Question de M. GAY Fabien (Seine-Saint-Denis - CRCE-K) publiée le 17/10/2024
M. Fabien Gay attire l'attention de M. le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie sur l'annonce de la vente d'Opella, filiale santé du groupe Sanofi, responsable de la production du Doliprane, ou encore du Dulcolax, de la Lysopaïne, ou du Maalox, à un fonds d'investissement américain.
Jeudi 10 octobre 2024, Sanofi a annoncé entamer des négociations exclusives avec le fonds d'investissement américain CD&R afin de lui céder 50 % ou plus de sa filiale santé, nommée Opella, pour un montant avoisinant les 15 milliards d'euros.
Le groupe conservera environ 50 % du capital pour les 5 années à venir, avant de se désengager totalement.
La décision semble motivée par le souhait du groupe de concentrer ses efforts d'investissements sur le développement de médicaments innovants, plus lucratifs.
Son conseil d'administration a donc rejeté l'offre du fonds d'investissement français PAI Partners ; si le prix de cession était à priori moins élevée, l'offre comportait en revanche un certain nombre de garanties en matière d'emploi et permettait de conserver la production sous giron français.
Ainsi, la production de Doliprane, médicament le plus vendu en France, risque de passer sous pavillon américain.
Il a été annoncé que cette opération sera soumise au contrôle des investissements étrangers, la santé étant un secteur souverain.
En effet, alors que le covid-19 a mis à jour la perte de savoir-faire de l'hexagone en matière pharmaceutique, des tensions ont été constatée dans l'approvisionnement en paracétamol au cours de l'hiver 2022-2023.
Cette décision présente donc de sérieux risques en termes de souveraineté sanitaire, et se place à rebours des orientations industrielles françaises : le plan d'investissement France 2030 prévoyait ainsi la relocalisation et l'augmentation des capacités de production de médicament sur notre territoire.
Le ministère de l'industrie a indiqué via communiqué de presse « prendre acte » de la décision, et rappelle « qu'un certain nombre d'engagements économiques seront exigés de la part de Sanofi et du futur repreneur CD&R » visant à garantir le « maintien du siège et des centres de décisions sur le territoire national » et « l'empreinte industrielle française d'Opella ».
Cependant, cette décision n'apparaît pas suffisante.
Aussi, il demande que le Gouvernement bloque, au nom de la souveraineté sanitaire et industrielle française, ce projet de cession.
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Transmise au Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique
Réponse du Ministère de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique publiée le 05/02/2026
En octobre 2023, dans le cadre de sa stratégie « Play to win », Sanofi a annoncé son souhait de se séparer d'Opella, son entité regroupant les activités « santé grand public » du groupe, dont notamment le Doliprane, afin de se recentrer sur l'innovation biopharmaceutique et en particulier la médecine de spécialité et les vaccins. En octobre 2024, Sanofi a fait part de son entrée en négociations exclusives avec le fonds américain Clayton Dubilier & Rice - CD&R pour lui céder 50% du capital. Si la décision de Sanofi de se séparer d'Opella pour se recentrer sur des médicaments innovants relève de sa stratégie d'entreprise, l'Etat a négocié des engagements forts avec l'ensemble des parties prenantes afin de garantir le maintien de l'empreinte industrielle d'Opella en France ainsi que l'absence d'impact sur notre souveraineté sanitaire. Ainsi, un accord a été signé par Sanofi et CD&R portant sur : - La pérennité des sites de production de Lisieux et Compiègne, avec des engagements fermes sur le maintien d'un niveau minimum de valeur ajoutée produit sur ces sites pendant 5 ans ; - Le maintien du siège et des activités de R&D en France ; - La protection de l'emploi en France ; - L'investissement en France, avec un objectif précis d'investissement de 70 millions d'euros cumulés sur les cinq prochaines années ; - Le maintien de volumes minimaux de production en France pour les produits sensibles d'Opella, dont le Doliprane ; - Le maintien de l'approvisionnement d'Opella auprès de fournisseurs et sous-traitants français, notamment auprès de Seqens dans le cadre de la relocalisation du paracétamol ; Des sanctions conséquentes sont associées en cas de non-respect. L'Etat a également souhaité s'assurer du respect des engagements pris dans le cadre de cet accord en disposant des informations exhaustives non seulement sur l'activité d'Opella, mais également sur la stratégie à moyen et long terme de l'entreprise. C'est pourquoi l'Etat a obtenu une participation minoritaire de Bpifrance au capital d'Opella, associée à un siège avec vote au conseil d'administration. Elle donnera à l'Etat les moyens d'être alerté sur une orientation non conforme aux engagements et plus globalement de pouvoir infléchir la stratégie de l'entreprise dans la durée. La procédure de contrôle des investissements étrangers en France (IEF) s'appliquera également à cette opération, sous le pilotage de la direction générale du Trésor, dans le calendrier fixé par la réglementation. Dans ce cadre, le ministre disposera de la possibilité d'assortir son autorisation d'une large gamme de conditions visant à encadrer les risques que soulève l'opération pour la protection de la santé publique. La réponse du Gouvernement s'inscrit dans la politique menée depuis plusieurs années de renforcement de notre souveraineté sanitaire et en particulier de notre approvisionnement en médicaments essentiels, qui constituent une priorité pour le gouvernement. C'est à cet effet que l'Etat a mis en place un plan de relance en 2020 afin de renforcer nos capacités de productions de traitements contre la Covid 19, initiative qui a été pérennisée ensuite via : - l'annonce par le Président en 2023 du lancement d'un plan de relocalisation de médicaments essentiels sur le plan sanitaire et le financement de 7 projets contribuant au renforcement de la chaine de production de ces médicaments. - la Stratégie d'Accélération Maladies Infectieuses Emergentes et Menaces NRBC lancée en 2021 qui vise à construire une stratégie allant de la recherche fondamentale au soutien à l'industrialisation pour mieux prévenir et préparer les prochaines crises sanitaires.
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