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COMPTES RENDUS DE LA DELEGATION SENATORIALE AUX OUTRE-MER


Jeudi 25 juin 2020

- Présidence de M. Michel Magras, président -

Étude sur l'urgence économique outre-mer à la suite de la crise du Covid-19 - Table ronde sur le tourisme

M. Michel Magras, président. - Mes chers collègues, nous arrivons aujourd'hui au terme de nos auditions organisées dans le cadre de l'étude sur l'urgence économique dans les outre-mer, engagée pendant la période de confinement liée à la crise sanitaire.

Comme vous le savez, avec nos trois rapporteurs, Stéphane Artano, Viviane Artigalas et Nassimah Dindar, nous avons réalisé depuis le 16 avril une quinzaine de visioconférences afin de nous permettre de prendre la mesure du choc économique qui a frappé le territoire à la suite de l'épidémie de Covid-19. Pour ce faire, nous avons procédé à une première série d'auditions transversales qui nous ont permis d'avoir un panorama des situations vécues dans les différents territoires. Nous avons ainsi entendu la Fédération des entreprises d'outre-mer, l'Association des chambres de commerce et de l'industrie de l'outre-mer et enfin quatre institutions financière très investies dans l'outre-mer (l'Agence française de développement, la Banque des territoires du groupe de la Caisse des dépôts, Bpifrance et l'Association pour le droit à l'initiative économique). Après l'audition de la ministre de l'outre-mer le 14 mai dernier, un point d'étape a été dressé par nos rapporteurs, assorti de 20 propositions qui ont été transmises au Premier ministre. En réponse à ce courrier, M. Édouard Philippe m'a indiqué que les perspectives tracées par ce document sont pleinement partagées par le Gouvernement. Il a détaillé un certain nombre de points d'accord, concernant en particulier pour le maintien de la capacité d'investissement et de soutien à la relance des économies d'outre-mer. Dans un second temps, nous avons lancé une nouvelle série d'auditions axées sur des thématiques sectorielles, comme le transport aérien, le BTP, le logement social, l'agriculture, la pêche, le numérique, les données statistiques et enfin le tourisme.

Ce dernier secteur concentre un grand nombre des problématiques et il est absolument emblématique des défis à relever en outre-mer. Nous vous remercions donc vivement d'avoir répondu nombreux à notre invitation pour cette table ronde. Nous sommes à la veille de la période des vacances estivales ; nous savons que s'expriment déjà les plus vives inquiétudes, non seulement pour la présente saison 2020 mais aussi concernant les perspectives d'avenir d'un secteur économique qui constitue une part très importante des revenus de certains territoires. C'est le cas pour tous, mais plus encore pour la Polynésie, la Guadeloupe ou encore Saint-Barthélemy.

Au cours de nos auditions, nous avons entendu des bilans souvent préoccupants et les attentes fortes d'interventions adressées à l'État et aux collectivités. Nous avons néanmoins relevé des initiatives, une mobilisation et une volonté de capitaliser sur des expériences récentes. Je pense notamment à la façon dont des acteurs du monde agricole et de la pêche ont su faire face aux besoins de la population locale. Il faut saisir l'opportunité de cette crise pour aller de l'avant. L'attention portée à cette « intelligence territoriale » est au coeur de notre démarche. Notre rapport sera examiné le jeudi 9 juillet prochain et la réunion sera suivie d'une conférence de presse, en visioconférence.

Je vous propose d'entendre successivement pour le bassin Atlantique, M. François Baltus-Languedoc, directeur général du comité martiniquais du tourisme, Mme Valérie Damaseau, présidente de l'office de tourisme de Saint-Martin, M.  Nils Dufau, président du comité du tourisme de Saint-Barthélemy, M. Alex Madeleine, président du comité du tourisme de la Guyane, M. Nicolas Vion, président du groupement hôtelier et touristique de la Guadeloupe et Mme Malika Halili, directrice du pôle tourisme de la collectivité territoriale de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Pour le bassin Pacifique, nous entendrons M. Denis Ehrsam, directeur général de la chambre de commerce et de l'industrie des métiers de l'agriculture de Wallis-et-Futuna, M. Hironui Johnston, chargé de mission au ministère du tourisme et du travail de la Polynésie française et en charge des relations avec les institutions, et Mme Julie Laronde, directrice générale de la Nouvelle-Calédonie Tourisme. Pour le bassin de l'océan Indien, nous recevrons M. Michel Madi, directeur du comité du tourisme de Mayotte et M. Patrick Serveaux, président de l'union des métiers et des industries de l'hôtellerie de la commission du tourisme MEDEF de La Réunion.

M. Stéphane Artano, rapporteur. - Merci pour votre participation à cette table ronde importante. Ma question porte sur l'impact de la crise du Covid-19 sur l'activité touristique de vos territoires respectifs. Vous nous expliquerez, via les questions que vous avez déjà reçues, quel a été l'impact de la crise sur le secteur du tourisme, notamment en termes d'activité, de revenus et d'emplois. Quelles sont par ailleurs les mesures de soutien dont vous avez bénéficié de la part de l'État et de vos collectivités ? Quel bilan en tirez-vous ?

Mme Viviane Artigalas, rapporteure. - Pour ma part, je souhaite vous interroger sur le redémarrage de votre activité, qui importe pour nos économies d'outre-mer. Dans quelle mesure le plan de relance du tourisme présenté par le gouvernement le 14 mai a-t-il répondu à vos attentes ? Par ailleurs, la question du transport aérien et les règles de circulation des personnes dans le monde ne constituent-elles pas les principaux freins à court et moyen termes ? Quelles sont vos propositions pour concilier reprise du tourisme et sécurité sanitaire des territoires ? Faut-il par exemple que les autorités locales aient davantage d'autonomie pour adapter les conditions sanitaires dans ce domaine ? Nous connaissons en effet la diversité de vos territoires.

Mme Nassimah Dindar, rapporteure. - La crise est aussi l'occasion de repenser le modèle ultramarin en matière touristique, en développant notamment un tourisme durable. Quelles seraient, selon vous, les décisions ou orientations envisageables pour votre territoire compte tenu notamment de nos atouts géographiques respectifs ? Je pense également aux aides qui pourraient être attribuées aux gîtes et tables d'hôtes pour un tourisme plus durable qui n'existe pas aujourd'hui. Ma seconde question concerne les adaptations normatives que nous pourrions apporter au modèle touristique à construire pour les territoires ultramarins.

M. François Baltus-Languedoc, directeur général du comité martiniquais du tourisme. - Je vous remercie de nous avoir conviés à cette réunion permettant de partager nos réalités dans le bassin Atlantique. L'impact de la crise pour la Martinique est très similaire à celui qui a touché la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Nous évaluons la perte de chiffre d'affaires à environ 100 millions d'euros sur les trois derniers mois. L'apport du secteur touristique dans notre économie est d'environ 580 millions d'euros. Cette perte sera beaucoup plus importante à la fin de l'année, car le secteur touristique redémarre de façon très progressive. Cela est dû à la problématique des flux aériens. À compter du 11 juillet, les territoires d'outre-mer mettront en place un test afin de protéger la population. Il sera obligatoire à partir de cette date. Ceci a des conséquences sur la reprise de l'activité touristique. Certains acteurs ont décidé, par exemple, de rester fermés. Les pertes continueront donc de s'accumuler. Nous sommes néanmoins satisfaits des nouveaux protocoles mis en place, qui protègent notre population, ce qui est notre priorité. Jusqu'au 11 juillet, les tests ne sont pas obligatoires. Les réservations sont généralement effectuées pendant cette période. Par rapport à d'autres territoires d'Europe, nous sommes donc défavorisés. Il aurait été souhaitable qu'une politique très claire ait été mise en place et que les tests aient été rendus obligatoires plus tôt, ce qui aurait favorisé les réservations dans nos territoires.

Nous nous devons aujourd'hui de réagir. Avec mes collègues de la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, nous avons beaucoup collaboré au cours de cette période. Nous avons pris conscience de la nécessité d'inviter nos compatriotes à partir en vacances, aussi bien sur notre territoire que dans les Antilles françaises. En concertation avec le président du comité de tourisme de Guyane, M. Alex Madeleine, une campagne régionale est en cours d'élaboration. Pour la relance économique, nous comptons fortement sur notre bassin régional puis, à partir du 11 juillet, sur la clientèle affinitaire et, nous l'espérons sur quelques visiteurs de l'Hexagone.

À ce stade, nous n'avons pas bénéficié du plan de relance du Gouvernement, et avons plutôt compté sur nos acteurs qui sont fortement mobilisés. Nous avons rencontré des soucis avec le PGE, et beaucoup de banques n'ont pas joué le jeu. Des améliorations importantes doivent être apportées de ce point de vue.

Mme Valérie Damaseau, présidente de l'office de tourisme de Saint-Martin. - Je tiens à vous remercier pour l'invitation à cette table ronde sur un thème cher à mon île, puisque le tourisme est notre principale activité. L'île de Saint-Martin est un territoire unique, puisque nous la partageons avec un autre territoire, les Pays-Bas. Depuis ma prise de fonction en avril 2017 notre île n'a pas été épargnée par des problématiques diverses qui nous ont imposé de nous réinventer et de trouver des solutions : l'ouragan Irma en septembre 2017, une grève administrative de trois mois en début d'année, la crise du PPRN fin 2019 et à présent le Covid-19.

Avec le Covid-19, nous nous retrouvons moins seuls, car nous avons tous été impactés. Nous partageons le territoire avec les Pays-Bas où se situe l'aéroport international ainsi que le port de croisière. Nous avons tissé des liens de coopération très forts avec nos homologues. Nous rencontrons très régulièrement la Première ministre et, une fois par mois, nous organisons une réunion avec les acteurs socioprofessionnels des deux côtés de l'île. Après le passage de l'ouragan Irma, nous avons également pris le pari, avec l'office du tourisme hollandais, de vendre la destination comme une destination unique, tout en conservant l'identité propre à chaque partie. Ainsi, nous menons des actions conjointes et mettons en place des stratégies communes.

M. Nils Dufau, président du comité du tourisme de Saint-Barthélemy. - Le monde entier entre en territoire inconnu. Nous venons de vivre une situation de crise sanitaire incroyable, qui sera suivie d'une deuxième crise, de nature économique. Saint-Barthélemy n'a pas une économie diversifiée, puisqu'elle est totalement dépendante du tourisme. L'impact de la crise est donc très fort. De plus, cette crise a démarré au beau milieu de notre saison touristique qui battait son plein. La taxe de séjour est passée à zéro, nous avons perdu 20 % sur nos droits de quais, tous les restaurants, bien qu'officiellement ouverts, sont vides. En revanche, les perspectives sur l'hôtellerie et les villas sont assez encourageantes pour la période d'été qui se prépare. Selon les professionnels, les réservations d'hôtels de notre clientèle fidèle, quasi exclusivement américaine, représentent 50 % de l'année dernière, et 80 % pour les villas. Nous sommes cependant dépendants des mesures aériennes. De plus, les petits commerçants sont totalement dépendants des visiteurs et souhaitent un prolongement de l'activité partielle, pour tenir ce choc. Nous avons mis en place toutes les mesures possibles pour démontrer notre souci de respecter les mesures sanitaires et avons investi dans des systèmes de dépistage locaux. Ainsi, les visiteurs, s'ils n'ont pas pu effectuer leur test 72 heures avant le départ, seront testés d'office à leur arrivée à Saint-Barthélemy puis sept jours plus tard. Ces tests doivent leur permettre d'arriver en toute sécurité et sérénité, mais aussi rassurer la population locale.

Sur nos 28 hôtels disponibles, huit des dix hôtels cinq-étoiles resteront fermés. Toute la petite hôtellerie, en revanche, reste ouverte, de même que nos 850 villas. Nous devons nous assurer que les réservations sont maintenues et que les visiteurs peuvent arriver depuis les aéroports.

Mme Viviane Artigalas, rapporteure. - Des études réalisées en métropole sur le tourisme d'été démontrent que les voyageurs réservent plutôt sur des lieux où ils pourront être en famille ou seuls, sans côtoyer d'autres personnes, ce qui peut expliquer l'hésitation des hôtels à ouvrir.

M. Alex Madeleine, président du comité du tourisme de la Guyane. - La Guyane subit aujourd'hui des troubles catastrophiques. Cette crise sanitaire fragilise l'économie dans son ensemble, et particulièrement l'économie touristique. Atout France estime la perte de recettes touristiques à 382 millions d'euros. La Guyane ne cesse, depuis de nombreuses années, de défendre cette destination en lui donnant une autre visibilité. Ce travail n'est pas aisé au regard des moyens dont nous disposons. Au 25 mars 2020, la Guyane comptait 30 cas confirmés. Aujourd'hui, ils sont 2 856, dont 234 nouveaux cas. Nous effectuons davantage de tests. La Guyane est un très beau territoire qui ne dispose pas de beaucoup de dessertes, mais nous parvenons à travailler avec intelligence afin de faire fonctionner notre économie. Nous avons toujours travaillé pour faire la promotion de notre territoire, et je suis certain que nous saurons vivre des moments meilleurs. La ministre des outre-mer, durant sa venue, a apporté de nouvelles solutions, notamment la mise en place d'un hôpital de campagne. J'ose espérer que nous disposerons de tests, pour faire notamment face à la deuxième vague dont le pic est annoncé pour la deuxième quinzaine du mois de juillet. Nous pourrions en effet atteindre les 10 000 cas confirmés. La Guyane est un grand territoire, qui compte un certain nombre de clusters.

Les services de l'État mettent toutes les actions nécessaires en place pour stabiliser la progression de cette crise sanitaire.

M. Stéphane Artano, rapporteur. - Le dispositif de protocole des septaines pourra-t-il être légalement maintenu à la fin de l'urgence sanitaire ?

M. Nicolas Vion, président du groupement hôtelier et touristique de la Guadeloupe. - La Guadeloupe compte environ 800 000 touristes, pour un chiffre d'affaires de 800 millions d'euros. Depuis le 15 mars, celui-ci est quasi nul. Les établissements touristiques ont été fermés unilatéralement et nous n'avons plus de clients. Auparavant, la Guadeloupe disposait de cinq compagnies aériennes. XL Airways a déposé le bilan juste avant le 15 mars. Level est en arrêt de fonctionnement. Corsair est réputée se porter très mal. Notre activité aérienne se trouverait réduite de 40 % en cas de reprise, mais si Corsair ne poursuivait pas son activité, notre capacité aérienne serait amputée de 60 %. Une réduction du trafic aérien s'accompagne de surcroît d'une hausse tarifaire inéluctable qui conduira à la désolvabilisation d'un certain nombre de clients. La clientèle, demain, sera donc au maximum de 30 à 50 % de ce qu'elle était auparavant, dans le cadre d'une compétition internationale marquée par des prix cassés.

Je vous remercie de votre initiative de ce jour car vous tenez nos destins entre vos mains. Il est en effet nécessaire d'adopter des mesures adéquates, qui doivent passer par la loi de finances.

S'agissant de la situation économique de l'hôtellerie, celle-ci est constituée de 40 à 50 % de masse salariale, 20 % de charges fixes puis de charges variables, d'entretien et d'une marge. En l'absence de recettes, nous attendons une absence de charges. La loi de finances rectificative de ce début d'année a déjà permis la suppression des taxes de séjour au forfait, qui auraient une conséquence catastrophique aujourd'hui. Les taxes de séjour sont par ailleurs appliquées inégalitairement, essentiellement aux hôteliers. Dans cette période difficile, elles devraient être annulées. En temps normal, elles devraient aussi être modifiées. En effet, il n'est pas logique que seuls les clients de l'hôtellerie la paient. Nous attendons donc beaucoup de la loi de finances rectificative. Les pertes d'exploitation peuvent être compensées. En 2005-2006, pendant la crise du chikungunya, le Gouvernement a pris l'initiative de le faire. S'agissant des loyers, les propriétaires bailleurs sont à distinguer des propriétaires exploitants. Ces derniers ne percevront pas de loyer. Il s'agira donc de passer soit par le biais d'une indemnisation des loyers, soit par celui d'une indemnisation de la perte d'exploitation.

M. Michel Magras, président. - Je partage votre constat, avec une nuance : la notion de perte d'exploitation relève en théorie des assurances. L'État est sensible à cette problématique et la question devra être réexaminée.

Mme Malika Halili, directrice du pôle tourisme de la collectivité de Saint-Pierre-et-Miquelon. - Saint-Pierre-et-Miquelon essaie de se développer au niveau touristique depuis 2016, avec une nouvelle image et un contexte spécifique nord-américain. Nos chiffres touristiques progressent depuis 2016. En 2019, nous comptions une hausse de 11 % de la fréquentation, et cette année 2020 s'annonçait exceptionnelle. La déception a donc été grande pour tous les opérateurs de la filière.

S'agissant du contexte géographique, plus des trois quarts de nos touristes viennent par la voie maritime. La liaison des ferries a été suspendue depuis le mois de mars, et les hôtels sont actuellement vides, en dehors des quelques établissements sollicités pour les quatorzaines. Les vols sont maintenus pour les métropolitains, mais notre cible touristique nord-américaine ne peut se rendre en territoire international. Pour ce qui concerne la voie aérienne, le Canada devrait s'ouvrir aux États-Unis le 21 juillet. Nous attendons de savoir ce qu'il en sera au niveau international.

En ce qui concerne les mesures prises, la collectivité a mis en place des aides directes auprès des hôtels et restaurants. Celles-ci ont été fortement appréciées et ont permis la survie des hôtels. Nous tentons de mener des campagnes sur le tourisme local, via un travail de sensibilisation de la population au développement touristique. Nous ne sommes néanmoins que 6 000, et cette mesure ne sera donc pas suffisante.

Des quatorzaines sont prévues jusqu'au 10 juillet, et nous ne connaissons pas encore les mesures à appliquer pour les visiteurs par la suite. Nous devrons communiquer et nous montrer très prudents, car la moitié de nos visiteurs ont plus de 55 ans et sont donc très préoccupés par le sujet. Il s'agira d'informer les visiteurs ainsi que la population locale sur les mesures sanitaires pour les rassurer. À ce jour, Saint-Pierre-et-Miquelon n'a compté qu'un seul cas positif, qui a été traité très rapidement. Il importe donc de rester un territoire sain pour garder cet essor touristique sur les années à venir.

M. Michel Magras, président. - Qu'en est-il des relations avec votre voisin canadien ?

Mme Malika Halili. - Nous avons des relations privilégiées avec la province de Terre-Neuve-et-Labrador, située à une heure. Nous avons appris hier que les quatre régions des provinces atlantiques ont été rouvertes entre elles. Nous ouvrons parallèlement des liaisons aériennes ; la question se posera de savoir si nous pourrions exceptionnellement être accueillis et réciproquement accueillir leurs visiteurs, mais nous sommes pour l'heure considérés comme une destination internationale.

M. Michel Magras, président. - Pouvez-vous répondre à la question de la septaine à Saint-Barthélemy ?

M. Nils Dufau. - Si une personne est testée positive, elle devra rester dans sa villa et sera suivie. Si sa situation s'aggravait, nous l'enverrions à l'hôpital de la Guadeloupe. Nous ne disposons que de quatre respirateurs. La procédure consistant à exiger un test à l'arrivée puis sept jours plus tard devrait être conservée a minima deux mois, en fonction de l'évolution de la situation dans le reste du monde. Si, en novembre et décembre, qui correspondent au début de notre haute saison, la situation devait se reproduire, il serait impossible de tester tous les visiteurs. Ce système que nous avons mis en place correspond donc à une période transitoire.

Nous avons en outre réservé une quarantaine de places dans des maisons appartenant à la collectivité en cas de besoin d'isolement.

M. Stéphane Artano, rapporteur. - Le tourisme de Saint-Pierre-et-Miquelon est effectivement essentiellement nord-américain. Le maintien des lignes directes sur l'Europe a vraisemblablement verrouillé l'archipel au niveau régional, car les provinces canadiennes viennent de créer une bulle dont l'archipel aurait pu bénéficier en restant dans son environnement régional.

M. Michel Magras, président. - Nous allons à présent entendre les représentants du bassin Pacifique.

M. Denis Ehrsam, directeur générale de la chambre de commerce, d'industrie et des métiers de l'agriculture de Wallis-et-Futuna. - Wallis-et-Futuna a la particularité d'être le seul territoire français à n'avoir connu aucun cas de Covid-19 et où aucun confinement n'a été mis en place. Le territoire a fermé ses frontières à compter du 16 mars. En ce qui concerne le secteur touristique, nous accueillons chaque année environ 3 000 personnes pour du tourisme familial et 700 personnes dans le cadre du travail. Les 10 hôtels du territoire vivent principalement de ce tourisme d'affaires. Le secteur hôtelier, de la restauration et de la location de voitures a donc été particulièrement touché à partir du 16 mars en raison de l'arrêt total de son arrêt. Le territoire a eu la chance de pouvoir bénéficier du fonds de solidarité et de l'aide complémentaire, mais pas du dispositif d'activité partielle, Wallis-et-Futuna ayant fait le choix d'un dispositif local pour compenser la perte d'activité des entreprises de moins de dix salariés.

Nous avons constaté un recours assez faible aux dispositifs mis en place par l'État. Les demandes de prêt garanti par l'État peinent à aboutir, dans la mesure où la fourniture de comptes certifiés par des experts-comptables était un élément bloquant, qui sera levé dès aujourd'hui. Les entreprises du secteur du tourisme souhaiteraient pouvoir prétendre à l'exonération de leurs charges patronales et fiscales, un dispositif qui ne s'applique pas à Wallis-et-Futuna.

En ce qui concerne le redémarrage de l'activité, la reprise annoncée du trafic aérien avec la Nouvelle-Calédonie à partir de la semaine prochaine permettra le retour d'une partie du tourisme familial et du tourisme d'affaires, mais aussi de résoudre un certain nombre de problèmes de fret qui handicapent les entreprises de Wallis-et-Futuna. Nous souhaiterions que cette « bulle » du Pacifique puisse inclure la Polynésie française, par le biais de la Nouvelle-Calédonie et avec laquelle nous avions de nombreux projets en cours, qui ont ainsi été arrêtés. S'agissant des îles Fidji, nous ne voyons pas se dessiner de possibilités à court terme. L'expérience de Saint-Pierre-et-Miquelon est également intéressante. Wallis-et-Futuna s'inscrit dans une perspective de développement touristique, et vient d'adopter ses principaux axes en la matière. Le territoire souhaite un tourisme de niche, qui profiterait des relations avec la Nouvelle-Calédonie et le royaume de Tonga ainsi que de la proximité avec les îles Fidji.

M. Michel Magras, président. - Le statut des territoires du Pacifique pose en effet un problème d'éligibilité aux aides proposés par l'État, et pour lequel des solutions semblent être apportées.

M. Hironui Johnston, chargé de mission du ministère du tourisme et du travail de la Polynésie française. - Je souhaite d'abord rappeler le contexte et l'environnement géographique de la Polynésie française qui bénéficie d'un statut d'autonomie élargie. La Polynésie française est un territoire aussi large que l'Europe : 74 de ses îles sont habitées, 47 ont un aérodrome et elles abritent 280 000 habitants environ. Nous disposons d'un aéroport international et de trois entrées maritimes. Neuf compagnies aériennes desservent la destination. En 2019, le tourisme en Polynésie française a dépassé ses objectifs, grâce notamment à l'arrivée de deux nouvelles compagnies aériennes : French Bee, au départ d'Orly, et United Airlines, au départ de San Francisco. L'an dernier, la Polynésie a accueilli 299 518 visiteurs, dont 236 000 touristes environ, soit un ratio de 0,8 % de touriste par habitant. Le tourisme représente entre 65 et 69 milliards de francs Pacifique, soit entre 541 et 575 millions d'euros, 19 % de notre PIB, 12 000 emplois sur 68 000 actifs et un impact sur l'économie pouvant toucher jusqu'à 50 % des autres secteurs (pêche, agriculture, bâtiment, nautisme, concessions automobiles). Au vu de la croissance que nous avons connue dans le tourisme depuis 2018, de nombreux acteurs ont commencé à investir dans des rénovations, renouvellements de flottes de véhicules, etc.

Le 25 janvier, nous avons alerté le gouvernement polynésien de cette épidémie sur le marché asiatique. En février, nous avons mené avec le ministère de la santé diverses réunions de crises quotidiennes pour gérer et prévenir l'entrée du virus sur le territoire. Notre premier cas a été détecté le 6 mars. Le 11 mars, nous avons annoncé l'arrêt total de l'activité de croisières en Polynésie française puis, le 18 mars, la fermeture de nos frontières, le 20 mars, le confinement général. Le 28 mars a été la date du dernier vol commercial. Nous avons, sur cette période, rapatrié 3 500 touristes le plus rapidement possible, pour leur éviter d'être bloqués dans notre collectivité. La première quinzaine d'avril a été consacrée à l'inauguration du dispositif d'aide ainsi que du Plan de relance évalué à 30 milliards de francs Pacifique, soit 250 millions d'euros. La deuxième quinzaine d'avril a été marquée par l'accompagnement de toute l'industrie par le ministère et ses organismes (Tahiti Tourisme, le service du tourisme). Nous avons organisé plus de 300 visioconférences avec les acteurs de l'industrie, selon des thématiques précises, par filière et par archipel. La première quinzaine de mai a été consacrée à la mise en place de deux grands groupes stratégiques pour la reprise du tourisme domestique et la reprise du tourisme international. Le 20 mai, le Haut-Commissaire ainsi que le président ont annoncé le déconfinement de la Polynésie française, pour un premier vol le 22 mai. À la fin du confinement, la Polynésie française comptait 60 cas avérés, dont une majorité importée par des résidents. Nous n'avons déploré aucun mort, ce qui reflète la bonne gestion de notre ministre de la Santé ainsi que le respect des gestes barrières par la population. Nous n'avons pas bénéficié d'exonérations mais de reports. Nous évaluons la perte fiscale, sur notre budget 2020, à environ 40 milliards de francs, soit 333 millions d'euros. À la fin du confinement, deux hôtels ont annoncé leur fermeture. Le président et le Haut-Commissaire ont annoncé, le 1er juin dernier, la reprise des vols commerciaux entre Papeete et Paris à partir du 3 juillet, soit à la fin des vols de continuité. Nous avons annoncé la reprise de l'activité du tourisme et l'ouverture de nos frontières à compter du 15 juillet. Nous bénéficions du fonds de solidarité et du PGE. Nous étudions également l'option du portage pour certaines de nos grandes entreprises qui sont aujourd'hui en danger. Notre gouvernement et notre président demandent notamment l'accompagnement de la collectivité, car nous avons déjà mobilisé tout notre budget pour sauver l'économie, les emplois et les compétences en Polynésie française. La demande d'emprunt atteint 55 milliards de francs, soit 458 millions d'euros. Nous attendons toujours une réponse de la part de l'État sur ce point. Cette situation nous a également conduits à réfléchir à une caisse de chômage, toujours à l'étude.

S'agissant des conditions d'entrée sur le territoire, nous exigeons un test RT-PCR négatif de SARS-COV-2 72 heures avant le départ, aux frais du passager, qui ne peut embarquer si le test est positif. Nous exigeons également qu'il ait une assurance voyage, afin de prendre en charge les dépenses sanitaires éventuelles s'il contractait le virus en Polynésie française. De plus, le voyageur doit remplir un formulaire sanitaire par lequel il s'engage à respecter ces règles sanitaires. Durant le vol, les règles sanitaires s'appliquent. À l'arrivée à destination, le port du masque est recommandé à partir de 11 ans et le respect des gestes barrières est constamment rappelé. Durant le séjour, des tests sont réalisés. Des visites de personnel médical habilité par la santé publique au sein des hébergements peuvent être déclenchées. Nous déployons un programme de communication à destination de la population locale mais également des visiteurs. Ces derniers sont par ailleurs invités à réaliser leur autodiagnostic et à se signaler en cas de fièvre. Nous avons également prévu des protocoles et une procédure pour exfiltrer le visiteur malade. Nous travaillons actuellement sur la question de l'isolement dans un lieu dédié.

À partir de juillet, les compagnies françaises Air Tahiti Nui, French Bee et Air France reprendront leur activité, United Airlines à partir d'août, tandis qu'Air New Zealand attend le feu vert du gouvernement. Nous sommes en négociation avec Hawaii, qui a sollicité la création d'une « bulle » avec la Polynésie française. Air Tahiti, qui dessert les îles Cook, ne reprend pas pour l'instant la desserte.

Concernant la création de « bulles » régionales, nous sommes membres de l'organisation régionale du tourisme dans le Pacifique (SPTO). Nous avons eu des discussions informelles avec certains membres de l'organisation. L'État de Hawaii, les îles Cook et l'île de Pâques ont sollicité la création de bulles avec la Polynésie française. Nous savons tous que cette solution ne sera pas fiable pour notre économie mais si nous allons dans ce sens, la condition que nous porterons sera l'ouverture à des marchés à risque que sont les États-Unis, la France et le reste de l'Europe.

Nous avons initié en septembre dernier l'élaboration de notre nouvelle stratégie de développement touristique. Elle se veut une stratégie de tourisme inclusif et durable. Nous y inclurons, en concertation avec toute la population par filière, archipel, île et à terme, la nécessité de revoir toute l'économie de la Polynésie française, dont le tourisme occupe une part importante. En ce qui concerne les infrastructures, la Polynésie française compte 45 établissements hôteliers pour 2 677 unités. 19 sont des quatre à cinq étoiles, avec 1 792 unités. Nous comptons également 284 pensions de familles, pour 1 373 unités, et 403 meublés du tourisme. Les taux d'occupation, en 2019, étaient compris entre 69 % et 80 %. Nous avons également trois navires de croisière en tête de ligne et comptons environ 220 navires de charter, pour une capacité d'environ 500 unités.

Nous souhaitons pouvoir différencier la situation des collectivités d'outre-mer de celle de la métropole. Certains marchés nous classifient en effet toujours au même niveau en termes de risque, comme le Japon ou l'Allemagne, alors que nous ne comptons plus de cas positifs. À partir du 15 juillet, nous n'imposerons pas de quatorzaine ou de septaine en Polynésie française.

M. Michel Magras, président. - Vous avez effectivement des objectifs très ambitieux que nous ne pouvons qu'encourager. S'agissant des dispositifs d'aide mis en place par l'État, un problème se pose au regard du statut des collectivités. Je rappelle que l'autonomie des collectivités ne se traduit aucunement par une désolidarisation de la Nation. La solidarité nationale s'est exprimée et continuera de le faire dans ce domaine. La frilosité des banques a été en partie réglée, et j'espère que les solutions apportées au niveau national s'appliqueront aussi en Polynésie française. Enfin, le terme de différenciation me semble important. S'agissant du déconfinement et de la gestion économique, le traitement doit s'appliquer territoire par territoire s'agissant des outre-mer, qui sont extrêmement différents et font des choix propres.

Mme Julie Laronde, directrice générale de Nouvelle-Calédonie tourisme. - Le tourisme qui représente 5 300 emplois directs en Nouvelle-Calédonie a généré plus de 276 millions d'euros de recettes l'année dernière. 130 000 visiteurs étaient décomptés en 2019, ainsi que 340 000 croisiéristes. Le Covid-19 a mis un terme brutal à six années de croissance du secteur, à raison d'une progression de fréquentation de 21 %. Nous avons mis en place un confinement strict de mi-mars à mi-avril, avec des limitations drastiques aux frontières. Ces mesures ont évité toute propagation du virus, et nous avons recensé 21 cas seulement et aucun décès. À partir du 20 avril, nous avons ainsi mis en place un déconfinement progressif, en maintenant la fermeture des frontières et en assurant une quatorzaine en hôtels réquisitionnés, suivie d'une septaine à domicile levée la semaine dernière.

Nous avons ainsi subi un arrêt complet de l'économie pendant le confinement, et une reprise variable depuis avril. Deux typologies d'acteurs sont impactées. D'une part, les acteurs touristiques en dehors de Nouméa ont enregistré une importante reprise de leur activité depuis le déconfinement, à la suite d'une campagne d'envergure pour relancer le tourisme domestique et sauvegarder rapidement le tissu touristique. Avec les ponts du mois de mai et les vacances scolaires de juin, les hébergements affichent complet. Le challenge est de remplir la semaine, puisqu'habituellement, les établissements en brousse sont fréquentés par la clientèle métropolitaine ou étrangère. D'autre part, les acteurs positionnés sur le tourisme international et les croisières sont à l'arrêt. L'impact est notamment important pour l'hôtellerie de Nouméa, qui enregistre une baisse d'activité de 80 à 90 %. Environ 20 à 30 % de la restauration est également impacté. Aircalin, notre compagnie aérienne, est également gravement affectée, puisqu'elle n'effectue plus que des vols de rapatriement ou de fret. Nos agences réceptives, l'aéroport, les agences de voyage, les transporteurs terrestres, les excursionnistes et les organisateurs d'événement sont également lourdement impactés. Le tourisme international générait, en 2019, 26 milliards de francs Pacifique. La perte, de mars à décembre 2020, est estimée à environ 24 à 25 milliards de francs. Si la réouverture des frontières tarde, l'activité du tourisme international a peu de chance de reprendre avant l'automne. Les structures qui vivent du tourisme international et des croisières, pour beaucoup, ne sauront résister sans des aides massives.

Plusieurs dispositifs de soutien d'urgence ont en outre été mis en place. Les opérateurs touristiques remercient à cet égard l'État et les collectivités de Nouvelle-Calédonie. Le fonds de solidarité pour les petites entreprises touristiques a aidé au maintien de la trésorerie. Pour les entreprises toujours à l'arrêt, en revanche, il est nécessaire de le maintenir dans la durée. Certaines entreprises touristiques ont également obtenu le prêt garanti par l'État (PGE), parfois au prix de certaines difficultés avec les banques locales. Le PGE saison, proposé dans le plan de relance tourisme France, est plébiscité par les opérateurs touristiques. Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie et les collectivités provinciales ont également mis en place un certain nombre de mesures, notamment un chômage partiel spécial qui a été renouvelé pour trois mois, renouvelables encore une fois. Il est en outre demandé une exemption des charges sociales et fiscales plutôt qu'un report, qui ne résoudra pas le problème. Ces aides ont permis d'apporter des solutions d'urgence, mais nous savons que la crise a vocation à durer, avec des répercussions comptables pour les années à venir.

Concernant le redémarrage de l'activité, nous avons lancé un plan de relance d'envergure pour relancer le tourisme domestique, qui s'avère être efficace pour les entreprises extérieures à Nouméa. Compte tenu de son statut particulier, la Nouvelle-Calédonie souhaiterait savoir comment bénéficier du plan de relance du tourisme présenté par le Gouvernement le 14 mai. Elle a été contactée par Atout France pour être partenaire de la campagne « Je visite la France », mais ne peut y répondre à l'heure actuelle, compte tenu du maintien de la quatorzaine. Il serait en revanche souhaitable que l'État l'accompagne pour ses futures campagnes de relance sur ses quatre marchés émetteurs que sont l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et la France. Le plan de relance proposait en outre un certain nombre de mesures. Nous souhaiterions pouvoir bénéficier de certaines d'entre elles, notamment le fonds de solidarité, le prêt garanti par l'État, l'exonération de la contribution foncière, le report des échéances de crédit, le prêt Bpifrance, le prêt de la Caisse des dépôts et de consignation, etc. Nous souhaitons également savoir comment l'État peut aider la sauvegarde de notre compagnie aérienne locale, Air Calédonie International, qui connaît des pertes considérables. Lors de la reprise, la fréquentation sera progressive. Or en deçà d'un certain taux de remplissage des avions, le vol est déficitaire. De nombreuses personnes sont aujourd'hui au chômage partiel. Le secteur de la croisière est lui aussi gravement impacté.

S'agissant de nos propositions pour la reprise, il s'agit de sauvegarder le tissu économique touristique et de réfléchir à de nouvelles mesures d'aides pour renforcer le dispositif actuel, de sauver notre compagnie aérienne, de lever la quatorzaine (sans quoi il n'est pas possible d'envisager une reprise du tourisme international), de travailler sur la confiance des populations pour les encourager à s'approprier leur tourisme et les rassurer quant aux capacités sanitaires locales pour gérer le virus, et enfin de s'intégrer dans la bulle de voyage Transpacifique entre l'Australie, la Nouvelle-Zélande et certaines destinations du Pacifique.

Cette crise est l'occasion de faire évoluer le modèle du tourisme ultramarin de demain et de prendre en compte les grands enjeux dans son développement, notamment la prise de conscience environnementale et la recherche de sens dans les voyages. Celles-ci sont déjà dans l'ADN de la Nouvelle-Calédonie, qui bénéficie d'une biodiversité exceptionnelle, d'une faible densité de la population, d'expériences en tribu, etc. Il est cependant nécessaire de renforcer et de structurer cette offre durable et de mettre en place une véritable politique de développement touristique durable, avec une feuille de route très claire et des aides à l'investissement, sur la base de critères de développement durable. Nous travaillons dans le sens d'un tourisme qualitatif et exclusif, et ne recherchons pas l'accroissement absolu du nombre de visiteurs, mais plutôt celui de la durée de séjour et des recettes générées dans l'économie locale.

S'agissant des croisières, nous avons accueilli 340 000 croisiéristes l'an dernier. Nous allons repenser l'activité en privilégiant des activités de navigation moins importantes, et éventuellement une tête de ligne à Nouméa.

En termes de commercialisation, nous souhaiterions expérimenter un nouveau modèle pour faciliter les circuits courts et éviter des intermédiaires qui perçoivent des commissions très élevées. Nous avons pour cela besoin d'un accompagnement, afin d'investir dans des solutions de commercialisation en ligne.

M. Michel Magras, président. - Si les tests sont importants, au départ ou à l'arrivée, le maintien d'une septaine ou d'une quatorzaine constitue effectivement un frein considérable à tout développement de tourisme international. J'apprécie également la relation de solidarité et de coopération qui s'est exprimée entre le Haut-Commissaire et le président de la Nouvelle-Calédonie mais aussi de la Polynésie française s'agissant de la gestion de la crise. Il s'agit d'un exemple à suivre dans les collectivités dotées de l'autonomie et ayant cette compétence santé, bien que les lois sur l'urgence restituent à l'État la totalité des compétences. Nous avons en outre entendu votre appel sur le plan de relance et le besoin de cette solidarité nationale, dont nous nous ferons le relais.

M. Michel Madi, directeur du comité du tourisme de Mayotte. - Cette crise a porté un coup d'arrêt à la dynamique touristique à Mayotte. En 2019, nous avons bénéficié d'une augmentation de la fréquentation touristique de 16 %, après une baisse de 9 % en 2018. Nous pensions ainsi nous diriger vers une excellente année en 2020.

Nous sommes régulièrement confrontés à une crise sociale. Tous les deux ans, nous connaissons en effet des mouvements sociaux qui portent un coup d'arrêt à la dynamique touristique. Ceux-ci nous permettent de relativiser la situation. Nous sommes toujours en état de confinement, bien que des allègements aient été permis par la préfecture. Nous restons classés en zone orange, avec des restrictions pour l'hôtellerie et la restauration qui impliquent une exploitation très limitée de leurs structures. D'autres activités ont eu l'autorisation de redémarrer, comme les activités nautiques et de plongée, qui bénéficient de surcroît d'un soutien très important de la part de la clientèle locale. Les signaux sont donc encourageants pour nous professionnels.

Par ailleurs, les acteurs touristiques estiment que l'adoption, le 17 juin, de l'amendement relatif à la prolongation de l'état d'urgence sanitaire jusqu'en octobre à Mayotte et en Guyane, pourrait se traduire par des conséquences encore plus désastreuses que celles que nous connaissons aujourd'hui. Il s'agit de s'assurer qu'un accompagnement sera mis en place, avec des mesures spécifiques personnalisées pour faire face à cette situation.

Concernant le premier programme de mesures d'aide du Gouvernement et les aides complémentaires du département de Mayotte, nous avons conduit une enquête. Sur les mois de mars à mai, 84 % des entreprises touristiques ont sollicité le fonds de solidarité de l'État, 77 % ont fait appel à l'activité partielle, 62 % aux aides complémentaires du département et 32 % au report d'échéance des cotisations sociales.

S'agissant de la suite de la saison touristique, à l'instar des autres départements, nous travaillons sur un plan de relance qui donne la priorité au tourisme intérieur. Il s'agit en effet d'inciter la population résidente à pratiquer les activités touristiques, en soutien aux opérateurs. Mayotte est par ailleurs une destination franco-française, avec 95 % de touristes en provenance de la métropole et de La Réunion (59 % en provenance de la métropole et 30 % de La Réunion). L'absence de touristes métropolitains et une activité aérienne en reprise progressive et conditionnelle nous conduisent à penser qu'une situation très compliquée se présente devant nous, nécessitant des décisions d'accompagnement sur mesure.

En ce qui concerne les conditions sanitaires, les vols commerciaux de la ligne Paris-Mayotte reprennent et vont monter en puissance dans les prochaines semaines. Aucune quatorzaine n'est prévue, ni à Mayotte ni à l'arrivée en métropole. Cela n'est pas le cas pour les vols commerciaux Mayotte-Réunion, pour lesquels nous ne savons pas si une telle quatorzaine sera exigée de la part de La Réunion. Il s'agit également d'une question d'image. En début de semaine, avec la prolongation de l'état d'urgence, et alors que La Réunion représente plus de 30 % de notre clientèle, nous avons vu sur des chaînes de télévision des Réunionnais exprimer leurs craintes quant à leur déplacement à Mayotte. Un plan de communication doit ainsi être élaboré en vue de rassurer les touristes, compte tenu des mesures et conditions sanitaires mises en place.

S'agissant de la préparation du modèle de tourisme ultramarin de demain, cette question est d'une importance capitale pour Mayotte, très jeune destination qui doit envisager son faible développement touristique actuel comme une opportunité, en prenant les bonnes décisions pour un tourisme durable. La crise du Covid-19 arrive à point nommé, puisque nous sommes en phase de finalisation du schéma régional de développement du tourisme. Ce document doit prendre en compte le nouveau modèle de tourisme à développer. Parmi les orientations identifiées dans ce document, il s'agit de considérer la concurrence régionale et ses atouts en jouant sur le registre qualitatif et exemplaire sur le champ environnemental et en misant fortement sur l'écotourisme de bon niveau et haut de gamme. Une deuxième orientation consiste à tirer parti de notre positionnement stratégique au coeur du canal du Mozambique pour nous rapprocher des pays de l'Afrique australe et proposer des produits d'exception et de sensation entre grands espaces terrestres côté africain et évasion dans le lagon de Mayotte. Enfin, il s'agit pour Mayotte et La Réunion de conforter notre participation dans la dynamique régionale en matière de tourisme en donnant beaucoup plus d'ampleur à l'organisation collective des « îles Vanille ». Ces orientations stratégiques nécessitent néanmoins des orientations et décisions politiques.

M. Michel Magras, président. - Je vous remercie d'avoir mis l'accent sur le fait que la crise sociale à Mayotte est singulière et s'ajoute à une situation déjà fort difficile. J'ai entendu que vous misez aussi sur les signaux encourageants et que vous escomptez que la crise sera une opportunité pour aller dans le sens du développement du tourisme.

S'agissant des mesures d'accompagnement que vous appelez de vos voeux, je pense honnêtement qu'elles suivront. Vous pourrez compter sur votre représentation nationale et notamment sur le vice-président du Sénat, M. Thani Mohamed Soilihi.

Je propose maintenant de donner la parole à M. Patrick Serveaux, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie de la commission du tourisme au MEDEF de La Réunion.

M. Patrick Serveaux, président de l'union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) et de la commission tourisme du MEDEF Réunion. - Pour ceux qui ne connaissent pas La Réunion, rappelons que cette île est habitée par 850 000 personnes et que 550 000 touristes extérieurs viennent la visiter chaque année. La Réunion est aussi concernée par le tourisme local. Le chiffre d'affaires total du secteur est de l'ordre de 800 millions d'euros par an. Le tourisme fait travailler, en emploi direct, 11 500 personnes et environ 25 000 personnes en emploi indirect (agriculture, blanchisserie, par exemple).

Depuis le 18 mars 2020, les hôtels, les restaurants, les loueurs de voitures, les guides, etc. sont à l'arrêt. C'est un véritable drame pour ce pan de l'économie. 80 % de notre clientèle vient de France métropolitaine mais cette frange de notre clientèle ne peut aujourd'hui plus venir. En effet, les vols sont à l'arrêt ou presque. Le nombre de vols est fixé par la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) et seuls 50 % des vols seront autorisés en juillet. Déjà, en temps habituel, les professionnels du tourisme de La Réunion se plaignent que les vols ne soient pas suffisamment nombreux mais les compagnies préfèrent programmer moins de vols mais pleins plutôt que d'ajouter des vols avec des avions remplis à 80 % de leur capacité, les compagnies ne souhaitant pas rogner sur la marge bénéficiaire qu'elles peuvent réaliser pendant la période estivale pour compenser d'autres périodes plus creuses. Si nous souhaitons relancer le tourisme sur l'île, il nous faut plus de vols vers La Réunion et non une capacité limitée à 50 % des vols par rapport à la période normale. Si cette décision n'est pas revue, il ne servira à rien de lancer de belles campagnes publicitaires sur le tourisme à La Réunion car les touristes n'auront pas la capacité physique de venir nous voir.

Concernant la typologie de notre clientèle, il est à relever que 20 % de nos clients sont logés en hôtels classés. Je suis donc très heureux d'entendre Nassimah Dindar annoncer qu'il faut s'intéresser également au secteur des tables d'hôtes et des gîtes car ce secteur fait aussi travailler beaucoup de Réunionnais. Sur notre île, la structure touristique est atomisée : nous avons très peu de grands groupes mais beaucoup de petites entreprises. Je regrette que nous ne mettions pas plus l'accent sur ces professionnels de petite taille qui font aussi le charme de la destination. Il ne faut pas que ce soit toujours les mêmes acteurs qui profitent des actions promotionnelles, laissant supposer que certains sont subventionnés toute l'année tandis que d'autres professionnels tirent la langue. Cette situation doit évoluer.

Depuis mars 2020, la situation épidémiologique a beaucoup évolué. Lundi 22 juin, 57 cas de coronavirus ont été enregistrés en France pour 67 millions d'habitants. C'est donc peu mais le « virus émotionnel », quant à lui, se propage très rapidement et il est très dangereux. Les décisions qui ont été prises ont tenu compte des demandes de la population afin de les protéger du risque de contamination venant de l'extérieur. Cependant, la fermeture des aéroports vient aussi mettre fin à l'activité économique. La Réunion n'a pas connu de première vague de l'épidémie mais elle pourrait connaître une deuxième vague économique et une troisième vague sociale. Il faut y prendre garde car les entreprises risquent de mourir si l'on ne fait rien.

Comme le dit le Président de la République, nous avons « fait nation » en permettant à la population de rester dans un état sanitaire sain, mais les entreprises doivent-elles payer cette décision ? Non, et il faut accompagner les entreprises pour relancer l'activité. Il convient de lancer une campagne de communication sur les outre-mer, et que cette campagne soit ambitieuse. Il ne suffit pas de mandater un influenceur sur chacun des territoires avec un budget de 20 000 euros pour relancer le tourisme. Les moyens à mobiliser sont plus conséquents. Il faut aussi mieux communiquer sur les moyens d'arriver sur notre territoire : aujourd'hui, les Réunionnais qui attendent de la famille pendant l'été ne savent pas quoi faire. Il faut donc informer et rassurer la clientèle.

Les perspectives doivent aussi s'élargir et nous devons réfléchir au tourisme que nous voulons promouvoir dans les années à venir. Nous devons faire en sorte de conserver le marché métropolitain mais il nous faut aussi aller chercher d'autres marchés. Aujourd'hui, nous tournons le dos à notre environnement régional car il est plus facile pour un Mauricien de se rendre à Paris que de venir à Saint-Denis de La Réunion ! De même, les visas distribués à Madagascar sont délivrés au compte-gouttes et, lorsque le quota est atteint, plus aucun visa n'est accordé. Avec ces décisions, La Réunion tourne le dos à la zone régionale de l'océan Indien. En outre, les vols sont bien trop onéreux pour les clients potentiels, mais rentables pour les compagnies aériennes. Ainsi, un vol de 220 kilomètres entre l'île Maurice et La Réunion peut donner lieu au paiement d'un tarif de 400 euros aller-retour. Il est certain que ce niveau de prix n'encourage pas les Mauriciens à venir à La Réunion, d'autant plus que leur pouvoir d'achat est globalement faible. Cette question des niveaux de prix devra donc être débattue.

Les dispositifs mis en place à La Réunion pendant la crise sont ceux que vous connaissez : le fonds de solidarité régional et le fonds de solidarité de l'État. Il convient aussi de citer le partenariat noué entre la Région et l'État pour lancer une opération chèques-vacances pour un montant de 15 millions d'euros. Ces chéquiers seront remis à 50 000 familles de La Réunion pour qu'elles puissent venir consommer dans nos établissements (hôtellerie, restauration, activités de loisirs). Nous veillons à ce que ces chéquiers ne soient pas utilisés dans la grande distribution pour ne pas distordre l'objectif de cette opération. En outre, ces chèques seront bonifiés et inciteront les locaux à se rendre dans nos établissements. La région finance aussi un plan de communication en complément du plan financé par l'État.

Je suggère aussi que nous proposions des packages au départ de Paris incluant l'hébergement, la restauration et au moins une activité de loisirs. Ces offres devront être proposées dès maintenant, et cela pour ne pas entrer en concurrence avec les affinitaires. Si nous voulons sauver notre saison touristique mais aussi les compagnies aériennes, nous pourrions acheter des blocs de sièges dès maintenant afin de pouvoir les vendre ensuite à des touristes.

M. Michel Magras, président. - Avec un tel dynamisme, vous ne pouvez pas passer à côté de votre relance. J'apprécie aussi beaucoup l'image que vous avez utilisée en parlant de « contagion émotionnelle ». En effet, les mesures nécessaires de confinement et les mesures barrières ont pu avoir des effets collatéraux qui n'étaient pas anticipés mais qui sont bien réels.

M. Patrick Serveaux. - J'ai oublié de préciser que nous devons aussi nous fédérer car l'union fait la force.

M. Michel Magras, président. - La Réunion possède un magnifique environnement puisqu'il s'étend de l'Inde jusqu'à l'Afrique du Sud. Il me semblait que La Réunion avait une longueur avance sur le rayonnement régional. C'est dans cette voie qu'il faut aller. Au-delà, la politique des visas doit être questionnée. Nous n'arrivons toujours pas à traiter cette question qui relève de la compétence de l'État. Il nous faudra cependant trouver un jour une solution pour les territoires qui nous entourent.

Mme Viviane Artigalas, rapporteure. - Je souhaite tout d'abord remercier tous les intervenants pour la qualité de leurs interventions. Nous avons beaucoup appris et cela était très intéressant. Nous voyons bien là encore combien les spécificités du secteur du tourisme en outre-mer sont fortes et que nous devons en tenir compte dans le plan que nous allons proposer.

Toutes les interventions convergent aussi pour souligner que la question du transport est primordiale pour desservir tous ces territoires.

Mme Nassimah Dindar, rapporteure. - Je souhaite aussi remercier l'ensemble des intervenants pour leurs présentations synthétiques mais aussi engagées. Ces interventions nous ont permis de dresser un panorama de la situation des territoires après la crise de Covid-19 et de dessiner des pistes. Je souhaite aussi dire à nos amis de Mayotte et de La Réunion que nous devons travailler ensemble pour élargir les aides qui pourraient être accordées à tous ceux qui travaillent dans le secteur touristique sans se circonscrire aux seuls hôtels.

Enfin, la question du secteur aérien est essentielle, avec la question du maintien ou non de la quatorzaine ou de la septaine. À titre personnel, je ne souhaite pas que la septaine soit conservée à La Réunion, après la levée de l'état d'urgence sanitaire, car cette décision ne pourra que freiner les aspirations à venir sur les territoires ultramarins.

M. Stéphane Artano, rapporteur. - Le Sénat a conscience des enjeux de chaque territoire. Lors de la discussion sur la fin de l'état d'urgence sanitaire, le président de la délégation a rappelé qu'il fallait aborder le déconfinement de chacun de nos territoires de manière différenciée car nos problématiques économiques, sociales et culturelles sont bien entendu différentes. Cette approche plurielle est donc indispensable. À Saint-Pierre et Miquelon, je prône une septaine mais j'ai conscience que ce n'est pas la solution à retenir dans d'autres territoires. Cette divergence de point de vue tient au fait que le bassin de Saint-Pierre-et-Miquelon est avant tout régional et non international, et les conditions à mettre en avant sont donc différentes. Il faut plaider pour cette différenciation. Le Sénat est évidemment porteur de cette parole. Par ailleurs, quels que soient les statuts juridiques de nos territoires - et je pense en particulier ici à nos amis de la Nouvelle-Calédonie - des barrières juridiques doivent tomber et les dispositifs destinés à soutenir l'économie doivent aussi trouver à s'appliquer dans ces territoires pour permettre à la solidarité de s'exprimer. Le statut juridique permet de préciser les compétences de chacun mais il ne doit pas être un frein à l'expression de la solidarité nationale, surtout dans une situation de crise. Soyez assurés que le Sénat sera porteur de vos messages respectifs et que nous essayerons aussi fidèlement que possible de retenir vos propositions pour enrichir notre réflexion.

M. Michel Magras, président. - Je souscris bien évidemment pleinement à ces propos sur la différence statutaire des territoires. Il me semble que la loi que nous venons de voter offre cette possibilité. Il faut que la décision puisse se prendre au niveau local en pleine concertation entre le représentant de l'État et le représentant de la collectivité, a fortiori lorsque celle-ci relève de l'autonomie de l'article 74 de la Constitution.

M. Guillaume Arnell. - Je souhaite saluer la qualité des interventions et revenir aussi sur celle de la représentante de Saint-Martin afin que puissent être donnés quelques chiffres sur l'impact de la crise de Covid-19 sur ce territoire. Je souhaite aussi dire quelques mots de la situation de l'aéroport international Princess Juliana qui conditionnera fortement la reprise économique à Saint-Martin, mais aussi à Saint-Barthélemy. La situation est aujourd'hui fort préjudiciable puisque notre clientèle est essentiellement américaine. Il faut avoir conscience que les métropolitains ne voudront pas venir s'ils sont soumis à une septaine ou une quatorzaine. Il s'agit d'une préoccupation que les rapporteurs vont certainement relayer.

Mme Valérie Damaseau. - Pour compléter mon propos liminaire, je précise que, sur une période de trois mois, nous avons estimé la perte liée à la crise sanitaire à 30 millions d'euros. Beaucoup d'hôtels et de restaurants ont pris la décision de ne pas rouvrir au moment de la sortie du confinement. Les mois de juillet et août sont habituellement des mois d'accueil de la clientèle régionale mais ce n'est que depuis 15 jours ou 3 semaines que les professionnels réfléchissent à la possibilité de rouvrir leurs établissements. Le secteur estime que les pertes liées au Covid-19 pourraient atteindre 60 millions d'euros suite à la fermeture des frontières. Nous travaillons aussi étroitement avec nos homologues hollandais : une réunion est programmée samedi prochain avec la ministre du tourisme des Pays-Bas. À partir du 1er juillet, il est prévu d'ouvrir l'aéroport pour les flux européens mais les autorités hollandaises souhaitent aussi ouvrir les frontières avec l'Amérique. L'organisation aéroportuaire y serait favorable puisque les mesures sanitaires sont en place, cependant le protocole entre l'ARS et les autorités hollandaises n'est pas encore signé. Nous souhaitons que l'ensemble de ces points soient traités pour éviter que la frontière entre les deux parties de l'île soit fermée alors qu'elle ne l'a pas été pendant 372 ans. En partenariat avec les socio-professionnels, nous travaillons sur un programme pour encourager le tourisme local et régional : le programme Staycation. Pour autant, les socio-professionnels sont très inquiets de la situation et redoutent les annulations. Même si les protocoles sanitaires sont clairs côté français, si un accord n'est pas trouvé avec la partie hollandaise, nous risquerions alors une fermeture de la frontière, ce que nous souhaitons absolument éviter.

Suite aux épisodes climatiques, nous avons perdu de nombreuses chambres d'hôtel mais un grand nombre de villas est proposé sur notre territoire et le développement des hébergements Airbnb y est fort.

Je vous ferai suivre des chiffres précis sur la situation. Enfin, je souhaite remercier l'État, les autorités hollandaises et le gouvernement local pour leur collaboration dans la gestion de cette crise. Aucun cas n'est identifié sur le territoire mais nous devons oeuvrer ensemble pour la reprise. Pour cela, notre première préoccupation est celle de l'ouverture de l'aéroport Princess Juliana.

M. Dominique Théophile. - Quelle comparaison pouvons-nous dresser entre la crise actuelle et celle de 2008-2009 qui a été une crise dans la durée ? La baisse de la fréquentation touristique et des recettes sera-t-elle, selon vous, du même ordre de grandeur ? À quand estimez-vous une reprise normale de l'activité touristique ?

Mme Victoire Jasmin. - De vos interventions, je retiens qu'il existe une volonté réelle de proposer des produits intéressants mais la crise de Covid-19 n'a pas récompensé vos efforts. Les packages proposés s'adressent à une certaine clientèle, plutôt métropolitaine, mais aussi américaine pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Cependant, cette crise ne serait-elle pas l'occasion de proposer des offres en direction de la population locale ? Avec l'opération Top Résa, des efforts vont dans ce sens pour faire vivre l'économie et faire découvrir notre richesse culturelle mais nous devons avoir conscience des limites de cette approche. De plus, nous ne pouvons pas écarter la possibilité d'une deuxième vague. Cette orientation vers la clientèle locale permettrait aussi de valoriser l'offre large de produits allant des hébergements pour les familles aux offres en direction des associations. En outre, rappelons que nos offres pour tous les budgets.

M. Nicolas Vion. - La crise de 2009 a eu des conséquences en termes de perte d'emplois et de fermeture d'entreprises. Il a fallu attendre huit ans à certaines entreprises, c'est-à-dire attendre 2016, avant de retrouver le chiffre d'affaires de 2008. 2020 sera bien pire que 2008. Si les entreprises ferment, inéluctablement des salariés seront au chômage et la pauvreté sera plus importante.

Mme Victoire Jasmin suggère de remplacer le tourisme international par le tourisme local. Le comité du tourisme de Guadeloupe est en train de préparer un plan en vue de booster le tourisme local mais rappelons qu'il y a 380 000 Guadeloupéens. Certes, ces offres pourront aussi concerner les habitants des îles voisines, mais l'ensemble sera bien moins important que les 2 millions de touristes qui passent par l'aéroport. De plus, la clientèle locale n'a pas le même pouvoir d'achat. L'idée que nous pourrions remplacer le tourisme international par le tourisme local est une idée séduisante mais je ne sais pas si elle est très réaliste.

Le tourisme en Guadeloupe rapporte 800 millions d'euros de chiffre d'affaires direct, sans comptabiliser les effets indirects du tourisme sur l'économie.

Je salue l'effort fourni par La Réunion pour financer 15 millions d'euros de chèques-vacances. La région PACA a investi, quant à elle, 10 millions d'euros et la région Nouvelle-Aquitaine 5 millions d'euros, alors que la Guadeloupe n'a rien investi pour favoriser le tourisme local.

Beaucoup d'interventions ont porté sur les aides à apporter aux territoires mais nous ne voulons pas d'aides. Rappelons que nos établissements étaient pleins en haute saison et qu'une décision administrative a conduit à fermer nos entreprises et nous a interdit de travailler. Devant un tel cas de figure, l'assurance devrait jouer pleinement son rôle, comme un automobiliste est indemnisé lorsqu'il percute un autre automobiliste après avoir fait un écart pour éviter de blesser un enfant qui traversait la chaussée imprudemment. Le préjudice que nous subissons aujourd'hui vient de la décision de l'État, qui est peut-être justifiée. Celui qui crée le préjudice doit indemniser. Si l'État estime qu'une part de responsabilité revient aux assurances, je suis prêt à lui déléguer ma police d'assurance. Cependant, je ne crois pas qu'il faille rechercher des responsabilités tous azimuts. Il y a un responsable qui a créé un préjudice et qui doit indemniser. C'est pour cela que je reviens vers la sémantique car ce n'est pas le terme « aide » qui doit être utilisé. Nous devons aujourd'hui supporter la taxe foncière, la taxe audiovisuelle, etc. alors que nos chambres sont vides. Nous ne demandons pas à gagner de l'argent mais nous demandons la sauvegarde de nos entreprises. Or si nous pourrons supporter une année de recettes nulles, nous ne pourrons pas survivre à une année de déficits. Le 10 mai, certains hôtels attendaient d'être remboursés du chômage partiel pour payer leurs salariés, c'est-à-dire que leur trésorerie est très limitée.

Mon propos peut vous paraître brutal mais nous devons sortir de l'incantation pour évoquer des questions précises. Dans ce contexte, nous attendons beaucoup du Sénat et de l'Assemblée nationale car des mesures économiques sont à prendre pour sauver les emplois mais aussi le pouvoir d'achat de la population. Or, pour que les entreprises survivent, il faudra que les charges soient allégées et cela ne peut passer que par la loi de finances rectificative.

M. Michel Magras, président. - Monsieur le président, je souhaite réagir à votre propos. J'apprécie sa rigueur mais il me gêne aussi. Lorsque le mot « aide » est utilisé, c'est qu'il est fait référence à l'accompagnement. Les dispositifs d'accompagnement changent d'un type d'entreprise à l'autre et le besoin n'est pas le même que l'on soit à la tête d'un hôtel cinq étoiles, propriétaire d'un gîte ou commerçant.

Juridiquement, l'assurance perte d'exploitation n'est pas opérationnelle mais cela n'enlève rien au propos que vous tenez sur le rôle de l'État. La notion de perte d'exploitation devra sans doute être précisée et clarifiée.

Les élus d'outre-mer sont très impliqués pour tenter de faire aboutir les propositions qui nous viennent de nos circonscriptions. Cependant, les décisions se prennent à la majorité ou sont prises par le Gouvernement. Nous devons associer le Gouvernement et le Parlement dans la volonté d'aider les outre-mer. C'est sans doute en associant nos forces que nous pourrons faire avancer les choses.

Mme Victoire Jasmin. - Je souhaite réagir à la réponse de M. Nicolas Vion pour lui dire que je n'ai pas la prétention de faire croire que le tourisme local permettra de compenser l'absence de la clientèle internationale. Pour autant, la communication doit aussi s'adresser aux populations locales car peut-être que certains Guadeloupéens, pour prendre cet exemple, ne sont jamais allés dans un gîte ou un hôtel alors que beaucoup de personnes partent chaque année en croisière. Ces mesures pourraient aussi s'adresser éventuellement aux personnes qui profitent des congés bonifiés.

M. Michel Magras, président. - Les hexagonaux sont encouragés à partir en vacances dans la France hexagonale, ce que nous pouvons comprendre vu la taille du territoire, mais nous ne pouvons pas adopter la même approche à Saint-Barthélemy dont la superficie se limite à 25 km2. Les mesures doivent être adaptées aux territoires concernés.

Mme Valérie Damaseau. - Le programme Staycation mis en place à Saint-Martin permet de viser la population locale mais nous savons que cette orientation ne permettra pas de compenser les pertes des socio-professionnels. Depuis 2017, tous les acteurs cherchent à se relever après le passage de l'ouragan Irma. Cette nouvelle crise vient les toucher lourdement en dépit des mesures de chômage partiel et malgré la motivation des équipes pour relever ce challenge. Saint-Martin dépend à 95 % du tourisme. Maintenant plus que jamais nous devons inciter notre population à consommer local. Nous menons des opérations de tourism awareness pour expliquer à la population que nos efforts doivent se conjuguer pour préparer la suite. En attendant que les frontières rouvrent, nous devons continuer à vivre. Le programme Staycation encourage la population saint-martinoise à passer des vacances chez elle mais l'Office de tourisme les accompagne aussi à découvrir ce territoire et à devenir des ambassadeurs de leur territoire. Dès que nous avons eu connaissance de l'ouverture des frontières régionales, nous avons élargi ce programme au niveau régional et à l'Europe.

M. Michel Magras, président. - Je tiens à tous vous remercier pour votre implication et vos propositions.

S'agissant de la Guyane et de Mayotte, face à la crise sanitaire qui se poursuit, nous nous sentons très solidaires. Chacun des parlementaires veillera à ce que les accompagnements proposés à ces territoires soient à la hauteur des enjeux.

Vous avez tous souligné à raison que nous sommes dépendants du trafic aérien. Notre volonté est qu'il puisse reprendre pour que chaque territoire soit moins isolé.

Au niveau du Parlement comme du Gouvernement, il existe la volonté d'appliquer la solidarité nationale, quel que soit le statut de nos territoires. Le besoin d'autonomie n'est pas une rupture avec l'unité et l'indivisibilité de la République. L'État, dès lors que nous sommes en situation de crise, doit mettre en avant cette solidarité nationale.

La crise actuelle risque de générer des crises sociales et des faillites. Elle comporte aussi son lot de « contagion émotionnelle » et il nous appartiendra de répondre à ces craintes et à ces peurs.

Si le tourisme local ne pourra pas compenser le tourisme international, le tourisme à l'échelle régional doit être encouragé. Dans cet objectif, la question des visas devra être abordée.

Face aux crises, les ultramarins ont pour habitude de garder espoir et nous devons avoir foi dans notre capacité à nous relever. La crise a aussi mis en évidence la nécessité de préserver notre autonomie dans des domaines essentiels comme l'agriculture ou la santé. La crise actuelle peut donc aussi ouvrir la voie à de nouvelles approches plus durables, plus résilientes.