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POHER Alain

Ancien sénateur de la Seine-et-Oise
  puis du Val-de-Marne

  • Ancien Président de la République par intérim

  • Président du Sénat du 2 octobre 1968 au 2 octobre 1992

Election

  • Elu le 26 avril 1959 (Seine-et-Oise)
  • Réélu le 22 septembre 1968 (Val-de-Marne)
  • Réélu le 25 septembre 1977 (Val-de-Marne)
  • Réélu le 28 septembre 1986 (Val-de-Marne)
  • Fin de mandat le 1er octobre 1995 (ne se représente pas)

Fonctions antérieures

  • Secrétaire d'État

Situation en fin de mandat

  • Membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées
  • Membre du Groupe Union Centriste

Travaux parlementaires

Extraits de la table nominative :

Biographie

1940-1958  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)
Ve République  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)

Ve République

POHER (Alain)

Né le 17 avril 1909 à Ablon-sur-Seine (Seine-et-Oise)

Décédé le 9 décembre 1996 à Paris

Conseiller de la République de la Seine-et-Oise de 1946 à 1948

Secrétaire d'État aux Finances du 5 au 11 septembre 1948

Secrétaire d'État au Budget du 11 septembre au 20 novembre 1948

Sénateur de la Seine-et-Oise de 1952 à 1968 puis du Val-de-Marne de 1968 à 1995

Secrétaire d'État aux Forces Armées (Marine) du 11 novembre 1957 au 14 mai 1958

Président du Sénat de 1968 à 1992

Président de la République française par intérim du 28 avril au 20 juin 1969 et du 2 avril au 27 mai 1974

Membre de la Haute assemblée depuis 1946, Alain Poher sollicite le renouvellement de son mandat de représentant de la Seine-et-Oise le 26 avril 1959, lors du premier scrutin sénatorial de la Ve République. Conduisant une liste d'Union républicaine pour la défense des intérêts du département de la Seine-et-Oise présentée par le Mouvement républicain populaire (MRP) et les Indépendants paysans, sur laquelle se portent 762 des 3 861 suffrages exprimés, il est réélu au Sénat.

Membre de la commission exécutive du MRP en février 1959 et de son bureau politique de février 1959 à mai 1962, il retrouve en 1959 la présidence du groupe sénatorial du Mouvement démocrate-chrétien, qu'il avait déjà exercée de 1954 à 1957, avant de la laisser à Jean Lecanuet en 1960. Il fait partie de plusieurs commissions : celle des affaires sociales en 1959 et de 1963 à 1966, celle des affaires culturelles de 1959 à 1961 et celle des affaires étrangères de 1961 à 1963 puis de 1966 à 1968.

S'inscrivant dans la filiation de Robert Schuman dont il fut le chef de cabinet au ministère des Finances, cet européen convaincu, qui avait déjà siégé à l'Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) de 1952 à 1958, est par ailleurs nommé membre de l'Assemblée des Communautés européennes dès sa création en mars 1958. Il y est constamment reconduit jusqu'en décembre 1977. Président du groupe démocrate-chrétien de mars 1959 à mars 1966, il est ensuite porté à la présidence de l'Assemblée des Communautés européennes de mars 1966 à mars 1969. Il préside en outre, de décembre 1967 à janvier 1969, la conférence parlementaire de l'association Communauté économique européenne-États africains et malgaches associés, instaurée à la conférence de Yaoundé en 1963, avant d'en devenir vice-président en janvier 1969.

Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à ce que la construction européenne constitue le domaine principal de son activité sénatoriale de 1959 à 1968. Alain Poher intervient ainsi en 1959 sur la politique européenne du gouvernement Michel Debré, à laquelle il reproche son « extrême timidité », de l'accord douanier tarifaire européen en 1961 et du traité instituant un Conseil unique et une Commission unique des Communautés européennes en 1965. Se réjouissant de la signature du traité sur la coopération franco-allemande en 1963, il en profite pour rendre hommage au rôle joué dès l'après-guerre par son mentor Robert Schuman dans la réconciliation des deux anciens pays ennemis.

Il fait également part de son indignation à la tribune du Sénat, en août 1968, contre « l'inqualifiable agression » perpétrée par les troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie. Il vote par ailleurs la loi autorisant le Gouvernement à prendre, par application de l'article 38 de la Constitution, certaines mesures relatives au maintien de l'ordre, à la sauvegarde de l'État, à la pacification et à l'administration de l'Algérie en 1960, la loi portant réforme des régimes matrimoniaux en 1965 et la loi Neuwirth relative à la régulation des naissances en 1967.

En 1968, il brigue un nouveau mandat sénatorial aux élections du 22 septembre dans le département du Val-de-Marne, au sein duquel se situe désormais son fief d'Ablon-sur-Seine. Candidat du Centre démocrate, auquel il a adhéré après la disparition du MRP, il est réélu à la tête de la liste d'Union des républicains démocrates pour le progrès du Val-de-Marne qui rassemble 285 des 1 287 suffrages exprimés.

Inscrit au groupe de l'Union centriste des démocrates de progrès (UCDP), il prend part à l'élection organisée le 2 octobre 1968 au Palais du Luxembourg pour désigner le successeur de Gaston Monnerville. Celui-ci a en effet choisi de ne pas se représenter à la présidence du Sénat qu'il exerçait depuis le 18 mars 1947. Après deux tours de scrutin lors desquels aucun des candidats n'a obtenu la majorité absolue des suffrages, Alain Poher, sur le point de regagner Strasbourg et l'Assemblée des Communautés européennes, est sollicité par plusieurs sénateurs du centre et de la gauche pour poser sa candidature. Grâce au soutien des centristes, des socialistes et d'une large partie des radicaux de la Gauche démocratique, il est élu président du Sénat contre toute attente, au troisième tour, le 3 octobre 1968, à trois heures du matin : il réunit 135 des 264 suffrages exprimés contre 107 voix pour le sénateur indépendant de la Somme, Pierre Garet, et 22 pour le sénateur communiste de Paris, Georges Cogniot.

Se présentant dès son élection comme « un homme d'union et de conciliation », ce grand défenseur du bicamérisme fait campagne en avril 1969 contre le projet de réforme constitutionnelle du général de Gaulle, qui vise à réduire largement les pouvoirs de la Haute assemblée. Aussi, lorsqu'à la suite du rejet de son texte par référendum le 27 avril 1969, le fondateur de la Ve République décide de quitter la présidence de la République et de se retirer dans sa résidence de Colombey-les-Deux-Églises, Alain Poher fait son entrée au palais de l'Élysée dès le lendemain : conformément à l'article 7 de la Constitution, le président du Sénat assume en effet les fonctions de président de la République par intérim jusqu'à l'élection d'un nouveau chef de l'État.

Outre la présidence des Conseils des ministres, la promulgation de lois ou la ratification de traités, Alain Poher prend quelques mesures symboliques pendant son intérim présidentiel : il rappelle à l'ORTF son devoir d'impartialité lors d'une campagne électorale et écarte Jacques Foccart, secrétaire général à la présidence de la République pour la Communauté et les affaires africaines et malgaches.

Poussé par ses amis centristes, il se déclare candidat à l'élection présidentielle le 12 mai 1969. S'il recueille d'abord dans les enquêtes d'opinion un taux important d'intentions de vote, il ne parvient néanmoins pas à s'imposer au cours de la campagne électorale : il ne réussit pas à se démarquer assez de la candidature de Gaston Defferre et souffre de ne pas avoir d'opinion suffisamment arrêtée sur l'avenir des institutions.

Le candidat de la droite non gaulliste est ainsi nettement distancé au premier tour, le 1er juin 1969, par Georges Pompidou : l'ancien Premier ministre du général de Gaulle obtient 44,5 % des suffrages contre 23,3 % pour le président de la République par intérim, qui devance lui-même de peu le candidat communiste Jacques Duclos réunissant 21,3 % des voix. Alain Poher reçoit alors le soutien des socialistes, radicaux, indépendants et démocrates-chrétiens, tandis que Jacques Duclos, refusant de choisir entre « blanc bonnet et bonnet blanc », appelle les électeurs communistes à l'abstention. Entre les deux tours, le président du Sénat mène une campagne plus agressive : il dénonce les atteintes du pouvoir gaulliste à l'indépendance des médias et de la justice, de même que les polices parallèles. Cela ne suffit pourtant pas à lui permettre de combler son retard sur Georges Pompidou lors du second tour du scrutin présidentiel, le 15 juin 1969. Même si Alain Poher voit 2 700 000 voix se reporter sur lui, et progresse notamment dans le nord et le sud-ouest, Georges Pompidou l'emporte très largement : avec 58,2 % des voix contre 41,8 %, il obtient 3 millions de suffrages de plus que le candidat centriste. Le 20 juin, Alain Poher quitte ainsi l'Élysée et réintègre le Petit Luxembourg.

Outre l'exercice des fonctions traditionnellement dévolues au président de la Haute assemblée, telles que la présidence des séances, les éloges funèbres des sénateurs disparus en cours de mandat ou les allocutions d'ouverture et de clôture des sessions, il s'efforce alors surtout de redonner au Sénat toute sa place au sein des institutions de la Ve République. Il entretient ainsi des relations normalisées avec le nouveau président de la République Georges Pompidou. La navette parlementaire n'est quant à elle plus paralysée sous les gouvernements Jacques Chaban-Delmas et Pierre Messmer. Alain Poher encourage aussi la création de commissions d'enquête ou de contrôle sur des sujets litigieux comme les écoutes téléphoniques et la publicité clandestine à la télévision, ce qui renforce le contrôle de l'action gouvernementale par les sénateurs.

Il est également à l'origine de la transformation du Conseil constitutionnel en gardien des droits et des libertés. Jugeant que la loi sur la liberté d'association présentée par le ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, et le garde des Sceaux, René Pleven, rétablit le régime de l'autorisation préalable, il saisit en juillet 1971 le Conseil constitutionnel. Celui-ci déclare alors inconstitutionnelles certaines dispositions de la loi au motif qu'elles méconnaissent les principes reconnus par le préambule de la Constitution. Très aisément réélu ensuite à la présidence du Sénat le 2 octobre 1971, avec 199 des 226 suffrages exprimés contre 26 voix pour le communiste Georges Cogniot, Alain Poher donne de nouveaux gages de son indépendance en nommant au Conseil constitutionnel, en février 1974, son prédécesseur Gaston Monnerville, ancien farouche adversaire du général de Gaulle.

Le 2 avril 1974, la disparition brutale de Georges Pompidou conduit le président du Sénat à reprendre le chemin du palais de l'Élysée : Alain Poher exerce un nouvel intérim de la présidence de la République jusqu'au 27 mai 1974. Contrairement à la première fois, il décide de ne pas se présenter à l'élection présidentielle. Il refuse même de s'engager en faveur d'un candidat, laissant Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d'Estaing représenter la droite.

Au cours de ce second séjour à l'Élysée, Alain Poher prend plusieurs décisions importantes, ce qui concourt à faire de l'intérim présidentiel une réalité institutionnelle acceptée. Il veille tout d'abord au déroulement équitable de la campagne présidentielle : il surveille la régularité des opérations électorales dans les départements et territoires d'outre-mer et rappelle de nouveau à l'ORTF son devoir d'impartialité. Il décide par ailleurs du lancement officiel du programme Airbus ainsi que de la construction d'un cinquième sous-marin nucléaire français. Il révise aussi de manière libérale plusieurs accords de coopération avec des États africains. Ce fervent partisan de la construction européenne saisit en outre l'occasion de sa deuxième présidence provisoire de la République pour demander l'institution d'un statut spécial pour les travailleurs migrants européens. Surtout, vingt-quatre ans après sa signature par Robert Schuman, en novembre 1950, il fait ratifier, au nom de la France, la Convention européenne des droits de l'homme : l'ancien président de l'Assemblée des Communautés européennes dépose lui-même à Strasbourg, le 6 mai 1974, les instruments de ratification de ce texte.

Après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République, le 19 mai 1974, Alain Poher retrouve la présidence du Sénat. Peu après, en juin 1974, le maire d'Ablon-sur-Seine, qui dirige constamment cette commune de 1945 à 1983, date à laquelle il abandonne son mandat de premier édile, est élu président de l'Association des maires de France. À la tête de celle-ci jusqu'en octobre 1983, il renforce son image de défenseur des collectivités locales et de ses élus.

Il est ensuite très aisément réélu à la présidence de la Haute assemblée le 2 octobre 1974 par 193 des 265 suffrages exprimés, contre 70 pour Pierre Giraud, sénateur socialiste de Paris. C'est de son lit d'hôpital qu'il célèbre cette réélection : il s'est fracturé la cheville en descendant de la tribune après avoir participé au scrutin. Désireux de redonner toute sa place à la Seconde chambre du Parlement, il célèbre avec éclat le centenaire du Sénat en 1975. Afin de permettre la présence du président de la République Valéry Giscard d'Estaing à la cérémonie du 27 mai 1975, les constitutions françaises interdisant toutes, depuis 1875, l'accès du président de la République aux assemblées parlementaires, Alain Poher fait « déparlementariser » l'hémicycle sénatorial : l'ensemble des symboles du parlementarisme, tels que la tribune et le perchoir, sont démontés et déposés à l'extérieur. Il entretient du reste des rapports cordiaux avec Valéry Giscard d'Estaing qui veille à laisser un rôle important au Sénat. Son Premier ministre, Jacques Chirac, est ainsi le premier chef de Gouvernement à solliciter l'approbation de la Haute assemblée sur une déclaration de politique étrangère, le 10 juin 1975. Puis, le 19 avril 1978, son successeur Raymond Barre soumet pour la première fois à l'approbation simultanée des deux chambres une déclaration de politique générale.

Conduisant la liste d'Union pour le Val-de-Marne et la défense des libertés locales, qui rassemble 458 des 1 516 suffrages exprimés, aux élections sénatoriales du 25 septembre 1977, Alain Poher voit une nouvelle fois son mandat de sénateur reconduit. Il est ensuite très largement réélu à la présidence du Sénat le 3 octobre 1977 : il réunit 192 des 281 suffrages exprimés contre 65 pour le sénateur socialiste de la Dordogne, Marcel Brégégère, et 23 pour le sénateur communiste de la Seine-Saint-Denis, Fernand Lefort. Puis, à l'issue du renouvellement triennal de septembre 1980, il est porté pour la cinquième fois à la présidence de la Haute assemblée : le 2 octobre 1980, il obtient 193 des 293 suffrages exprimés contre 75 voix pour le socialiste Edgar Tailhades et 24 pour la communiste Hélène Luc.

Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et l'instauration de la première alternance sous la Ve République, Alain Poher se retrouve à la tête d'une chambre majoritairement tenue par l'opposition. Fidèle à son tempérament, le président centriste de la Haute assemblée recherche dans un premier temps la conciliation avec le nouveau pouvoir : il souhaite que le Sénat demeure « une chambre de réflexion et de dialogue » et non une simple « chambre d'opposition », même si cela ne l'empêche pas de se heurter au ministre de l'Intérieur, Gaston Defferre, au cours de l'examen des lois sur la décentralisation en 1981 et 1982. Du reste, la Haute assemblée adopte plusieurs projets de lois socialistes importants, comme l'abrogation de la peine de mort et celle de la loi dite anti-casseurs.

Les tensions s'accroissent toutefois progressivement entre le Sénat et le pouvoir socialiste, notamment au sujet de la presse ou des radios libres. Reconduit une nouvelle fois au perchoir le 3 octobre 1983 avec 210 des 306 suffrages exprimés contre 96 voix pour Edgar Tailhades, Alain Poher se retrouve à la tête d'une assemblée qui se transforme peu à peu en un bastion de résistance contre le Gouvernement. C'est avec l'examen du projet de loi sur l'enseignement privé présenté par le ministre de l'Éducation nationale, Alain Savary, en juin et juillet 1984, refusé par l'opposition et le président du Sénat, que l'affrontement culmine. La même année, Alain Poher lutte également contre le projet de réforme de l'article 11 de la Constitution, qui vise à étendre le champ du référendum aux libertés publiques. Adopté par l'Assemblée nationale, ce projet est ensuite rejeté par le Sénat sous l'impulsion de son président.

Après la victoire de la droite aux élections législatives de mars 1986, Alain Poher sollicite le renouvellement de son mandat sénatorial le 28 septembre 1986. Reconduit à la tête de la liste de la majorité gouvernementale RPR-UDF pour le Val-de-Marne qui remporte 726 des 1 859 suffrages exprimés, il s'inscrit au groupe de l'Union centriste et se représente à la présidence du Sénat. Il est ainsi réélu pour la septième fois, le 2 octobre 1986 : avec 230 voix sur 309 suffrages exprimés, il défait très nettement le sénateur socialiste de la Seine-Maritime, Tony Larue, sur lequel se portent 62 voix, et le sénateur communiste du Val-de-Marne, Charles Lederman, qui obtient 16 voix.

De 1986 à 1988, les deux chambres du Parlement ont la même majorité, constituée par le RPR et l'UDF. Les relations du Sénat avec le Gouvernement connaissent dès lors une très nette amélioration. Alain Poher soutient ensuite la candidature de Raymond Barre à l'élection présidentielle de 1988 avant de se rallier à celle de Jacques Chirac au second tour. Après la réélection de François Mitterrand à la présidence de la République et la victoire du Parti socialiste aux élections législatives en mai-juin 1988, la Haute assemblée redevient un bastion de l'opposition de droite. Les affrontements avec le Gouvernement et l'Assemblée nationale s'avèrent cependant beaucoup moins vifs que lors du premier mandat de François Mitterrand.

Alain Poher se heurte en revanche à des contestations au sein même de la majorité sénatoriale. Sa décision de se représenter une huitième fois à la présidence du Sénat, le 2 octobre 1989, alors qu'il est âgé de quatre-vingts ans et qu'il occupe le perchoir depuis vingt et un ans, suscite en effet le rejet d'une grande partie de sa propre famille politique. Aussi plusieurs membres de l'UDF et du groupe de l'Union centriste, le sénateur du Calvados Philippe de Bourgoing, celui de la Mayenne Jean Arthuis et celui de Lot-et-Garonne Jean-François Poncet, partisans d'une rénovation du Sénat, décident-ils de se porter candidats contre lui. De la sorte, pour la première fois depuis 1971, Alain Poher n'est pas réélu dès le premier tour : il n'obtient que 115 des 316 suffrages exprimés, contre 66 voix pour le socialiste Claude Estier, 50 pour Philippe de Bourgoing, 40 pour Jean Artuis, 21 pour Jean-François Poncet et 16 pour Charles Lederman.

Un second tour de scrutin ne suffit pas non plus pour assurer sa réélection. Alain Poher ne recueille alors que 108 des 319 suffrages exprimés contre 85 voix pour Claude Estier, 66 pour le vice-président républicain indépendant du Sénat Pierre-Christian Taittinger, et 57 pour le sénateur UDF de la Vienne René Monory. Ce n'est qu'au troisième tour, à quatre heures du matin, après une séance de douze heures, que le président du Sénat est reconduit dans ses fonctions. Avec seulement 127 des 317 suffrages exprimés contre 111 pour Pierre-Christian Taittinger et 79 pour Claude Estier, il doit pour la première fois se contenter d'une majorité relative. Acquise contre ses propres amis politiques, sa huitième réélection au perchoir n'a été possible que grâce au soutien sans faille du groupe sénatorial du RPR dirigé par Charles Pasqua et à la division des centristes.

Il ne brigue en revanche pas la présidence de la Chambre haute en 1992. C'est René Monory, élu le 2 octobre 1992, qui prend sa succession. Alain Poher quitte ainsi la présidence du Sénat après l'avoir exercée pendant vingt-quatre ans, soit trois de plus que son prédécesseur, Gaston Monnerville. Désireux de rendre effective la pratique bicamérale du Parlement, il n'a eu de cesse au cours de sa présidence d'oeuvrer pour la revalorisation de la Haute assemblée au sein des institutions de la Ve République. Il a aussi constamment défendu sa singularité, comme « chambre de réflexion » mais aussi comme « gardienne des libertés et de la Constitution ». À ses yeux, elle devait demeurer « un rempart contre l'aventure sans pour autant apparaître comme un obstacle à l'évolution nécessaire ». Il n'a en outre pas cessé de favoriser le rayonnement du Sénat en développant la médiatisation de ses travaux, notamment par l'intermédiaire de la diffusion télévisée des débats ou de l'organisation de visites de citoyens au Palais du Luxembourg. Sa présidence a également été l'occasion d'une modernisation et d'un agrandissement du Sénat, qui voit sa surface totale doubler.

À son départ du Petit Luxembourg, en 1992, Alain Poher retrouve son fauteuil de sénateur du Val-de-Marne. Siégeant au groupe de l'Union centriste, il est nommé membre de la commission des affaires étrangères. En 1993, il vote la loi relative aux pensions de retraite et à la sauvegarde de la protection sociale. Alors âgé de quatre-vingt-six ans, il décide de ne pas se représenter aux élections sénatoriales du 24 septembre 1995. Après y avoir siégé pendant quarante-cinq années dont quarante-trois consécutives, il quitte ainsi la Haute assemblée le 1er octobre suivant.

Il a par ailleurs assumé de nombreuses responsabilités extra-parlementaires. Président d'honneur fondateur de l'Association des libertés en 1977 et membre fondateur de l'association Économie et progrès, il a aussi dirigé l'Association pour la recherche et l'information sur l'aide au développement et celle pour la promotion commune internationale. Membre du comité directeur de l'Association française pour le conseil des communes d'Europe et du comité d'honneur de l'organisation française du Mouvement européen, vice-président de l'Association pour l'étude des problèmes de l'Europe, cet européen engagé a également été administrateur de la fondation Robert Schuman et de la fondation Jean Monnet pour l'Europe. Il a enfin été membre du comité d'honneur de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme.

Un an après son départ du Palais du Luxembourg, il s'éteint des suites d'une longue maladie, le 9 décembre 1996 à Paris, à l'âge de quatre-vingt-sept ans. Ainsi disparaît un homme profondément républicain, ardent défenseur du bicamérisme et de la construction européenne, dont le destin politique fut des plus singuliers. Lui qui n'a pourtant jamais cherché à occuper les plus hautes fonctions de la République s'est en effet retrouvé « trois fois président », selon le titre des mémoires qu'il a publiées en 1993 : président du Sénat pendant près d'un quart de siècle, il reste le seul sous la Ve République à avoir également exercé, par deux fois, l'intérim de la présidence de la République.

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Photo de M. Alain POHER, ancien sénateur
Appartenance politique
Membre du Groupe Union Centriste
Etat-civil
Né le 17 avril 1909
Décédé le 9 décembre 1996
Profession
Ingénieur civil des Mines
Département
Val-de-Marne