Question de Mme JOUVE Mireille (Bouches-du-Rhône - RDSE) publiée le 27/02/2025
Mme Mireille Jouve appelle l'attention de Mme la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche sur l'accélération du dérèglement climatique.
Copernicus, le système européen d'observation du climat, a publié son rapport annuel le 10 janvier 2025. Il y révèle que l'année 2024 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée. Pour la première fois, la température moyenne mondiale a dépassé de 1,5°C son niveau préindustriel. Les océans n'échappent pas au phénomène : la moyenne annuelle de leurs températures de surface - hors zones polaires - a atteint le niveau inédit de 20,87°C. Cela entraîne non seulement des canicules marines dommageables pour les écosystèmes, mais cela libère également davantage de vapeur d'eau dans l'atmosphère (environ 5% au-dessus de la moyenne 1991-2020), ce qui explique la violence des tempêtes et des ouragans.
Ces tristes records s'enchaînent, et janvier 2025 n'a malheureusement pas fait exception, puisque ce fut le mois de janvier le plus chaud jamais relevé dans le monde. Selon les chiffres révélés par Copernicus le 6 février 2025, on a même dépassé de 1,75°C le niveau préindustriel, avec une température moyenne de 13,23°C.
Dans ce contexte d'accélération générateur de catastrophes, elle lui demande ce qui peut être envisagé afin de limiter autant que possible le réchauffement futur.
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Transmise au Ministère de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature
Réponse du Ministère de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature publiée le 19/03/2026
La lutte contre le changement climatique et ses effets requiert, d'une part, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et appelle, d'autre part, à adapter nos sociétés aux conséquences actuelles et futures du changement climatique. En matière de réduction des émissions de gaz à effet de sere, la France continue d'être cheffe de file en termes d'ambition climatique, que ce soit au niveau international ou au niveau européen. Les Parties à l'accord de Paris ont convenu en 2015 qu'il fallait maintenir l'augmentation de la température mondiale bien en dessous de 2°C d'ici la fin du siècle, par rapport à la période préindustrielle, tout en poursuivant les efforts pour de ne pas dépasser les +1,5°C. Le monde entier doit s'engager dans la transition énergétique afin de nous diriger sur une trajectoire compatible avec le respect de l'accord de Paris. Depuis l'accord de Paris, la trajectoire de réchauffement global anticipée à la fin du siècle a baissé de 4°C, à 3°C actuellement. La trajectoire actuelle n'est pas suffisante, toutefois elle marque un progrès, et nous devons redoubler d'efforts pour stabiliser et réduire au plus vite les émissions de GES mondiales et leur concentration. La France, en tant que garante de la bonne exécution de l'accord de Paris, est mobilisée dans les négociations multilatérales sur le climat, et veille à porter la meilleure ambition pour l'action internationale en termes de lutte contre le changement climatique, et d'adaptation à ses impacts. Le Gouvernement est également mobilisé pour soutenir les efforts de décarbonation du reste du monde. L'AFD a ainsi défini comme politique de n'octroyer de prêts qu'aux pays et projets alignés avec l'accord de Paris et la France est engagée dans les partenariats de transition énergétique juste (JET-P). Ces partenariats ont pour objectif de permettre la transition énergétique des pays dits en voie de développement. Par ailleurs, la France a veillé à négocier le meilleur niveau d'ambition pour l'action climatique européenne dans les négociations autour de l'objectif 2040, de la CDN à 2035, et du cadre climatique post-2030 de l'Union européenne. La France et l'Union européenne ont pour objectif d'atteindre la neutralité carbone (tout GES) d'ici 2050. Enfin, afin de respecter ces engagements, le Gouvernement s'est dotée d'une gouvernance solide et d'une stratégie française énergie et climat (SFEC). La SFEC est composée de documents stratégiques et planificateurs : la programmation pluriannuelle de l'énergie, la stratégie nationale bas carbone, le plan national d'adaptation au changement climatique. Ces documents fixent la feuille de route française en termes de transition énergétique, d'atténuation, et d'adaptation. Celles-ci doivent désormais être mises en oeuvre. En matière d'adaptation, la France est également cheffe de file et ce, depuis la publication de la stratégie nationale dédiée dès 2006. Dans la continuité de cette stratégie et de deux premiers plans nationaux, le troisième plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3) a été publié le 10 mars 2025 et marque une accélération dans l'ambition de la France en la matière. Le PNACC-3 se traduit par des actions permettant de mieux protéger notre société des manifestations déjà réelles du changement climatique, mais également par des mesures pour se préparer progressivement aux évolutions climatiques futures. Il porte ainsi une vision à plus long terme pour transformer nos modes de vie, notre économie, nos infrastructures et nos décisions politiques en intégrant l'adaptation au changement climatique dans l'ensemble de la planification écologique. Les mesures privilégiées sont celles qui offrent de multiples bénéfices, non seulement pour s'adapter au changement climatique, mais aussi pour continuer à réduire nos émissions de gaz à effet de serre et pour préserver la biodiversité. Le PNACC comporte 52 mesures réparties en 5 axes, qui constituent les grandes priorités de notre politique d'adaptation. Premièrement, l'ambition consiste à protéger la population. Des actions sont prévues pour maintenir un système assurantiel abordable et disponible sur tout le territoire, limiter les risques liés à l'évolution du cycle de l'eau, au recul du trait de côte, à l'accroissement progressif de l'exposition aux risques naturels et, à très court terme, des effets des fortes chaleurs, que ce soit dans les logements, au travail ou en environnement urbain, et cartographier les risques du changement climatique sur la santé. Des actions de déploiement des solutions fondées sur la nature doivent permettre de réduire la vulnérabilité des territoires aux impacts du changement climatique. Des mesures spécifiques sont prévues pour les populations les plus vulnérables, en particulier les personnes précaires. Deuxièmement, ils'agit d'assurer la résilience des territoires, des infrastructures et des services essentiels qu'ils hébergent. Il s'agit de sensibiliser les élus locaux, de former les agents publics et de leur apporter les outils, le réseau d'expertise et les financements nécessaires pour agir. Ce deuxième axe porte aussi une attention particulière à l'adaptation des grands réseaux d'infrastructures et au maintien de l'accès aux services essentiels que sont l'eau, les transports, l'énergie, les télécommunications, l'éducation et la santé. Assurer la résilience économique et la souveraineté alimentaire est le troisième axe. Cet axe du PNACC vise à accompagner l'ensemble des secteurs économiques, mais aussi plus particulièrement les secteurs identifiés comme les plus vulnérables aux effets du changement climatique : le tourisme, l'agriculture et l'industrie agroalimentaire, la pêche et l'aquaculture, et l'industrie du bois. Un ensemble de mesures est prévu pour construire et leur fournir les outils pour intégrer la question du climat futur dans leurs décisions structurantes. Quatrièmement, il s'ait de protéger notre patrimoine naturel et culturel. Le PNACC vient renforcer et compléter les actions prévues notamment dans la Stratégie nationale biodiversité en faveur de l'adaptation des écosystèmes, via des actions d'amélioration des connaissances et de conservation. Cet axe prévoit également des actions immédiates pour protéger les sites culturels classés les plus vulnérables. Le cinquième axe consiste à mobiliser les forces vives de la nation. Ce dernier axe est essentiel pour réussir le défi de l'adaptation au changement climatique. Il se traduit par le renforcement des dispositifs de gouvernance, la mobilisation d'une expertise interdisciplinaire de la part de la communauté scientifique, la formation et l'éducation. La mobilisation de la jeunesse et plus largement des citoyens est également cruciale dans le défi de l'adaptation, avec une mobilisation du service civique écologique et des réserves communales de sécurité civile dans des missions dédiées à la prévention des risques. L'ensemble de ces mesures témoigne du changement d'échelle des politiques climatiques ces dernières années et de la prise de conscience collective des enjeux vitaux qu'elles sous-tendent. Les défis liés à l'accélération du changement climatique appellent à poursuivre la mise en oeuvre de politiques urgentes, transformationnelles et cohérentes, à la fois en matière d'atténuation et d'adaptation. [1] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=CELEX%3A52025DC0274&qid=1749138488640
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