de la France, mais constituait encore davantage une confédération qu'un parti tel que le RPF ou le MRP.

Ce fut la nouvelle tâche à laquelle Roger Duchet s'attela : faire émerger une figure capable d'incarner le Centre national au-delà de sa diversité et dont le prestige s'imposerait à toutes ses composantes. Depuis 1950, il s'était ouvertement et avec succès opposé à la promotion de Paul Reynaud, président très écouté de la commission des Finances au Palais-Bourbon. Comment expliquer ce rejet d'un homme dont la « médiatisation » - pour utiliser un mot anachronique - était grande et qui affichait publiquement son ambition de devenir le leader des modérés en plein renouveau ? Sa médiocre démission du 16 mai 1940, en pleine Débâcle, avait laissé une image négative et ses liens personnels avec Charles de Gaulle demeuraient. Le secrétaire général savait aussi que l'homme, brillant mais autoritaire et individualiste, voudrait à terme le marginaliser sans avoir lui-même la ténacité et la diplomatie nécessaires pour diriger un grand parti au fil des jours.

Le hasard des attributions ministérielles en juillet 1951 mit Roger Duchet en contact direct avec Antoine Pinay, ministre des Travaux publics et des Transports. Il découvrit peu à peu les qualités de cet homme politique déjà chevronné, inscrit au groupe des RI à l'Assemblée nationale depuis son retour à l'Assemblée nationale en 1946. Quand le RPF bloqua le jeu parlementaire pendant l'hiver 1951-1952, il s'activa pour le pousser à Matignon. Le 6 mars 1952, Antoine Pinay fut investi dans des circonstances particulières puisqu'il rallia sur son nom 27 députés gaullistes qui furent bientôt 32 et formèrent le groupe parlementaire « indépendant d'action républicaine et sociale » (IARS).

Roger Duchet, ministre des PTT, et Raymond Marcellin, secrétaire d'État chargé des relations avec le Parlement (et de l'Information), se mirent alors au service du président du Conseil et de la médiatisation de « Monsieur Consommateur ». Le secrétaire général du Centre avait mis au point une stratégie médiatique alors inédite. Plutôt que de vouloir créer un grand journal quotidien dépendant du parti et de faire une propagande massive par affiches et tracts, ce que la structure partisane élaborée en 1948 ne permettait pas, il avait pris l'habitude de cultiver des relations personnelles très étroites (déjeuners réguliers à Paris et week-ends gastronomiques à Dijon et à Beaune) avec le « club des pébroques », c'est-à-dire quatre des principaux journalistes politiques d'alors : Georges Altschuler, Jacques Fauvet, Jean Ferniot et Bernard Lefort. Il estimait en effet que l'essentiel n'était pas tant ce qu'on disait du CNIP que le fait qu'on en parlât beaucoup pour l'imposer comme force politique de premier plan. Quand Antoine Pinay quitta Matignon en décembre 1952, sa popularité était bâtie pour longtemps23(*) et il était devenu une des figures politiques de tout premier plan du régime. En janvier 1953, le comité directeur le désigna « président d'honneur » du Centre qui avait désormais un leader d'envergure nationale, reconnu et populaire.

Pourtant, le processus d'essor du parti s'enraya bientôt. Certes, le gouvernement de René Mayer sembla d'abord pérenniser la coalition de Quatrième Force mais les difficultés de l'armée française en Indochine vinrent perturber la mécanique conçue par le secrétaire général. Lors de la crise ministérielle du printemps 1953, deux adversaires - à des titres différents - du sénateur-maire de Beaune se distinguèrent : Paul Reynaud et Pierre Mendès France. Puis, sous l'influence des gaullistes, Joseph Laniel entra à Matignon. Il était membre du CNIP mais trop lié à Paul Reynaud (nommé vice-président du Conseil, chargé des affaires indochinoises) pour que la direction du Centre pût être satisfaite. Roger Duchet n'était d'ailleurs plus ministre, perdant ainsi une partie de ses moyens de faire vivre sa petite équipe de collaborateurs. D'où les grandes manoeuvres du secrétariat général, avec le soutien de la majorité des indépendants, pour marginaliser Paul Reynaud, s'associer étroitement au MRP contre les gaullistes dans la « querelle de la CED » et isoler Joseph Laniel, jugé trop peu légitime depuis les grandes grèves d'août 1953. En décembre, s'il y eut treize tours de scrutin pour élire le nouveau président de la République, ce fut avant tout parce que Joseph Laniel voulait être élu mais que Roger Duchet et Antoine Pinay s'activèrent en coulisses contre lui, parvenant à faire élire René Coty, l'un des trois fondateurs du CNIP en 1948.

« L'expérience Laniel » s'acheva sur la défaite de Dîen Bîen Phu et l'arrivée de « PMF » à Matignon. Avec la promotion de cette figure de l'aile gauche radicale, le temps des alliances privilégiées avec le Parti radical était révolu. Roger Duchet choisit alors la lutte à outrance contre Pierre Mendès France, obtint en juillet l'adhésion officielle des gaullistes dissidents (IARS) au CNIP24(*), soutint les partisans du statu quo en Algérie et poussa Antoine Pinay à revenir sur le devant de la scène. En décembre 1954 se tint le premier « congrès » du CNIP : dans son discours de clôture, le président d'honneur défendit les valeurs de la « civilisation occidentale chrétienne » contre les menaces communistes et tiers-mondistes. Quand Pierre Mendès France « tomba » en février 1955, remplacé par son rival Edgar Faure, la direction du CNIP retrouva ses positions ministérielles : Antoine Pinay entra au Quai d'Orsay - un moyen de renforcer sa stature internationale - tandis que Roger Duchet devenait ministre de la Reconstruction. Mais un nouvel ennemi avait surgi depuis quelques mois, le poujadisme, qui disputait aux modérés les classes moyennes indépendantes, fraction essentielle de leur électorat en partie conquise sur les radicaux depuis la Libération, tandis qu'à gauche se constituait le Front républicain, associant « mendésistes » » et SFIO.

Ce fut pour couper l'herbe sous le pied à ces adversaires que Roger Duchet poussa Edgar Faure à dissoudre, pour la seule fois de la IVe République, l'Assemblée nationale et provoquer des élections législatives anticipées, comme la constitution le lui permettait. Toutefois, l'opération ne réussit pas comme prévu. Si le Front républicain réalisa un score très inférieur à ses espérances, le succès imprévu des poujadistes empêcha le CNIP de remporter les 150 sièges escomptés grâce aux apparentements conclus avec le MRP, les radicaux anti-mendésistes et les gaullistes de Jacques Soustelle. Avec une centaine de députés seulement, le CNIP dut laisser Matignon à Guy Mollet.

1956-1958 : vers un grand parti libéral conservateur français ?

Ce demi-échec électoral poussa le CNIP à franchir un nouveau seuil dans sa structuration partisane dont Roger Duchet était plus que jamais la cheville ouvrière. Comment intervenir plus efficacement dans la vie politique nationale à l'heure du retour des socialistes au gouvernement ? Un groupe unique des modérés, intitulé « indépendant et paysan d'action sociale » (IPAS), fut constitué dès janvier au Palais-Bourbon25(*), fusionnant les anciens groupes RI, paysan et IARS sous la présidence du député-maire de Saint-Chamond. À l'été 1956, la propagande du parti fut profondément réorganisée : création d'un délégué national à la propagande - Michel Junot, ancien radical et ancien directeur de cabinet de Roger Duchet en 1955 - et de neuf délégués régionaux, chargés de coordonner les efforts pour consolider l'organisation dans les départements ; des congrès réguliers (IIe en novembre 1956, IIIe en mars 1958) ; l'hebdomadaire France indépendante (12 pages au lieu de 8) tiré à 60 000 exemplaires et réalisé par une équipe de près de 40 personnes ; une devise officielle adoptée au IIe congrès : « Liberté Autorité Nation ». Les modèles ouvertement revendiqués désormais étaient ceux du Parti conservateur britannique que Roger Duchet visita au Royaume-Uni à l'automne 1956, et du Parti républicain que Michel Junot fut chargé d'étudier sur place lors d'un voyage aux États-Unis en avril 1957. Le nombre des centres départementaux augmentait rapidement (17 créations en un an et demi), les anciens parlementaires gaullistes y contribuant largement. Le financement patronal s'accroissait aussi sensiblement, donnant une aisance matérielle au Centre encore jamais vue26(*). La stratégie de Roger Duchet, entouré d'hommes jeunes venus d'horizons divers (haute fonction publique et cabinets ministériels mais aussi syndicats patronaux grandes écoles d'ingénieurs), était arrêtée depuis le printemps 1956. Elle consistait d'abord à soutenir le gouvernement de Guy Mollet dans tous les aspects répressifs de sa politique algérienne afin d'accélérer l'éclatement du Front républicain : en mai 1956, Pierre Mendès France démissionna de son poste de vice-président du Conseil ; un an plus tard, le Centre retrouvait des postes ministériels dans le gouvernement de Maurice Bourgès-Maunoury. Parallèlement, il s'agissait de reconquérir méthodiquement, avec l'aide de la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises) de Léon Gingembre, très proche d'Antoine Pinay, les électeurs perdus au profit des poujadistes. Commencée dès le printemps 1956, la reconquête se confirma au fil des élections législatives partielles tout au long de l'année 1957. Tout cela devait préparer le parti à l'événement - savoir profiter des « circonstances » est le propre des grands hommes politiques27(*) (24) - qui permettrait d'obtenir une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale et des élections anticipées dont, cette fois-ci, sortirait la victoire.

L'événement sembla se produire en février 1958 avec le bombardement de Sakhiet-Sidi-Youssef en Tunisie : le gouvernement de Félix Gaillard en fut immédiatement très affaibli et le 15 avril, cinq jours avant le premier tour des élections cantonales où le CNIP réalisa un score supérieur à celui du PCF, démontrant qu'il était en pleine ascension, les indépendants firent « tomber » le président du Conseil. Débuta la longue crise ministérielle du printemps dans laquelle la direction du CNIP manoeuvra pour qu'Antoine Pinay revînt à Matignon. Ce fut alors que survint l'imprévu : l'émeute à Alger dans la soirée du 13 mai. Réagissant à chaud, les dirigeants du Centre, à l'exception de Paul Reynaud, soutinrent les émeutiers puis l'appel à Charles de Gaulle : Roger Duchet signa le communiqué du 14 mai avec Georges Bidault, André Morice et Jacques Soustelle ; le 22 mai, Antoine Pinay alla prendre le thé à Colombey-les-Deux-Églises ; le 29, René Coty mit toute son autorité dans la balance en faveur de l'Homme du 18-Juin. Le 1er juin, celui-ci fut investi président du Conseil avec les pleins pouvoirs pour six mois.

Comment expliquer ce ralliement à Charles de Gaulle de la part d'hommes qui n'avaient cessé de le combattre depuis 1948 et qui avaient largement contribué à la liquéfaction du RPF en 1952-1953 ? Une fois de plus, il faut essayer de comprendre comment le secrétaire général et son équipe à la direction du Centre, emmenée par Michel Junot, envisageaient la situation. Charles de Gaulle était vu comme un homme seul, sans parti derrière lui (ses relations avec Jacques Soustelle étaient déjà fort distendues alors que celui-ci, président du petit groupe des républicains sociaux au Palais-Bourbon, était proche de Roger Duchet, tout comme Michel Debré, président du groupe des sénateurs gaullistes) ; son retour aux affaires serait donc provisoire, le temps que les nouvelles institutions fussent mises en place. Viendrait ensuite le moment des élections générales que le CNIP remporterait nécessairement, renvoyant le président du Conseil récemment investi à sa retraite en Haute-Marne. Le Centre n'était-il pas en passe de devenir le premier parti de France depuis les élections partielles de 1957 et le scrutin cantonal d'avril ? Et le collège électoral présidentiel n'était-il pas dominé par les grands électeurs modérés ? Ce fut en tout cas dans cette perspective que les indépendants participèrent à la naissance de la Ve République et abordèrent, confiants, les élections législatives de novembre 1958. Mais les choses se déroulèrent de façon quelque peu différente que prévu.

De l'échec de 1958 au naufrage électoral de 1962 : l'exclusion de Roger Duchet et le délitement du CNIP

Les résultats des élections législatives de novembre 1958 et leurs conséquences sont bien connus : percée du tout nouveau parti gaulliste créé dans l'urgence, l'Union pour la nouvelle République (UNR)28(*), choix de René Coty de ne pas se représenter, élection de Charles de Gaulle en décembre à l'Élysée et désignation de Michel Debré au poste de Premier ministre en janvier 1959, Antoine Pinay n'étant pas à Matignon comme il le souhaitait mais restant Rue de Rivoli. Tous les plans échafaudés au 106, rue de l'Université avaient donc échoué, même si le groupe IPAS était le deuxième en nombre au Palais- Bourbon avec 117 députés, très loin devant ceux du MRP et de la SFIO, et plus encore des communistes, incapables de former un groupe pour la première fois depuis 1920.

La cause de cet échec était d'abord à chercher du côté de Roger Duchet lui-même et de ses collaborateurs les plus proches. Dans la logique qui avait permis l'expansion continue du CNIP depuis dix ans - l'agglomération progressive, au fil des scrutins et des crises gouvernementales, de parlementaires (PRL, UDI, RPF, paysans, etc.) ralliés au noyau initial des RI -, le secrétariat général avait imaginé les élections de 1958 comme le dernier épisode de ce processus cumulatif à l'issue duquel les radicaux moriciens, les démocrates-chrétiens favorables à l'Algérie française autour de Georges Bidault, les amis de Jacques Soustelle et la masse des notables modérés encore isolés rejoindraient le CNIP en plein essor. D'où le choix de ne présenter des candidats indépendants paysans que dans la moitié des circonscriptions (ils y réalisèrent souvent de très bons scores, progressant de 40 % en moyenne par rapport à 1956), l'autre moitié étant laissée aux petits alliés dans le but ouvertement affiché de les ménager une ultime fois pour mieux les attirer ensuite dans un grand groupe parlementaire fédérateur de toutes les droites. Mais les électeurs virent les choses tout autrement et leur préférèrent les candidats « neufs » de l'UNR - souvent issus du RPF - plutôt que ceux de tous ces petits partis qui incarnaient à leurs yeux l'instabilité gouvernementale chronique de la défunte République. La conséquence fut sans appel : moins nombreux au départ que ceux de l'UNR (elle présenta des candidats dans plus des trois quarts des circonscriptions), ils entrèrent moins nombreux au Palais-Bourbon et ne purent être le noyau de condensation qu'ils espéraient, laissant plutôt ce rôle au groupe gaulliste. En même temps, la logique parlementaire dans laquelle le Centre national s'inscrivait depuis dix ans s'enraya tandis que la logique présidentialiste des gaullistes, déjà à l'oeuvre depuis juin, se renforça29(*).

Le déclin du CNIP s'amorça dès l'hiver 1958-1959. Certes, son succès fut indéniable aux élections municipales et sénatoriales du printemps suivant, mais cela resta sans effet sur le rapport des forces gouvernemental. La direction du Centre s'affola et s'enferra. Roger Duchet n'était pas a priori un partisan acharné du maintien du statu quo en Algérie mais la stratégie politique qu'il avait élaborée depuis 1956, ses liens personnels avec les autres « mousquetaires de l'Algérie française »30(*), les convictions de ses collaborateurs les plus fidèles, à commencer par Michel Junot, élu dans la 2e circonscription de Paris, et Camille Laurens, battu dans le Cantal et promu « directeur politique » du Centre pour assurer son existence, les circonstances enfin dans lesquelles le nouveau régime était né, aboutirent à une focalisation presque obsessionnelle sur la question algérienne, empêchant du même coup la poursuite du combat politique contre l'UNR de façon à la fois plus globale et plus sereine. Cela au moment où Antoine Pinay, capitaine pour temps calme vite déboussolé quand les vents devenaient contraires, avait choisi de se replier sur la Rue de Rivoli alors que son parti était dans une mauvaise passe31(*).

Dès l'automne 1959, Roger Duchet se fixa comme objectif de réitérer le « coup » du 6 mars 1952 : faire éclater l'UNR en prenant cette fois appui sur la question algérienne et les députés gaullistes proches de Jacques Soustelle, hostiles aux concessions faites au FLN. Ce choix stratégique fut catastrophique pour le CNIP. D'un côté, un engagement de plus en plus déraisonnable et bientôt illégal des partisans jusqu'au-boutistes de l'Algérie française - Roger Duchet adhéra un temps au Rassemblement pour l'Algérie française, soutint la « Semaine des barricades » et le Comité de Vincennes, refusa de condamner le putsch des généraux d'avril 1961 ; à l'automne suivant, le comité directeur, comprenant enfin que ce chemin était une impasse, le remplaça au secrétariat général par Camille Laurens : le secrétaire général était exclu de facto du parti qu'il avait créé. D'un autre côté, un chef de l'État comprenant que les concessions au FLN étaient inévitables et jouant « le peuple » contre les parlementaires peu fiables de sa majorité tandis que Michel Debré, déchiré intérieurement entre deux fidélités contraires, et Jacques Chaban-Delmas, fidèle président de l'Assemblée nationale, parvenaient à garder le contrôle de l'UNR malgré le départ en trois ans de plusieurs dizaines de députés. Quand eut lieu l'affrontement décisif sur la réforme du mode d'élection du président de la République à l'automne 1962, Roger Duchet était déjà en train de changer de vie.

Il s'était battu victorieusement en septembre 1962 pour garder son siège de sénateur contre certains de ses anciens amis politiques mais ce fut son dernier combat politique. Il ne fréquenta plus ensuite que très épisodiquement le Palais du Luxembourg et sa mairie de Beaune. Plus jamais candidat à une élection, il perdit progressivement tous ses mandats et mourut en 1981. Le CNIP, désormais sous la direction de Camille Laurens et de Bertrand Motte, avait subi une lourde défaite électorale en novembre 1962. Plus de la moitié des électeurs modérés étaient passés aux gaullistes, le groupe IPAS avait disparu et la majorité des élus rescapés avaient fondé un nouveau groupe, les « Républicains indépendants ». Entrés dans la logique de Valéry Giscard d'Estaing, promu ministre des Finances, les RI nouvelle version, organisés en Fédération nationale des républicains indépendants (FNRI) en 1966, devinrent bientôt le rejeton prospère du CNIP tandis que le Centre national, maintenu, entrait peu à peu en léthargie.

Devenu producteur de cinéma et ami de Jean Giono, Roger Duchet fit dès 1962 un bilan critique de son parcours. S'il écrivit peu sur ce sujet, ses actes le prouvèrent assez clairement. En 1965, il soutint, par anticommunisme, la candidature de Charles de Gaulle contre François Mitterrand allié au PCF. En 1969, il s'engagea publiquement en faveur de Georges Pompidou qu'il admirait et respectait sincèrement. En 1974, enfin, il se réjouit de la victoire de Valéry Giscard d'Estaing. Non qu'il eût oublié les dures années 1959-1962 mais il avait pris beaucoup de recul et les convictions du nouveau président de la République lui semblaient - à juste titre - dans le droit fil du programme qui, le temps de la défense de l'Algérie française étant révolu, avait été au coeur de l'histoire du CNIP : le libéralisme économique, la décentralisation de l'État, la « modernisation » de la société et l'intégration européenne.

Comment qualifier dès lors l'apport de Roger Duchet à la vie politique française et plus particulièrement aux droites depuis 1945 ? Le demi-échec électoral de novembre 1958, dont il fut le principal responsable, son engagement aux côtés des partisans de l'Algérie française puis son choix, tout à fait exceptionnel pour un homme politique de premier plan, de changer de vie après 196132(*) ont beaucoup contribué à ce qu'il fût oublié. Son rôle n'en fut pas moins essentiel et en même temps contradictoire. En reprenant à son compte l'héritage de Pierre-Étienne Flandin et de l'ARD, il parvint après-guerre à donner à la famille libérale, dont il n'était pas issu mais qu'il adopta sans retour, un niveau d'organisation encore jamais atteint auparavant et, pendant un moment (1952-1958), la perspective de rassembler toutes les droites françaises sous sa houlette. La devise choisie en 1956 (Liberté Autorité Nation) en était le signe annonciateur par la volonté qu'elle affichait de rassembler les trois droites que René Rémond venait, deux ans plus tôt, de mettre en évidence dans son ouvrage, sur-le-champ célèbre et attentivement lu par divers hommes politiques33(*). Tout cela s'inscrivait pleinement dans la logique du parlementarisme rationalisé chère à Paul Reynaud et plaçait députés et sénateurs au centre de la stratégie politique à l'oeuvre.

Mais cette logique était en concurrence avec la logique présidentialiste de Charles de Gaulle. Tenue en lisière au temps du RPF, elle trouva un nouveau souffle à partir de 1958 quand il revint au pouvoir et déstabilisa les stratèges modérés, le contexte de la guerre d'Algérie finissant de brouiller les repères. Dès 1962, le modèle du parti centralisé et hiérarchisé avait définitivement fait ses preuves à droite. Toutefois, étranger à la culture libérale et difficile à imposer dans le système partisan français particulièrement complexe, il mit du temps à s'imposer aux rivaux des gaullistes. Lorsque Valéry Giscard d'Estaing se décida enfin, avec bien du retard, à lancer l'Union pour la démocratie française (UDF), ce fut encore à bien des égards en référence au modèle du CNIP conçu par Roger Duchet qu'elle fut bâtie : il avait eu ses heures de gloire et avait inspiré les dirigeants de la FNRI. La victoire électorale du président sortant en mai 1981 aurait sans aucun doute permis de consolider l'édifice et de surmonter ses fragilités structurelles pour en faire un nouveau CNIP cette fois triomphant. Mais ce fut François Mitterrand qui l'emporta.

Roger Duchet décéda quatre mois plus tard, le 6 septembre 1981.


* 1 Ce parti existe toujours. Couramment appelé « CNI », il n'est plus qu'une force marginale, présidé depuis 2016 par Bruno North (réélection contestée en 2025). Il succédait au député-maire de Cholet, Gilles Bourdouleix, lui-même successeur en 2009 d'Annick du Roscoät. Celle-ci avait choisi en 2008 de rompre le contrat d'association du parti avec l'UMP.

* 2 Et la présidence du Conseil municipal de Paris ainsi que les mairies aussi emblématiques que celles de Verdun, Versailles, Vichy et Lourdes.

* 3 Gilles Richard et Jacqueline Sainclivier (dir.), Les Partis et la République. La recomposition du système partisan, 1956-1967, Rennes, PUR, 2007.

* 4 Parmi eux, Michel Junot, principal collaborateur de Roger Duchet à partir de 1955, ancien député et ancien adjoint au maire de Paris, Jacques Chirac, décédé en 2008 ; l'ancien sénateur des Hauts-de-Seine Robert Parenty ; l'ancien député du Gard et secrétaire général du CDP (Centre démocratie et progrès) de 1969 à 1973 Jean Poudevigne.

* 5 Le plus célèbre des films qu'il produisit fut Le Gentleman de Cocody, réalisé par Christian-Jaque en 1964, avec Jean Marais dans le rôle principal.

* 6 Roger Duchet, La République épinglée, Alain Moreau, p. 270.

* 7 Gilles Richard, Sylvie Guillaume et Jean-François Sirinelli (dir.) Histoire de l'UDF. L'union pour la démocratie française, 1978-2007, Rennes, PUR, 2013.

* 8 Sur un tout autre registre, on peut se demander jusqu'à quel point on ne trouve pas l'influence de Roger Duchet chez le Jean-Marie Le Pen de l'après-1984, avec sa volonté de fédérer des tendances diverses dans une structure partisane légère et peu contraignante pour son chef. Mais l'héritage ligueur reste premier chez le président du Front national.

* 9 Une histoire que René Rémond contribua tant à écrire, depuis son célèbre ouvrage intitulé La Droite en France et publié chez Aubier en 1954, jusqu'au bilan de ses réflexions, constamment mises à jour pendant cinquante ans, dans Les Droites aujourd'hui, chez Audibert en 2005.

* 10 En 1981, le PCF était à nouveau associé au PS mais ce dernier était majoritaire à lui seul au Palais-Bourbon.

* 11 Claude-Joseph Gignoux, vice-président de l'ARD, avait pris en octobre 1936 la présidence de la Confédération générale du patronat français (CGPF) et demandé à Léon Gingembre de réorganiser le petit patronat.

* 12 15 % des suffrages en 1936, 5 % en 1945, 10 % ensuite, un bref « été indien » mendésiste suivi de plusieurs scissions en 1955-1956. En 1958, 5 % des suffrages et pas de groupe parlementaire radical pour la première fois depuis les débuts de la IIIe République.

* 13 Jean Vigreux Le Clos du Maréchal Pétain, PUF, 2012.

* 14 Ministre dans le gouvernement de Paul Ramadier en 1947.

* 15 Les trois députés de droite étaient inscrits au groupe républicain indépendant du Palais-Bourbon.

* 16 C'est un leitmotiv de la science politique depuis la parution de l'ouvrage de Maurice Duverger sur Les Partis politiques en 1951.

* 17 Éric Phélippeau, L'Invention de l'homme politique moderne : Mackau, l'Orne et la République, Belin, 2002.

* 18 Jean-Yves Boulic et Anne Lavaure, Henri de Kerillis, l'absolu patriote, Rennes, PUR, 1997.

* 19 La grande majorité des indépendants, paysans et radicaux élus sur les listes investies par le Rassemblement allèrent siéger hors du groupe gaulliste.

* 20 Gilles Richard « La Loire-Inférieure sous la IVe République : un bastion de la droite 'modérée' », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, tome 107, 4e trimestre 2000, p. 121-148 ; « Les modérés du Nord entre le MRP et le RPF. De l'Union de républicains du Nord au Centre départemental des indépendants et paysans (1945-1952) », Revue du Nord, tome LXXXI, n°331, juillet-septembre 1999, p. 581-598.

* 21 Les statuts modifiant le nom du parti ne furent déposés qu'en juillet 1952.

* 22 Les listes UNIR (Unité nationale et des indépendants républicains) de Jacques Isorni, Jacques Le Roy Ladurie et Roger de Saivre. Élus, ils se rattachèrent au groupe paysan.

* 23Sylvie Guillaume, Antoine Pinay ou la confiance en politique, Presses de la FNSP, 1984.

* 24 Ce fut aussi le moment où la vieille Alliance républicaine démocratique (ARD) de Pierre-Étienne Flandin adhéra au Centre.

* 25 Mais pas encore au Palais du Luxembourg où les paysans avaient toujours leur groupe, membre en tant que tel du CNIP.

* 26 À l'automne 1957, Roger Duchet scella un accord avec les milieux d'affaires algériens qui augmenta encore les rentrées d'argent et permit même d'envisager le rachat du journal Combat en difficulté. Mais dès 1958 les gaullistes, par l'intermédiaire de Roger Frey, firent échouer l'opération pilotée par Michel Junot.

* 27 Charles de Gaulle avait dit à Louis Terrenoire à l'automne 1957 : « Sans le froid, pas d'abbé Pierre. Le jour où la France aura froid, elle fera appel à moi ».

* 28 176 élus métropolitains au soir du 30 novembre. Mais le groupe attira pas mal d'élus divers droite et compta dès janvier 1959 199 inscrits et 7 apparentés.

* 29 Gilles Richard Le Centre national des indépendants et paysans de 1948 à 1962 ou l'échec de l'union des droites dans le parti des modérés, Thèse de doctorat d'État, IEP de Paris, 1998, chapitre 14 et 15.

* 30 Expression récurrente dans L'Express depuis l'été 1957 pour désigner l'alliance politique Duchet-Bidault-Morice-Soustelle.

* 31 Dans l'hiver 1959-1960, Roger Duchet parvint à lui faire reprendre son rôle de leader mais il était déjà trop tard et le chef de l'État put l'exclure du gouvernement sans grave difficulté.

* 32 François Léotard et, dans une moindre mesure peut-être, Alain Madelin ont suivi des parcours comparables à celui de l'ancien sénateur-maire de Beaune. Ils restent des exceptions.

* 33 Dans France indépendante, Henry Bergasse, député de Marseille, gaulliste dissident de 1952, président du groupe IPAS de 1959 à 1961, fit explicitement référence au livre de René Rémond pour rendre compte de l'adhésion en juillet 1954 du groupe IARS au CNIP.

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