Allez au contenu, Allez à la navigation

COMPTES RENDUS DE LA MI ENSEIGNEMENT AGRICOLE


Mardi 9 février 2021

- Présidence de Mme Françoise Férat, présidente d'âge -

La réunion est ouverte à 18 h 5.

Réunion constitutive

Mme Françoise Férat, présidente. - Il est toujours émouvant de se découvrir le doyen d'une assemblée ! Pour ma part, il y a longtemps que je suis très attachée à l'enseignement agricole, puisque j'ai rapporté son budget pendant seize ans à notre commission de la culture.

Notre mission d'information a été créée en application du droit de tirage des groupes politiques, prévu par l'article 6 bis du Règlement du Sénat. Le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen (RDSE) en a formulé la demande le 13 janvier dernier, et la Conférence des Présidents en a pris acte le 20 janvier. La liste des 23 membres de la mission d'information, proposés par les groupes politiques, a été approuvée par le Sénat lors de sa séance du mercredi 3 février 2021. L'affaire a donc été rondement menée !

Nous devons tout d'abord procéder à l'élection du président. J'ai reçu la candidature de notre collègue Jean-Marc Boyer.

La mission d'information procède à la désignation de son président, M. Jean-Marc Boyer.

- Présidence de M. Jean-Marc Boyer, président -

M. Jean-Marc Boyer, président. - Merci pour l'honneur que vous me faites en me confiant la présidence de cette mission d'information, dont le sujet est particulièrement important pour nos jeunes, pour nos territoires et pour l'avenir de nos filières agricoles et alimentaires. Je remercie le groupe RDSE d'avoir proposé la création de cette mission, qui s'inscrit dans le prolongement des débats que nous avons eus lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2021. J'ai passé toute ma carrière d'enseignant - 37 ans ! - dans l'enseignement agricole, soit en lycée professionnel agricole, soit en participant à l'administration de plusieurs filières.

Nous devons constituer le Bureau de notre mission d'information. En application de l'article 6 bis du Règlement du Sénat, la fonction de rapporteur revient de droit, s'il le souhaite, au groupe qui est à l'origine de la demande de création de la mission d'information. Le groupe RDSE a proposé le nom de notre collègue Nathalie Delattre. Celle-ci est donc de droit désignée rapporteure.

La mission d'information procède à la désignation de sa rapporteure, Mme Nathalie Delattre.

M. Jean-Marc Boyer, président. - Il nous reste à compléter le Bureau. Compte tenu des désignations du président et de la rapporteure, qui viennent d'avoir lieu, la répartition des postes de vice-président et de secrétaire restant à pourvoir est la suivante : pour le groupe Les Républicains, un vice-président et un secrétaire ; pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain, deux vice-présidents ; pour le groupe Union Centriste, un vice-président et un secrétaire ; pour le groupe du Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI), un vice-président ; pour le groupe communiste républicain citoyen et écologiste (CRCE), un vice-président ; pour le groupe Les Indépendants - République et Territoires, un vice-président ; pour le groupe Écologiste - Solidarité et Territoires, un vice-président.

Pour les fonctions de vice-président, j'ai reçu les candidatures de M. Max Brisson, pour le groupe Les Républicains ; Mme Marie-Pierre Monier et M. Serge Mérillou, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain ; Mme Nadia Sollogoub, pour le groupe Union Centriste ; M. Frédéric Marchand, pour le groupe du Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI) ; Mme Céline Brulin, pour le groupe communiste républicain citoyen et écologiste (CRCE) ; M. Jean-Pierre Decool, pour le groupe Les Indépendants - République et Territoires ; M. Joël Labbé, pour le groupe Écologiste - Solidarité et Territoires.

Pour les fonctions de secrétaire, j'ai reçu les candidatures de Mme Marie-Christine Chauvin, pour le groupe Les Républicains, et de M. Pierre Louault, pour le groupe Union Centriste.

La mission d'information procède à la désignation des autres membres de son bureau : M. Max Brisson, Mme Marie-Pierre Monier, M. Serge Mérillou, Mme Nadia Sollogoub, M. Frédéric Marchand, Mme Céline Brulin, M. Jean-Pierre Decool et M. Joël Labbé, vice-présidents ; Mme Marie-Christine Chauvin et M. Pierre Louault, secrétaires.

M. Jean-Marc Boyer, président. - Nous sommes convenus avec Nathalie Delattre que nos travaux devraient idéalement aboutir d'ici la fin du mois de juin, afin que nos préconisations puissent être notamment prises en compte dans la préparation du projet de loi de finances pour 2022. Cela nous laisse environ trois mois - mars, avril et mai - pour mener des auditions et effectuer des déplacements sur le terrain, sous réserve de l'évolution de la situation sanitaire. Le mois de juin serait essentiellement consacré à la rédaction du rapport et aux différentes étapes de son adoption.

Compte tenu des contraintes liées aux travaux des structures permanentes et à la séance publique, nous pourrions essayer de tenir des réunions régulières en mission plénière le mardi et le mercredi, entre 16 h 30 et 19 heures. Compte tenu du contexte sanitaire, ces réunions auront lieu pour le moment en mode hybride, c'est-à-dire à la fois en présentiel et en visioconférence. Comme il est d'usage, nos travaux en réunion plénière donneront lieu à des comptes rendus, qui seront annexés au rapport. Il est toutefois probable qu'il soit nécessaire d'envisager des auditions en format rapporteur, élargi à l'ensemble des membres intéressés, afin d'auditionner toutes les personnes que nous souhaitons entendre.

Mme Nathalie Delattre, rapporteure. - Je vous remercie pour votre confiance et je me réjouis que nous puissions, au travers de cette mission d'information, nous intéresser de manière approfondie aux enjeux de l'enseignement agricole. Je suis tombée dans la marmite il y a vingt ans, du fait de ma reconversion professionnelle dans la viticulture - une filière que je défends régulièrement ici. L'enseignement agricole constitue, j'en suis sincèrement convaincue, un véritable atout pour notre pays. Comme Françoise Férat l'a rappelé tout à l'heure, le Sénat s'en préoccupe depuis longtemps. Elle-même avait publié en octobre 2006, au nom de la commission de la culture, un rapport de référence sur la place de l'enseignement agricole dans le système éducatif français : L'enseignement agricole : une chance pour l'avenir des jeunes et des territoires. De nombreuses questions, écrites ou orales, sont posées chaque année sur le thème de l'enseignement agricole au sens large. Un débat sur l'enseignement agricole avait été organisé le 30 octobre 2019 à l'initiative du groupe communiste républicain citoyen et écologiste (CRCE).

Comme l'a rappelé le président Boyer, l'examen du projet de loi de finances pour 2021 a donné lieu à une mobilisation particulière de la commission de la culture - je suis particulièrement fière d'avoir repris le flambeau du rapport budgétaire - et à une prise de position forte du Sénat pour réévaluer les crédits consacrés à l'enseignement agricole, et notamment ceux prévus pour les maisons familiales rurales (MFR). Notre mission d'information ne part donc pas de rien, et il nous faudra évidemment nous appuyer sur les travaux antérieurs du Sénat.

Son titre exact est : « l'enseignement agricole, un outil indispensable au coeur des enjeux de nos filières agricoles et alimentaires ». Il vise bien, à mon sens, l'ensemble de l'enseignement agricole, c'est-à-dire l'enseignement technique agricole - dont la mer -, l'enseignement supérieur et le lien avec la recherche. Nous aurons besoin de disposer d'un panorama précis de l'enseignement agricole aujourd'hui et de recueillir des éléments d'analyse prospectifs. Les écoles vétérinaires font partie de « l'enseignement supérieur agricole, vétérinaire et paysager ». Elles pourraient donc être prises en compte dans le rapport, même si elles forment, me semble-t-il, un sujet en elles-mêmes.

Les enjeux des filières agricoles et alimentaires devraient être bien identifiés pour que nous puissions analyser comment l'enseignement agricole devrait y répondre dans l'absolu et évaluer comment il est en capacité de le faire aujourd'hui, au regard des différentes contraintes qui pèsent sur lui. L'idée est de partir des besoins des filières agricoles pour définir la nature d'un enseignement agricole idéal, susceptible de relever les défis auxquels elles sont confrontées au quotidien, avant d'examiner l'existant et de voir comment nous pourrions le rapprocher de cet idéal, en tenant compte, évidemment, des contraintes économiques que nous connaissons. Ambitieux programme !

Outre les contraintes budgétaires, il y a aussi, comme le rapport budgétaire l'a bien montré, la concurrence, de plus en plus vive, que l'on peut observer avec les établissements relevant du ministère de l'éducation nationale et, le cas échéant, du ministère de la mer. Avec la crise sanitaire, elle s'est encore renforcée !

Nous devrions également évaluer l'impact de certaines réformes sur l'attractivité et l'efficacité de l'enseignement agricole. Je pense notamment à la réforme de l'apprentissage et de la formation professionnelle, ou à la réforme du baccalauréat. De manière plus conjoncturelle, une analyse des conséquences de la crise de la covid-19 paraît indispensable, notamment sur les finances des établissements d'enseignement agricole.

Nous devrions aussi être attentifs à la dimension territoriale du sujet, et notamment aux enjeux qui se posent de manière spécifique dans nos outre-mer.

Je souhaite également que nous adoptions une perspective européenne. La politique agricole commune (PAC) est en effet une politique intégrée de l'Union européenne. Il serait donc utile de comparer la situation et l'organisation de l'enseignement agricole en France avec celles d'autres États membres de l'Union, par exemple en sollicitant l'analyse des conseillers compétents dans les ambassades ou en recueillant des éléments d'analyse du dispositif « Erasmus+ ». L'agence « Erasmus+ » France est basée à Bordeaux.

Le champ est donc à la fois ciblé et vaste. Comme l'a indiqué le président Boyer, nous serons probablement amenés à réserver les réunions plénières aux auditions les plus importantes ou structurantes. Les auditions à caractère plus technique ou ciblé pourraient se tenir en format rapporteur, élargi à l'ensemble des membres de la mission intéressés, sans doute les jeudis après-midi, en visioconférence s'il le faut.

En formation plénière, il me paraîtrait utile d'auditionner très rapidement la directrice générale de l'enseignement et de la recherche (DGER) du ministère de l'agriculture, l'Office national d'information sur les enseignements et les professions (Onisep), les chambres d'agriculture, ou encore le président-directeur général de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Une table ronde à dimension prospective pourrait également être envisagée rapidement, à la lumière du forum intitulé « Enseignement agricole : quelles évolutions pour demain ? », organisé en 2019 par les services du ministère de l'agriculture. Nous pourrions également organiser des tables rondes avec les syndicats agricoles, avec les fédérations ou associations des différents types d'établissements concernés, avec certains proviseurs ou directeurs d'établissement, avec les syndicats d'enseignants et les fédérations de parents d'élèves. Il serait également souhaitable de recueillir l'avis des élèves eux-mêmes.

Nous devrions avoir des échanges avec les associations représentant les collectivités territoriales, et en particulier avec Régions de France. Nous devrions également entendre, au minimum, les ministres chargés de l'agriculture et de l'éducation nationale, plutôt à la fin de la mission. En fonction des éléments qui apparaissent au cours de nos travaux, des échanges avec plusieurs autres ministres ou avec leurs services pourront être envisagés. Je pense en particulier aux ministres chargés du travail, de l'enseignement supérieur, de la mer, des outre-mer et de la transition écologique, ainsi qu'au Haut-commissaire au Plan.

Nous serons par ailleurs amenés à entendre les responsables du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux, ainsi que de l'inspection de l'enseignement agricole.

Dans la mesure du possible, sous réserve de l'évolution de la situation sanitaire, je souhaiterais que nous puissions nous rendre dans quelques départements, comme l'a évoqué le président Boyer, pour visiter des établissements d'enseignement et des exploitations, rencontrer des élèves de l'enseignement agricole dans sa diversité, mais aussi échanger avec les services déconcentrés de l'État. Un déplacement à Bruxelles ou dans un pays de l'Union européenne pourrait également être envisagé, si l'évolution de la situation sanitaire le permet.

Des événements comme les journées portes ouvertes des établissements ou la semaine de l'agriculture française pourraient notamment être mis à profit pour aller à la rencontre des acteurs de terrain. Je souhaite en tout état de cause que nous adoptions un mode de fonctionnement très participatif, afin que chacun d'entre nous soit, en quelque sorte, un ambassadeur des travaux de la mission. Nous pourrons constituer une grille commune d'entretien. Ainsi, si l'état d'urgence sanitaire limite nos capacités de déplacement en région, chacun d'entre nous pourra multiplier les rencontres dans son département. Établir une liste commune de questions - au moins pour les plus importantes - nous permettra un traitement consolidé des réponses. Nous sommes très attendus. D'ailleurs, j'avais reçu de très nombreux remerciements pour notre démarche lors de l'examen du projet de loi de finances.

Par ailleurs, je veillerai à associer à nos réflexions, le moment venu, nos collègues particulièrement investis sur les questions agricoles qui ne sont pas membres de notre mission. Le programme s'annonce dense si l'on veut aboutir d'ici la fin juin. Il paraît néanmoins souhaitable de respecter ce délai pour que nos travaux aient le maximum d'impact, sur le projet de loi de finances, voire dès la rentrée scolaire. Si nous ne parvenons pas à terminer le rapport en juin, il faudra viser la mi-septembre, afin d'avoir un certain impact médiatique.

Comme le président Boyer l'a évoqué, nos travaux en mission plénière seront publics. Si cela s'y prête, et en veillant naturellement à ce que les personnes auditionnées se sentent libres de leurs propos, je suggère qu'en plus du compte rendu qui sera publié, certaines auditions soient ouvertes à la presse et au public. Sous réserve de la disponibilité des moyens techniques du Sénat, elles pourraient également être captées et diffusées en direct sur le site Internet du Sénat.

M. Jean-Marc Boyer, président. - Par rapport aux travaux précédents sur le sujet, je vois trois éléments nouveaux. La crise sanitaire, d'abord : comment influencera-t-elle l'enseignement agricole ? L'impact des objectifs de transition écologique et énergétique, ensuite, qui se fera ressentir sur l'évolution des spécialités agricoles. La réforme de la PAC, enfin, qui influera sur l'installation des jeunes agriculteurs. Depuis plusieurs années, l'Éducation nationale essaie de « mettre la main » sur l'enseignement agricole, qui est à la pointe de son fonctionnement. Ainsi, la réforme du Baccalauréat ne fait que transposer ce qui existe depuis une vingtaine d'années dans l'enseignement agricole, et l'Éducation nationale n'a fait que copier son fonctionnement. Sur le plan pédagogique comme en matière d'organisation, l'enseignement agricole a toujours été précurseur. C'est pourquoi l'Éducation nationale cherche sans cesse non seulement à copier son fonctionnement, mais aussi à s'approprier ses filières. Les établissements y sont organisés par spécialités : culture, élevage, vins et vignes, horticulture, etc. C'est ce qui fait la force et l'originalité de l'enseignement agricole.

M. Max Brisson. - La crise sanitaire frappe durement les établissements de l'enseignement agricole, les empêchant de se faire connaître auprès des jeunes susceptibles de s'inscrire. L'heure n'est guère, en effet, aux salons ni aux forums. Leurs recettes propres baissent et sont menacées. La situation est inquiétante pour beaucoup d'entre eux. Ces établissements sont pourtant des creusets d'innovation pédagogique, d'insertion et de méritocratie républicaine. La discussion budgétaire a été houleuse, le ministère de l'éducation nationale ayant du mal à accepter l'idée que des activités d'enseignement puissent échapper à son périmètre. L'enseignement agricole a été victime de coupes budgétaires et sa pérennité peut être remise en cause. Je soutiens le programme de travail, ambitieux, proposé par notre rapporteure. Nous devons aussi tenir compte de la diversité des missions, des enseignements, des statuts des établissements, et donc de leur organisation, car ils bénéficient d'une plus grande autonomie que dans l'Éducation nationale. Je suis persuadé que nous apprendrons beaucoup en nous déplaçant sur le terrain et découvrirons nombre d'initiatives originales.

Mme Nadia Sollogoub. - Je soutiens la méthode proposée par notre rapporteure. L'enseignement agricole doit s'adapter à de nouveaux enjeux - comme le changement climatique -, à de nouvelles pratiques, à de nouvelles techniques - comme l'usage des drones dans les exploitations - et à des publics nouveaux, car de plus en plus de personnes effectuent des reconversions professionnelles à des âges très variés. Je connais ainsi le cas de médecins retraités qui ont passé un CAP pour se lancer dans l'élevage.

Mme Françoise Férat. - Vous avez eu raison d'évoquer le « hold-up » que l'Éducation nationale veut faire sur l'enseignement agricole. Il y a quelques années déjà, nous avions dû demander l'arbitrage de François Fillon, alors Premier ministre, pour éviter que le ministère de l'éducation nationale ne récupère le programme 143 consacré à l'enseignement technique agricole. Or si cette filière forme aux techniques de production agricole, elle forme aussi à de nombreux autres métiers, qui sont pourtant mal connus. C'est une formation technique, mais elle construit aussi l'homme ! Elle développe l'ouverture d'esprit. Jean-Michel Blanquer était le directeur général de l'enseignement scolaire de Luc Chatel, lorsque nous avons bataillé auprès de lui pour défendre la cause de l'enseignement agricole. J'espère qu'il ne l'aura pas oublié. Enfin, je ne peux que vous inviter dans la Marne, qui comprend un lycée viticole de grande qualité, plusieurs maisons familiales rurales, un lycée agricole public et des lycées relevant du Conseil national de l'enseignement agricole privé (Cneap).

M. Joël Labbé. - Lorsque l'on réfléchit aux formations, il faut penser aux débouchés. La moitié des agriculteurs devrait partir à la retraite dans les dix prochaines années. Il faut estimer précisément les besoins, pour éviter les décalages entre l'offre et la demande à la sortie de la formation. Par ailleurs, le développement de l'agriculture biologique est une tendance lourde. Comment l'enseignement agricole y répond-il ? On assiste aussi à une aspiration à la relocalisation de l'alimentation, ce qui suppose de former les futurs professionnels non seulement à la production, mais aussi aux techniques de transformation, de vente ou de négociation.

M. Jean-Marc Boyer, président. - Vous avez raison, il y souvent un décalage entre l'orientation donnée et les besoins réels. De nombreux titulaires d'un BTS Environnement, par exemple, ont eu du mal à trouver un emploi, faute de débouchés à l'issue de leur formation. Il faut donc travailler sur l'adéquation entre les besoins anticipés et le contenu des formations proposées.

M. Vincent Segouin. - L'enseignement agricole est une filière d'avenir. Sa situation me rappelle celle de l'apprentissage, qui dépendait des ministères du travail et de l'éducation nationale, et était, de fait, négligée par les deux. Finalement, la situation a été clarifiée et la filière a rebondi avec succès. Peut-être devrions-nous nous inspirer de cet exemple.

M. Max Brisson. - Il ne faut pas oublier toutefois qu'une grande partie des effectifs du ministère de l'agriculture travaille dans les établissements d'enseignement agricole. L'arrimage à ce ministère est donc justifié.

M. Jean-Marc Boyer, président. - Selon les données du ministère de l'agriculture et de l'alimentation pour l'année 2020, on comptait 216 lycées agricoles publics, 211 lycées agricoles privés et 367 maisons familiales rurales, qui ont un statut associatif. Cela témoigne de l'importance de l'enseignement agricole en matière d'aménagement du territoire.

M. Pascal Allizard. - Beaucoup d'agriculteurs regrettent de ne pas avoir été assez formés aux techniques de négociation, au droit ou à l'économie et ils se sentent parfois en position de faiblesse face à leur banquier ou à leur coopérative, et même parfois face à la Mutualité sociale agricole.

Mme Marie-Christine Chauvin. - J'observe que les maisons familiales rurales ont beaucoup de difficultés à recruter. S'agit-il d'un problème d'orientation ? Enfin, élue du Jura, je ne peux que saluer l'École nationale d'industrie laitière (ENIL), qui forme les fromagers.

M. Jean-Marc Boyer, président. - Les lycées agricoles et les maisons familiales rurales sont complémentaires : les premiers accueillent des élèves souhaitant suivre un cursus en lycée et poursuivre éventuellement par un BTS ensuite, tandis que les élèves des maisons familiales rurales souhaitent s'orienter vers les services et suivent une formation en alternance.

Mme Annick Billon. - Permettez-moi d'abord de saluer l'engagement de Françoise Férat sur ce sujet depuis des années, tout comme celui de notre rapporteure à l'occasion du budget. Je rappelle aussi que la délégation aux droits des femmes du Sénat avait publié, en 2017, un rapport Femmes et agriculture : pour l'égalité dans les territoires, qui abordait toutes les problématiques de l'enseignement à l'orientation, la question de la formation parfois stéréotypée des jeunes filles dans l'enseignement agricole, les difficultés de trouver des stages, à accéder au foncier, etc. Enfin, je ne peux qu'inviter notre mission à se rendre en Vendée pour découvrir, notamment, le tissu dense de MFR...

Mme Pascale Gruny. - Et la mer !

Mme Annick Billon. - En effet ! Les MFR ont des difficultés de recrutement et pâtissent d'une perte de ressources. Pourtant ces établissements proposent une éducation différente, avec des débouchés à la clef.

M. Jean-Marc Boyer, président. - Si nous vous suivons, nous allons faire le tour de la France ! En ce qui concerne la parité dans l'enseignement agricole, une évolution a eu lieu : la campagne de promotion du fromage Saint-Nectaire met ainsi en avant une jeune productrice, titulaire d'un BTS, qui vient de s'installer. Cela aurait été inimaginable il y a quelques années !

Mme Pascale Gruny. - Dans l'Aisne, les agriculteurs peinent à trouver des apprentis formés. J'ai aussi été frappée de constater en visitant un lycée agricole qu'aucun élève n'envisageait de devenir exploitant agricole. La plupart voulaient s'occuper d'animaux, mais je ne suis pas sûre qu'il s'agisse des animaux de la ferme...

M. Serge Mérillou. - Quand l'agriculture va mal, les métiers de l'agriculture vont mal et l'enseignement agricole est touché ; à mon plus grand regret, car je suis issu de cette filière ! Enfin, la mission sera aussi la bienvenue en Dordogne !

M. Jean-Pierre Decool. - Je voudrais souligner l'excellence de l'enseignement agricole. Dans le Nord, plusieurs lycées agricoles ont noué des partenariats avec des lycées d'enseignement général et les résultats sont spectaculaires. Des passerelles existent pour les élèves, comme pour les professeurs, et l'orientation des élèves est facilitée. Nous devrions nous inspirer de cet exemple. Enfin, je voudrais évoquer la filière brassicole. Je veux notamment saluer la qualité et l'originalité du lycée spécialisé pour la filière brassicole en Alsace.

M. Pierre Louault. - On manque de professionnels des parcs et jardins : on n'enseigne plus les techniques permettant de former les arbres fruitiers ni la technique de l'espalier. Peu de personnes maîtrisent ces gestes. Il s'agit de compléments de formation que l'on pourrait insérer dans les cursus d'horticulture. Les besoins sont là !

M. Jean-Marc Boyer, président. - L'enseignement agricole a toujours eu un problème de communication pour faire connaître ses filières, ses spécialités, ses débouchés, ses résultats - pourtant excellents ! Les journées portes ouvertes, les salons peinent à trouver leur public. J'ai été intéressé lorsque vous avez évoqué l'expérience d'un partenariat entre un établissement d'enseignement agricole et un lycée général. Dans mon département, on peine à rapprocher au sein d'un pôle éducatif unique un collège et un lycée professionnel agricole, pourtant voisins, afin de développer les passerelles et faciliter l'orientation des élèves. Les enseignants du collège de l'enseignement général n'adhèrent pas à ce projet, comme si aller faire cours « aux paysans » était dévalorisant. Je déplore aussi les barrières entre les administrations des ministères de l'éducation nationale et du ministère de l'agriculture...

Mme Nathalie Delattre, rapporteure. - L'enseignement agricole est durement frappé par la crise sanitaire. Tous les établissements n'ont d'ailleurs pas fait remonter leurs problèmes et nous connaissons donc mal l'étendue des difficultés. On risque d'avoir de mauvaises surprises.

Notre mission ne doit pas se concentrer uniquement sur la production, mais a bien vocation, selon moi, à aborder le triptyque « produire, transformer et vendre », ce qui inclut les nouveaux circuits de vente, comme les circuits courts, et la dimension entrepreneuriale. Il est important de déterminer le nombre de jeunes à former pour remplacer les départs en retraite, afin de veiller à l'équilibre entre et au sein des filières. La difficulté est que les filières n'ont pas de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. En viticulture, les tractoristes polyvalents sont ainsi très recherchés, mais ils sont trop peu nombreux car la filière n'a pas su anticiper. Les filières font face à cet égard à des problématiques qui relèvent de plusieurs ministères et elles ont du mal à trouver un interlocuteur, la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF) ou les services de la direction académique des services de l'Éducation nationale ne se sentant pas forcément pleinement compétents en la matière.

Pour pallier les difficultés de recrutement, une initiative intéressante avait été lancée : le camion de « l'Aventure du vivant », qui sillonne la France pour présenter les différentes filières aux parents et aux jeunes. L'expérience avait bien commencé, mais à cause de la crise sanitaire, il n'a pu faire que deux escales... Avec la crise et la suspension des salons, on peut s'inquiéter pour la rentrée prochaine.

Les MFR accueillent souvent des élèves dont les autres filières ne veulent pas et leur permettent de trouver leur voie. Or les taux d'insertion professionnelle sont remarquables, parmi les plus élevés, notamment à dix-huit mois. Les MFR sont des lieux d'excellence. Chacune dépend d'une association. La direction générale de l'enseignement et de la recherche (DGER) aimerait qu'elles fusionnent. Cette diversité constitue pourtant leur force et, en la matière, je suis une girondine convaincue !

M. Labbé a été rapporteur de la mission d'information du Sénat sur le développement de l'herboristerie et des plantes médicinales. Il sera heureux d'apprendre qu'en Gironde, une MFR vient de créer une section consacrée à l'herboristerie et aux plantes médicinales, preuve que nos travaux sont suivis ! Je lirai également volontiers le rapport de 2017 de la délégation aux droits des femmes sur les femmes et l'agriculture.

Mme Gruny a raison, la mer est un sujet important. Les lycées des métiers de la mer relèvent principalement du ministère de la mer et du ministère de l'éducation nationale, et peu du ministère de l'agriculture et de l'alimentation, ce qui mérite d'être analysé.

Monsieur Mérillou, si la mission ne se rend pas en Dordogne, je m'y rendrai volontiers : j'y ai grandi et mes parents y habitent encore ! Monsieur Decool, nous n'oublierons évidemment pas non plus la filière brassicole dans nos travaux. Enfin, monsieur Louault, les établissements peuvent créer des mentions complémentaires ; nous pourrons sans doute attirer l'attention sur la filière que vous évoquez.

M. Jean-Marc Boyer, président. - Je vous remercie. Notre programme sera bien chargé !

La réunion est close à 19 h 10.