Comment mettre fin à l'explosion de la violence au quotidien ?

Mme la présidente.  - L'ordre du jour appelle le débat sur le thème : « Comment mettre fin à l'explosion de la violence au quotidien ? », à la demande du groupe Les Républicains.

Mme Muriel Jourda, pour le groupe Les Républicains .  - Vaste débat, sollicité par notre groupe, que nos propos ne résoudront pas. Ils nous permettront toutefois de mettre en valeur certains éléments de réponse.

Quelle place la société réserve-t-elle à la violence ? Aucune, évidemment, car nous avons constamment cherché à l'éradiquer par nos organisations.

C'est d'abord le rôle de la démocratie, qui permet de résoudre les différends de nos sociétés humaines. Nos désaccords se règlent par la parole et le vote -  l'alternance nous permet de changer d'horizon.

C'est ensuite le rôle de l'État de droit, qui permet d'éradiquer la loi du plus fort. Le Parlement décide, l'Exécutif exécute et le juge met en oeuvre -  ou sanctionne l'absence de mise en oeuvre des règles. Ainsi, la violence du plus fort ne s'impose pas aux autres. L'État a non pas le monopole de la violence, mais l'usage légitime de la force.

La société devrait donc être apaisée, or elle ne l'est pas toujours ! Certains faits nous le rappellent : l'un de nos collègues, candidat malheureux aux dernières élections, a dû être exfiltré par les CRS. C'était le fait d'un parti, allié à un groupuscule dont les membres ont mis à mort, à coups de pied, un militant qui n'avait pas les mêmes idées : La France insoumise. Ce parti politique a redonné une place à la violence. Nous ne pouvons pas admettre le retour d'une violence presque institutionnelle. Nous devons éradiquer la violence de nos institutions, sinon comment justifierons-nous devant nos concitoyens qu'elle n'a pas sa place dans la société ?

Comment cette violence se caractérise-t-elle ? Ne nous cachons pas derrière des chiffres en trompe-l'oeil qui nous diraient que la violence est stable en France... Si l'on se fie aux chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur, la violence a augmenté de près de 200 % depuis la fin des années 1990 ! Son niveau est donc certes stable, mais à un niveau élevé.

Et cette violence s'est répandue partout sur le territoire. Un ministre avait parlé d'un « sentiment d'insécurité »... On pensait alors que la violence était réservée aux grandes villes ! Or, selon le ministre de l'intérieur, dans les zones rurales et les villes moyennes - en « province » comme l'on disait -, la violence est également présente.

Qui sont les auteurs de ces violences ? Je pense d'abord aux mineurs, parfois embrigadés dans la criminalité organisée. Alors qu'ils représentent 21 % de la population, les mineurs constituent 33 % des auteurs d'agressions sexuelles. Nous ne nous immiscerons pas dans les familles, mais nos institutions doivent rétablir l'autorité, y compris en sanctionnant. Nous ne sommes plus en 1945. Maurice Berger a travaillé sur la délinquance des mineurs ; sans cadre contenant, l'éducatif ne sera jamais efficace.

Je pense aussi aux étrangers, qui sont 8 % en France, mais 24 % en prison. Il y a une difficulté à accueillir des gens qui ne partagent pas notre vision apaisée de la société.

Il faut aussi débattre des sanctions, car l'exécution des peines est déficiente. Pour certains mineurs, la peine doit être effective et rapide pour être efficace.

Débattons de la violence sans tabou, sauf à accepter qu'elle demeure dans notre société... (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; Mme Anne-Sophie Patru applaudit également.)

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur.  - Je remercie le groupe Les Républicains d'avoir demandé l'inscription de ce débat à l'ordre du jour : beaucoup trop de nos concitoyens sont confrontés à des situations de violence.

Laurent Nunez et le Gouvernement sont déterminés à éradiquer l'insécurité, autant que faire se peut, en lien avec les parlementaires. De nombreuses actions ont d'ores et déjà été engagées et le programme législatif des semaines et des mois à venir est dense.

Mme Michelle Gréaume .  - Les violences du quotidien, qui ne sont pas l'addition de faits divers ou de statistiques, traduisent un malaise profond. Dans nos quartiers, nos villages, beaucoup ont un sentiment d'abandon, d'insécurité et de relégation. En laissant le marché fracturer notre société, en abandonnant les plus précaires, on crée de l'hostilité et des incivilités. La détérioration du lien social nourrit une spirale de violence.

Les chiffres sont connus : 473 000 victimes de violences physiques en 2025 -  dont plus de la moitié sont invisibles, car intrafamiliales  - et 272 400 victimes de violences conjugales en 2024 -  dont 85 % de femmes. Depuis le 1er janvier, 27 féminicides ont déjà été commis ; elles ont été 168 martyres en 2025.

Face à la violence, les réponses doivent être claires : oui, il faut des sanctions -  l'impunité ne peut être la règle. Mais il faut aussi réparer, matériellement et moralement. Ne cédons pas à une vision uniquement répressive : l'accumulation de mesures sécuritaires serait une impasse. Les violences du quotidien ont aussi leur origine dans des fragilités sociales, territoriales et humaines.

La prévention est essentielle. Ainsi, le manque de psychiatres et de psychologues est criant, alors qu'il faut investir dans l'accompagnement et proposer un horizon à notre jeunesse. Cela passe aussi par l'égalité femmes-hommes. Les violences sexistes et sexuelles sont invisibilisées.

Prévenir, protéger et accompagner doivent être nos priorités.

La prévention, ce sont des médiateurs dans les transports, des services publics accessibles, de la police de proximité. Il faut aussi redonner à l'école les moyens de remplir sa mission, grâce à des équipes formées à la gestion des conflits et au respect de l'autorité légitime. Nos services publics doivent aussi favoriser la culture, la santé et le sport.

Nous devons construire une politique de territoire. La sécurité, ce ne sont pas toujours plus de caméras et de forces de l'ordre, mais un urbanisme et des transports de qualité, des services publics accessibles, un lien social vivant. Il faut aussi lutter contre les trafics de stupéfiants qui gangrènent les territoires, comme en témoignent les drames récents à Marseille.

La sécurité, droit fondamental, ne se décrète pas ; elle se construit dans la durée. Refuser les simplifications, agir sur les causes profondes, redonner à chacun sa place dans la République, voilà comment faire reculer les violences du quotidien.

Mme Mélanie Vogel .  - Il ne s'agit pas de débattre de la violence en général - problème que nous souhaitons tous régler... Le titre évoque une « explosion de la violence au quotidien ». Or les chiffres ne le montrent pas. Il y a de la violence, certes, mais sans explosion. Nos démocraties sont de moins en moins violentes, comme le prouvent dix des dix-sept indicateurs du ministère de l'intérieur.

Cela dit, certaines violences augmentent ou stagnent à des niveaux trop élevés : les violences machistes, les violences sexuelles et sexistes, les féminicides, les violences sur les enfants, les violences racistes, notamment antisémites, les violences contre les personnes LGBT, les violences liées au narcotrafic.

Qui en sont les victimes ? Les femmes, les minorités, les enfants, les jeunes pris dans les réseaux de narcotrafic.

Voici le profil type de l'auteur de ces violences : un homme français, entre 20 et 40 ans, d'origine sociale compliquée. Plus la violence est grave, plus elle est masculine : 97 % des mis en cause pour violences sexuelles et sexistes sont des hommes, 91 % pour les tentatives d'homicide, 93 % pour les vols avec violence. À 54 %, ces violences ont lieu dans la sphère familiale.

Le fantasme d'une violence qui augmenterait -  notamment à cause des étrangers  - est donc contredit par les chiffres. La violence existe dans nos familles, nos foyers, nos cercles de proches.

Pour lutter contre cette violence, il faut éduquer les garçons -  via notamment l'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité à l'école  - , protéger les femmes et les enfants, lutter contre la précarité et l'isolement. Nous avons beaucoup agi contre le narcotrafic et examinerons un nouveau texte le 7 mai prochain.

Comme l'a dit Mme Jourda, violence et démocratie sont liées : des institutions vivantes canalisent la violence. (Applaudissements sur les travées du GEST ; M. Christian Bilhac applaudit également.)

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué.  - Pour sauvegarder notre démocratie, il faut préserver la fraternité, et donc lutter contre toutes les formes de violence. Cela passe par une politique équilibrée entre répression et prévention.

Certaines violences augmentent, notamment les violences gratuites et la violence des mineurs. Mais vous avez raison de souligner que d'autres diminuent : ainsi, il n'y a jamais eu aussi peu de vols dans les transports depuis dix ans.

La violence est protéiforme : il faut en examiner toutes les formes, tous les auteurs, toutes les victimes. Vous avez cité un certain nombre de victimes, mais n'oublions pas les élus, les agents du service public et les forces de l'ordre, auxquels je réaffirme le plein soutien du Gouvernement.

M. Christian Bilhac .  - (Applaudissements sur les travées du RDSE) Le groupe Les Républicains propose de mettre fin à l'explosion de la violence au quotidien.

Sans entrer dans une bataille de chiffres, je rappellerai quelques vérités : la violence quotidienne est d'abord intrafamiliale, avec un taux de féminicides et de violences envers les femmes très élevé et des enfants qui en sont les victimes collatérales. C'est un tabou, comme l'inceste ou la pédocriminalité, ainsi que nous l'avons récemment vu dans le secteur de la petite enfance à Paris... Malgré nos efforts, nous sommes encore en retard, notamment par rapport à l'Espagne.

Nous sommes loin du voeu de Victor Hugo « ouvrir une école, c'est fermer une prison ». Renforcer la prévention, en tirant tous les enfants vers la réussite scolaire, doit être la première de nos préoccupations.

Sur les réseaux sociaux, la violence explose : le harcèlement peut conduire au suicide. Les réseaux nourrissent une surenchère de violence, qui aboutit parfois à des meurtres, comme ceux de Samuel Paty et de Dominique Bernard. Avec l'agression de professeurs par des adolescents, une digue a cédé : les établissements scolaires ne sont plus des sanctuaires.

Comment expliquer que certains ne respectent ni les règles du vivre ensemble ni l'autorité publique ? Même les sapeurs-pompiers se font caillasser ! On pourrait apporter des réponses toutes faites : « c'est la faute des parents », ou « nous manquons de places de prison »...

Mais notre politique familiale ne s'est pas adaptée à l'évolution des modèles familiaux. Certains parents, qui ne manquent pourtant pas de volonté, sont incapables d'exercer leur autorité, en raison des épreuves de la vie.

Et il faudrait des dizaines d'années pour construire les nouvelles places de prison annoncées. En outre, partir du postulat que nous manquons de places de prison, c'est parier que la violence ne peut qu'augmenter...

L'État ne doit pas abandonner la sécurité aux communes, dont les budgets sont de plus en plus contraints. La police municipale ne peut pas pallier les carences de l'État en matière de sécurité publique - domaine éminemment régalien.

Marianne ne doit pas abandonner ses enfants, qui risqueraient d'être adoptés par le crime organisé ou les réseaux islamistes radicaux. Il faut donc offrir à notre jeunesse, dès 3 ans, un accompagnement républicain, avec des activités périscolaires, organisées dans chaque commune, mais financées par la République.

Digne héritier de Clemenceau, je ne suis pas un Bisounours : l'ordre républicain doit être rétabli, dès le plus jeune âge. Une violence dans la cour de récréation doit être aussitôt sanctionnée, tout comme les actes d'incivilité ou de petite délinquance, par le maire, avec des travaux d'intérêt général, sans passer par le parquet.

Prévention, encadrement, formation, éducation : tels sont les axes préconisés par le RDSE. (Applaudissements sur les travées du RDSE ; Mme Paulette Matray applaudit également.)

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué.  - Il n'y a pas de fatalité en matière de violences intrafamiliales ou scolaires.

Beaucoup a déjà été fait : des enquêtes systématiques sont menées dès qu'il y a violence dans le foyer ; l'accueil des femmes victimes a été amélioré ; les armes sont systématiquement saisies ; les policiers et les gendarmes ont été formés à l'accueil des victimes.

La prévention doit être développée à l'école. Mais il faut aussi sécuriser les établissements : l'an dernier, 23 000 d'entre eux ont été contrôlés et près de 1 000 armes saisies.

Face à la violence, il y a des solutions, que nous saurons trouver ensemble.

Mme Anne-Sophie Patru .  - (Applaudissements sur les travées du groupe UC et du RDSE ; M. Cédric Chevalier applaudit également.) Les violences au quotidien, ce ne sont pas seulement des statistiques, ce sont des vies touchées, des familles traumatisées, des quartiers qui s'isolent. Nous avons tous entendu ces craintes pendant les élections municipales : la première préoccupation de 73 % des Français est la sécurité.

Incivilités, narcotrafic, règlements de comptes, halls d'immeuble transformés en zones de deal, rodéos urbains... Ces phénomènes ne sont plus cantonnés aux quartiers dits sensibles, ils gagnent d'autres quartiers et même des villages.

Ce débat témoigne de la vigilance constante du Sénat sur les enjeux républicains : la sécurité, la tranquillité publique et la confiance dans nos institutions.

La loi Narcotrafic issue des travaux du Sénat en témoigne, tout comme le projet de loi sur les polices municipales, que notre groupe a voté pour redonner aux maires les moyens de protéger leurs concitoyens. Avec ces avancées majeures, le Sénat montre qu'il écoute les territoires et qu'il agit.

Mais, monsieur le ministre, les décrets d'application se font attendre, notamment ceux de la loi Narcotrafic -  alors que le phénomène explose dans nos villes et nos campagnes. Pourtant, ces dispositifs ont montré leur efficacité, comme à Rennes, avec la fermeture de commerces et l'expulsion de leur logement social des familles des narcotrafiquants. Quand ces décrets seront-ils publiés ? Quand le projet de loi sur les polices municipales sera-t-il examiné à l'Assemblée nationale ? Ces décrets d'application seront-ils ensuite publiés sans délai ?

Il faut une stratégie globale, coordonnée et ambitieuse, pour renforcer le continuum de sécurité. Au-delà de la question des effectifs, la coordination des actions est centrale. Des expérimentations d'hôtels de police communs, comme à Cesson-Sévigné ou à Dinard, sont intéressantes.

Enfin, il faut agir sur les causes profondes des violences. La répression ne suffira pas. Il faut investir dans la prévention, l'éducation, la cohésion sociale, la médiation. À Rennes, des associations comme le Pas de Côté ou La Maison des citoyens font un travail remarquable et méritent d'être soutenues.

Au-delà des mots, c'est la cohésion de notre République qui est en jeu. La sécurité n'est pas seulement une question de moyens, c'est une question de volonté politique. (Applaudissements sur les travées du groupe UC et du RDSE ; M. Cédric Chevalier applaudit également.)

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué.  - Des initiatives parlementaires très puissantes ont prospéré ; d'autres sont en cours. Mais il faut évidemment que les décrets d'application soient publiés. Le Gouvernement est déterminé à le faire le plus rapidement possible.

Tous les décrets d'application de la loi de Gabriel Attal sur la responsabilité parentale ont été publiés. Nous ferons de même pour les autres textes.

Le texte sur le renforcement de la police municipale et des gardes champêtres arrivera bientôt à l'Assemblée nationale, mais vous connaissez le calendrier parlementaire...

M. Cédric Chevalier .  - (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP et du RDSE) Notre société connaît une montée diffuse de la violence au quotidien.

Plusieurs influences façonnent les comportements - dont les jeux vidéo violents. Il serait illusoire de penser qu'un média qui mobilise des millions de jeunes demeure sans effet sur les comportements. Dans l'univers numérique, la violence n'est plus seulement représentée : elle est pratiquée, répétée, récompensée. Elle s'inscrit dans des mécanismes insidieux qui associent l'élimination à la progression, la domination à la victoire, et finit par s'installer comme norme implicite.

Contrairement aux médias traditionnels, où le spectateur observe une violence fictive, le joueur, lui, en devient l'exécutant virtuel. Ces gestes répétés, banalisés dans l'espace numérique, peuvent perdre de leur gravité dans le réel. Dans Grand Theft Auto (GTA), des actions qui relèvent de l'interdit fondamental - voler, fuir, frapper, tirer - sont récompensées. Dans Mafia, le joueur est immergé dans un univers criminel où il doit s'imposer par la force et la violence. Dans Call of Duty, il faut éliminer ses adversaires, dans un combat permanent.

Dans les modes libres, ou modes en ligne, le joueur se confronte à d'autres joueurs. Des alliances se créent, des clans s'organisent, la logique de confrontation est renforcée.

Quand la norme, des heures durant, est contournée sans conséquence, que la violence cesse d'être sanctionnée, mais devient un moyen de progresser, s'installe une accoutumance lente, imperceptible, dont les effets peuvent être bien réels. En 2023, Emmanuel Macron soulignait que certaines images diffusées sur les réseaux sociaux pouvaient conduire à une forme de « sortie du réel » chez les plus jeunes, qui pouvaient avoir l'impression de vivre dans la rue les jeux vidéo qui les ont intoxiqués. Peut-être le jeu ne suffit-il pas à lui seul à provoquer le passage à l'acte, mais on ne peut nier l'imprégnation progressive, l'influence diffuse. Il convient de rester vigilants.

Ces jeux prolongent leur influence dans les espaces en ligne : GTA est aussi un espace social où l'on s'affronte, où la violence verbale se banalise.

De nombreux psychologues et professionnels de l'enfance alertent sur la dégradation de la santé mentale des adolescents, accentuée par les environnements numériques dans lesquels ils évoluent. L'exposition répétée à des univers violents et conflictuels, combinée à la pression sociale, peut fragiliser des esprits encore en construction. Sans prétendre établir un lien mécanique, nous devons analyser l'impact de ces univers sur l'équilibre psychologique des plus jeunes. Je salue à cet égard la proposition de loi de la députée Laure Miller visant à protéger les mineurs des risques des réseaux sociaux. Ne sous-estimons pas les conséquences de cette familiarité croissante avec la violence virtuelle, qui peut se prolonger dans le réel. Le sujet des jeux vidéo et de l'environnement numérique, vecteurs, catalyseurs ou facteurs aggravants, mérite toute notre vigilance. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP et du RDPI)

M. Hugues Saury .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) La violence est partout : insultes qui dégénèrent, rixes filmées, menaces au couteau, agressions dans les transports, contre les soignants, les enseignants, les élus, violences intrafamiliales. Ce n'est pas qu'un ressenti. En 2025, les tentatives d'homicide ont progressé de 5 %, comme les violences physiques ; les refus d'obtempérer de 11 %, signe d'une banalisation du passage à l'acte : des faits plus fréquents, visibles, trop souvent sans réponse immédiate.

Les causes sont multiples. D'abord, la pression du narcotrafic. En 2025, les infractions liées aux stupéfiants ont augmenté de 6 % pour l'usage et de 8 % pour le trafic. La concurrence entre réseaux, la violence d'intimidation, la circulation des armes transforment l'espace public. Le trafic diffuse ses codes : la force comme raccourci, la peur comme méthode, l'argent rapide comme horizon.

Ensuite, les réseaux sociaux, qui banalisent et mettent en scène la violence, devenue contenu, parfois trophée. Le cycle est toxique : exposition répétée, désensibilisation, imitation, escalade.

L'agressivité numérique touche aussi ceux qui incarnent l'autorité publique. Près d'un maire sur trois a subi une attaque sur les réseaux sociaux en 2025, contre 20 % en 2020.

Des mineurs sont exposés, sans recul ni limites, à des jeux vidéo qui banalisent la violence. Il ne s'agit pas de désigner un bouc émissaire, mais lorsque la violence est ainsi répétée, récompensée, esthétisée, dépourvue de conséquences morales, elle peut brouiller la frontière entre le bien et le mal, le permis et l'interdit, le jeu et la réalité. Chez des jeunes fragiles ou isolés, cela peut altérer les repères, affaiblir l'empathie, déformer la représentation de l'autre.

Autre facteur : immigration et précarité combinées. L'addition des fragilités - chômage, logement indigne, désorganisation familiale, difficultés d'intégration, ghettoïsation - accroît le sentiment d'abandon, la tension sociale et le risque de dérive. Là où l'État paraît lointain, d'autres normes se substituent : la bande, la loi du plus fort ou l'emprise du trafic.

L'éducation joue aussi un rôle : à la maison et à l'école, la violence prospère quand on n'apprend plus à gérer la frustration, à contrôler l'impulsivité, à résoudre un conflit par la parole, quand l'autorité n'est plus reconnue, quand l'autre est perçu comme un obstacle ou une cible.

Enfin, il y a la lenteur de la réponse pénale, qui lui ôte sa force et nourrit le sentiment d'impunité. Quand les auteurs récidivent avant jugement, la société se décourage. La justice doit être rapide, lisible et surtout exécutée. Notre stratégie doit reposer sur deux piliers : fermeté répressive et redressement éducatif. La sanction doit être certaine, les délais raccourcis, les procédures simplifiées. La rapidité est la condition de la crédibilité. Il faut une graduation claire, mais une ligne ferme : tolérance zéro pour les violences intrafamiliales, les violences racistes ou antisémites ou contre les agents publics. La réponse doit être proportionnée, la peine, effective, avec contrôle des aménagements et capacité carcérale suffisante pour les profils violents et récidivistes.

Reconquérir l'espace public suppose une police visible et ancrée, qui traite aussi les incivilités, terreau de la délinquance. Il faut une meilleure coordination entre police nationale, municipale, gendarmerie, opérateurs de transports publics, bailleurs et services sociaux.

Il faut frapper au coeur le narcotrafic : saisies patrimoniales, lutte anti-blanchiment, démantèlement des têtes de réseau, protection des témoins, coopération internationale, action contre le recrutement des mineurs. Casser l'économie criminelle, c'est assécher la violence.

Renforçons les cyberpatrouilles, retirons plus vite les contenus violents illégaux, coopérons mieux avec les plateformes. La République ne peut pas laisser prospérer des vitrines numériques de la brutalité.

Il faut aussi reconstruire des repères, en soutenant la parentalité et en luttant contre le désengagement. Il faut mieux accompagner les familles isolées, mieux articuler l'école, les services sociaux et les services de santé, mais aussi responsabiliser les parents défaillants, y compris par la sanction.

Sur les réseaux sociaux, il faut contrôler l'accès des mineurs à certains contenus, vérifier l'âge, lutter contre les comptes glorifiant la violence, sensibiliser les parents aux risques encourus par leurs enfants.

L'éducation nationale doit redevenir un rempart par l'apprentissage des règles, du respect, de la gestion des conflits. Cadre scolaire cohérent, sanctions compréhensibles, protection des équipes éducatives, prise en charge des élèves en rupture.

La violence du quotidien, celle de l'automobiliste pris à partie pour une place ou un klaxon, des femmes harcelées dans la rue, insultées pour une tenue non conforme à un dogme religieux, assignées à la peur : cette violence dite ordinaire ne l'est jamais pour ceux qui la subissent. Est-elle la conséquence de la dégradation du climat social, d'un affaissement des règles communes ? Ou bien la cause de violences plus graves, en banalisant l'agression et l'irrespect, en érodant les inhibitions ? Sans doute les deux à la fois. À force, la société s'habitue à la brutalité. La civilité, la confiance et le vivre ensemble régressent.

Cette violence n'est pas une fatalité : elle recule quand l'État protège, quand la justice répond vite, quand la police tient le terrain, quand le trafic est frappé au portefeuille, quand l'école reconstruit les repères.

Nous devons réaffirmer l'autorité du droit : punir, mais aussi prévenir, réparer, transmettre ; refaire de la civilité une exigence commune, du respect une règle. C'est à cette condition que nous pourrons restaurer la confiance, retisser les liens humains et retrouver ordre, dignité et paix civile. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué.  - Le Gouvernement mène une politique sécuritaire de terrain, avec plus de 10 000 effectifs supplémentaires depuis 2017, mais aussi sur le terrain numérique. Outre la proposition de loi Miller pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, il faut citer la mise en place de la plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements (Pharos), de cybermalveillance.gouv.fr et du 3018, qui permettent aux victimes ou témoins de violences numériques d'alerter immédiatement. Nous parvenons à faire effacer, parfois en quelques heures seulement, des contenus préjudiciables. Nous avons encore du chemin à faire, mais ces premiers éléments montrent que nous pouvons, ensemble, obtenir de très bons résultats.

Mme Patricia Schillinger .  - (Applaudissements sur les travées du RDSE) Les élections municipales ont rappelé que la sécurité du quotidien était une préoccupation majeure de nos concitoyens, confrontés, dans trop de communes, à des violences devenues presque ordinaires : tirs de mortiers, rodéos urbains, rassemblements illicites, refus d'obtempérer, occupations illégales, intimidations ou dégradations. Le sentiment d'impunité fragilise l'autorité publique, mine la confiance dans la parole de l'État et épuise ceux qui, sur le terrain, tiennent la République debout. Les refus d'obtempérer ont augmenté de 11 % en 2025 pour atteindre 28 000 faits ! C'est grave. L'autorité de la règle recule quand la certitude de la sanction s'efface.

Face à cela, le Sénat n'est pas resté inactif : il a légiféré sur la lutte contre le narcotrafic, la lutte contre les occupations illicites, sur la police municipale et les gardes champêtres.

La sécurité du quotidien ne se décrète pas depuis Paris ; elle se construit sur le terrain. Cela suppose que les maires soient respectés, les forces de sécurité coordonnées, les moyens adaptés et la réponse pénale réellement exécutée. Le problème n'est pas le niveau théorique des peines, mais leur rapidité, leur lisibilité et leur exécution. Quand sera présenté le texte sur la sécurité du quotidien ? Selon quelle méthode ? Toute la chaîne doit suivre : constatation, interpellation, poursuite, jugement, exécution. Nous avons beau avoir durci la loi sur les mortiers, ils restent trop facilement accessibles. Il faut combler les failles, responsabiliser les plateformes, renforcer les contrôles, assécher les filières d'approvisionnement.

La fermeté républicaine n'a de sens que dans le cadre de l'État de droit. Comment le Gouvernement entend-il renforcer la sécurité du quotidien tout en garantissant le respect du cadre républicain et des libertés fondamentales ? Notre ligne est claire : autorité, proximité, exécution des sanctions, soutien aux élus et aux forces de l'ordre, respect absolu de l'État de droit. L'ordre juste, concret, tenu, voilà ce que nos citoyens attendent. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP et du RDSE)

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué.  - Oui, il faut une politique équilibrée - c'est le souhait du ministre de l'intérieur. La politique de sécurité associe ambition nationale et application locale. On a vu, lors du covid, l'efficacité du couple maire-préfet. Les conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) fonctionnent bien.

Je vous invite à écouter Laurent Nunez au journal de 20 heures ; il annoncera des mesures concrètes et efficaces, dont certaines émanent d'initiatives parlementaires.

Face à une menace protéiforme, il faut donner tous les moyens nécessaires aux autorités, pour que force reste à la loi, dans le cadre de l'équilibre des pouvoirs. En démocratie, ce combat ne peut s'inscrire qu'en adéquation avec l'État de droit. Nous partageons cette exigence.

M. Hussein Bourgi .  - (Applaudissements sur les travées du groupe SER, du RDSE et du RDPI) Partout en France, dans les communes urbaines comme rurales, la multiplication des incivilités, la montée du sentiment d'insécurité et notre incapacité à endiguer le fléau des atteintes aux biens et aux personnes s'imposent à nous. Pouvons-nous pour autant parler d'une explosion de la violence ? Je ne le crois pas. N'alimentons pas la psychose, mais disons la vérité aux Français, tant sur les résultats obtenus que sur les défis nouveaux, comme le narcotrafic, sur lequel le Sénat a voté un texte à unanimité.

Je veux évoquer la montée des violences envers les plus fragiles, notamment en milieu scolaire. Ces violences sont physiques, verbales, psychologiques ; elles peuvent être racistes, antisémites, sexuelles, sexistes, homophobes, cibler des traits morphologiques. Jadis confinées dans le cadre scolaire, elles se prolongent désormais dans les transports, dans les cars scolaires, et surtout dans l'espace numérique, avec le cyberharcèlement. Les victimes, traquées H24, n'ont plus droit au répit ; parfois, elles craquent et mettent fin à leurs jours. En moyenne, plus d'un enfant par classe est victime de harcèlement scolaire ; deux, de violences à caractère sexuel. Ce n'est pas marginal, c'est structurel.

La première réponse doit être de renforcer l'encadrement. La prévention passe d'abord par la présence d'adultes en nombre et aux compétences adaptées. Or le constat est sévère : un médecin scolaire pour 13 000 élèves, une infirmière pour 1 300 élèves, un psychologue pour 1 500 élèves. Notre société demande à l'école de tout réparer, de tout prévenir, de tout accompagner, sans lui en donner les moyens.

Le ministre de l'éducation nationale en appelle à la responsabilité parentale, à juste titre. Mais l'État ne peut se défausser de ses propres responsabilités, voire de ses carences. La réponse sécuritaire ne suffit pas. Présence policière, fouille des sacs, portiques de sécurité ont leur utilité, face aux risques d'intrusion ou d'attentat, et certaines situations exigent des réponses policières et judiciaires. Mais s'en tenir à une logique de contrôle serait une erreur, car la violence s'enracine dans des fragilités sociales, elle prospère là où l'État s'est progressivement retiré.

La sécurité ne se décrète pas, elle se construit patiemment en traitant les causes profondes, en investissant dans l'humain, en redonnant aux services publics les moyens d'agir. Pour lutter contre le cyberharcèlement ou la haine en ligne, il faut donner des moyens à l'Arcom, à Pharos, à cyber-malveillance.gouv.fr. Il faut agir au niveau européen pour enfin réguler les plateformes.

La délinquance des mineurs s'enracine dans l'échec scolaire. L'appât de l'argent facile entraîne les jeunes dans la spirale de la délinquance, notamment le narcotrafic, qui s'ubérise. Les agents de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) travaillent à flux tendu, sans les moyens humains qui permettraient un suivi personnalisé des primo-délinquants.

Je veux enfin évoquer le fléau des violences intrafamiliales. Le décompte macabre des féminicides nous rappelle qu'il y a urgence à agir -  pour sauver des vies, mais aussi pour prendre en charge les enfants, victimes collatérales et invisibles. Il manque de travailleurs sociaux et de permanences associatives dans les commissariats et les bureaux de gendarmerie. Certains territoires ruraux sont des zones blanches en la matière, or l'isolement est un facteur aggravant. Le coût financier serait bien moindre que le coût humain lorsque des enfants de pères violents reproduisent ces mêmes violences une fois adultes.

Enfin, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) vient de rendre un avis très critique sur le plan contre la haine anti-LGBT.

M. Rachid Temal.  - Ah !

M. Hussein Bourgi.  - Elle pointe une absence de coordination interministérielle, des dispositions inopérantes et formule 127 préconisations. Nous devons y travailler, comme nous le faisons sur la haine antisémite. Nous avons besoin d'une action résolue de l'État, d'une coordination interministérielle.

Évoquer les violences, ce n'est ni flatter les peurs ni faire des propositions simplistes. Nous devons regarder la réalité en face. Ce soir, nous nous sommes efforcés de le faire, avec sérieux et gravité. (Applaudissements sur les travées du groupe SER et du RDSE)

M. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur .  - Je remercie à nouveau le groupe Les Républicains pour ce débat.

Les uns et les autres, vous avez fait entendre les préoccupations du terrain et développé votre vision nationale. Je constate une convergence assez large des approches.

Protéiformes, les violences n'épargnent personne. Il faut toutefois les relativiser : l'action menée conjointement par le Gouvernement et le Parlement a produit des résultats, notamment dans les transports en commun.

La violence est illégitime, où qu'elle frappe : à l'école, dans la rue, en prison, dans les familles. L'engagement de Laurent Nunez et du gouvernement de Sébastien Lecornu à lutter contre toutes ses formes est total, comme notre soutien aux forces de l'ordre et à tous les acteurs de terrain -  préfets, maires et présidents de collectivité. Aucun centimètre carré de la République ne doit être une zone de non-droit.

Les textes législatifs adoptés ces dernières années ont permis des avancées concrètes : loi Tabarot sur la sûreté dans les transports, loi Narcotrafic issue des travaux de la commission d'enquête de Jérôme Durain et Étienne Blanc, loi Attal visant à renforcer l'autorité de la justice à l'égard des mineurs délinquants.

D'autres textes seront examinés dans les mois à venir, car beaucoup reste à faire -  des mesures seront d'ailleurs annoncées dans quelques minutes pour renforcer la sécurité du quotidien. Je pense en particulier au projet de loi sur les polices municipales, que vous avez nourri, et à la proposition de loi de Charles Rodwell sur les risques d'attentat.

Face aux violences, qui portent une atteinte intolérable aux fondements de notre République, il y a une forme de révolte des victimes. Notre réponse doit être à la hauteur de leurs attentes. Je sais que nous avons cette ambition en partage.

M. Stéphane Le Rudulier, pour le groupe Les Républicains .  - (Applaudissements à droite) Il nous faut regarder la réalité en face. Elle est simple et terrible : la violence est en pleine expansion dans notre société.

Dans nos villes comme dans nos villages, des parents s'inquiètent de la sécurité de leurs enfants, des commerçants vivent derrière leur rideau, des personnes âgées ne sortent plus de chez elles. Les forces de l'ordre nous disent manquer de moyens et de soutien.

Sortons de la naïveté et de l'angélisme face à la violence, un cancer national. Trop longtemps, certains ont préféré l'autruche rose au lion tricolore protecteur ; trop longtemps, nous avons assisté à une inversion des valeurs tendant à faire des bourreaux des victimes ; trop longtemps, l'excuse a été préférée à la sanction.

Mais nous ne sommes pas condamnés à l'impuissance. Assurer la sécurité est la première mission de l'État : il faut donc un plan de reconquête de l'autorité, face aux bandes qui imposent leur loi dans certains territoires, aux narcotrafiquants et à tous les réseaux criminels. Nous devons renforcer la force publique partout, de jour comme de nuit. Je salue à cet égard les 700 emplois supplémentaires annoncés dans la filière investigation. Mais il faut aller plus loin et plus vite.

Nous devons aussi rétablir l'autorité de la justice. La prison n'est pas un symbole, et une peine non appliquée n'est pas une peine. Contre le narcotrafic, réfléchissons à des peines planchers, à l'interdiction de paraître dans le quartier où les faits ont été commis ou encore à l'expulsion des criminels étrangers les plus dangereux.

Enfin, la République doit utiliser les moyens technologiques les plus modernes pour garantir la sécurité : vidéoprotection généralisée améliorée par l'intelligence artificielle et reconnaissance faciale pour l'identification des criminels.

La sécurité n'est ni de droite ni de gauche ; elle est la condition de la liberté et la garantie de la République. Quand elle n'est pas assurée, la confiance dans les institutions disparaît, et c'est la démocratie qui vacille.

La République doit être intransigeante avec ceux qui la défient. La sécurité de chacun est une exigence sacrée. Rétablissons l'autorité de l'État avec courage, pour que la France retrouve une certaine douceur de vivre. (Applaudissements à droite)

La séance est suspendue à 19 h 55.

Présidence de Mme Sylvie Vermeillet, vice-présidente

La séance reprend à 21 h 30.