Question de Mme JOUVE Mireille (Bouches-du-Rhône - RDSE) publiée le 03/10/2024

Mme Mireille Jouve appelle l'attention de Mme la ministre de la santé et de l'accès aux soins sur l'incidence du cancer du sein en France.
Selon les chiffres du Centre International de recherche sur le cancer (CIRC), la France est devenue en 2022 le pays avec le taux d'incidence le plus élevé pour le cancer du sein à l'échelle mondiale. C'est d'autant plus alarmant que les prévisions à l'horizon 2050 font état d'une hausse de 37 % des décès, leur nombre passant de 14 700 à 20 100. Ainsi, malgré les efforts de dépistage, l'incidence et la mortalité n'ont pas diminué comme espéré, sans doute parce que les causes environnementales n'ont pas assez été prises en compte.
Or une étude publiée le 10 janvier 2024 dans le journal « Environmental Health Perspectives » a identifié 279 carcinogènes mammaires et 642 autres substances chimiques susceptibles d'augmenter le risque de cancer du sein. 90 % de ces composés sont présents dans des produits de grande consommation ou dans l'environnement et font l'objet d'expositions quotidiennes pour la population générale.
C'est pourquoi elle lui demande comment réévaluer les dangers de ces substances et redéfinir en conséquence la stratégie de lutte contre le cancer du sein.

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Transmise au Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées


Réponse du Ministère de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées publiée le 16/04/2026

La prévention des cancers est une thématique majeure pour le ministère chargé de la santé. On estime le nombre de nouveaux cas de cancer du sein à environ 61 000 pour l'année 2023, ce qui situe la France parmi les pays d'Europe et du monde ayant une incidence du cancer du sein la plus élevée. Cette incidence plus élevée s'observe principalement pour les femmes les plus jeunes, soit avant 50 ans. Les facteurs de risque identifiés sont nombreux, en France, ils sont liés aux habitudes de vie (tabac, alcool, alimentation défavorable à la santé, surpoids, inactivité physique), aux expositions hormonales et à l'histoire reproductive (âge à la puberté, nombre d'enfants, âge au premier enfant, allaitement, traitement hormonal). L'étude sur l'incidence des cancers chez les adolescents et les jeunes adultes publiée le 3 mars 2025 et réalisée dans le cadre du partenariat associant Santé publique France, l'institut national du cancer, le réseau des registres des cancers et les hospices civils de Lyon, avec le soutien financier de la Ligue contre le cancer, souligne, s'agissant spécifiquement du cancer du sein, que les variations dans les comportements liés à la procréation (diminution du nombre d'enfants, âge plus tardif à la première grossesse, contraception, etc.) et à la moindre pratique de l'allaitement pourraient contribuer à l'augmentation de l'incidence de ce cancer, sans exclure le rôle des habitudes de consommation d'alcool et de tabac. L'irradiation médicale est également citée comme facteur de risque reconnu. D'autres facteurs de risque sont identifiés comme les expositions environnementales ou professionnelles (pollution, travail de nuit, exposition aux radiations…). Parmi les expositions environnementales, les substances chimiques auxquelles la population est quotidiennement exposée représentent certainement un facteur de risque du cancer du sein. La réglementation européenne prévoit que chaque substance mise sur le marché soit évaluée pour son caractère cancérigène mais aussi perturbateur endocrinien, pouvant être responsable de cancer hormono-dépendant dont le cancer du sein. Toutefois, de nombreuses difficultés sont rencontrées pour évaluer précisément l'impact de tous les polluants de l'environnement sur la santé et leur caractère cancérigène, notamment en raison de l'exposome (exposition vie entière) et des possibles "effets cocktail". De plus, les cancers sont des pathologies multifactorielles, faisant intervenir des facteurs de risque divers. Il existe aujourd'hui de plus en plus de publications scientifiques qui établissent des preuves d'un lien entre exposition à des polluants environnementaux et développement des cancers du sein, notamment sur les pesticides, polluants organiques persistants, expositions professionnelles des pompiers. On estime également qu'environ 10 % des cancers du sein sont d'origine génétique. La détection précoce joue un rôle dans l'estimation du nombre de cas de cancer, en particulier concernant l'âge au diagnostic. En France on observe un recours au dépistage faible dans le cadre du dépistage organisé avec moins de 50 % de participation. Mais il faut ajouter 18 % en dehors de ce dépistage organisé, ce qui, en faisant la somme des deux, situe la France dans la moyenne des pays européen en termes de recours au dépistage dans la tranche d'âge cible (50-74 ans). En revanche, Santé Publique France a estimé qu'environ 36 % des femmes commencent un dépistage entre 40 et 49 ans, soit en dehors des recommandations. Par ailleurs, des protocoles de surveillance très précis et tôt dans la vie sont mis en place en France pour permettre une détection précoce des femmes jeunes, et en particulier des femmes à haut risque, comme les femmes porteuses de mutations génétiques. Des variations dans les facteurs de risque peuvent contribuer aux variations observées d'incidence d'un pays à l'autre, sans pour autant qu'on puisse déterminer précisément lesquels et dans quelle proportion. Des contextes de vie « favorisées » et une meilleure détection précoce pourraient en partie expliquer une incidence élevée du cancer du sein chez la femme jeune en France, en comparaison avec les autres pays européens. Des travaux internationaux d'épidémiologie comparant les incidences et les niveaux d'exposition des facteurs de risque apporteraient des éléments supplémentaires. Au niveau national, la cohorte E3N Générations étudie le cancer du sein en tant que première pathologie d'intérêt dont l'objectif initial est d'analyser les liens entre nutrition, hormones et ce cancer. Plus particulièrement sur les perturbateurs endocriniens, Santé publique France assure la surveillance épidémiologique de certains indicateurs sanitaires en lien avec ces substances. Historiquement basée sur la santé reproductive, cette surveillance va progressivement s'étendre à d'autres pathologies priorisées par l'Étude PEPS'PE. Le cancer du sein fait partie des 13 effets sanitaires qui ont été classés en priorité forte pour la mise en place d'une surveillance en lien avec les perturbateurs endocriniens. La prévention des expositions aux polluants de l'environnement est une priorité du ministère chargé de la santé et plusieurs mesures sont déployées, en lien avec le ministère chargé de l'environnement, dans le cadre des politiques publiques en santé environnementale à travers notamment le plan national santé environnement et la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens.

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