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B. ET UN PROCESSUS DÉMOCRATIQUE FRAGILE SE DESSINE

Le Yémen est la seule République de la péninsule arabique et cette caractéristique n'est pas pour rien dans la chaleur des relations entre ce pays et la France. La délégation du groupe sénatorial a offert au Président de la République Ali Abdallah Saleh une copie de la Marseillaise de Rude pour honorer son action en faveur de la démocratie.

La République du Yémen est de plus une des rares Républiques du monde arabe à pratiquer le pluralisme politique. Si le processus démocratique n'est pas parvenu à son terme, s'il connaît des insuffisances et des limites, force est de constater qu'il a connu depuis dix ans peu de retours en arrière et qu'il a bénéficié des encouragements des institutions internationales.

1. Une démocratie en chemin...

Le Yémen, malgré l'illettrisme d'une grande part de sa population et ses difficultés économiques qui permettraient dans d'autres pays d'éluder la question de la démocratie, peut s'honorer d'un bilan plutôt satisfaisant au regard de ses onze années de vie démocratique. Les progrès récents ont dissipé certains doutes suscités par le déroulement de la campagne pour les élections présidentielles de 1999.

a) Une Constitution adoptée par le peuple

La Constitution yéménite a été adoptée par référendum en mai 1991, amendée le 29 septembre 1994 par le Parlement, puis le 20 février 2001, par le Parlement et par référendum.

Deux articles sont tout particulièrement à remarquer :

- Article 4 : « le peuple est le détenteur et la source du pouvoir. Il l'exerce directement par la voie du référendum et des élections générales... »

- Article 5 : « le régime politique de la République repose sur le pluralisme politique et le multipartisme en vue de l'alternance pacifique au pouvoir. »

Ces deux articles paraissent relativement communs pour la Constitution d'une démocratie occidentale. Ils sont en revanche plus rares dans les Constitutions de la région.

Les révisions constitutionnelles ne sont pas nécessairement en elles-mêmes porteuses de davantage de démocratie. Elles traduisent d'abord le rapport des forces politiques du moment. Ainsi, l'article 3 de la Constitution a été amendé sous l'influence d'al-Islah, dont la montée en puissance s'est faite au détriment du PSY : de source principale de la législation, la Chari'a est devenue source unique de législation.

De même, l'allongement de la durée des mandats de 5 à 7 ans pour le Président de la République et de 4 à 6 ans pour la durée du mandat des députés lors de la dernière révision constitutionnelle, deux mois avant la tenue des législatives peut surprendre l'observateur occidental, surtout en France où les débats récents ont plutôt porté sur un raccourcissement du mandat présidentiel.

Par contre, l'élargissement des pouvoirs du Conseil Consultatif, permet d'envisager l'instauration d'un parlement bicaméral. La nécessité pour le Conseil Consultatif et le Parlement de présenter au moins trois candidats contre deux auparavant améliore le dispositif de l'élection présidentielle, remédie aux défauts constatés en 1999 et élargit le champ politique.

b) Un système politique multipartite

Le Parlement constitue l'expression même du multipartisme yéménite.



Partis au Parlement issu des élections de 1997

 
 

CPG

187

al-Islah

53

Parti Ba'as

2

Partis nassériens

3

Indépendants

54

Élection reportée

2

TOTAL

301

Le PSY n'est aujourd'hui plus véritablement représenté au Parlement en raison de son boycott des élections législatives d'avril 1997. Le report des élections législatives d'avril 2001 auxquelles le PSY aurait participé, à avril 2003, en raison de la prolongation du mandat de député de 4 à 6 ans, a porté un coup d'arrêt au retour du PSY sur la scène politique.

Les trois principaux partis politiques

-Le CPG, le Congrès Populaire Général, est le parti du Président de la République Ali Abdallah Saleh. Il est aujourd'hui le seul parti représenté au Gouvernement après la sortie du parti al Islah de la coalition en 1997. Le CPG détient la majorité des sièges au Parlement. Il vient également de remporter les élections locales avec plus de 60% des voix.

-Le parti islamique du Rassemblement yéménite pour la Réforme (al-Islah) reste un parti qui compte malgré sa sortie de la coalition gouvernementale. Proche du pouvoir sur le plan idéologique et politique, Al Islah adresse pour autant des critiques parfois assez vives au gouvernement. Les récentes élections locales ont ainsi été l'occasion de conflits assez nourris entre le pouvoir et ce parti. Pour autant, on ne peut le considérer comme un véritable parti d'opposition d'un pays à représentation bipartisane. Al Islah, fortement représenté au Parlement et dans les institutions locales, est toujours le deuxième parti du Yémen. Son chef, Cheikh al-Ahmar, est Président de l'Assemblée Nationale.

-Le parti socialiste, PSY, a connu bien des déboires depuis la réunification de 1990. Ex-parti unique du Yémen du sud, à l'idéologie marxiste, ses résultats électoraux l'ont très tôt marginalisé par rapport aux partis du Nord, CPG et al-Islah. Grand perdant de la guerre civile de 1994, accusé de tentative de sécession, le PSY a perdu à cette occasion la plus grande partie de ses cadres dirigeants partis en exil. Son boycott des élections législatives de 1997 l'a encore marginalisé. Son candidat n'a pu se présenter aux élections présidentielles de 1999, sa candidature n'ayant pas été acceptée en amont par un nombre suffisant de députés. Aux élections du 20 février 2001, le PSY a recueilli 4% des voix.

Le multipartisme yéménite dont la délégation du groupe sénatorial peut témoigner, à la suite de ses rencontres avec les dirigeants du CPG, du PSY et le Cheikh al-Ahmar, Président d'al-Islah, est bien vivant. Il rencontre néanmoins des limites liées à la difficile émergence d'une opposition et aux conditions matérielles dans lesquelles les partis yéménites exercent leur activité.

Deux des trois principaux partis yéménites peuvent aujourd'hui être considérés comme faisant partie de l'opposition. Le PSY est celui qui dénonce le plus vigoureusement la politique du gouvernement yéménite. Son discrédit lié à la « sécession » de 1994, sa faible audience électorale, sa difficulté à disposer de moyens suffisants pour faire campagne l'empêche de jouer le rôle auquel il prétend dans la vie politique yéménite. De plus, malgré le soutien de quatre petites formations d'opposition (le Parti unioniste nassérien, le Baas yéménite et les partis islamistes d'Al Haq et de l'Union des forces populaires), le candidat du PSY à l'élection présidentielle de 1999 n'a pas recueilli les
10 % des voix des parlementaires nécessaires à la participation à l'élection. On a ainsi pu parler avec raison en 1999 à propos de l'élection présidentielle de « rétrécissement du champ politique ».

De son côté, al-Islah, parti beaucoup plus puissant, a des positions politiques contrastées. Il ne fait plus partie depuis 1997 de la coalition au gouvernement. Il garde néanmoins la présidence du Parlement alors qu'il y est minoritaire. al-Islah a une réelle liberté de ton, un crédit important dans l'opinion avec 20% des sièges dans les conseils de gouvernorat et 22% dans les conseils de district. Toutefois, il n'a pas souhaité présenter de candidat contre Ali Abdallah Saleh à l'élection présidentielle de 1999. Les liens personnels entre le Cheikh Al-Ahmar et Le Président de la République, la proximité politique et idéologique, même sur l'Islam, entre le CPG et al-Islah n'amènent pas ce dernier parti à assumer une opposition réelle. Les évènements récents ont néanmoins conduit al-Islah à durcir ses positions. Le déroulement mouvementé de la campagne pour les premières élections locales du 20 février 2001 a amené al-Islah à contester vigoureusement les conditions dans lesquelles se sont tenues les élections. Les résultats dans de nombreuses circonscriptions ont été mis en cause par des partisans de l'Islah en colère, à travers des manifestations de plusieurs milliers de personnes et parfois des heurts armés. Très récemment, la décision du gouvernement de placer les écoles coraniques financièrement et administrativement dans le budget du ministère de l'Éducation a été vivement contestée par al-Islah. Le Cheikh Al-Ahmar a ainsi refusé de présidé les séances du Parlement durant lesquelles ont été discutées ces mesures.

Cheikh Al-Ahmar

Âgé de près de 65 ans, le Cheikh Al-Ahmar est le très puissant Chef de la Confédération tribale des Hashed, disposant d'une grande autorité sur la moitié Nord du pays. Seigneur féodal par excellence, très soutenu politiquement et financièrement par l'Arabie Saoudite, il a toujours eu une attitude hostile à une future union avec le Yémen du Sud. Il a eu des relations conflictuelles avec le pouvoir en place à Sanaa, sous la Présidence d'Al-Hamdi (1974-1977).

Ne pouvant se permettre de heurter de front le pouvoir de ce Cheikh, qui a la possibilité de lever du jour au lendemain des dizaines de milliers d'hommes en armes, le Président Ali Abdallah Saleh a choisi depuis son arrivée au pouvoir de composer avec lui en l'associant à la direction du pays au sein d'un Conseil Consultatif de 15 membres créé en mai 1979, en le nommant en août 1982 à la Commission Permanente du Congrès Populaire Général et en facilitant son accession à la Présidence de l'Assemblée Nationale.

Quelques dates :

Septembre 1990 : Crée son propre parti « Al-Tajammu Al Yemeni-Li'l-Islah » (le « Rassemblement Yéménite pour la Réforme »), qui ouvre son siège à Sanaa le 3 janvier 1990.

Avril-Mai 1991 : Combat l'article 3 de la Constitution qui stipule que « la Chari'a est la source principale (et non pas unique) de la législation ».

Août 1991 : Inaugure le siège de Al-Islah à Dhamar

15 mai 1993 : Président du Parlement

18 mai 1997 : Reconduit à la Présidence du Parlement

L'exercice du multipartisme est enfin contrarié par les conditions matérielles dans lesquelles travaillent les partis politiques.

La délégation du groupe sénatorial en rencontrant les membres du bureau politique du PSY a pu constater les obstacles et matériels et financiers que peuvent rencontrer les partis politiques au Yémen. Le PSY se plaint en effet de la confiscation de l'ensemble de ses biens, mobiliers6(*) et immobiliers, depuis 1994, de leur non-restitution et de l'absence de paiement d'un loyer compensatoire pour les immeubles occupés par les administrations d'État. Le PSY affirme vivre uniquement des cotisations de ces membres, environ 200.000, recrutés parmi les couches les plus pauvres de la population. La possibilité de promouvoir ses idées lui paraît aujourd'hui limitée : le PSY dispose d'un journal, mais en raison de la forte proportion d'illettrés au Yémen, souhaiterait également avoir accès à la télévision et à la radio.

Au-delà de la situation du PSY, héritée de la guerre civile de 1994, se pose la question du financement public des partis politiques7(*) et de leur égal accès aux médias. L'encouragement de la vie démocratique yéménite passera sans doute à terme, comme dans toute République, par la définition d'un meilleur statut du parti politique.

c) Un Parlement à l'existence réelle

Contrairement à d'autres Parlements du monde arabe, le Parlement yéménite, qui compte 301 membres, est une réelle enceinte de débats même si l'impact de ses décisions est parfois limité.

À côté de ce Parlement existe un Conseil Consultatif qui tend à devenir de plus en plus une seconde chambre. Ce Conseil compte, depuis la réforme constitutionnelle, 111 membres.

Les pouvoirs de ce Conseil ont été élargis et sa représentativité améliorée. Le bicamérisme yéménite, parce qu'il favorisera l'expression des sensibilités les plus diverses et qu'il permettra une meilleure concertation en amont de la décision devrait apporter une contribution majeure à la démocratisation du pays.

L'élargissement des pouvoirs du Conseil Consultatif, dénommé aujourd'hui Conseil de la Choura8(*), revêt deux aspects majeurs :

- Son association, avec le Parlement, à la désignation des candidats à l'élection présidentielle.

- Son nouveau rôle joué en matière de ratification des traités et des accords de défense.

Le conseil de la Choura a également un rôle de conseil auprès du Président de la République.

Le mode de nomination des membres du Conseil de la Choura a fait l'objet d'amples débats lors du passage de la délégation du groupe sénatorial à Sanaa. La délégation, reçue par le Président de la République, l'a entendu souhaiter que les conseillers soient élus, au moins en partie, par les conseils locaux, ce qui aurait fait du conseil une assemblée élue au suffrage universel indirect, sur le modèle du Sénat français. Le Président de la République a d'ailleurs indiqué que la réforme constitutionnelle avait été inspirée d'une part par l'exemple du Sénat américain et d'autre part par l'initiative9(*) du Sénat français de réunir le 14 mars 2000 à Paris tous les Sénats du monde.

Les opposants au projet du Président ont été nombreux, notamment parmi les anciens membres du Conseil Consultatif qui se sont prononcés pour une reconduction pure et simple de leur mandat, mais aussi parmi les députés qui ont craint l'émergence d'une légitimité concurrente.

Pour des motifs constitutionnels, l'élection des membres du Conseil Consultatif n'étant pas prévue par la dernière réforme de la Constitution, le Président de la République Ali Abdallah Saleh a dû renoncer à l'élection et s'est résolu à désigner lui-même les conseillers. Il l'a fait dans un souci d'ouverture certain puisque l'on compte parmi les 111 membres du nouveau Conseil consultatif plusieurs figures de l'opposition, notamment le secrétaire général du parti unioniste nassérien, Abdel Malek al-Mikhlafi, le chef du parti Baas yéménite pro-irakien Kassem Salam et le secrétaire-général adjoint du parti islamiste al-Islah, Abd al-Wahab al-Ansi.

Sans doute a-t-il eu raison trop tôt : le Conseil Consultatif sera certainement encore appelé à évoluer, conformément aux ambitions réformatrices du Président de la République.

d) État de droit : la réalité yéménite

Si l'État de droit n'est pas un concept yéménite, il permet néanmoins de confronter, sur un certain nombre de points, la jeune démocratie yéménite aux démocraties occidentales.

Il en ressort tout d'abord que la liberté d'expression bénéficie au Yémen d'assises solides. La presse yéménite, malgré le fort taux d'analphabétisme, est ainsi très florissante depuis le début de l'unification et bénéficie d'une certaine autonomie par rapport au pouvoir10(*). La délégation du groupe sénatorial a pu le vérifier, lors de la conférence de presse à la résidence de l'Ambassadeur de France

Dans les centaines de Maqial où les Yéménites se réunissent quotidiennement pour mâcher le qât se déploie un véritable débat intellectuel, non dépourvu de liberté de ton et de vigueur.

Enfin, un mouvement associatif nombreux et varié manifeste également l'émergence d'une véritable société civile.

Sur le plan de la sécurité, le Yémen n'offre pas encore aujourd'hui toutes les garanties souhaitables. Sécurité juridique tout d'abord où les investisseurs étrangers se plaignent de la fragilité des contrats commerciaux et de la difficulté d'obtenir gain de cause devant les tribunaux en cas de contentieux. Sécurité des personnes également : si la ville de Sanaa est bien moins dangereuse pour le promeneur que le centre-ville de n'importe quelle capitale occidentale, le nombre important de morts liés à des crimes de sang pose problème. Le présent rapport a déjà évoqué l'insécurité liée aux conflits tribaux. Il souhaite mettre aussi l'accent sur la question du terrorisme islamiste au Yémen et de la capacité du gouvernement à l'éradiquer. Ce terrorisme ne doit en rien être confondu avec l'action du parti al-Islah, conservateur. Il concerne une frange très marginale de la population, d'anciens d'Afghanistan notamment, qui à travers l'enlèvement d'Abyane, l'attentat contre l'Ambassade de Grande-Bretagne à Sanaa et celui contre le croiseur américain USS Cole ternit l'image internationale du Yémen.

L'enlèvement d'Abyane en décembre 1998, revendiqué par l' « armée islamiste » a causé la mort de trois touristes : deux Britanniques et un Australien. L'attentat contre le croiseur USS Cole en octobre 2000 a, lui, coûté la vie à 17 marins américains et fait 35 blessés. Le lendemain, c'est l'Ambassade de Grande-Bretagne qui était la cible d'un attentat à la bombe, heureusement sans victime.

Les autorités yéménites n'ont pu faire toute la lumière sur les auteurs de ces attentats qui témoignent de la présence de petits groupes islamistes armés incontrôlés et manipulés par l'extérieur11(*). Le FBI enquête depuis l'attentat de l'USS Cole sans avoir établi toutes les responsabilités12(*).

Sans que l'islamisme soit un danger au Yémen, ces petits groupes terroristes mettent gravement en cause l'État de droit en ce qu'ils menacent les principes constitutionnels du Yémen et font peser le doute sur la capacité du gouvernement à être maître de la sécurité intérieure.

Enfin, toujours s'agissant de l'État de droit, le Yémen est un des États au monde qui applique le plus la peine de mort : un durcissement s'est même opéré depuis 1998. Les exécutions sont publiques et leur nombre peut être évalué à une centaine depuis juin 1998.

2. Aux avancées récentes...

a) Une avancée majeure : le début de la décentralisation

Les nouveaux conseils de districts et de governorats13(*) élus, constituent la base d'une future décentralisation. La vie, dans les premières années, de ces conseils élus, réunis pour la première fois le 20 mars 2001, conditionnera sans doute l'avenir de la décentralisation yéménite.

La délégation du groupe sénatorial a rencontré, en compagnie du Vice-Gouverneur de Seyyun, deux nouveaux élus locaux. A cette occasion, elle a pu mieux entrevoir la manière dont seront organisés ces conseils.

Il semble que les exécutifs locaux seront toujours désignés, soit par le Président de la République pour les gouverneurs, soit par le gouvernement pour les responsables de district. Un certain nombre de leurs adjoints, membres également de l'exécutif, seront eux élus par les conseils, les élus se répartissant entre différentes commissions dont l'une sera consacrée au développement économique régional.

b) Un progrès à encourager : la participation des femmes à la vie publique

Le Yémen est un des rares pays, sinon le seul pays de la péninsule arabique, à autoriser le vote des femmes. Si leur participation à la vie publique est cependant modeste, 31 sont membres des conseils locaux, deux sont députés, deux sont membres du Conseil Consultatif14(*) et, depuis le dernier remaniement ministériel d'avril 2001, une est ministre15(*).

3. Dont les élections rendent encore imparfaitement compte

Le peuple yéménite est régulièrement convoqué à des élections. En 1993 et en 1997 ont eu lieu les élections législatives. La première élection au suffrage universel du Président de la République depuis l'unification a, elle, eu lieu en 1999. Enfin se sont tenues en février 2001 les premières élections locales au Conseil de gouvernorat et de district.

Ces élections ont présenté certains défauts, que les autorités yéménites ont en général reconnus et qu'elles cherchent à corriger au fur et à mesure. L'organisation des élections s'est tout d'abord heurtée à des problèmes logistiques. La délégation du groupe sénatorial a rencontré le Président du Comité électoral suprême, M. Alawi al-Attas, qui a insisté sur la difficulté de faire face à l'organisation des scrutins, avec des comités électoraux peu qualifiés. Il a mentionné, parmi les problèmes rencontrés à l'occasion du dernier scrutin, ceux des emblèmes électoraux pour tenir compte de l'analphabétisme d'une grande part de la population, de l'édition des bulletins de vote, du contrôle des centres de vote. Le Yémen fait dès lors souvent appel à la coopération internationale en matière d'élections. L'Union Européenne a ainsi fourni au Comité électoral son matériel informatique pour le scrutin présidentiel de 1999. De son côté, l'Allemagne a fourni le papier des bulletins de vote et la France pour 400.000 francs d'encre indélébile devant permettre d'éviter les votes à répétition.

Symboles des partis politiques yéménites
pour les élections législatives de 1997

CGP : cheval

Al-Islah : soleil

Parti nassérien populaire : croissant

Parti Baas : croissant et étoile

Parti démocratique nassérien : palmier

Parti populaire réformiste nassérien : échelle

Parti de l'alliance yéménite : chameau

Front national démocratique : poignard

Al Haq : pigeon

Parti national et social : mains croisées

Au-delà des difficultés matérielles, les scrutins de 1997, 1999 et 2001 se sont déroulés, tant durant la campagne électorale que le jour du vote, de manière contrastée. La comparaison des élections yéménites avec les autres scrutins du monde arabe a néanmoins suscité, à juste titre, les encouragements et les félicitations des pays occidentaux dont la France.

a) Les élections législatives de 1997

Ces élections ont été marquées par un boycott majeur, celui du PSY, qui, s'il n'a pas remis en cause la validité du scrutin a rendu difficile l'évaluation du rapport des forces politiques dans le pays. 3.851 candidats, dont 3.000 indépendants se sont inscrits, 1.539 renonçant à se présenter le jour du scrutin.

Le département d'État américain dans un point de presse a considéré ces élections comme « un pas significatif vers le développement de la participation politique et un système politique représentatif ». Malgré des violences isolées, les observateurs locaux et internationaux ont amené le Département d'État à qualifier ce scrutin de « libre et sincère ».16(*)

b) L'élection présidentielle de 1999

Si l'élection présidentielle de 1999 a été plutôt décevante au regard des espoirs que le régime avait lui-même entretenus17(*), elle a été néanmoins reconnue comme ce qu'elle était : la première élection d'un chef d'État yéménite au suffrage universel direct.

Ali Abdallah Saleh n'a pas eu face à lui de challenger crédible. Le refus de l'Islah de présenter un candidat y a été pour une part. Le refus des membres du Parlement yéménite de porter 10% de leurs voix sur l'unique véritable candidat d'opposition restant, le socialiste Ali Saleh Obad, a ôté au scrutin du 23 septembre 1999 son caractère pluraliste.

Les électeurs ont eu le choix entre Ali Abdallah Saleh et Najib Qahtant al-Chaabi, député quasiment inconnu, membre de la même formation politique que le Président, se présentant sous une étiquette indépendante. Malgré une campagne sérieuse de ce dernier et quelques apparitions à la télévision, le score a été sans appel, Ali Abdallah Saleh étant réélu avec 96,1% des suffrages.18(*)

La communauté internationale, si elle n'avait pas envoyé d'observateurs, malgré les vives critiques de l'opposition socialiste, a rendu hommage à cette première élection présidentielle au suffrage universel, répétition pour les scrutins suivants. Le chef de l'État français a ainsi félicité son homologue yéménite en ces termes : « votre élection vient confirmer l'engagement de votre pays sur le chemin de la démocratie. La France s'en félicite et soutient avec sympathie ce choix déterminé en faveur du droit et des institutions. »19(*)

Les derniers amendements constitutionnels approuvés par le référendum du 20 février 2001 devraient ouvrir plus largement le prochain scrutin, prévu en 2006 : 3 candidats devront au minimum être présentés par le Parlement et le Conseil Consultatif, chacun ayant obtenu au minimum 5% des voix des membres des deux assemblées.20(*)

Ali Abdallah Saleh, Président de la République du Yémen

Après ses études primaires, il s'engage à 16 ans dans l'armée de l'imam Badr, puis entre en 1960 à l'école des sous-officiers de Taëz. Après la révolution de 1962, il participe aux différents épisodes de la guerre civile contre les partisans de l'imam soutenus par l'Arabie Saoudite. Il entre en 1964 à l'école des blindés puis fait carrière dans les Services de Sécurité de l'État-major des armées jusqu'en 1974.

Lieutenant en 1974, commandant en 1975, gouverneur militaire de la province de Taëz en 1977, il devient d'abord au lendemain de l'assassinat de son prédécesseur Ahmed Al Ghasmi membre du conseil présidentiel temporaire avant d'être élu par une assemblée constituante, Président de la République et commandant en chef des forces armées le 17 juillet 1978. Élu le 30 août 1982 secrétaire général du Congrès populaire général nouvellement créé, il a ensuite été réélu à la présidence de la République le 22 mai 1988.

Le 22 mai 1990, aux termes de la nouvelle Constitution née des accords de réunification, il est devenu président du Conseil présidentiel tripartite. Le 1er octobre 1994, à l'issue de la guerre civile et des amendements de la Constitution qui ont suivi, Ali Abdallah Saleh a été élu Président de la République du Yémen unifiée.

Né en 1942, père de cinq enfants, Ali Abdallah Saleh est originaire de Bait al Ahmar, au Sud Est de Sanaa. Il est membre de la communauté zaydite.

c) Les élections locales du 20 février 2001

Si la campagne pour les élections locales a enregistré de nombreux incidents, parfois sanglants21(*), elle peut néanmoins être considérée comme un élément de satisfaction pour la République du Yémen. 30.000 personnes se sont portées candidates pour environ 7.000 sièges : 401 sièges pour les Conseils provinciaux et 6.734 sièges pour les conseillers de districts. 100 femmes se sont portées candidates et 3122(*) ont été élues.

Résultats (partiels) des élections locales du 20 février 2001


Governorats (sièges remportés)

Districts (sièges remportés)


CPG

253

3703

Al Islah

77

1391

PSY

16

210

Indépendants

30

702

Parti nassérien

 

26

Parti baas

 

6

Front National

 

3

Union des forces populaires

 

2

Al Haq

 

1

Les résultats sont toujours contestés dans certaines circonscriptions par des militants d'Al-Islah. Le PSY a lui aussi dénoncé de nombreuses fraudes, dont celles liées au vote multiple de membres des forces armées qualifiées de « forces électorales mobiles23(*) ».

Pour autant, ces premières élections constituent les prémisses d'une décentralisation au Yémen et peuvent être vues dans cette perspective comme une avancée démocratique encourageante.

d) Un tabou : l'alternance

Si les élections provoquent d'indéniables ouvertures dans la vie politique yéménite, elles restent encore sous contrôle du Président de la République, du CPG et de l'armée, celle-ci se considérant comme le fer de lance de l'intérêt général, de la modernisation et de la stabilité intérieure. Dès lors, l'alternance à un très haut niveau ne paraît pas aujourd'hui d'actualité, Ali Abdallah Saleh jouissant au demeurant, semble-t-il, en l'absence de sondages, d'une très bonne côte de popularité.

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