Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée


COLLOQUE SUR LA MONGOLIE (18 octobre 2002)


SENAT

Table des matières






Groupe interparlementaire
France-Mongolie

Rencontre Mongolie


Actes du colloque
du 18 octobre 2002

Sous le haut patronage de :

Christian PONCELET, Président du Sénat

Jean-Daniel GARDÈRE, Directeur général du Centre français du commerce extérieur

et sous l'égide du Groupe interparlementaire France-Mongolie.

- SERVICE DES RELATIONS INTERNATIONALES DU SÉNAT -

Rencontre Mongolie

Ouverture

Patrice GÉLARD
Président du groupe interparlementaire France-Mongolie

Mesdames et Messieurs, je suis heureux de vous accueillir au Sénat pour parler des perspectives de coopération économique entre la France et la Mongolie.

J'ouvrirai cette séance de travail en vous donnant lecture du message de M. Christian Poncelet, président du Sénat :

« Monsieur le Président, Madame la représentante du Centre français du commerce extérieur, Monsieur l'Ambassadeur, chers collègues, Mesdames et Messieurs,

Le Sénat est particulièrement heureux ce matin d'accueillir le colloque économique sur la Mongolie, organisé sous l'égide du groupe parlementaire du Sénat, en partenariat avec nos amis du CFCE.

Nous avons organisé de nombreux colloques, mais jamais encore sur la Mongolie, si bien que cette rencontre est un peu une première.

Le groupe interparlementaire France-Mongolie en a évoqué la possibilité à maintes reprises depuis 1996, mais sans la ténacité et la convergence de son président, Monsieur Patrice Gélard, de notre ambassadeur, Monsieur Jacques-Olivier Manent, et de toute l'équipe du directeur général du CFCE, Monsieur Jean-Daniel Gardère, ce projet n'aurait jamais pu se concrétiser.

C'est aujourd'hui chose faite, et je tiens à saluer les entreprises qui ont accepté de se joindre à eux. Elles sont encore peu nombreuses, mais votre colloque devrait permettre d'en accroître le nombre dans les mois à venir.

Quoi qu'il en soit, la visite en France du président Tumur-Ochir, que j'ai reçu hier en audience, fournit une occasion privilégiée pour nous tourner vers cette lointaine Mongolie que trop peu de Français ont eu la chance de découvrir.

Comme le constate le président Gélard dans le rapport qu'il vous présentera tout à l'heure, les liens entre le Sénat et la Mongolie remontent à une vingtaine d'années, à une époque où ce pays était encore l'un des plus fermés du monde. Les choses ont bien évolué depuis, notamment à partir des années 90, marquées par une profonde libéralisation du régime politique mongol.

Sur le plan économique, en revanche, le pays a encore fort à faire, et les aides massives qu'il reçoit de pays donateurs ou d'organisations internationales ne lui permettront pas à elles seules d'accéder à un niveau de développement satisfaisant. D'où la nécessité vitale pour la Mongolie de s'ouvrir à l'économie de marché, à la concurrence extérieure et aux investissements internationaux. Pour s'en tenir aux échanges économiques et commerciaux franco-mongols, force est de reconnaître qu'ils restent encore très modestes. Aux yeux de beaucoup d'entreprises et d'exportateurs, la Mongolie fait figure de marché assez inaccessible.

C'est, il est vrai, un pays lointain, enclavé et mal desservi. Les distances et un climat très rigoureux dissuadent trop souvent jusqu'aux plus audacieux. Pourtant la Mongolie recèle d'immenses atouts, dont des opérateurs économiques entreprenants devraient savoir tirer parti. La richesse de son sous-sol et les promesses d'une industrie pétrolière à peine naissante ne sont pas les seules. Il faut y ajouter un savoir-faire séculaire en matière d'élevage et d'industrie laitière - dois-je rappeler qu'il y a en Mongolie cinq fois plus de têtes de bétail que d'habitants ? -, une main-d'oeuvre sérieuse et bien formée, sans même évoquer la production du cachemire, ou, dans un autre registre, son formidable potentiel touristique et écologique, lié à un environnement encore quasi vierge unique au monde. Dans tous ces secteurs, des projets de coopération économique et commerciale sont envisageables. Des opportunités réelles existent, et sous les conseils éclairés des spécialistes du CFCE, je suis persuadé que vous saurez les saisir.

Je ne puis malheureusement être des vôtres ce matin, mais soyez convaincus de mon plein soutien et du concours actif du groupe interparlementaire France-Mongolie du Sénat.

A tous je souhaite d'excellents et studieux travaux.

Je vous remercie. »


Pour ma part, je voudrais vous livrer quelques réflexions introductives.

La communauté française de Mongolie est encore fort restreinte, même si elle est dynamique et active. Elle compte une vingtaine de personnes, ce qui présente toutefois l'avantage de pouvoir les réunir autour d'une table, comme nous l'avons fait.

La Mongolie est engagée dans un processus important de dénationalisation. Malheureusement, les acquéreurs sont peu nombreux, et le programme de 2001 a été à peine réalisé. Beaucoup d'entreprises sont donc encore à vendre, comme celle qui fabrique le cachemire, la compagnie aérienne, des centrales électriques ou encore des établissements bancaires. A ce sujet, il faudra évoquer le problème de la sécurité juridique des investisseurs, qui représente un enjeu crucial en la matière.

De même, si nous accueillons un nombre significatif d'étudiants mongols en France, ce qui permettra à terme de constituer des réseaux et de fournir aux entreprises françaises des collaborateurs formés à nos méthodes et connaissant notre langue, le nombre d'étudiants français se rendant en Mongolie est, lui, insignifiant.

Il apparaît néanmoins des aspects positifs. Ainsi, 3 500 touristes se sont rendus en Mongolie, dont une majorité de Français. Nous avons là une carte à jouer qui permettra de développer un certain nombre d'infrastructures, sachant que tous ceux qui ont visité la Mongolie reviennent généralement enthousiastes de ce qui constitue une véritable aventure au XXIe siècle.

Je cède la parole à Madame Agnès Gaborit.

Agnès GABORIT
Directeur, Événements et prospectives, CFCE

Monsieur le Président, Monsieur l'Ambassadeur, Mesdames et Messieurs,

C'est toujours avec un vif plaisir que je me retrouve au Sénat pour ces colloques que nous organisons conjointement depuis plusieurs années, et qui renforcent les synergies entre le monde des entreprises et celui de l'action politique. Je souligne que cette synergie s'appuie sur les groupes interparlementaires créés avec de très nombreux pays, ainsi que sur la participation active de leur président ou de leurs membres, qui ont une excellente connaissance de ces pays et y ont établi de très nombreux contacts.

Merci, Monsieur le Président du groupe interparlementaire France-Mongolie, pour l'impulsion que le Sénat donne à la mission du Centre français du commerce extérieur : l'information des entreprises sur les marchés étrangers.

Je me réjouis également parce que les réunions sur la Mongolie sont fort rares, notamment en raison de la difficulté à obtenir des informations sur ce pays. C'est un événement exceptionnelle, aussi bien par la qualité des intervenants de ce matin, en particulier Patrice Gélard, président du groupe interparlementaire France-Mongolie, et Jacques-Olivier Manent, notre ambassadeur en Mongolie, que parce que nous accueillerons M. Tumur-Ochir, le président du Grand Khoural - l'assemblée unique de la Mongolie - en visite officielle en France.

La dernière réunion organisée par le CFCE sur la Mongolie remonte à 1995. Il nous a donc paru utile de reprendre la parole sur ce pays pour toutes les raisons que vous avez soulignées, et parce que le gouvernement mongol a placé l'année 2002 sous le signe de l'investissement étranger.

Le Forum des investisseurs étrangers qui s'est tenu à Oulan-Bator en septembre dernier a réuni 450 sociétés étrangères - pour moitié chinoises et russes -, et cinq secteurs ont été présentés comme prioritaires :

· les infrastructures ;

· le secteur minier et le pétrole ;

· l'agro-industrie ;

· l'information et les technologies de l'information ;

· le tourisme.
Je constate avec plaisir que ces secteurs sont tous représentés par les dirigeants d'entreprise qui se trouvent dans la salle aujourd'hui. Seul bémol : la France occupe une place modeste sur ce marché. Il existe donc une forte marge de progression, ce qui est bien l'objet de notre réunion.

M. Jacques-Olivier Manent est ambassadeur en Mongolie depuis 1996. Ses précédentes affectations l'ont mené de Hong Kong à Djakarta, en passant par Pékin et Genève, à l'ONU. Je voudrais également saluer la décision qui vient d'être prise de rendre permanente la représentation diplomatique française à Oulan-Bator.

Je cède la parole à Monsieur l'Ambassadeur.

Situation économique et politique - Perspectives

S. Exc. M. Jacques-Olivier MANENT
Ambassadeur de France à Oulan-Bator

Jusqu'en 1996, la France était représentée auprès de la Mongolie depuis Moscou -où l'ambassadeur résidait-, et de façon épisodique, notamment au travers des missions du poste d'expansion économique. Depuis six ans, l'ambassade détient des locaux à Oulan-Bator, avec un personnel restreint, et seul l'ambassadeur fait la navette entre Paris et la capitale mongole. Mon successeur disposera de moyens identiques, mais résidera de manière permanente à Oulan-Bator. Ainsi, sans qu'aucun changement majeur intervienne, les problèmes seront suivis plus régulièrement au quotidien.

Pour vous présenter la Mongolie, je partirai d'un certain nombre de généralités.

 

I. Les spécificités de la Mongolie

 

 

 

1. Un espace immense...

 

La superficie de la Mongolie représente trois fois celle de la France, ce qui suppose des problèmes de communication très importants. Le réseau routier comprend 1 000 kilomètres de routes asphaltées dans la périphérie de la capitale. De fait, les liaisons avec les deux extrémités du pays sont extrêmement coûteuses et lentes, ce qui crée un frein au développement économique. C'est autour d'un axe ferroviaire nord/sud relié aux réseaux ferrés russe et chinois, et conçu en fonction des zones minières à explorer, que les activités se sont concentrées. A cela s'ajoute le retard en termes de télécommunications, en particulier entre Oulan-Bator et les capitales des provinces. Néanmoins, des progrès considérables ont été réalisés, notamment grâce à Alcatel. La capitale est aujourd'hui couverte et les villes de province possèdent des réseaux internes développés. La prochaine étape sera le passage à la fibre optique. Toutefois, le pays ne sera pas complètement autonome sur le plan des télécommunications avant 2007-2008.

 

2. ... mais vide

 

Avec ses 2,5 millions d'habitants et une densité de moins d'un habitant par kilomètre carré - si l'on excepte la capitale - la Mongolie est un pays vide d'hommes. Par surcroît, les habitants quittent les campagnes au profit de la capitale et des villes se situant autour de l'axe ferroviaire. Ainsi, Oulan-Bator, Darchan et Erdenet concentrent la moitié de la population totale. La majeure partie des habitants s'est sédentarisée, et les nomades ne représentent plus que 20 % de la population. Ce mouvement migratoire suscite bien entendu des problèmes à la fois économiques et sociaux.

 

3. Un pays enclavé

 

Ceinte par la Russie et la Chine, la Mongolie a payé le conflit larvé entre ces deux pays par un retard important en termes d'infrastructures. Ancien membre du Comecon et fournisseur de biens miniers, la crainte de la voir constituer un glacis militaire a condamné tout développement. Les conséquences de cet enclavement se retrouvent également dans la dépendance du pays à l'égard de ses voisins, puisque 60 % des échanges ont lieu avec la Russie et la Chine. La Russie fournit l'essentiel des importations énergétiques, ce qui n'est pas quelquefois sans poser des problèmes d'approvisionnement, tandis que la Chine contrôle une partie de la production primaire agricole et s'accapare l'essentiel de la production du cachemire mongol, de qualité supérieure.

 

4. Une forte dépendance à l'égard de l'aide étrangère.

 

La Mongolie est très dépendante de l'aide financière internationale. Autrefois assurée par l'URSS, elle est désormais versée par un groupe de pays donateurs et par des institutions financières internationales pilotées par la Banque mondiale. Depuis 1991, la Mongolie a reçu 900 millions d'euros en dons et assistances techniques, autant en soft loans, et 320 millions d'euros ont été promis pour la période 2001-2002. La part de chaque contributeur que sont le Japon, les institutions financières internationales, et les autres pays (principalement l'Union européenne) s'établit à environ un tiers. Cette assistance est appelée à perdurer puisque aucune autonomie n'est envisageable avant la fin du prochain mandat gouvernemental en 2008, date à laquelle il conviendra d'évaluer les résultats de l'aide apportée.

 

5. Un pays pauvre

 

Le PIB par habitant s'élève à 400 dollars. Les mouvements migratoires vers les villes ont eu un certain nombre de conséquences. Dans les trois principales villes, le taux de chômage atteint les 20 %, et environ 30 % de la population se trouvent sous le seuil de pauvreté (15 euros par mois et par personne), alors que ce taux est de 10 % à la campagne (moins de 100 équivalents moutons par famille). Le salaire d'un technicien qualifié est de 100 euros par mois, et celui d'un professeur du secondaire de 40 euros. Ces faibles niveaux de rémunération impliquent l'exercice d'une activité secondaire pour survivre et faire face à l'augmentation du coût de la vie engendrée par la dérégulation initiée il y a dix ans.

 

6. Une démocratisation réussie

 

La démocratisation des institutions, qui est en voie d'achèvement, est une véritable réussite. On oublie trop souvent que la Mongolie est le troisième pays asiatique doté d'un régime démocratique parlementaire, avec le Japon et l'Inde. La raison de ce succès réside dans la prise en main effectuée en 1991 par les Américains et les Européens pour faciliter la transition, ainsi que dans l'évolution du Parti révolutionnaire mongol, le PPRM. De fait, le pays a connu deux alternances en 1996 et en 2000, et l'on semble se diriger vers un bipartisme à l'américaine. Ce mouvement semble irréversible, d'autant que les dérives observées en Asie centrale paraissent exclues.

 

7. Une transition économique difficile

 

La majorité des petites entreprises d'Etat ont été privatisées entre 1996 et 2000. Aujourd'hui, le pays est entré dans la phase de cession des grands groupes nationaux, que ce soient les usines de cachemire, les banques, la compagnie aérienne ou encore la compagnie d'électricité. Le fait que le Parti révolutionnaire soit l'initiateur de la privatisation des services sociaux prouve, s'il en était besoin, la volonté des autorités de mener la dérégulation à son terme. Malheureusement, les acheteurs sont absents, y compris pour des opérations portant sur la totalité du capital. Seule la distillerie a trouvé preneur, ce qui illustre une fois de plus la confrontation des pays en transition au fléau de l'alcool. L'absence de statistiques fiables, et les bilans faussés qui en résultent, expliquent cette défiance de la part des investisseurs étrangers. En outre, le rachat de ces entreprises suppose des investissements massifs en raison de l'obsolescence du matériel. Au final, le retard pris dans la privatisation des entreprises publiques, qui devait contribuer pour une large part au financement du budget, constitue un sérieux handicap pour le pays.

 

II. Des atouts réels

 

 

 

1. Les ressources naturelles

 

La Mongolie dispose d'importantes ressources minières, mais pour la plupart inexploitables en raison du manque d'infrastructure et de l'éloignement. Alors que de grands espoirs reposaient sur le pétrole en 1996, les réserves s'avèrent finalement moins importantes que prévues. Par ailleurs, les retombées à en attendre dépendront du principal client qu'est la Chine. Or les activités pétrolifères développées dans la zone frontalière sont pour le moment d'un rendement médiocre en l'absence de moyens efficaces d'acheminement.

Les exportations de cuivre brut, principalement à destination de la Chine, représentent 40 % du PIB, et Pechiney occupe en Mongolie la place de premier exportateur. La découverte d'un immense gisement dans le sud du pays a incité la compagnie canadienne Ivanhoe à investir dans la construction d'une voie ferrée pour rejoindre le réseau chinois, mais il n'est pas possible d'agir de même sur tout le territoire. En revanche, l'extraction de l'or peut être développée dans tout le pays, et la Mongolie est appelée à en devenir un grand producteur.

 

2. Le niveau d'éducation

 

Les Mongols faisaient figure il y a encore dix ans de peuple parmi les mieux éduqués au monde. Même si le niveau a légèrement baissé, une part importante de la population reçoit une formation supérieure. Il est à noter que les femmes représentent aujourd'hui 65 % des doctorants, ce qui pourra engendrer des problèmes dans une société encore "machiste". Les élites qui sont aujourd'hui âgées de 40 ans ont reçu une formation supérieure en Russie, mais le pays souffre d'un manque de techniciens intermédiaires, ce qui doit être pris en compte par tout investisseur étranger.

La présence occidentale, et en particulier américaine, est importante. Il est frappant, lorsque l'on se rend dans les provinces, de constater que les seuls étrangers présents dans les sous-préfectures sont les jeunes Américains des Peace Corps, qui assument le rôle de conseillers techniques auprès du gouverneur et enseignent l'anglais dans les écoles. En effet, c'est désormais l'anglais, et non plus le russe, qui est enseigné dans les écoles secondaires. De fait, à l'instar de la classe dirigeante actuelle, les interlocuteurs décisionnaires seront bientôt tous anglophones. La francophonie est aussi représentée, mais elle est réduite à une part beaucoup plus modeste. Par ailleurs, l'allemand s'avère également utile en Mongolie, puisque le pays compte près de 20 000 germanistes qui ont été formés en RDA. D'ailleurs, l'Allemagne tire profit des bonnes relations entretenues durant de longues années de coopération.

 

3. La stabilité institutionnelle et politique

 

Cette présence occidentale a largement contribué à l'évolution des institutions, puisque les Américains ont joué un rôle clé lors des phases électorales de 1996 et 2000. Aujourd'hui, on peut supposer que le cadre n'évoluera pas beaucoup. Les élections ont lieu tous les quatre ans, et comme la coalition libérale s'est effondrée en 2000, il est fort probable que le premier ministre actuel sera reconduit en 2004. Cela constitue un encouragement pour le gouvernement actuel, mais celui-ci ne pourra pas invoquer le manque de temps si les choses n'évoluent pas d'ici à 2008. A cette date, il sera possible de déterminer si l'effort considérable de la communauté internationale valait la peine d'être accompli. Les Américains poussent les institutions financières internationales à investir en Mongolie, mais il convient de souligner que les donateurs eux-mêmes croient aux capacités du pays à devenir autonome d'ici sept ou huit ans.

 

4. L'Emergence d'une classe moyenne

 

Une classe moyenne s'appuyant sur les services et le commerce est née, mais elle demeure cantonnée à Oulan-Bator. Le nombre d'automobiles y a triplé en deux ans, et le secteur immobilier est florissant. Le prix des constructions neuves atteint même parfois des niveaux semblables à ceux de certains quartiers de Paris.

 

5. Le potentiel que représente l'élevage

 

La Mongolie est un pays d'éleveurs, et le restera longtemps. La qualité des viandes, des peaux et des autres produits dérivés donnent à ce secteur un réel potentiel à l'exportation. Cependant, sa concrétisation se heurte pour le moment à des obstacles phytosanitaires.

 

III. Des handicaps à surmonter

 

Je citerai, notamment :

· La bureaucratie, qu'il est toutefois possible de contourner plus aisément qu'ailleurs par les contacts humains.

· La faiblesse du cadre juridique, qui a particulièrement dissuadé les investisseurs. Il n'existe pas de cabinets d'avocats compétents, et le fait d'être étranger est un désavantage en cas de contentieux. L'Etat de droit commence toutefois à se mettre en place.

· La faiblesse du secteur bancaire, qui a cependant engagé une réforme.

· Le manque d'infrastructures.

· La dépendance à l'égard des pays voisins.

· Le montant de l'endettement extérieur. Celui-ci atteint 11 milliards de roubles à l'égard de la Russie. Il est d'ailleurs fort à parier que les Russes négocieront un effacement de la dette en échange de droits sur les mines de cuivre. En outre, le FMI estime que la Mongolie ne pourra pas à moyen terme rembourser les soft loans consentis. Au final, l'ensemble de la dette extérieure atteint 80 % du PIB.
Agnès GABORIT

Je vous remercie pour cette présentation très objective. J'ai été frappée d'entendre que les entreprises privatisées ne trouvaient pas preneur. Cela me conforte dans l'idée que la privatisation n'est pas la solution-miracle.

Questions de la salle

Serge RASLOVLEFF, Directeur des affaires internationales bilatérales de Pechiney

Pensez-vous qu'il existe un risque que la Chine considère la Mongolie comme un lieu naturel d'expansion ?

Jacques-Olivier MANENT

Il existe une méfiance historique et culturelle des Mongols à l'égard des Chinois. Il est d'ailleurs inimaginable de passer par un intermédiaire Chinois basé à Pékin pour intervenir en Mongolie. Le gouvernement mongol a laissé entendre que les considérations politiques seraient prises en compte lors des opérations de privatisation. Le risque d'une reprise en main de l'économie mongole par la Chine semble donc écarté. Enfin, les autorités chinoises sont tout à fait conscientes qu'il ne faut pas dépasser un certain stade, dès lors que la présence de la Chine dans le commerce extérieur de la Mongolie est déjà considérable.

Hubert DURAND-CHASTEL, Sénateur

Vous avez soulevé les difficultés rencontrées pour trouver des locaux à Oulan Bator. Pour ce qui concerne l'installation de l'Ambassade de France, je suggère le recours au crédit-bail, comme la loi française l'autorise.

Jacques-Olivier MANENT

Il a finalement été décidé de recourir à la location. L'acquisition d'un immeuble aurait inutilement grevé le budget. Je souligne néanmoins que l'ambassade existe depuis six ans à Oulan-Bator, et que mes collègues allemands ou britanniques envient notre système d'ambassadeur itinérant. Celui-ci peut en effet rencontrer les personnes appropriées au sein des administrations ou des entreprises, que ce soit à Paris ou à Bruxelles.

Emmanuel MONGON, Président d'Imaginvest

Le tourisme est-il en train de se développer en Mongolie ?

Jacques-Oliver MANENT

Le tourisme fait partie des priorités d'investissement et représente un réel potentiel. Avec près de 3 000 visiteurs, le nombre de touristes français est le plus important des pays occidentaux. Mais il ne faut pas s'attendre à l'apparition d'un tourisme de masse. La Mongolie ne doit pas commettre l'erreur de construire des infrastructures lourdes, mais au contraire faire de son territoire une réserve mondiale préservée, et se focaliser sur l'écotourisme.

Jean-Yves LE MOING, Directeur commercial de Definox

Comment la collecte laitière est-elle organisée en Mongolie ? Nous sommes en mesure de construire une usine, mais la matière première nous manque.

Jacques-Olivier MANENT

La collecte du lait n'est plus du tout organisée comme au temps de la planification, où elle était assurée auprès des nomades. Il subsiste un mode de collecte artisanal, mais les éleveurs ne livrent pas toujours leur lait à la coopérative. Par ailleurs, les capacités de conditionnement et de production de longue durée étant inexistantes, on trouve essentiellement du lait en carton en provenance de Russie. A cela s'ajoute le changement des habitudes alimentaires des citadins. Le secteur est donc complètement sinistré, et nécessite une reprise en main.

Relations bilatérales - Financements français et européens

Caroline CERRUTI
Responsable Grande Chine - Mongolie, DREE

 

 

I. Des relations économiques bilatérales réduites

 

En 2001, les exportations françaises ont atteint 8 millions d'euros, et les importations 2 millions d'euros. Ces chiffres se rapprochent des statistiques mongoles, longtemps divergentes, grâce au programme communautaire d'amélioration des statistiques. Ces échanges sont très faibles au regard du potentiel commercial de la France, mais aussi des échanges communautaires, où la France se place en deuxième exportateur européen. La France exporte principalement des biens d'équipements (matériel automobile, pièces mécaniques) et importe des matières premières (textile, cuir, plastiques, produits en bois).

Cela s'explique par une absence de présence historique forte, au contraire de l'Allemagne, mais aussi par le manque d'infrastructure de communication - il n'existe pas de vols directs. A cela s'ajoute l'insuffisance des financements à l'exportation et des financements locaux.

Les investissements directs français sont quasiment inexistants, et seule une poignée d'entreprises françaises sont présentes, comme Pechiney, Cogema et Alcatel. En revanche, on observe une augmentation de l'investissement direct global, dont le stock s'établissait à 250 millions de dollars en 2001, et il existe un fort potentiel de rattrapage par rapport aux autres pays d'Asie centrale.

 

II. Aides bilatérales et communautaires à disposition des entreprises françaises

 

 

 

1. Aides françaises

 

Depuis 1998, la Mongolie n'est plus éligible à la Réserve Pays Emergents.

En revanche, elle est éligible au FASEP-Etudes, qui fournit une aide pour élaborer une étude de faisabilité dans un Etat étranger. Cette aide est soumise à deux conditions :

· que le projet génère des exportations d'un montant largement supérieur au coût de l'étude (généralement dans un rapport de 1 à 10) ;

· que les exportations générées puissent être financées.
Il est souhaitable que la mise en place de cette aide s'opère en partenariat avec une institution multilatérale. Cela permettra de cofinancer une étude de faisabilité sur un programme de soft loan qui assurera par la suite le financement des exportations.

Enfin, il est possible de recourir aux outils offerts par la COFACE :
· l'assurance crédit

Une ligne de crédit de 2 millions d'euros est ouverte à court terme pour les biens d'équipement et les biens de consommation.

· l'assurance prospection
Elle consiste à avancer à une PME la trésorerie nécessaire à la prospection durant une période comprise entre un et quatre ans. La qualité du projet prévaut sur les caractéristiques du pays visé.

 

2. Financements communautaires

 

La Mongolie est éligible aux programmes TACIS depuis maintenant huit ans. 35 millions d'euros ont été alloués depuis 1994 et un fonds de 6 millions d'euros est mobilisable pour la période 2002-2003, essentiellement dans le secteur agroalimentaire. Il faut savoir qu'en raison du processus de décentralisation de la gestion de l'aide communautaire, et notamment dans l'attente du lancement des appels d'offres, l'exécution du programme prend souvent du retard. A partir de 2003, la Mongolie passera dans les programmes ASIE (PVD-ALA).

La Mongolie est éligible aux prêts de la Banque européenne d'Investissement, dont les taux sont intéressants par rapport au LIBOR.

Enfin, la Mongolie est membre de l'OMC. A ce titre, elle peut bénéficier des fonds destinés à renforcer les capacités commerciales des PVD, comme le fonds de l'Agenda de Doha, ou encore le nouveau fonds créé conjointement par l'OMC et la Banque mondiale et doté de 300 000 dollars. Il faut savoir que l'un des problèmes majeurs de la Mongolie est son incapacité à créer de la valeur ajoutée et à augmenter ses exportations.

Jacques-Olivier MANENT

Le programme ASIE (PVD-ALA) présente l'intérêt de financer les infrastructures, ce dont la Mongolie a le plus besoin, alors que le programme TACIS était plutôt orienté vers l'assistance technique, largement octroyée par ailleurs par les pays donateurs.

La France va en outre mettre en place un programme d'aide alimentaire pour 2003 et 2004. 15 000 tonnes de céréales françaises seront vendues et monétisées sur un fonds de contrepartie, cogéré par les gouvernements français et mongol, et qui servira à financer les projets liés à la sécurité alimentaire et au développement rural. Nous espérons disposer ainsi de 3 millions d'euros, qui seront immédiatement mobilisables.

Les financements de la Banque asiatique de développement
et de la Banque mondiale

Hervé JEVARDAT
Responsable des appels d'offres
et des projets internationaux Asie-Océanie, CFCE

 

 

I. Rappel des financements accordés à la Mongolie

 

La Mongolie est membre de la Banque mondiale et de la Banque asiatique de développement depuis 1991, date de son retrait de la sphère d'influence soviétique.

Selon moi, et au risque de ne pas paraître « politiquement correct », les responsables des deux institutions ont tenté d'orienter la Mongolie vers ses voisins immédiats et ses alliés traditionnels d'Asie centrale, l'enclavement du pays et sa pauvreté ayant contribué à renforcer ce choix.

Dans ce cadre, la Mongolie a bénéficié d'un programme de développement du fleuve Tumen, afin d'autoriser un accès à la Mer jaune.

La Banque asiatique de développement encourage la coopération avec les républiques d'Asie centrale qui partagent avec la Mongolie le massif de l'Altay. Elle finance également les axes routiers qui relient l'Europe et la Chine.

En ce qui concerne la Banque mondiale, la Mongolie est éligible aux financements de l'AID, ainsi que de ceux de la SFI.

Le volume annuel des engagements de prêts de la Banque mondiale atteint environ 30 millions de dollars, contre environ 40 millions de dollars pour la Banque asiatique de développement.

La Banque asiatique de développement a considéré le financement de l'essor économique de la Mongolie, au même titre que celui des républiques d'Asie centrale aujourd'hui, comme un défi. En effet, la modernisation de l'appareil de production et des structures fait appel à des connaissances détenues par les pays de l'ex-COMECON. Or la Banque asiatique de développement exige que les produits et les équipements des projets qu'elle finance soient produits parmi ses membres, ce qui n'est par exemple pas le cas de la Russie.

 

II. Les projets en cours

 

 

 

Banque mondiale

 

· Projet Energie, axé sur la distribution.

· Projet de développement des transports (construction de routes et sécurisation du réseau ferroviaire).

· Projet de développement durable des moyens de subsistance (achats d'équipements agricoles et d'appareils de prévisions météorologiques).
Banque asiatique de développement

· Développement intégré des services urbains basiques dans les villes de province (réseaux d'adduction et d'assainissement, chauffage urbain, traitement et collecte des ordures).

· Développement de l'emploi des handicapés (achat d'équipements pour faciliter l'accès au monde du travail).

· Deuxième projet de développement de l'enseignement (rénovation d'écoles, achat de matériel pédagogique).
JBIC

· Seconde phase de la remise en état de la quatrième centrale thermique.
III. Les projets en voie d'élaboration

 

Banque mondiale

 

· Deuxième projet d'amélioration des services urbains d'Oulan-Bator (amélioration des réseaux d'adduction et d'assainissement, création d'agences de l'eau) ;
Banque asiatique de développement

· Aide technique en comptabilité et gestion financière, afin de permettre une adaptation aux normes internationales ;

· Deuxième projet de développement du secteur de la santé.
Au CFCE, nous suivons dans tous les pays les financements des banques de développement multilatérales et bilatérales. Une base de données importante est consultable sur notre site Internet ( www.cfce.fr). Par ailleurs, nous proposons des veilles sur mesure ainsi que des lettres-projets géographiques.

Agnès GABORIT

Je vous remercie de nous avoir livré ces éléments concrets.

Pechiney en Mongolie : partenariat avec Erdenet

Serge RASLOVLEFF
Directeur des affaires internationales bilatérales

Agnès GABORIT

Vous êtes entré chez Pechiney en 1978 pour occuper les fonctions de Directeur du secteur des pays de l'Est à la Direction des affaires internationales, et vous êtes maintenant Directeur des affaires internationales bilatérales du groupe et président de l'Agence Pechiney Eurasia basée à Moscou. Vous allez nous exposer comment Pechiney, qui a ouvert un bureau à Oulan-Bator en octobre 2001, est devenu en quatre ans un partenaire essentiel de l'économie mongole.

Serge RASLOVLEFF

 

I. Les raisons d'une implantation en Mongolie

 

Pechiney est le quatrième producteur mondial d'aluminium, et le troisième des emballages spécialisés. Sa présence s'inscrit dans toute la filière, de la bauxite à l'aluminium transformé à usage technique.

Or la Mongolie ne comprend ni industrie de l'aluminium, ni bauxite, et il est sans doute prématuré d'y créer une usine d'emballages. C'est oublier que Pechiney détient également un réseau commercial extrêmement développé, avec 43 agences regroupées au sein de Pechiney World Trade. Pechiney possède également des sociétés de négoce spécialisées dans les métaux non ferreux, la chimie, et conserve sa culture acquise par le passé dans les aciers spéciaux. Enfin, un réseau de distribution est basé essentiellement en France et en Allemagne.

Mais la Mongolie compte des gisements de cuivre et de molybdène, dont un important qui se situe à l'ouest d'Oulan-Bator, à Erdenet. Y sont produits 460 000 tonnes de concentré de cuivre et 3 700 tonnes de concentré de molybdène. Erdenet est une joint-venture détenue à 51 % par l'Etat mongol et à 49 % par une société russe, et contribue au PIB à hauteur de 40 %. Ses dirigeants sont désignés par le gouvernement.

Vendre uniquement de l'aluminium ou des produits d'emballage ne suffit pas, car les réseaux commerciaux sont devenus des centres de profit. Nous avons donc dans un premier temps orienté notre action vers le support à des sociétés françaises ou européennes qui développaient des activités proches de celles de Pechiney. Comme il s'est avéré que cela ne permettait pas de rentabiliser au maximum nos agences commerciales, nous avons recherché des opportunités dans d'autres métiers. Nous nous sommes ainsi impliqués dans le sourcing, c'est-à-dire l'achat et la revente de produits selon les besoins identifiés par notre réseau dans chaque pays, ainsi que dans l'exploitation de l'expertise de nos sociétés de négoce.

Notre agence basée à Moscou, Pechiney Eurasia, a commencé à rechercher ce qu'il était possible de faire immédiatement en Russie ou dans l'ex-URSS. C'est alors que nos interlocuteurs russes habituels nous ont suggéré de nous rendre en Mongolie, arguant que nous pouvions répondre à deux préoccupations majeures de la société Erdenet :

· remplacer les sociétés de trading, qui ont un horizon temporel très court, par des partenaires occidentaux stables pour ce qui est en des achats de concentrés de cuivre et de molybdène ;

· trouver un partenaire pour participer au financement de la production.
A l'origine, la vocation de notre réseau commercial n'est pas de répondre à ces préoccupations, mais nous avons considéré qu'il s'agissait d'une opportunité. Les deux banques qui nous ont accompagnés dès le début - une banque belge et une banque anglo-saxonne - ont pris en charge la totalité de notre quote-part de préfinancement. Une troisième banque française nous a rejoints plus tard.

Ainsi, en partant de zéro en 1998, Pechiney est aujourd'hui devenu de loin le premier partenaire occidental de la Mongolie, en contribuant indirectement à 15 % de son PIB.

 

II. Les raisons du succès

 

 

 

1. Une relation bâtie sur la confiance

 

Les relations de confiance établies entre les dirigeants de Pechiney Eurasia et ceux d'Erdenet, ainsi qu'avec le gouvernement mongol, ont joué un rôle fondamental. Ces relations privilégiées vont même bien au-delà de notre mission d'origine - le préfinancement et la commercialisation -, puisque nous avons également assumé un rôle de conseil.

Pechiney a acheté en 2001 124 000 tonnes de concentré de cuivre et 660 tonnes de concentré de molybdène. Nous avons suggéré à Erdenet d'étudier la possibilité de produire du concentré de molybdène plus raffiné à usage chimique, notamment pharmaceutique. Pechiney utilise donc son expérience passée dans l'industrie chimique pour trouver des solutions qui pourront concurremment satisfaire nos partenaires mongols et servir nos intérêts.

 

2. Un risque contrôlé

 

Bien que faible au départ, notre contribution au préfinancement s'est rapidement accrue, parallèlement à celle de nos banques partenaires.

 

3. L'expertise de Pechiney

 

Pechiney a en effet développé une certaine expertise dans les montages de financement, mais également dans la logistique. En raison de l'enclavement de la Mongolie, nous avons commencé à vendre ces produits en Chine, mais également en Russie, où nous sommes le premier exportateur occidental de concentré de cuivre mongol.

Pratiquement, l'agence Pechiney Eurasia, basée à Moscou, achète pour compte de la filiale londonienne de la société Pechiney Minerais et Concentrés basée à New York. Cette production est ensuite vendue en Chine par Pechiney Far East, basé à Hong Kong, au travers de ses trois filiales basées à Pékin, Shanghai et Canton, tandis que Pechiney Eurasia vend en Russie, ce qui nous permet de disposer aujourd'hui de blisters et de cathodes. Nous utilisons le réseau ferré afin d'acheminer nos exportations, mais il a fallu sécuriser l'approvisionnement de nos clients, aussi bien en Chine qu'en Russie.

A la suite du développement de ce partenariat avec Erdenet, le moment était venu pour Pechiney d'ouvrir une représentation à Oulan-Bator. Nous nous sommes alors tout naturellement tournés vers nos partenaires mongols afin qu'ils nous recommandent un représentant - puisque nous tenions à ce que cette fonction soit remplie par un Mongol. Un jeune cadre anglophone assume ce rôle aujourd'hui, à notre entière satisfaction.

 

III. Conclusion

 

Il est vrai que la corruption existe en Mongolie, mais nous y avons échappé. Cela étant, en dépassant les simples obligations contractuelles et en aidant ou en conseillant vos partenaires, vous bénéficiez de privilèges et de priorités.

Enfin, il convient de souligner que les autorités du pays se montrent peu enclines à privatiser Erdenet, en raison de son poids dans l'économie mongole.

Agnès GABORIT

Je vous remercie. J'ai noté qu'en contribuant à 15 % du PIB de la Mongolie, vous assumiez une énorme responsabilité.

Mongolie 2002 : 20 ans d'amitié, 10 ans de vérité

Patrice GÉLARD
Président du groupe interparlementaire France-Mongolie

Le document de travail du Sénat qui vient de paraître comble un vide dans la connaissance de la Mongolie, les données relatives à ce pays se distinguant par leur rareté. A cet égard, je tiens à remercier Monsieur l'Ambassadeur pour les informations qu'il a pu nous fournir.

Depuis la visite de notre ministre de l'Environnement en 1997, aucune personnalité de haut niveau ne s'est rendue en Mongolie. En revanche, nous avons accueilli presque chaque année en France des délégations mongoles, ce qui nous a permis de maintenir des liens permanents du côté français.

Nous avons comblé cette lacune par l'envoi d'une délégation composée de trois sénateurs, accompagnés de M. Michel Laflandre et de Mlle Emmanuelle Delmer qui représentait le Quai d'Orsay. Nous avons notamment été reçus par le président de la République, le Premier ministre, ainsi que par le président du Grand Khoural.

Nous avons pu constater le travail remarquable accompli par les quelques Français qui résident sur place. Je tiens ainsi à souligner le rôle joué par quatre religieux dans la création d'un hôpital qui rend des services considérables à une population qui ne bénéficie que d'une couverture sociale très partielle, ainsi que celui des associations humanitaires, comme la Banque alimentaire. Nous avons en outre pu rencontrer nos compatriotes scientifiques qui enseignent dans les universités. Malheureusement, nous déplorons qu'il n'y ait plus de restaurant français, alors que la cuisine étrangère est appréciée par les Mongols.

Le rapport retrace les liens entretenus depuis vingt ans entre le Sénat et la Mongolie. Du côté de l'Assemblée nationale, le groupe d'amitié France-Mongolie n'est pas complètement en place, notamment en raison des dernières échéances électorales, mais nous travaillerons avec lui à l'avenir.

Un certain nombre de problèmes doivent encore être résolus. Il en est ainsi de l'insécurité juridique. La nouvelle loi foncière, en interdisant notamment aux étrangers d'être propriétaires, constitue un obstacle. Un effort doit également être consenti pour améliorer les structures d'accueil des entreprises françaises, même si nos partenaires mongols font preuve d'une très bonne volonté et essayent de nous faciliter la tâche, comme cela a été constaté pour l'installation de l'ambassade permanente.

Le rapport n'a pas d'autre ambition que d'être une photographie de la situation que nous avons rencontrée lors de notre voyage, assortie de quelques explications pour mieux cerner la réalité actuelle. Ce document rendra service et constituera un bon moyen d'initiation. En effet, la Documentation française n'a rien produit sur la Mongolie ces dernières années, et le Courrier des pays de l'Est traite rarement de ce pays.

Notre voyage a contribué à débloquer la situation, ce qui laisse augurer d'heureuses perspectives. Le premier résultat en a été l'établissement permanent de notre ambassade, à la suite des courriers que nous avons adressés au président de la République et au Premier ministre. Le second résultat sera la visite prochaine de hauts responsables de l'État français - nous espérons la visite de M. Christian Poncelet, ainsi que du président de la République. Il serait d'ailleurs souhaitable qu'une délégation de chefs d'entreprise les accompagne.

Questions de la salle

Alain LOISY, Directeur Asie de Natexis Banques Populaires

La production d'Erdenet et la logistique de son acheminement subissent-ils des dysfonctionnements imputables à la dépendance énergétique du pays ?

Serge RASLOVLEFF

Comme il s'agit d'une joint-venture mongolo-russe, nous avons le privilège de connaître moins de problèmes d'approvisionnement en énergie. Les coupures existent, mais elles ne durent jamais longtemps. Par surcroît, le poids de l'activité d'Erdenet dans le PIB constitue un atout en la matière.

En ce qui concerne la logistique, l'acheminement par voie ferrée fonctionne bien, après avoir connu des débuts difficiles. Les retards sont exceptionnels et ne posent de toute façon pas de problème majeur s'agissant de livraisons de concentré de cuivre.

Agnès GABORIT

Je propose que Monsieur Queguiner et Monsieur Dufour nous fassent part de leur témoignage.

Yannick QUEGUINER, Country Senior Officer, Alcatel

Alcatel est présent en Mongolie depuis 1992 et a remporté des marchés pour un montant total de 70 millions de dollars. Il est exact de dire que les relations établies avec les Mongols sont essentielles pour réussir une implantation. Alcatel a participé à la mise en place du réseau de téléphone fixe dans la capitale, ainsi qu'à celle du réseau de téléphonie mobile.

Nous avions obtenu un financement de 5 millions de francs lors de la visite de Mme Corinne Lepage en 1997. En outre, la France avait octroyé un don de 20 millions de francs en 1992. De fait, l'image de la France en Mongolie est excellente.

Pour ma part, je déplore que les entreprises françaises soient aussi frileuses. En effet, beaucoup de choses restent à faire - notamment dans le tourisme -, et les relations entre les deux pays sont au beau fixe. Je recommande donc aux chefs d'entreprise de s'y rendre plus souvent.

Patrice GÉLARD

Je regrette que la France ne fasse pas preuve du même dynamisme que les Allemands ou les Italiens en ce qui concerne l'implantation de PME-PMI. Il me semble qu'une action doit être menée en ce sens.

Yannick QUEGUINER

J'ajoute que le problème du froid se pose dès le mois de novembre, nous obligeant à arrêter les travaux durant six mois.

Jaky DUFOUR, Responsable commercial de Spot Image

Spot Image est une PME qui a tissé des liens avec la Mongolie dès le changement de régime intervenu en 1991. Grâce à l'effort du gouvernement français, nous avons obtenu un don en 1996, en partenariat avec le BRGM, ce qui a permis de développer le projet Magic durant trois ans. Il est aujourd'hui achevé et il s'est attiré les félicitations des gouvernements mongol et français.

Le CNES est majoritaire dans Spot Image, pour lequel nous sommes chargés de la commercialisation des images satellites. Beaucoup de choses restent à faire en Mongolie. Nous poursuivons notre activité dans le domaine de la géologie avec des miniers. Mais nous avons aussi identifié de nouveaux besoins, comme la définition du cadastre ou le suivi de l'environnement, pour lesquels Spot Image peut jouer un rôle.

Agnès GABORIT

Je vous remercie.

Hubert DURAND-CHASTEL

Je tiens à souligner que le Sénat, en plein accord avec l'ambassade de France en Mongolie, a été le creuset de l'amitié entre nos deux pays ces dernières années, et je me félicite de la décision qui a été prise en faveur d'une représentation diplomatique permanente.

Allocution de M. S. TUMUR-OCHIR
Président du Grand Khoural

Patrice GÉLARD

Monsieur le Président du Grand Khoural, nous sommes heureux de vous accueillir lors de ce colloque sur les échanges entre la France et la Mongolie, organisé par le Centre français du commerce extérieur.

Se trouvent dans cette salle des chefs d'entreprise qui ont travaillé ou qui ont l'intention de travailler avec la Mongolie. De grandes entreprises, comme Pechiney ou Alcatel, mais aussi des entreprises plus modestes mais non moins importantes, comme Spot Image.

Ce colloque est particulièrement important, car il va susciter de nouvelles vocations d'investisseurs ainsi que l'établissement de nouvelles relations économiques bilatérales entre nos deux pays. Aussi, les représentants des entreprises françaises présents ce matin seront heureux de vous entendre pour mieux connaître les intentions de l'Etat mongol concernant le développement de nos relations économiques, et les moyens de surmonter les difficultés fiscales ou administratives que peuvent rencontrer nos entreprises désireuses de s'implanter dans votre pays.

Je remercie également Monsieur l'Ambassadeur Louzan d'être présent parmi nous.

M. S. TUMUR-OCHIR

Je tiens au préalable à saluer chaleureusement Monsieur Gélard pour m'avoir offert la possibilité de vous rencontrer aujourd'hui.

A l'occasion de notre visite en France, qui s'achèvera certainement avec succès, je souhaiterais vous dire quelques mots sur la situation de mon pays.

Il m'est agréable de constater que, malgré le caractère récent de nos relations économiques, les premiers résultats se sont avérés positifs. Les projets ont été menés avec la participation de sociétés françaises comme Alcatel, Spot Image ou Air Liquide, dans des domaines aussi variés que les télécommunications, l'observation géologique ou encore la rénovation du bloc opératoire de l'hôpital d'Oulan-Bator. Je suis par ailleurs convaincu de l'utilité de l'extension des activités d'entreprises comme Cogema ou Pechiney dans le secteur de la prospection et de l'exploitation minière.

Je tiens à nouveau à exprimer notre gratitude envers le gouvernement français qui nous a apporté son soutien dès le changement de régime intervenu au début des année 90. Ses dons ont été utilisés pour le développement de secteurs essentiels de l'économie mongole. Ainsi, le gouvernement français et les associations humanitaires françaises se sont trouvés aux côtés des éleveurs touchés par les catastrophes naturelles de ces dernières années. Il ne fait aucun doute que l'aide alimentaire française, dont l'octroi a été signé en 2002, permettra d'approfondir davantage les relations entre les deux pays.

Il est vrai que la coopération économique est cruciale pour la Mongolie, et que les résultats tardent à apparaître. Pour cette raison, le gouvernement a décrété l'année 2001 comme « l'Année du soutien aux entreprises mongoles », ce qui s'est traduit par des avancées notables. La productivité agricole et la prospection minière se sont améliorées, et la production industrielle a crû de 14 %. La production agricole ayant souffert d'aléas climatiques, le PNB a seulement augmenté de 1 %. Le gouvernement a décrété l'année 2002 comme « l'Année des investisseurs », et nous avons organisé un Forum des investisseurs au mois de septembre. L'année 2003, quant à elle, sera « l'Année de la visite de la Mongolie ».

Pour l'avenir, la politique de la Mongolie va consister à moins recourir au soutien des pays étrangers, mais plutôt à s'appuyer sur ses propres fonds ainsi que sur la coopération économique. C'est pourquoi le gouvernement mongol encourage l'investissement. La première des conditions importantes pour attirer les investissements étrangers est la stabilité politique, et nous y sommes parvenus. La seconde condition est que le gouvernement apporte des garanties aux investisseurs. Or les capitaux et les biens des investisseurs étrangers font aujourd'hui l'objet d'une sérieuse protection juridique.

Par ailleurs, nous réduisons les obstacles bureaucratiques pour faciliter les activités économiques. Notre parlement oeuvre pour rendre l'environnement des investisseurs plus attractif, notamment en améliorant la réglementation juridique relative aux investissements étrangers. Dans cette optique, un accord de stabilité a été conclu afin de garantir l'activité des investisseurs à long terme. Au cours de la session de 2002, le parlement a promulgué des lois instaurant des Zones économiques spéciales et il étudie actuellement la possibilité de les étendre.

Les secteurs comme l'agriculture, l'industrie agroalimentaire, l'exploration minière, le tourisme, les nouvelles technologies, ou encore l'énergie, figurent sur la liste des secteurs prioritaires pour l'investissement étranger. La Mongolie possède des richesses minières d'or, de cuivre, de charbon, de molybdène ou encore de phosphore, qui ne sont pas exploitées. Elle détient également des terres cultivables (1,3 million d'hectares) qui sont susceptibles de fournir des produits écologiques. Cela étant, les rudes conditions climatiques imposent l'utilisation de semences à la pousse rapide. La Mongolie possède également 26 millions de têtes de bétail. Elle est l'un des premiers producteurs de cachemire, avec 2 700 tonnes produites chaque année. La qualité de notre cachemire autorise une présence sur le marché international. Sont également produites 15 800 tonnes de laine, 4 millions de peaux et 252 700 tonnes de viande par an. Il nous faut envisager d'améliorer la production d'autres industries, comme la tapisserie ou la tannerie.

Au cours de la dernière décennie, la Mongolie a vu les investissements étrangers atteindre 740 millions de dollars. En 2002, plus de 2 000 entreprises détenaient une participation étrangère, 71 % sous la forme de joint-venture et 29 % avec des capitaux totalement étrangers. La liste des principaux pays investisseurs est la suivante :

· Chine : 236 millions de dollars,

· Corée : 58 millions de dollars ;

· Japon : 50 millions de dollars ;

· Etats-Unis : 34 millions de dollars ;

· Russie : 31 millions de dollars.

La répartition sectorielle s'établit comme suit :

· secteur minier : 28 % ;

· industrie légère : 17 % ;

· bâtiment et fabrication de matériaux de construction : 8 % ;

· agriculture : 10 % ;

· commerce et services : 7 %.
La coopération économique entre la France et la Mongolie se développe dans les domaines que notre gouvernement a jugés essentiels. Nous espérons qu'elle s'élargira dans le futur aux secteurs minier, agricole, agroalimentaire, ainsi qu'aux infrastructures.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention.

Patrice GÉLARD

Merci beaucoup, Monsieur le Président.

Questions de la salle

Marie-Christine BINDERNAGEL, Service réglementation du CFCE

De quelles mesures incitatives les Zones économiques spéciales bénéficieront-elles ?

M. S. TUMUR-OCHIR

La loi adoptée au printemps 2002 par le parlement définit le cadre général de la création des Zones économiques spéciales. D'autres textes stipuleront les mesures adoptées pour chacune d'elles.

Jaky DUFOUR

Quels seront les grands axes de « l'Année de la visite de la Mongolie » en 2003 ?

M. S. TUMUR-OCHIR

Le gouvernement mongol a pris cette initiative afin de promouvoir la Mongolie à l'étranger et de développer le tourisme. Nous devons améliorer les accès, les moyens de transport ainsi que les services proposés aux visiteurs. Les touristes les plus nombreux sont les Japonais et les Coréens. Nous souhaitons que la Mongolie devienne accessible aux Européens. La saison touristique se limite pour le moment à l'été, mais il est tout à fait envisageable d'encourager le tourisme pendant les périodes enneigées et de grand froid. Par ailleurs, la compagnie aérienne nationale assure des vols directs entre Berlin et Oulan-Bator.

Annie BOURRIER, Radio France internationale

Nous suivons avec attention l'évolution de votre pays, qu'il s'agisse de la démocratisation des institutions, de la libéralisation économique ou des problèmes humanitaires engendrés récemment par la sécheresse.

Au moment où se tient à Beyrouth le 9e Sommet de la francophonie, quel est, selon vous, l'avenir de la langue française en Mongolie ? Je sais qu'un millier de Mongols parlent le français.

M. S. TUMUR-OCHIR

Les jeunes Mongols s'intéressent de plus en plus au français. Lorsque la Mongolie a envoyé pour la première fois des étudiants à l'étranger en 1926, c'était en France. Actuellement, le français est enseigné dans nos trois universités, l'institut des langues étrangères et l'institut pédagogique, ainsi que dans quelques instituts privés. D'après les statistiques, plus de mille étudiants mongols étudient le français, et une soixantaine se trouvent en France. Même si la situation économique du pays ne nous autorise pas à envoyer des étudiants à l'étranger avec une bourse, le faible montant des droits d'inscription des universités françaises est un atout, car seules les dépenses de logement et de nourriture doivent être financées. Par ailleurs, la francophonie joue également un rôle moteur dans l'attrait suscité par la France.

M. LOUZAN, Ambassadeur de Mongolie en France

J'ajoute qu'il existe à Oulan-Bator un centre culturel français, qu'il serait judicieux de développer moyennant la création d'une Alliance française.

Patrice GÉLARD

Monsieur le Président, en souvenir de cette journée, je vous remets le rapport du Sénat.

Synthèse réalisé par Ubiqus Reporting (ex-Hors Ligne)

01 44 14 15 00, www.ubiqus-reporting.com


* * * * * * * * *

Le groupe interparlementaire France-Mongolie

Le groupe interparlementaire d'amitié France-Mongolie du Sénat a été fondé en 1982. Il se propose d'établir et de resserrer des liens entre le Sénat et le Parlement mongol (le Grand Khoural) et, plus généralement, de contribuer au rapprochement des autorités publiques françaises avec leurs homologues de Mongolie. Le groupe a été présidé successivement par MM. Marc Boeuf, Louis Perrin, Hubert Durand-Chastel, Jean-Jacques Robert et, depuis juin 2000, par Patrice Gélard, sénateur de la Seine-Maritime.

Depuis 1995, le groupe d'amitié France-Mongolie s'efforce de concrétiser le souhait, maintes fois exprimé par les autorités mongoles, d'un net renforcement des relations bilatérales.

Dans ce cadre, le groupe reçoit régulièrement des personnalités mongoles en visite en France, se joint à certaines activités des quelques associations oeuvrant à l'amitié franco-mongole et organise des manifestations axées sur la Mongolie (comme le colloque du 18 octobre 2002). A deux reprises, en 1996 et 2002, quelques sénateurs du groupe se sont rendus en Mongolie pour y exprimer officiellement l'intérêt et le soutien du Sénat envers ce pays-ami.

Le rapport établi sur la visite de juillet 2002, "Mongolie 2002 : 20 ans d'amitié, 10 ans de vérité" est disponible en texte intégral sur le site du Sénat, dans la rubrique "rapports des groupes d'amitié".



Colloque organisé sous l'égide du groupe interparlementaire France-Mongolie,
par la Direction des Relations internationales du Sénat
et la Direction « Evénements et Prospective Marchés » du CFCE
Pour toute information sur les colloques Sénat-CFCE, vous pouvez contacter
le Service des Relations internationales du Sénat :
M. Michel LAFLANDRE, Conseiller
Tél : 01.42.34.20.47 - Fax : 01.42.34.27.99 - Courrier électronique : m.laflandre@senat.fr
ou consulter le site internet du Sénat : www.senat.fr/international