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COMPTES RENDUS DE LA DELEGATION SENATORIALE AUX OUTRE-MER


mardi 12 mars 2019

- Présidence de M. Michel Magras, président -

Représentation et visibilité des outre-mer dans l'audiovisuel public - Table ronde avec les directrices et les directeurs des stations La 1ère du groupe France Télévisions

M. Michel Magras, président. - Mesdames les directrices, Messieurs les directeurs, Mes chers collègues, Comme vous le savez, notre délégation sénatoriale aux outre-mer a engagé une étude sur la question de la représentation et de la visibilité des outre-mer sur les chaînes publiques. Nous avons déjà eu l'occasion de nous entretenir de ce sujet par visioconférence avec certains d'entre vous que nous avons plaisir à retrouver aujourd'hui dans un cercle élargi où tous les territoires dotés d'une station La 1ère sont représentés.

Nous avons en effet déjà eu un échange en visioconférence avec Mme Poletti-Duflo pour Martinique La 1ère, M. Gora Patel pour La Réunion La 1ère et M. Gérald Prufer pour Polynésie La 1ère. Mais il me semble que l'un d'entre vous n'est pas encore parmi nous, M. Gérald Prufer.

Nous vous remercions de nous permettre, en une seule réunion, de nous forger une vision panoramique. Nous vous remercions également des contributions écrites que vous avez pu communiquer à notre secrétariat par l'intermédiaire du pôle outre-mer de France Télévisions.

Cependant, nous avons pu constater que le dernier point sur lequel nous souhaitions recueillir votre sentiment n'a été traité par aucun d'entre vous. Nous allons donc y revenir aujourd'hui, car c'est un aspect crucial ; je veux bien sûr parler de l'impact attendu sur la situation de vos stations de l'arrêt de la diffusion de France Ô sur la TNT. Les rapporteurs vont y insister dans quelques instants.

Les annonces gouvernementales du printemps dernier sur la disparition de France Ô de la TNT ont suscité interrogations et inquiétudes dès lors que l'impact d'une telle évolution n'a pas été évalué. En dépit d'une histoire et de relations qui n'ont pas toujours été au beau fixe entre la chaîne et les stations La 1ère, la suppression de France Ô comme chaîne de flux au profit d'une plateforme numérique ne sera pas sans conséquence sur la diffusion de certaines de vos émissions que la chaîne pouvait relayer, ainsi que sur votre capacité à produire des sujets relativement onéreux, l'appui financier de France Ô permettant un effet de levier. En outre, nombre d'entre vous avez exercé vos talents au siège de Malakoff au cours de votre carrière. Pour toutes ces raisons, il nous a paru incontournable de vous entendre et de recueillir votre sentiment et votre vision de l'avenir de la visibilité des outre-mer dans l'audiovisuel public comme de l'avenir du réseau des stations La 1ère.

Nous avons déjà mené une première série d'auditions en juillet au moment même de la création de la commission. Nous avons déjà auditionné la présidente de France Télévisions, le directeur général de France Ô, ainsi que le ministre de la Culture, M. Franck Riester.

Nous sommes contents que vous soyez à Paris pour vous donner toute liberté de parole, étant entendu qu'un compte rendu fidèle et sincère sera établi.

Avant de vous céder la parole, je rappellerai simplement que sont rapporteurs de notre étude M. Maurice Antiste, sénateur de la Martinique, et Mme Jocelyne Guidez, sénatrice de l'Essonne, qui rebondiront tout à l'heure sur vos présentations. D'autres collègues sont ici présents. Je remercie chacun d'être concis et d'aller à l'essentiel afin que nous ayons le temps d'échanger, car vous êtes nombreux. Je vous propose de procéder par bassin océanique. Je cède ainsi sans plus attendre la parole à Mme Sylvie Gengoul.

Mme Sylvie Gengoul, directrice de Guadeloupe La 1ère. - Je suis extrêmement fière, au nom des 191 salariés de Guadeloupe La 1ère qui portent les valeurs du service public en Guadeloupe, d'être présente parmi vous. Dans un contexte où notre pays connaît quelques difficultés au plan économique, sanitaire et environnemental, avec la précarité climatique, notre démarche éditoriale se veut fonctionnelle, c'est-à-dire que nous cherchons à examiner les besoins du pays et à laisser place à notre imagination pour envisager les solutions les plus innovantes possible pour y répondre. Nous devons nous demander à la fin de la journée de quelle façon nous avons contribué à faire progresser la Guadeloupe. Je suis évidemment favorable à une évaluation de notre travail, car pouvoir démontrer en fin d'année que nous avons été contributifs au pays est gratifiant. Le choix de nos programmes est centré sur le service, et particulièrement sur la promotion de la santé, le décryptage, l'investigation et les documentaires pour donner à connaître et comprendre le pays. Nous avons en parallèle une démarche très engagée avec des partenariats avec certaines structures. Nous nous sommes ainsi mobilisés dans la lutte contre les violences routières, puisque la Guadeloupe est le département le plus touché en France. Nous nous sommes fixés pour objectif avec la sécurité routière de réduire les accidents, notamment auprès des populations les plus vulnérables, c'est-à-dire les deux-roues et les piétons, ce qui s'appuie également sur des opérations hors antennes. De la même façon, nous avons un partenariat avec le GIP RASPEG (Groupement d'intérêt public - Réseaux et Action de Santé Publique En Guadeloupe, à Saint-Martin et Saint-Barthélemy) dans le cadre de la promotion de la santé et de la prévention.

Nous produisons environ 680 heures de programmes, soit 11 % de la production du Groupe, la progression étant de 14,62 % entre 2017 et 2018. Nous entretenons de bonnes relations avec les différentes sociétés de production en Guadeloupe, car il est de notre devoir d'accompagner la création locale, ainsi qu'avec les chaînes de télévision locales.

Nous avons engagé une démarche avec Saint-Martin et Saint-Barthélemy pour accompagner ces deux territoires. Après de multiples échanges, nous avons toutefois considéré que nous n'étions pas les mieux placés pour ce travail d'utilité sociale au quotidien et avons ainsi décidé de nouer une relation coopérative avec la chaîne de télévision locale.

La station est ainsi impliquée et ses salariés sont engagés, chacun ayant conscience de sa responsabilité tant individuelle que collective. Une démarche fonctionnelle est adoptée, afin de mesurer autant que possible notre contribution à ce pays.

M. Jean-Claude Ho-tin-noe, directeur de Guyane La 1ère. - La Guyane, qui est le plus grand territoire des outre-mer, présente des fractures territoriales et communautaires, 60 % des habitants n'étant pas nés sur le territoire. Nous avons ainsi adopté un positionnement centré sur notre utilité sociale en allant au-delà des missions qui nous sont fixées. Nous avons par exemple pris la décision d'accompagner les jeunes du fleuve Maroni en matière d'enseignement et d'accompagnement sur le numérique. Nous avons lancé au mois d'octobre 2018 des radios numériques baptisées « Mi Lobi », qui permettent de redonner la parole aux habitants, de faire vivre les langues régionales, de désenclaver les territoires et de fédérer l'ensemble des populations de Guyane. Nous sommes actuellement installés dans deux communes du Maroni, Maripasoula et Papaïchton. J'ai également rencontré le maire d'Apatou qui a mis à notre disposition un local. Nous allons poursuivre la démarche avec la commune de Grand-Santi et avons également décidé de nous implanter dans le pays amérindien, à Camopi, à Awala-Yalimapo et à Taluen. Grâce à un accord avec une société d'économie mixte filiale de la Collectivité territoriale de Guyane, notre volonté de nous implanter sur l'ensemble du territoire porte ses fruits dans un contexte où internet est reçu via le satellite.

Nous nous ouvrons par ailleurs à la coopération régionale. Nous préparons actuellement un dossier de demande de fonds européens, avec comme partenaires une télévision brésilienne, Amazon Sat, la télévision officielle du Suriname, STVS, et la télévision de Guyana, NCN. Si Haïti ne fait pas partie de notre zone d'influence directe, nous avons associé ce territoire compte tenu de la forte population d'immigrés haïtiens, d'autant plus que ces flux migratoires se poursuivent, notamment à la suite des arrivées d'Haïtiens via le Brésil consécutives à la fin des travaux de la Coupe du Monde et des Jeux olympiques. Je pars du principe qu'aucun mur n'arrête la misère et qu'il faut être positif et agir, ces personnes pouvant constituer une vraie richesse pour le territoire.

Au regard de la jeunesse de notre population, plus de 50 % ayant moins de 25 ans, nous développons le numérique pour nous adapter aux nouveaux usages. Les dernières enquêtes Médiamétrie montrent en effet que l'audience des radios s'effondre, le smartphone étant devenu la première porte d'entrée. Nous nous appuyons, dans le cadre des radios « Mi Lobi », sur les dispositifs de l'État, notamment le service civique. Ceci permet de rémunérer quelques jeunes du fleuve, environ 1 000 euros nets pour une durée de travail de 20 à 25 heures, et de leur proposer ainsi une première insertion dans la vie active. Nous veillons également à les valoriser grâce à des actions de formation.

Notre objectif est, dans le cadre de toutes ces actions, de démontrer notre utilité sociale. Nous cherchons, pour cela, à mailler notre territoire. Nous allons d'ailleurs nous installer à Saint-Georges. Dans cette commune, de nombreux enfants scolarisés vivent au Brésil ou sont d'origine brésilienne. De même, de nombreux enseignants français vivent de l'autre côté de la frontière. Nous cherchons ainsi à nous étendre vers l'ouest, vers l'est, mais également vers l'intérieur de la Guyane, côté Suriname et côté Brésil.

Pour conclure sur quelques chiffres, Guyane La 1ère est une station moyenne comptant un effectif de 156 équivalents temps plein (ETP). Nous avons augmenté notre production de 110 heures cette année. Nous souhaitons que les stations soient les plus associées possible au projet de France Télévisions.

Mme Yolaine Poletti-Duflo, directrice de Martinique La 1ère. - Martinique La 1ère compte 188 ETP et est confrontée à une très forte concurrence, tant sur la radio que sur la télévision, avec Radio Caraïbes International et viàATV, qui vient de lancer une nouvelle programmation. La station réalise une production annuelle de plus de 800 heures et est tournée vers le numérique, avec 1 500 000 visites par mois. Nous cherchons toutefois à inciter l'ensemble des collaborateurs à travailler davantage pour les programmes destinés au numérique.

Nous travaillons de manière ponctuelle avec la Guadeloupe et la Guyane. Nos relations sont quotidiennes avec Malakoff et France Ô. Nous organisons également régulièrement des opérations communes qui ont une résonance nationale, comme les six directs à partir du Panthéon.

Dans un contexte où la disparition de France Ô est une décision de la tutelle, nous espérons pouvoir accompagner ce changement, ainsi que le personnel, si jamais une demande nous était adressée.

M. Gérard Christian Hoarau, directeur de Mayotte La 1ère. - Mayotte, qui est le 101e département français depuis 2011, présente un contexte spécifique, avec de nombreux retards structurels en matière de santé, d'éducation et d'infrastructures. L'immigration y est importante, les immigrés représentant la moitié de la population. Dans ce contexte, Mayotte La 1ère a un rôle social important pour répondre aux attentes et aux questionnements du pays.

La station Mayotte La 1ère compte 92,6 ETP représentant une centaine de salariés et bénéficie d'un budget en augmentation depuis trois ans, grâce aux arbitrages de la présidente et de Wallès Kotra, que je remercie ici. Dans un contexte où un rattrapage était nécessaire, le budget 2019 est en progression de 15 % et les effectifs en hausse de 8 %. Nous allons, en outre, au mois de novembre inaugurer un nouveau siège 2,5 fois plus grand dans un bâtiment extrêmement beau, moderne et fonctionnel. L'ensemble du personnel en est reconnaissant à l'égard de France Télévisions.

Nous sommes à Mayotte une référence et un « réflexe ». Nous avons en effet été très suivis dans le cadre des blocages et des grèves de 2018, ainsi que pendant la période récente de séismes, marquée par près de 1 000 séismes survenus depuis un an. À la suite d'un séisme de magnitude 6 le 15 mai à 19 heures, les gens ont commencé à sortir de chez eux, une rumeur annonçant sur les réseaux sociaux qu'un nouveau séisme et un tsunami étaient attendus à 1 heure du matin. Voyant l'affolement des gens dans la rue, je me suis rendu à la station pour demander une réouverture de l'antenne et j'ai appelé la préfecture pour prévenir les services de l'État. Nous avons pris contact avec des géophysiciens et avons ainsi pu rappeler à l'antenne qu'aucun séisme ne pouvait être prévu. À 1 heure du matin, nous avons ainsi pu toucher la majorité de la population et diffuser un message rassurant permettant aux gens de progressivement rentrer chez eux.

Il est essentiel, à mon sens, que Mayotte La 1ère reste une référence. Les investissements de France Télévisions doivent y contribuer. J'ajoute que nous réalisons 76 % de parts de marché sur le journal télévisé du soir, qui est en shimaoré et en français, et 86 % de parts de marché sur la matinale.

M. Jean-Philippe Pascal, directeur de Nouvelle-Calédonie La 1ère. - Nouvelle-Calédonie La 1ère compte 154 ETP et un budget de près de 24 millions d'euros, dont 80 % pour la masse salariale. La production locale représente 600 heures par an. 80 % sont réalisées en interne, le reste étant constitué d'achats de programmes, de coproductions ou du façonnage. L'information constitue l'essentiel de cette production locale.

Dans un contexte où le débat institutionnel est permanent en Nouvelle-Calédonie, nous avons été très actifs dans le cadre de la consultation référendaire de novembre 2018, en offrant des espaces à toutes les tendances. Nous avons d'ailleurs, à l'issue de la consultation, obtenu un satisfecit du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) sur les équilibres de temps de parole et le pluralisme à l'antenne.

Nous souhaitons être un média global, avec trois antennes, la radio, la télévision et le numérique, une chaîne citoyenne qui donne les clés de compréhension des enjeux de la Nouvelle-Calédonie, et une chaîne généraliste de proximité qui est ancrée dans son territoire tout en étant ouverte sur le monde, et en particulier la région. Nous avons ainsi signé des accords avec les télévisions de la Nouvelle-Zélande, de l'Australie et du Vanuatu (ex-Nouvelles-Hébrides), notamment une convention de partenariat avec la télévision publique du Vanuatu, VBTC, pour lui apporter notre expertise en termes de formation du personnel, mais également lui céder les droits d'un certain nombre de séries et documentaires.

En 2019, nous allons également vivre une période extrêmement importante avec les élections provinciales, puisque le territoire est découpé en trois provinces (province Sud, province des îles Loyauté et province Nord) dont les élus constituent le Congrès, qui lui-même vote les lois du pays. Nous veillerons, là encore dans notre offre éditoriale, à donner la parole tant aux acteurs politiques qu'aux citoyens en organisant régulièrement des émissions décentralisées.

M. Michel Magras, président. - M. Gérald Prufer n'est malheureusement pas présent parmi nous. Nous avons néanmoins eu la chance de l'avoir entendu en visioconférence. Le compte rendu de ces échanges sera rendu public en vue du rapport final. Je cède ainsi sans plus attendre la parole à M. Gora Patel.

M. Gora Patel, directeur de La Réunion La 1ère. - Je suis directeur régional de La Réunion La 1ère depuis juillet 2018. J'étais auparavant médiateur du groupe France Télévisions quand le directeur général et la présidente m'ont demandé de retourner à La Réunion.

L'épisode des gilets jaunes au mois de novembre a incité la station à se poser les questions nécessaires. Si notre pays est dynamique, 40 % de sa population vit toutefois sous le seuil de pauvreté et plus de 130 000 jeunes sont au chômage. Quelle télévision, quelle radio et quel internet dans un tel contexte marqué également par une forte demande de prise de parole ? Devons-nous continuer à recevoir des sachants qui viennent délivrer leurs messages ou réorienter notre politique en donnant la parole à ceux qui souffrent, à ceux qui s'interrogent ?

Dès le mois de janvier, nous avons décidé de reconstruire notre grille de radio, de télévision et d'internet, dans une optique digital first en consacrant les moyens nécessaires pour développer ce lien direct entre la population et la station, à travers le site internet et la page Facebook. Dimanche 10 mars, nous avons réalisé une grande première en diffusant le trophée des champions de football uniquement, depuis le Facebook Live. Nous nous déplaçons, en parallèle, sur l'ensemble du territoire et utilisons la radio comme un espace de parole, l'objectif étant d'écouter, d'essayer de comprendre et d'apporter des explications. Nous avons également effectué un important travail sur le journal de la mi-journée et le journal du soir. Les dernières études d'audience témoignent d'ailleurs d'une importante chute au mois de février du journal de notre concurrent, Antenne Réunion.

Nous travaillons en lien avec nos collègues de Mayotte dans une logique de bassin, notamment dans le cadre des élections à Madagascar, aux Comores ou encore à l'occasion des Jeux des îles de l'océan Indien. Nous avons en effet la francophonie en partage. Dans le cadre de l'Association de radios-télévisions de l'océan Indien (ARTOI) créée en 1989 avec l'île Maurice, Madagascar, les Seychelles, les Comores et Mayotte, nous essayons de nous entraider. Nous allons par exemple couvrir les Jeux des îles de l'océan Indien sur l'ensemble des antennes de l'océan Indien avec une équipe commune.

Pour conclure, nous avons la volonté d'être à l'écoute du pays et de remplir pleinement notre mission de service public. Nous sommes là pour divertir, pour informer et pour écouter. Nous avons signé récemment une convention avec la région et nous travaillons sur une convention avec le département et les communes. Je considère, en effet, qu'il est de notre mission d'être aux côtés des acteurs économiques, politiques et sociaux.

Mme Nadine Félix, directrice de Saint-Pierre-et-Miquelon La 1ère. - L'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est le seul outre-mer froid, étant situé dans le Grand Nord américain. Ce territoire souffre de son image. Combien de personnes savent en effet situer Saint-Pierre-et-Miquelon sur une carte ? Combien de personnes connaissent le climat de cet archipel ? Combien de personnes connaissent les richesses qu'il comporte et son potentiel ? La question de la visibilité est ainsi essentielle dans le cadre de notre mission de service public.

La visibilité de Saint-Pierre-et-Miquelon est, en effet, importante, car le territoire est en souffrance. Saint-Pierre-et-Miquelon, qui compte aujourd'hui moins de 6 000 habitants, perd ses habitants, ses commerçants et ses professionnels. Les jeunes partent faire des études ailleurs et ne reviennent pas.

Saint-Pierre-et-Miquelon La 1ère compte 86 ETP et un budget de 12 millions d'euros, dont 10 sont consacrés aux charges de personnel. Nous entretenons des liens étroits avec les autres stations du réseau et France Ô. Sans cela, il nous serait difficile de produire autant de programmes. L'émission trimestrielle « Embruns », qui est le magazine de la mer, a dû par exemple être externalisée auprès de France Ô pour assurer la saison, car nous n'avions pas les moyens, avec nos 17 journalistes, de la fabriquer en interne.

Le numérique constitue, par ailleurs, un enjeu important sur l'archipel. Au regard du ratio d'ETP par rapport au nombre d'habitants, nous sommes sans doute la station qui coûte le plus cher, Saint-Pierre-et-Miquelon La 1ère est toutefois la porte ouverte sur l'une des francophonies les plus importantes au monde, celle du Canada. Nous avons ainsi signé des accords avec des câblo-opérateurs canadiens, permettant une diffusion de nos programmes auprès de 700 000 foyers. Lorsque nous effectuons un changement de programmation, nous recevons d'ailleurs parfois une salve de protestations d'auditeurs québécois.

Si l'archipel souffre de son isolement et d'un hiver long, nous sommes un microcosme de Saint-Pierre-et-Miquelon et une vraie fenêtre sur ce qui s'y passe et ce qui s'y vit ; les destins de l'archipel et de la station sont intimement liés et notre mission de service public est essentielle dans le « petit caillou » qu'est Saint-Pierre-et-Miquelon.

M. Gérard Guillaume, directeur de Wallis-et-Futuna La 1ère - Nous avons beaucoup de choses en commun avec Saint-Pierre-et-Miquelon. Il s'agit, en premier lieu, des plus petites stations du réseau outre-mer La 1ère, et donc de France Télévisions. Wallis-et-Futuna est, en outre, la station la plus éloignée de la République, à 22 000 kilomètres de Paris et plus d'une trentaine d'heures de voyage, avec des escales à Tokyo, en Nouvelle-Calédonie et à Fidji.

Wallis-et-Futuna compte 12 000 habitants (8 000 à Wallis et 4 000 à Futuna), trois langues (français, wallisien et futunien), trois pouvoirs (l'État ou « administration supérieure », la coutume et le diocèse, qui gère surtout l'enseignement). L'Assemblée territoriale est l'assemblée délibérante. L'exécutif est toujours du ressort de l'État, bien que certains souhaitent qu'il soit transféré aux élus locaux.

2 000 salariés sont comptabilisés, ce qui est extrêmement faible. Les jeunes, une fois qu'ils ont le bac, partent étudier ailleurs et ne reviennent pas. Personne ne souffre de la faim. Chacun est, en effet, propriétaire foncier. Lorsqu'une entreprise est installée dans un village, une convention coutumière prévoit qu'elle ne paie pas de loyer, mais emploie des personnes du village pour les travaux non spécialisés tels que l'entretien des espaces verts. L'économie est très distributive.

La station Wallis-et-Futuna La 1ère compte 67 ETP et dispose d'un budget de 10 millions d'euros, dont 82 % pour la masse salariale. Notre objectif tient en un mot, l'utilité, d'autant plus que nous ne comptons pas de média local concurrent. Notre production comprend surtout les journaux d'information (2 ou 3 éditions en futunien, français et wallisien) et les émissions de proximité. Au regard de la faiblesse de nos moyens, la polyvalence est dans les gènes de la station.

Nous avons, par ailleurs, un ancrage régional très fort dans un contexte où les Wallisiens et Futuniens sont de plus en plus intéressés par l'actualité du Pacifique. Nous essayons ainsi de développer les liens avec les stations soeurs du Pacifique, notamment en Nouvelle-Calédonie où vivent 30 000 Wallisiens et Futuniens. Nous sommes beaucoup regardés sur le web et avec le haut débit installé sur le territoire depuis un an, le rattrapage s'effectue à grande vitesse.

Les coproductions qui traitent du Pacifique suscitent un grand intérêt, à la faveur de festivals comme le Festival international du film océanien (FIFO) qui témoigne de la grande diversité et de la richesse de la région. Lors du FIFO récemment organisé hors les murs au Vanuatu, nous avons travaillé avec la télévision nationale du Vanuatu, qui compte 7 ETP pour une population de 300 000 personnes. Au regard de ces ratios, les collaborations apparaissent essentielles. Nous avons par ailleurs créé un événement intitulé la Nuit des chorales du Pacifique, le deuxième dimanche de décembre, à l'occasion de la journée mondiale du chant choral. Y participent des chorales de Tonga, de Fidji, de Samoa ou encore de Polynésie. Nous essayons également de traiter des fêtes coutumières qui rythment le pays, surtout du mois d'avril au mois d'août. Nous cherchons à lancer, à la suite de l'initiative de la Guyane, une radio de la jeunesse diocésaine pour accompagner les jeunes qui souhaitent s'exprimer. Nous menons enfin une action importante sur les langues régionales, l'appellation officielle étant désormais « langues de France ». Nous avons notamment accompagné la naissance de l'Académie des langues de Wallis-et-Futuna le 21 février dernier, à l'occasion de la Journée mondiale des langues maternelles.

Quant à France Ô, nous avons un cadre que nous devons respecter. Personnellement, je pense que le statu quo n'était pas positif et qu'il y a toujours eu un problème d'expression de la diversité sur les antennes de France Télévisions. La France a toujours eu le mal de l'outre-mer. L'évolution aujourd'hui constatée peut, en ce sens, être bénéfique.

M. Michel Magras, président. - Merci beaucoup pour ce tour d'horizon.

J'ai noté une orientation importante vers le numérique, à condition que les infrastructures suivent, un ancrage régional et une coopération par bassin. J'ai également relevé que la masse salariale représentait une part importante du budget de l'ensemble des stations et que certains territoires souffraient de leur image. Les clichés peuvent en effet être tenaces.

Je cède la parole aux deux rapporteurs.

Mme Jocelyne Guidez, rapporteure. - Je souhaiterais revenir sur les mots importants que j'ai entendus : « impliqués », « engagés », « contribution au pays », « redonner la parole », « valoriser », « utilité sociale », « référence », « au coeur du débat », « une chaîne citoyenne », « expertise », « service public », « lien avec la population », « comprendre », « écouter », « richesses », « potentiel », « visibilité », « nos destins », « relais », « polyvalence » et « ancrage ».

L'arrivée de la TNT a bouleversé les structures de vos chaînes et les impératifs à prendre en compte dans la constitution de vos grilles. Bientôt dix ans après, quels sont les enjeux d'évolution de vos stations dans le contexte concurrentiel de vos paysages audiovisuels respectifs ?

M. Jean-Philippe Pascal. - Si nous connaissons la concurrence dans quasiment l'ensemble de nos territoires, les efforts doivent, je crois, passer avant tout par une réorganisation de nos structures. Les trois antennes que sont la radio, la télévision et le numérique ne peuvent en effet plus continuer à travailler en silo. Des synergies très fortes entre les personnels de ces trois supports doivent être développées.

Nous avons ainsi désormais partout nommé un seul rédacteur en chef pour ces supports. Nous avons, en parallèle, mis en place une direction éditoriale ou direction des contenus. Un manager pilote ainsi l'offre éditoriale de la radio, de la télévision et du numérique et mutualise les moyens. À l'occasion du référendum du 4 novembre dernier, nous avons réalisé une soirée électorale commune radio, télévision et numérique. Le pilote de cette soirée était en studio télé, accompagné des invités politiques, tandis que le studio radio réunissait des politologues et que des interventions étaient également prévues sur le terrain, ce qui a contribué in fine à une grande richesse de points de vue.

Nos grilles de programmes s'appuient sur une banque de programmes du réseau La 1ère, chaque station constituant sa grille en fonction de son environnement et des attentes de ses publics. Vient s'y ajouter la production locale. Nous développons à cet égard également des synergies entre stations. Dans le bassin Pacifique, des liens ont, par exemple, été noués avec la Polynésie et Wallis-et-Futuna, même si se pose une question de décalage horaire. Nous cherchons également à travailler avec les télévisions de la région, les coproductions permettant d'amortir les coûts.

Mme Sylvie Gengoul. - L'arrivée de la TNT a entraîné une recomposition de nos programmes. Des chutes d'audience ont parfois été observées, avec des parts de marché qui sont passées de 49-50 % à 28-29 ou 30 %. L'audience du journal TV, séquence privilégiée pour le lien social, n'a toutefois pas évolué. L'arrivée de la TNT a sans doute permis de nous concentrer sur l'essentiel.

M. Jean-Claude Ho-Tin-Noe. - Avec la dématérialisation et le développement de l'offre, nos concitoyens regardent également en direct les chaînes nationales, notamment grâce à des applications telles que Molotov, et nos télévisions régionales doivent, je crois, devenir des télévisions locales avec une forte dimension d'utilité sociale. C'est la raison pour laquelle nous avons mis en place une case magazine hebdomadaire en Guyane, « Kazadok », toute expérience enrichissant nos identités étant intéressante à partager.

M. Michel Magras, président. - Entendez-vous opérer ces réorganisations à budget constant ?

M. Jean-Claude Ho-Tin-Noe. - Oui. Vous avez d'ailleurs noté que 80 % de notre budget était consacré à la masse salariale ; l'objectif est de transcender notre modèle économique.

M. Maurice Antiste, rapporteur. - Dans les réponses qui nous sont parvenues, aucun d'entre vous n'a répondu au dernier point de la trame qui vous a été transmise. Si cet item était le dernier, il n'était pas le moins important. S'agissant d'une des questions capitales pour le sujet que nous traitons aujourd'hui, je voudrais donc vous entendre : quel serait pour vous l'impact de la fin de la diffusion de France Ô telle qu'annoncée par le Gouvernement, tant pour votre antenne locale que pour la visibilité des outre-mer dans l'audiovisuel ?

M. Jean-Philippe Pascal. - En 2018, le soutien financier de France Ô aux stations La 1ère avoisinait 1 million d'euros, notamment pour la gestion des événements exceptionnels (Miss Tahiti...), les événements à caractère culturel ou sportif ou encore les émissions telles que l'émission musicale « Zik Truck » lancée en 2018.

Je crois qu'il faut nous battre aujourd'hui pour que l'ambition financière de France Télévisions soit encore plus forte. Les directeurs régionaux devront, dans ce cadre, veiller au respect de l'engagement de réinjecter le budget de 10 millions d'euros de France Ô dans la production locale du réseau La 1ère. Nous présenterons, pour cela, des propositions en termes de contenus. Un engagement écrit de France Télévisions pourrait par ailleurs être pris, notamment dans un contrat d'objectifs et de moyens (COM) qui serait signé avec les stations La 1ère. Ce contrat pourrait inclure des créneaux de visibilité sur les chaînes nationales des programmes produits par le réseau. Les standards de notre production, notamment de documentaires, sont en tout cas conformes à ceux des chaînes nationales. Nous devons, en quelque sorte, « entrer dans le logiciel » des programmes de France Télévisions afin de diffuser plus largement nos émissions.

M. Michel Magras, président. - Les 10 millions d'euros seront-ils à la hauteur de la participation financière passée de France Ô ? Des exigences supplémentaires seront sans doute posées si la visibilité est accrue sur les chaînes nationales. Qui produira ?

S'agissant de la question importante posée par Maurice Antiste, nous aimerions effectuer un tour de table, puisqu'elle avait été adressée par écrit à chacun d'entre vous.

Mme Nadine Félix. - France Ô quitte la TNT, mais ne meurt pas. Les engagements pris sont de continuer, voire de renforcer l'accompagnement des stations La 1ère. Nous devrons, dans ce cadre, encore plus qu'auparavant être de vrais acteurs de la visibilité de nos territoires et de l'outre-mer. Notre mission évoluera et comptera une dimension supplémentaire. Nous avons en tout cas obtenu l'assurance qu'au niveau des productions de documentaires, l'accompagnement se renforcerait grâce à l'aide de l'équipe de production de France Ô qui est maintenue.

M. Jean-Claude Ho-Tin-Noe. - Il est vrai que les 10 millions d'euros sont promis et que nos entités font partie de France Télévisions.

La disparition de France Ô ne doit en parallèle pas cacher un problème fondamental, qui est celui de la diversité sur les antennes nationales. Nous allons effectivement contribuer à la visibilité de l'outre-mer. Je pense également que nous allons nous spécialiser sur des zones géographiques. Guyane La 1ère, de par sa situation dans le bassin amazonien, qui recouvre des enjeux environnementaux majeurs au niveau mondial peut, à cet égard, présenter une vraie valeur ajoutée venant, à terme, renforcer la visibilité de l'outre-mer.

Effectivement, comme l'indique Mme Félix, France Ô ne disparaîtra pas. Ce que nous demandons à France Ô, au-delà de l'accompagnement de nos productions, c'est de nous servir d'intermédiaire. France Ô se veut en effet également à la disposition des stations.

France Télévisions et la tutelle doivent désormais aller au bout de la logique, afin de s'assurer que la visibilité présente par le passé sur France Ô soit renforcée sur les antennes nationales. La journée de l'outre-mer prévue le 21 juin prochain, au cours de laquelle l'ensemble des stations d'outre-mer occuperont les antennes nationales, doit notamment y contribuer.

M. Michel Magras, président. - Vous avez également évoqué vos missions auprès du monde francophone. Quel sera l'impact de la décision prise sur ces missions ?

M. Jean-Claude Ho-Tin-Noe. - J'ai pu développer des actions en faveur de la francophonie, lorsque j'ai été en charge de la direction de La Réunion La 1ère par le passé.

Mme Nadine Félix. - Nos missions n'évoluent pas sur la francophonie avec ou sans France Ô. Nous avons à Saint-Pierre-et-Miquelon aménagé nos grilles pour le Canada. Les programmes sont ainsi distingués à certains moments de la journée, car nous n'avons pas les droits de certaines séries pour une diffusion au-delà de notre territoire. Ce travail se poursuivra à l'avenir de la même façon.

M. Gora Patel. - Le développement du numérique a accéléré l'utilisation des images et des sons. Désormais, personne n'attend 20 heures pour prendre connaissance des informations. Lorsque France Ô a été lancée par Jean-Marie Cavada sous le nom de RFO Sat, il s'agissait d'exposer les informations de l'outre-mer dans l'hexagone. Or, avec le numérique et le smartphone, la diffusion des journaux est immédiate. La disparition de France Ô avait ainsi quelque chose de programmé.

Quant à l'exposition de nos outre-mer sur les antennes nationales, si nous étions considérés par France Télévisions comme les « cousins de province » que l'on est content de voir arriver, mais également pressé de savoir repartir, nous avons désormais, je crois, appris à nous connaître et à travailler ensemble. Au-delà de nos divergences, il y a un minimum sur lequel nous pouvons nous entendre en tant que professionnels de l'audiovisuel. Nous devons, lorsque nous travaillons pour le national, prendre conscience que les codes sont différents. Dans le cadre du mouvement des gilets jaunes à La Réunion, des relations ont été facilement instaurées avec France 2, France 3 et France info. Nous avons respecté les règles et avons ainsi pu être présents au niveau national. De la même façon, se tourne actuellement en Nouvelle-Calédonie une fiction à l'initiative de France Télévisions. Le rôle principal est tenu par une animatrice météo de La Réunion La 1ère, qui jouera le rôle d'un commissaire de police. 5 techniciens réunionnais rejoindront les techniciens de Nouvelle-Calédonie pour cette fiction qui sera diffusée en prime time. Ces exemples témoignent, je pense, des évolutions actuelles. Les relations avec France Télévisions, après des années de défiance de part et d'autre, sont désormais plus saines et de nombreuses coopérations sont nouées. Le numéro 2 de France Télévisions rencontrera d'ailleurs les 24 et 25 avril prochains les acteurs du monde audiovisuel de La Réunion ; il s'agit d'une grande première.

M. Jean-Philippe Pascal. - Lors de la consultation référendaire en Nouvelle-Calédonie, j'ai également ressenti qu'une nouvelle relation de confiance se nouait avec la rédaction nationale de France Télévisions. Notre soirée électorale du 4 novembre a, en effet, été diffusée pendant 2 heures sur les antennes de France Info. Pour un certain nombre de sujets de France 2 ou France 3, nous avons, par ailleurs, mis à disposition nos équipes techniques. Cette relation doit continuer à être confortée en montrant que nous sommes à la hauteur des attentes.

L'unité éditoriale outre-mer mise en place par Wallès Kotra au sein de la direction générale des programmes de France Télévisions permettra en tout cas d'adresser des propositions à France 2, France 3 et France 5 dans l'ensemble des domaines, aussi bien la fiction, que le documentaire ou la musique. Un certain nombre d'éléments se mettent ainsi en place pour assurer une visibilité de l'outre-mer.

Si la disparition de France Ô est douloureuse pour les ultramarins que nous sommes, nous devons faire front tous ensemble et nous sommes évidemment prêts à accueillir les personnels dans nos stations ultramarines, car ils font partie de notre famille.

Mme Sylvie Gengoul. - Nous pouvons effectivement compter sur la puissance du groupe. Certaines décisions ont d'ores et déjà été prises, avec l'engagement de compter 10 fictions d'outre-mer et une case documentaire sur les antennes nationales.

Je n'établis pas non plus de distinction entre France Ô et La 1ère. Nous sommes en effet une seule entité. Au-delà de la visibilité, la lisibilité de l'outre-mer et de ses valeurs me paraît toutefois majeure, notamment pour la cohésion nationale. L'outre-mer a une histoire qui doit être prise en compte. L'outre-mer et ses valeurs, ainsi que sa capacité d'adaptation, sont riches d'enseignements pour l'ensemble du territoire national.

Enfin, je porterai évidemment une attention toute particulière aux salariés de France Ô et à leur avenir.

M. Michel Magras, président. - Le cahier des charges de France Télévisions contenait un certain nombre d'obligations. Ne craignez-vous pas une déperdition suite à la disparition de France Ô dès lors que ces obligations n'ont jusqu'à présent pas été respectées ?

M. Jean-Claude Ho-Tin-Noe. - Au-delà de cette audition, nous sommes présents à Paris pour un séminaire. J'ai, à cet égard, l'impression que depuis le passage de la ministre Mme Nyssen en outre-mer, les modèles de transformation envisagés par France Télévisions pour France 3 sont très inspirés de ce qui est fait en outre-mer. La conférence de rentrée de la présidente de France Télévisions a d'ailleurs inclus des exemples tirés d'outre-mer, avec notamment les radios numériques « Mi Lobi » en Guyane. Ce sont autant de signaux positifs.

M. Michel Magras, président. - En tant que militant de la différenciation territoriale, il me paraît positif que les idées partent effectivement des territoires.

M. Gérard Christian Hoarau. - En 2010, lorsque la TNT a été lancée, nous avons envoyé un bouquet de France Télévisions recalé ou en direct. Le JT de 20 heures de France 2 est à 21 heures chez nous. Reprendre des programmes de France Télévisions ne présentait ainsi pas un grand intérêt eu égard au décalage horaire. Nous avons donc inventé des chaînes à part entière, avec des programmes locaux. Malheureusement, nos moyens sont restés limités, notamment pour développer, au-delà des journaux d'information, des programmes mieux construits.

La sanctuarisation de 10 millions d'euros, soit 9 millions d'euros de plus qu'en 2018, pour fabriquer des produits émanant des stations constitue, à cet égard, une avancée importante. Nos grilles comptent des programmes qui peuvent être diffusés dans le bassin, l'ensemble du réseau voire au niveau national. Certains méritent toutefois une écriture ou un habillage différent pour être accessibles à d'autres publics. Or, nous avons parfois du mal à répondre à cette exigence faute de moyens. Ces 9 millions d'euros supplémentaires doivent ainsi nous permettre de le faire et d'élargir notre public.

Des avancées sont, en tout cas, déjà constatées sur les prime times, les fictions et les documentaires diffusés ou encore avec la semaine de l'outre-mer. Au regard de l'avance que nous avons sur France Télévisions en matière de polyvalence, tant en termes techniques que de médias, les moyens supplémentaires devraient, je pense, permettre d'améliorer notre lisibilité de manière significative.

Mme Nadine Félix. - Je souhaiterais insister sur le volet information. Les évolutions ont, sur ce point, été majeures. Dans le cadre de la construction de la chaîne France info, le personnel a, par exemple, été recruté non seulement dans chacune des chaînes régionales, mais également en outre-mer. La matinale a démarré avec une journaliste martiniquaise. Ce mode de fonctionnement a permis d'éviter le retard parfois constaté auparavant dans le traitement d'informations importantes des outre-mer. Le suivi national du référendum en Nouvelle-Calédonie ou du mouvement des gilets jaunes à La Réunion en témoigne.

De la même façon, dans le cadre de la réorganisation actuelle au sein de France Télévisions, participe chaque jour à la conférence de rédaction un journaliste de France Ô qui joue un rôle d'alerte, tant pour illustrer certains sujets avec des exemples situés en outre-mer que pour évoquer les informations importantes des outre-mer. Nous espérons que nous n'allons pas nous arrêter en si bon chemin.

M. Michel Magras, président. - Nous vous avons fourni une trame avec cette question sur l'impact de la fin de la diffusion de France Ô, qui semble consensuelle au vu de ces échanges. Pourquoi personne n'a-t-il répondu par écrit ?

M. Jean-Claude Ho-Tin-Noe. - Pendant la présidence de François Hollande, il y avait une fracture entre France Ô et l'outre-mer. Nous considérions France Ô comme un détourneur de subventions qui auraient dû nous être allouées. L'approche a depuis évolué, notamment lorsque le pôle outre-mer a été constitué et Wallès Kotra nommé. Dans un contexte où nous sommes ancrés sur le territoire, cette lisibilité sur les chaînes nationales doit toutefois, à notre sens, partir de chez nous.

Mme Yolaine Poletti-Duflo. - Nous connaissons très bien nos territoires. Depuis l'arrivée de M. Kotra à la tête de la direction exécutive de l'outre-mer, la situation a effectivement évolué. Des informations nous parviennent progressivement sur ce dossier. Un travail est mené sur notre visibilité. La décision de la tutelle annoncée au mois de juillet a suscité un vrai questionnement parmi nous. Nous nous satisfaisons des 10 millions d'euros prévus pour nos futures productions et constatons qu'un effort est réalisé, même s'il reste évidemment à le formaliser, notamment dans un contrat d'objectifs et de moyens.

M. Gérard Guillaume. - Je n'ai pas pu répondre pour ma part au questionnaire du fait de problèmes de connexion lorsque j'étais en transit à l'aéroport. J'ai toutefois l'impression que l'ultramarinité est en train d'entrer dans les gènes de France Télévisions. Il y a 15 ans, lorsque nous suivions des formations sur la diversité, l'intervenant nous expliquait que France Télévisions avait du mal à obtenir le label « diversité », notamment du fait de France Ô, cette chaîne étant considérée comme un « ghetto ». Désormais, l'objectif est que l'outre-mer soit visible sur les antennes nationales hors clichés. L'outre-mer, ce n'est pas que de la musique, des buts marqués ou des comiques. La présence de la météo ultramarine sur France Télévisions est par exemple importante. J'ai en effet entendu un invité sur France Inter dire à Nagui « heureusement qu'en France, il n'y a pas de cyclone » sans que ce propos ne soit relevé. J'ai également entendu, dans une émission de divertissement sur France Ô, un invité comédien métropolitain affirmer à l'animateur « moi, quand je danse le zouk, il ne faut pas qu'on me parle de philosophie ». Les clichés sont, malheureusement, encore nombreux.

L'essentiel est par ailleurs de préserver l'emploi de nos confrères de France Ô et l'emploi dans les outre-mer. Nous comptons, en effet, hors stations, de nombreuses sociétés de production que l'enveloppe TNT visait à faire travailler. Si France Ô venait par le passé avec ses propres équipes, cette situation est en train d'évoluer. La coproduction en Guadeloupe Death in Paradise (Meurtres au Paradis) a, par exemple, mobilisé tous les techniciens de l'audiovisuel guadeloupéens pendant 6 mois.

M. Michel Magras, président. - Vous avez évoqué plusieurs fois Wallès Kotra. Nous l'avons auditionné au mois de juillet. Nous l'avons depuis revu à deux reprises et travaillé toute une journée avec lui à Malakoff. Nous le rencontrerons de nouveau le 26 mars.

Mme Nassimah Dindar. - Je souhaitais remercier chacun d'entre vous pour l'éclairage que vous nous avez apporté. J'aimerais toutefois obtenir pour La Réunion le nombre d'ETP et le budget global afin de disposer d'un tour d'horizon exhaustif.

Je constate par ailleurs que nous commençons véritablement à changer de paradigme, la différenciation des territoires permettant une nouvelle lecture de nos politiques publiques. La même approche est développée dans l'audiovisuel avec les territoires les plus éloignés. En parallèle, est observée une demande de proximité plus forte dans le cadre des politiques publiques. Je ne pense pas toutefois, à titre personnel, que l'on puisse se satisfaire de l'organisation d'une semaine de l'outre-mer dans un souci de cohésion.

Je m'interroge enfin, dans nos bassins respectifs, sur les modalités de rayonnement de la France à travers la francophonie. Une vision globale de France Télévisions et des chaînes locales est nécessaire sur ce sujet, afin que chacun prenne conscience du rôle qu'il a à jouer.

M. Gora Patel. - La station de La Réunion La 1ère compte 204 ETP et un budget d'environ 25 millions d'euros. Les chiffres exacts vous seront fournis.

M. Jean-Philippe Pascal. - En septembre 2018 s'est tenu au Vanuatu un forum francophone du Pacifique. À cette occasion, le souhait d'organiser un événement permettant le rayonnement de la francophonie a émergé. Nous avons pris l'initiative de proposer, au nom de France Télévisions Nouvelle-Calédonie, un FIFO hors les murs au Vanuatu. Nous venons d'en organiser la première édition en lien avec le gouvernement qui est très francophile. Au Vanuatu, le français, l'anglais et le bichelamar sont aujourd'hui quasiment à égalité, chaque langue étant parlée par environ 30 % de la population. Cet événement a été une vraie réussite, grâce à des projections en journée à destination d'un public scolaire et des projections en soirée à destination du grand public. Tous les documentaires que nous avons diffusés étaient soit en français sous-titré en anglais, soit en anglais sous-titré en français. L'Ambassade de France au Vanuatu a d'ailleurs fortement soutenu le projet.

Pour répondre à la question du président Magras et des rapporteurs relative à l'absence, aujourd'hui, de notre collègue directeur de Polynésie La 1ère, Gérald Prufer, je m'exprimerai au nom de nous tous pour avoir été mandaté en ce sens, afin de vous informer qu'il fait l'objet d'une mesure de suspension conservatoire consécutive à la publication d'un article dans lemonde.fr. Nous avons appris dimanche qu'il ne participerait pas à notre séminaire. Nous sommes tristes de cette situation et, en vertu de la présomption d'innocence, nous souhaitons collectivement dire notre soutien à notre collègue qui a accompli une longue carrière et démontré son engagement au service du réseau constitué de France Ô et des stations La 1ère.

M. Maurice Antiste, rapporteur. - Êtes-vous souvent réunis entre collègues ? Avez-vous déjà rencontré collectivement des parlementaires ?

Mme Nadine Félix. - J'ai été nommée en juillet et je participe déjà à mon quatrième séminaire avec mes collègues. Nous formons véritablement un groupe. Nous sommes tous passionnés et animés par notre mission de service public pour nos pays.

Je n'ai en revanche pas suffisamment d'antériorité pour répondre à votre deuxième question.

M. Gérard Christian Hoarau. - C'est la première fois que nous rencontrons collectivement des sénateurs ou députés. Des rencontres bilatérales ont, en revanche, déjà été organisées.

M. Jean-Philippe Pascal. - Nous nous rencontrons en interne une fois par trimestre.

M. Michel Magras, président. - Il me reste à vous remercier. Nous restons évidemment à votre disposition si vous souhaitez apporter des éléments complémentaires.

M. Jean-Claude Ho-Tin-Noe. - Je tenais à préciser que nous participons au séminaire de France Télévisions en tant que membres du top management du groupe.

M. Michel Magras, président. - Je souhaitais également demander à chacun d'entre vous, si cela n'a pas encore été fait, de nous transmettre les réponses écrites au questionnaire que nous vous avons adressé.

M. Gérard Guillaume. - Je vous les transmettrai sous une semaine.

Je souhaitais, par ailleurs, apporter une précision en réponse à la question posée par Mme Dindar sur la francophonie : TV5 Monde avait organisé en 2017 les 24 heures de la francophonie et plusieurs stations d'outre-mer y avaient participé. Je ne sais pas si cette initiative sera reconduite.

M. Michel Magras, président. - Merci à toutes et à tous. Je précise que vous serez évidemment destinataires de notre rapport.